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11/07/2018

Prix de vente du livre : le cas Nyssen et son effet pervers

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Pour conflit d'intérêts (évident), la ministre de la Culture perd la régulation économique du secteur de l'édition littéraire. C'est logique par rapport à Mme Nyssen. Mais est-ce un premier pas vers une abolition - favorable à Amazon -  de la loi Lang, qui garantissait le prix unique du livre et la survie des librairies ?


Un décret au JO vient de priver  la ministre de la Culture - Françoise Nyssen  - du rôle de "régulateur économique du secteur de l'édition littéraire". Ce rôle est désormais rattaché au Premier ministre.

On peut comprendre que Mme Nyssen ne puisse rester "régulatrice" d'éditeurs dont elle est par ailleurs concurrente en tant éditrice (Actes Sud etc)... Mais compte tenu de la feuille de route néolibérale de Matignon et des yeux doux de l'Elysée aux GAFA, dont Amazon, on peut craindre de voir dans quelques mois abroger la loi Lang.

Qu'est-ce que la loi Lang ? Votée le 10 août 1981, applaudie alors par le monde de la culture en France, elle a instauré le prix de vente unique du livre [*]. Elle autorise le vendeur à proposer une réduction, mais plafonnée à 5 % du prix figurant sur la couverture. Objectif de la loi : limiter la concurrence des grandes surfaces, pour protéger les librairies de détail et la diversité de l'offre des livres diffusés. Sans cette loi, en 2018 il n'y aurait plus de librairies en France et le marché du livre se limiterait aux romans de gare et aux documents people...

La loi Lang a permis aux libraires de préserver leurs marges pendant 37 ans. Plus personne ne demandait son abrogation, sauf : 1. les idéologues libéraux, accusant cette loi de venir du "corporatisme archaïque français qui freine la croissance” ; 2. Bruxelles, voyant dans cette loi "une entrave à la liberté du commerce" et une infraction à l'article 30 de Rome-Maastricht interdisant le protectionnisme ;  3. et bien entendu  Amazon et ses pareils, les géants sans frontières.

Les idéologues libéraux sont aujourd'hui conseillers du prince. Et celui-ci n'a rien à objecter à Bruxelles, ni aux géants qui (comme on sait) "disruptionnent" le "vieux monde"... Raison pour laquelle on peut craindre que l'arrêté d'hier, justifié dans le cas de Mme Nyssen, n'ouvre la porte à bien autre chose. Pourquoi la loi Lang doit-elle disparaître ? Parce qu'elle exprimait  une régulation par le politique et non par le "marché".

 

PS - À l'inverse des postures libérales, la loi Lang est conforme à ce que Centesimus Annus et Laudato Si' disent de la nocivité du marché en matière intellectuelle et spirituelle.

 

 __________

[*]  Sous Giscard, le ministre libéral Monory avait pris un arrêté interdisant toute forme de fixation du prix par l'éditeur. C'était la porte ouverte au dumping des groupes de grande distribution.

 

 

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16:13 Publié dans Macron | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : livre

Commentaires

BÉNÉDICTION

> La loi Lang a été une bénédiction pour l'édition française, en lui permettant de maintenir une offre diversifiée.
Pour s'en convaincre, il suffit de fureter - à titre de comparaison- dans les rayons d'une librairie allemande ou britannique. Comme l'on dit : il n'y a pas photo.

Feld


[ PP à Feld - D'où le désir de nos libéraux, toujours aussi peu "conservateurs", d'abolir cette bénédiction... ]

ré"ponse au commentaire

Écrit par : Feld / | 11/07/2018

GAG

> Le gag sera quand de nobles "libéraux la semaine conservateurs le dimanche" découvriront qu'il n'y a plus de librairies quand dans les grandes surfaces et qu'elles ne proposent plus que Marc Lévy, Dan Brown et '50 nuances de Grey'. Merci Macron.
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Écrit par : Laurent Vallin / | 11/07/2018

à Laurent Vallin

> vous oubliez Frédéric Lenoir. Le feel-good transcendantal est en tête de gondole.
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Écrit par : Marie-Pierre / | 11/07/2018

FANTOCHE

> Wait and see : Mme Nyssen, en flagrant conflit d'intérêt sur le plan de l'économie du livre, est décrédibilisée sur le plan patrimonial par l'affaire d'Arles, transparente dans le débat sur la directive sur le droit d'auteur actuellement débattue à Bruxelles...
Elle va faire office de présence aux festivals de l'été, et puis elle sera remplacée.
On pourra commencer à s'inquiéter si l'édition ne revient pas dans le périmètre du ministère à ce moment-là, mais comme la culture a gardé les autres industries culturelles (cinéma, jeu vidéo...), l'économie du livre est appelée à lui revenir rapidement - i.e. dès que Mme Nyssen sera partie.
De toute façon elle n'a jamais eu d'autre rôle que celui de fantoche.
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Écrit par : Edel / | 14/07/2018

PARADOXE

> Paradoxe: les chantres de la "Libre Entreprise" n'ont de cesse de vouloir voir disparaître les petites boutiques de quartier, tout en se lamentant de la désertification des centre-ville des petites communes.
A ce sujet, d'ailleurs, on ne compte plus les colloques, commissions et sous-commissions réunis à grand frais (publics) pour arrêter l’hémorragie...
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Écrit par : Philippe S. / | 16/07/2018

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