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18/08/2018

Bernanos, aux antipodes du "libéralisme conservateur" [1]

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L'été 2018 est le 70e anniversaire de la mort de BernanosAujourd'hui l'auteur des Grands Cimetières sous la lune est à la merci, non des passants, mais des filous du "libéralisme conservateur" – deux mots qui excitaient pourtant son mépris :


 

<<  Le Riche a fini par acquérir une résistance prodigieuse, une prodigieuse vitalité. Il lui a fallu transformer patiemment du dedans, avec les conditions économiques, les lois, les moeurs, la morale même. Il serait exagéré de prétendre qu'il a provoqué la révolution intellectuelle dont est sortie la science expérimentale, mais dès les premiers succès de cette dernière, il lui a prêté son appui, orienté ses recherches. Il a par exemple, sinon créé, du moins exploité cette foudroyante conquête de l'espace et du temps par la mécanique, conquête qui ne sert réellement que ses entreprises, a fait de l'ancien usurier rivé à son comptoir, le maître anonyme de l'épargne et du travail humains. Sous ces coups furieux, la chrétienté a péri, l'Eglise chancelle. Que tenter contre une puissance qui contrôle le Progrès moderne, dont elle a créé le mythe, et tient l'humanité sous la menace des guerres qu'elle est seule capable de financer, de la guerre devenue comme une des formes normales de l'activité économique, soit qu'on la prépare, soit qu'on la fasse ?

De telles vues sont généralement désagréables aux gens de droite. On se demande pourquoi. Le moindre petit commerçant [...] s'estimera solidaire de M. de Rothschild ou de M. Rockefeller, et au fond l'imbécile en est flatté. [...] Chez la plupart de nos contemporains, la distinction du possédant et du non-possédant finit par tenir lieu de toutes les autres. Le possédant se voit lui-même comme un mouton guetté par le loup. Mais aux yeux du pauvre diable, le mouton devient un requin affamé qui s'apprête à gober une ablette. La gueule sanglante qui s'ouvre à l'horizon les mettra d'accord en les dévorant tous ensemble...  >>

 

(Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, 1ère partie)

 

 

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Commentaires

BERNANOS

> J'essaie de lire 'Les grands cimetières sous la lune' depuis des mois, mais j'ai abandonné car je ne comprends pas grand-chose tant le propos de Bernanos (je suis enlisé dans la première partie) me paraît contextualisé, ne cessant de faire référence et allusions à des profils psychologiques, sociologiques et politiques des années 1930... et dans cette récente édition (couverture orange avec le jeune phalangiste) il n'y a aucune note, aucun apparat critique. 'La France contre les robots' m'était beaucoup plus claire. Sans doute en Pléiade y a-t-il des notes explicatives ?
Cordialement,
Alex


[ PP à Alex
- Oui, dans l'édition Pléiade il y a des notes explicatives et surtout deux éléments d'exposition du contexte : la notice (très développée) de Chabot, et de longs extraits du 'Journal de la guerre d'Espagne' de Bernanos lui-même.
Cela dit, 'Les Grands Cimetières' sont d'accès difficile pour qui ne connaît pas déjà :
a) le paysage politique espagnol des années 30, ses personnages et ses leitmotive ;
b) la droite française de l'époque et spécialement le micro-milieu Maurras, avec lequel Bernanos solde ses comptes dans ce livre.
Enfin, le point de vue de Bernanos varie au fil des pages : tantôt il invoque la perpétuelle nouveauté dérangeante de l'Evangile, et tantôt, au contraire, il semble nostalgique d'un passé de "chrétienté".
Mais ce qu'il appelle "chrétienté" n'est pas ce que les historiens connaissent : c'est le rêve d'une société qui serait travaillée en permanence par l'Evangile, etc. Balthasar l'explique très bien à la fin de son étude indispensable 'Le chrétien Bernanos' (600 pages, Seuil 1956).
Mais ça ne se discerne pas assez clairement dans 'Les Grands Cimetières'. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Alex / | 21/08/2018

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