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18/04/2018

La politique du pire est en marche

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Dogmatisme de l'Elysée, fourberies de M. Hulot, faux-semblant de la "concertation", tout aggrave désormais un gâchis qui aurait pu être évité... si le pouvoir l'avait voulu :  


MM. Macron & Philippe ne veulent pas admettre qu'ils ont gâché leur (judicieuse) décision de ne pas donner le bocage à Vinci. Fin janvier, une fracture apparaissait chez les ex-anti-aéroport : d'un côté les paysans "de souche" et les jeunes néo-paysans, qui voulaient faire vivre un projet agricole et culturel ; de l'autre côté, les bastonneurs, qui ne voulaient que le feu et la rage. Les premiers pouvaient se débarrasser discrètement des seconds. Imagine-t-on les bastonneurs appeler à une mobilisation contre l'ACIPA ?  Evidemment non... Ainsi devenus libres de leurs mouvements, les néo-paysans auraient pu discuter avec l'Etat de leur proposition :  une convention collective de gestion en trois volets couvrant des terres agricoles, des espaces boisés, des habitats. Sur le modèle de l'accord de 1984 au Larzac, la convention aurait pu être signée avec l'association 1901 (régulière et forcément nominative) "Avenir commun dans le bocage", qui regroupe une partie des défenseurs du territoire... C'était simple, clair et sans autre danger que les foudres de M. Retailleau.

Mais le gouvernement, lié (comme ses prédécesseurs) aux agro-industriels de la FNSEA, ne pouvait pas accepter l'idée de cette convention collective  : elle aurait permis, non dans un canton obscur mais sur un site archi-célèbre, l'éclosion d'une expérience inédite : une zone libérée du  productivisme agro-chimique qui détruit les sols et l'économie agricole française.

Réunie hier à la préfecture de Nantes, la "rencontre de la dernière chance" annoncée à son de trompe et ornée de la présence de M. Hulot, n'a fait que resserrer le garrot sur les porteurs du projet. Refus brutal de toute convention collective ! Pourquoi ?  Parce que M. Macron, dont les idées "innovantes" consistent à revenir au dogmatisme libéral du Code civil de 1804, est rivé à l'individualisme :  pas de convention collective puisque l'Etat ne veut connaître que des auto-entrepreneurs individuels !  Mais l'association 1901 de NDDL est portée par des personnes dûment identifiées ?  Je ne veux pas le savoir, tranche M. Macron. Moi non plus, répète en écho M. Philippe. Au moment où les occupants de NDDL entraient à la préfecture pour y rencontrer la  préfète et l'oblique M. Hulot, le Premier ministre - à l'Assemblée nationale -  fermait la porte à tout accord : "Ceux des occupants illégaux qui veulent rentrer dans le droit ont peu de temps pour le faire" (cinq jours !), déclarait-il ; et "rentrer dans le droit" veut dire renoncer au projet communautaire (Larzac-bis), en échange d'illusoires statuts individuels révocables dans un an.

À la préfecture, donc, deux heures et demie de discussion pour rien. 

Indigné de ce jeu de dupes, Marcel Thébaut - l'un des paysans historiques de NDDL - s'indignait tout à l'heure devant les journalistes : "Hulot nous a dit : « je ne comprends pas votre position alors que l'aéroport est abandonné » !"  - "Ça s'appelle jouer au con", ajoutait un autre.  La suite s'annonce inexorable : ce sera le gâchis croissant.

Gâchis politique, l'intransigeance libérale du pouvoir étant calibrée pour faire le jeu des bastonneurs, lesquels vont affluer de toute l'Europe : ce qui va permettre à M. Collomb de crier au complot international comme Raymond Marcellin en 1968 ; toujours la même recette et toujours aussi minable.

Gâchis humain sans doute, car la violence va monter de plusieurs crans. Ce qui permettra au Young French Leader de crisper les mâchoires à la télévision (ce qu'il fait depuis qu'il est "chef-de-guerre", comme le roucoulent les commentateurs). Il y aura des blessés graves des deux côtés - et l'Elysée ferait bien de se pencher sur le moral de la gendarmerie.

Gâchis financier enfin... M. Collomb n'ayant pas que des amis place Beauvau, la facture des opérations des 2500 gendarmes mobiles dans la ZAD a fuité dans la presse d'hier :  au moins 400 000 euros par jour. Sans compter les primes de risque et de déplacement, les heures d'hélicoptère, les frais dérivés  - et la prise en charge hospitalière des gendarmes blessés, qui se comptaient déjà soixante au début de cette semaine.

Tout ça pour une crise que les gouvernants auraient évitée en étant moins dogmatiquement libéraux, moins désolés du manque à gagner de Vinci, moins inquiets des surenchères de LR et moins sensibles aux pressions de la FNSEA.

 

 

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Commentaires

RETOUR DE L'AÉROPORT ?

> Vrai gâchis total. Seulement, admettre comme vous le notez bien une expérience d'agriculture non productiviste à tout crins selon les critère FNSA et l'existence d'une association de personnes choisissant librement de travailler ensemble revient à toucher à deux dogmes du libéralisme. Cela revient à affirmer que le productivisme a une alternative et que l'individualisme peut être remplacé par quelque chose d'autre. Si jamais cela marche, c'est la fin de la domination des esprits par le libéralisme et une démonstration concrète que l'écologie intégrale est autre chose qu'un rêve.
Mieux encore, les bastonneurs font le travail du régime. Ils démontrent que s'opposer à Vinci ne rapporte que des malheurs. Je vois venir un retour de l'aéroport de NDDL avec un gros dédommagement à Vinci car il sera évident que l'alternative ne tient pas la route.
Il y a aussi l'ordre de se mettre dans une situation révocable dans un an. Si jamais ils l'acceptent, dans un an les passions seront retombées. Il sera aisé au président Macron de refuser (derrière un lampiste de service) le renouvellement de cet état et il pourra se poser héroïquement en sauveur économique de la nation en faisant un projet d'aménagement de ce territoire en friche avec un grand projet. Un aéroport pourrait faire l'affaire. Bon, il aurait un autre nom qui permettra d'affirmer que ce n'est pas le même projet.
Je ne ressens aucune confiance envers Macron. Il sait manipuler, son élection le démontre. Là, je le vois bien à la manoeuvre pour faire passer cet aéroport.
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Écrit par : DidierF / | 19/04/2018

> "j'veux pas l'savoir", du temps de mon service militaire, venait toujours des petits gradés tatillons !!!
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Écrit par : Marc Voisin / | 22/04/2018

> Que d'énergie gâchée et de belles occasions ratées !!!
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Écrit par : Marc Voisin / | 22/04/2018

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