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19/07/2018

Le problème du "patriotisme économique"

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Très employée en politique, la notion d'"entreprises nationales" recouvre une réalité de plus en plus incertaine :


 

Pierre-Yves Gomez (Le Monde Economie, 16/07 ) fait le point sur cette question. Extraits, avec soulignements par nous :

 

<<  ...Les politiques prétendent défendre bruyamment leurs entreprises “nationales”, à coups de tarifs douaniers ou de lois protectrices. Mais qu’est-ce qu’une entreprise “nationale” ? Le rapport annuel 2018 du cabinet d’audit PwC [...]  met en évidence la concentration et le contrôle du financement par des marchés dominants. [...]  En moyenne, en 2015, seulement un tiers des salariés [des grandes entreprises "françaises"] travaillent en France ; ils étaient 40 % en 2005. Les ventes réalisées en France représentent le quart de leur chiffre d’affaires, contre 34 % en 2005. Enfin, 56 % de leur capital sont détenus par des Français en 2015. [...] Mais l’évolution a été particulièrement rapide puisque les actionnaires français possédaient encore 72 % de leur capital en 2005.

Ainsi, en termes de travail, de capital et de chiffre d’affaires, les très grandes sociétés cotées à Paris créent de la valeur dans un espace qui est de moins en moins “national”.  [...] Des entreprises comme Total ou Sanofi ont atteint des niveaux d’internationalisation tels que la part “française” ne dépasse pas 20 % sur aucune des trois dimensions.

En quoi peut-on donc dire que ces entreprises sont “françaises” ? [...] 80 sur 85 ont leur siège social en France (dont 73 dans l’ouest de la région parisienne) ; 90 % de leurs dirigeants et 92 % de leurs administrateurs sont français. C’est un réseau sociologique étroit qui [...]  attache encore les entreprises mondialisées à l’espace culturel et politique national.

[La théorie officielle veut] que l’influence géopolitique soit garantie grâce à des entreprises globalisées qui exploitent essentiellement des opportunités mondiales. Mais même cette option exige que, pour bénéficier d’une part de la valeur créée ailleurs, la gouvernance de ces entreprises demeure ancrée localement. Sans cela, il n’y a plus d’équipe nationale…  >>

 

 

►  Voilà donc où nous en sommes :  la "règle du jeu global", comme disent les business-schools, fait que la société française peine (de plus en plus) à capter "une part de la valeur" créée "ailleurs" par des groupes censés être français  – mais ne l'étant plus que par le lieu de leur siège social et le "réseau sociologique étroit" de leurs dirigeants. Lesquels parlent globish entre eux et se voient comme acteurs transatlantiques : pas vraiment comme français... Quant à savoir si la domiciliation de sièges sociaux dans les Hauts-de-Seine suffit à assurer le "ruissellement" cher aux mentors de M. Macron, c'est une question qui suggère sa propre réponse.

L'engrenage tourne donc à fond dans l'intérêt d'un micro-milieu avec des conséquences ravageuses pour la société française. Mais il n'apparaît pas dans le discours macronien, dont la logique binaire  –  le "changement" contre le "vieux monde" –  est justement faite pour masquer ce qui se passe. Combien de temps cette diversion va-t-elle fonctionner ?  Quand les populations se réveilleront-elles ?  Ceux qui parlent de "patriotisme économique" ont-ils des propositions concrètes ?  La question est urgente. Et même vitale.

 

 

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Commentaires

LE LIBÉRALISME EST CORROSIF

> Le regretté William Pfaff, fin analyste de la société américaine, avait écrit il y a quelques années un article similaire sur les entreprises américaines, réclamant tout de l'État et des tribunaux (y compris une justice de république bananière pour tuer la concurrence étrangère), mais sans estimer devoir aux États-Unis ni emplois ni impôts, ni d'ailleurs rien.
Patriote de type Eisenhower et admirateur de De Gaulle (d'ailleurs très francophile), Pfaff était plusieurs fois revenu sur ce dévoiement du patriotisme (camouflé par les postures et les drapeaux) dans tous les secteurs de la société. Dans l'économie, certes, mais pas seulement : même dans l'armée, où la mentalité des jeunes recrues lui paraissait problématique. Il l'avait résumée d'une formule plus profonde qu'il n'y paraît, en expliquant que lorsqu'il était parti pour la guerre de Corée, ses camarades et lui se considéraient comme des "soldiers", alors que les jeunes gens qu'il interrogeait avant leur départ en Irak ou en Afghanistan se décrivaient comme des "warriors".
En tout cas, la preuve est faite une fois de plus que le libéralisme est un acide corrosif qui détruit tout ce qu'on met à sa portée et qui ne tolère pas de ne pas occuper toute la place.
On ne peut pas être de gauche ou féministe et libéral : on sera forcé d'accepter la mise en esclavage des mères porteuses et l'abolition de ce vieux principe juridique : "le corps n'est pas dans le commerce".
On ne peut pas être catholique et libéral : il faudra accepter de transformer les bébés en produits de supermarché et, pour ceux qui la connaissent, de violer à chaque respiration la doctrine économique et sociale de l'Église.
On ne peut pas être patriote et libéral : il faut vendre aux marchés l'intérêt supérieur de la nation.
Si on est libéral, on ne peut strictement être rien d'autre, il faut capituler sur tous les autres plans.
Je constate d'ailleurs que certains ont renoncé à faire semblant, et je lisais dans Le Point, il y a quelques mois, un éditorial navrant qui reprochait aux Français de s'opposer aux "Réformes Nécessaires" (qui jouent en régime libéral le rôle de l'horizon radieux du peuple en régime soviétique) parce qu'ils ne connaissent rien à l'économie et parce qu'ils font prévaloir la politique sur l'économique. Il s'esclaffait, l'éditorialiste, il se roulait par terre : la primauté du politique ! Attention : il se marrait, mais il était indigné aussi, il vitupérait, il enrageait. Et il finissait par trouver un coupable symbolique pour soulager sa fureur : de Gaulle et sa "politique de la France qui ne se fait pas à la corbeille". Voilà où en est la droite fière de ses valeurs, aujourd'hui, pourrie d'obsessions idéologiques financières et prise à la gorge par l'échec et le rejet de plus en plus vaste des politiques libérales : à cracher sur la tombe de De Gaulle, qui n'avait pas compris que la politique de la France, C'EST la corbeille.
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Écrit par : Lucas / | 19/07/2018

à Lucas

> bravo pour la synthèse anti-libérale, je vais la lire au prochain déjeuner de famille pour faire hurler la moitié des convives.
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Écrit par : Amicie Terray / | 19/07/2018

> Nous venons de recevoir un couple de danois,très surpris de voir en Bretagne, (dans le pays de Redon) des villages avec des commerces, et surtout des gens qui vivent. Ils nous ont dit que chez eux, il n'y a plus rien en dehors des grandes villes... Ils étaient aussi étonnés de voir, au bord de la mer,des pêcheurs à pied à marée basse.
Cela me donne l'impression de vivre dans l'un des derniers bastions de la "vraie vie", celle qui a toujours été la mienne.
"Multiculturel" de naissance (Brito-anglo-irlandais),je ne me suis jamais senti aussi français qu'aujourd'hui...
Philippe S.


[ PP à Ph.S. - Anglo-irlandais d'origine moi aussi, et Breton de vacances depuis toujours ! ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe S. / | 19/07/2018

LACTALIS !

> Un des rares contre-exemples d'entreprise "nationale" est sans doute... Lactalis, dont la totalité du capital reste détenue par les descendants de son fondateur. Ce n'est cependant pas un modèle de bonne gouvernance !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 19/07/2018

ANGLOPHONE

> Souvenir professionnel, dans "mon" grand équipementier automobile dont le principal actionnaire transforma le CNPF en MEDEF, l'anglais devint quasiment langue officielle du groupe. On m'a cité le cas d'un chef du personnel (oh! pardon, DRH) anglais d'une usine de province qui, en 5 ans d'exercice n'employa jamais que sa langue natale !
Sympa pour les Relations Humaines .....
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Écrit par : Pierre Huet / | 19/07/2018

SANOFI

> C'est donc officiel, Sanofi n'est français qu'à 20 %. Alors que Philippe, Le Maire et
toute la classe politique nous en parlent comme d'une "pépite française". Imposture.
Voir où pantouflent tous ces gens, généraux compris : chez les Américains.
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Écrit par : Alain Santis / | 20/07/2018

BERNARD MARIS

> Bonjour cher PP, il me semble que le regretté Bernard Maris avait publié une chronique amère dans laquelle il expliquait qu'avant de trouver une entreprise "française" au CAC 40, il fallait beaucoup chercher. La plupart d'entre elles étant détenues par des fonds US, le "français" était là plus pour faire joli qu'autre chose.
Adedias,
Daniel Azan
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Écrit par : Daniel Azan / | 21/07/2018

LA SEULE CHOSE

> Comme vous le dites, la seule chose qui reste à peu près nationale est le siège dans les Hauts de Seine.
Ne soyons pas trop négatif sur cet aspect là car ce sont tout de même énormément d’emploi qualifiés en jeu.

Ludovic


[ PP à L. - Ce n'est pas être négatif envers les sièges que de de constater que le siège est "la seule chose qui reste nationale"... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Ludovic / | 22/07/2018

ENCHAINEMENT

> En complément de la pertinente remarque de Daniel Azan, cela donne l'enchaînement suivant:
Les capitaux américains contrôlent les groupes économiques français ainsi que leurs patrons, désormais grassement payés à l'américaine, soit des millions de € par an, et ces derniers contrôlent les grand médias, dont on sait comment ils peuvent propulser un homme à la tête du pays.
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Écrit par : Pierre Huet / | 23/07/2018

ARNAQUE

> Attention arnaque en vue : https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302019974895-leclerc-sinvite-a- son-tour-dans-la-vente-denergie-2193963.php
Sauf que la Cour des comptes vient de rendre son rapport sur les énergies renouvelables industrielles montrant que c'était un gouffre : donc ça ne durera pas.
Comme cette énergie n'existe que parce que EdF est obligée de l'acheter : cela revient pour Leclerc à faire financer son offre par le contribuable.
Il en est de même pur toutes les entreprises étrangères ou "françaises de papier" qui proposent de l’électricité produite de cette manière.
Par ailleurs les éoliennes sont fabriquées en Allemagne ou aux Pays-Bas je crois, l'argent du contribuable sert donc à faire fonctionner des entreprises étrangères.
http://www.lepoint.fr/economie/energies-renouvelables-la-charge-severe-de-la-cour-des-comptes-18-04-2018-2211765_28.php
on rappellera aussi ceci : https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/07/04/la-mafia-investit-dans-les-parcs-eoliens-pour-blanchir-son-argent_3442690_3244.html
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Écrit par : e levavasseur / | 24/07/2018

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