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17/04/2018

Economie US : ce qui n'instruira ni M. Emmanuel Macron ni sa troupe de commerciaux...

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...ni la droite (y compris ses cercles bien-pensants, euphoriques depuis le discours des Bernardins) :


 

On l'apprend par le Financial Times et la banque JP Morgan (peu suspects de dirigisme) : les cadeaux fiscaux de Donald Trump aux entreprises ne vont pas à l'embauche et à l'investissement. Ils vont aux marchés financiers. Les entreprises utilisent cette masse d'argent à racheter leurs propres actions au bénéfice des actionnaires, mode de rémunération parallèle à la distribution de dividendes !  En 2018 ces opérations vont atteindre plus de 800 milliards de dollars ; "si l'on cumule les dividendes et les rachats d'actions, on parvient à la somme vertigineuse de 1200 milliards de dollars", souligne l'analyste Philippe Escande [*]. Selon les banques US elles-mêmes, la seule rémunération des actionnaires américains atteindra cette année le double de la somme allouée aux investissements et à la recherche.

Du point de vue de l'économie réelle, cette distorsion (typiquement libérale) est non seulement aberrante mais dangereuse. En effet : 1. les cadeaux fiscaux de Trump visent à stimuler encore l'économie US alors qu'elle est en surchauffe et que les trésoreries d'entreprise étaient déjà gavées ; 2.  les actionnaires, gavés aussi par conséquent, poussent à la surenchère ; 3. cet engrenage gonfle encore la bulle boursière et le risque de crise systémique ; 4. en faisant ses cadeaux fiscaux, l'Etat s'est privé de recettes (conformément au dogme libéral) et aggrave dans des proportions inouïes l'abîme d'inégalité entre les détenteurs du capital et le reste de la société. 

Mais d'après les sondages, les électeurs pauvres de M. Trump ne voient rien venir et, croyant que "Donald a bombardé les towel-heads [2]", se disposent à re-voter républicain aux mid-term elections. Que la Maison Blanche soit l'outil des plus riches - qui confisquent les bénéfices - ne  choque pas les dupes...  M. Trump peut piétiner l'évidence en clamant que l'argent donné aux plus riches ruisselle (trickles down) sur les pauvres : une grande part de ces derniers préfèrent le croire - et rêver avec lui d'une Amérique blanche et guerrière.

M. Macron est plus prudent. Il nous a affirmé dimanche soir qu'il "ne croit pas à la théorie du ruissellement", dogme rejeté à juste titre par les Français. Ni Bourdin, ni Plenel (tiens tiens) ne l'ont amené à dire si un dispositif légal allait obliger les Français les plus riches à investir dans l'économie réelle les cadeaux fiscaux macroniens (dont l'exemption d'ISF pour les biens spéculatifs). Or rien  n'est prévu en ce sens ! Si M. Macron et sa troupe de commerciaux ne "croient pas" au ruissellement, tout se passe comme si ce dogme inspirait leur action.

Qui va le leur reprocher ?  Des élus de gauche, mais pas grand-monde à droite  :  surtout chez ceux qui sourient aux anges depuis le discours des Bernardins, oubliant les encycliques sociales que de toute façon ils n'ont jamais lues. Cachez ces faits que je ne saurais voir...

 

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[1]  Le Monde 17/04. 

[2]  "Têtes de serviettes" : les Arabes.

 

 

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Commentaires

SENS

> "sourient aux anges depuis le discours des Bernardins" : discours dont ils n'ont pas saisi le sens implicite !
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Écrit par : B. Le Diberder / | 17/04/2018

> normal, ce qu'ils veulent c'est qu'on leur parle de saint Louis en bénissant les marchés.
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Écrit par : Stanislas Kotska / | 17/04/2018

DARWINISME SOCIAL

> Macron a remplacé l'image du ruissellement par celle du premier de cordée, moins usée. Tout est question de communication : si une politique se révèle mauvaise, pourquoi en changer quand il suffit de changer seulement le nom.
L'image du premier de cordée a l'avantage de mieux illustrer le fond de l'idéologie actuelle, qui est le darwinisme social : les pauvres sont un poids qui freine les riches.
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Écrit par : Guadet / | 17/04/2018

LE TROU

> "M. Macron est plus prudent. Il nous a affirmé dimanche soir qu'il "ne croit pas à la théorie du ruissellement", dogme rejeté à juste titre par les Français." Et rejeté par le pape François.
Macron, comme vous le faites justement remarquer, PP, se comporte en libéral: il facilite les licenciements, il démantèle les services publics, abaisse les impôts des très riches, rabaisse les allocations des plus pauvres... on connaît le tableau.
Que diriez-vous si quelqu'un vous disait: je suis pour la collectivisation des terres, pour la création de kolkhozes et sovkhoses, pour la création de soviets dans les usines, etc... et rajoutait: mais je ne suis pas communiste?
Vous lui demanderiez s'il vous prend pour un idiot.
Macron et les élus LREM sont plus subtils que cela. Il y a en fait un absent dans son discours, comme un trou, quelque chose qui devrait être là et qui n'y est pas. Vous savez quoi? Le mot "libéralisme".
Inévitablement, on pense alors à la novlangue de 1984; supprimez le mot et vous supprimez la réalité. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Novlangue ) Le tout est assorti d'une attitude qui ressemble à de l'écoute et dont on a l'impression qu'elle n'a pour seule utilité que de toiletter de façon cosmétique le discours des élus LREM, qui j'en ferais le pari on reçu des consignes pour éviter à toute fin les mots "libéralisme" et "libéral" en les remplaçants par leur définition, des synonymes ou des périphrases. Après vous avoir écouté on vous ressort le discours LREM vaguement teinté de ce que vous avez dit en essayant de vous faire croire que c'est que vous pensez.
Le libéralisme est une idéologie, tout aussi néfaste que les autres. La lecture de Mgr Schoyaans m'a appris que les idéologies divisent l'humanité en deux: ceux qui l'exercent (les riches dont on baisse les impôts) et ceux sur qui on l'exerce (les pauvres dont on baisse les allocations, ceux qu'on licencie...). La médaille de Saint Benoît, réputée efficace contre le diable, porte l'inscription suivante: "Sunt Mala Quae Libas, Ipse Venena Bibas" Ce qui se traduit: arrière Satan, ce que tu offres n'est que du poison, bois le toi-même si tu oses. Vous infligeriez vous à vous-même le traitement que vous souhaitez infliger à vos victimes? C'est au fond la question que tout journaliste devrait poser à un idéologue.
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Écrit par : ND / | 17/04/2018

TRIBUNE

> Surprise ces jours-ci en lisant la tribune de François Hugenin* dans ‘La Vie’, intitulée « Macron et le catholicisme : et si on pensait les choses “en même temps” ».
L’éditeur et écrivain sourit lui aussi aux anges des Bernardins en s’exclamant à l’endroit du chef de l’Etat : « Refuserons-nous le pari qu’il nous propose : réinvestir l’espace public par une parole fidèle à ce que nous demande le Christ ? Une parole libre, sans compromission avec ce qui nous paraît inacceptable. Mais une parole qui prenne la mesure du fait que le politique est le lieu de l’imperfection, comme nous l’ont appris saint Thomas d’Aquin et Benoît XVI. Qui nous permette d’être fermes sur nos principes mais ‘en même temps’, qui nous permette de savoir qu’un moindre mal est toujours un bien. »
J’aimerais être éclairé sur cette assertion de François Huguenin, « un moindre mal est toujours un bien ». N’est-ce pas la définition même du relativisme à l’égard duquel saint Thomas d’Aquin et Benoît XVI sont peu suspects d’être complaisants ? ne rejoint-elle pas cette idée très effrayante et, semblerait-il, banale – professée il n’y a pas si longtemps par un catéchiste de ma paroisse – selon laquelle « dans tout bien il y a du mal, et dans tout mal, il y a du bien » (texto) ?
Suis-je un odieux réac si je considère qu'un moindre mal reste avant tout un mal, et si je ne puis me faire à l’idée qu’on puisse y voir un bien – quand bien même il s‘agirait de rendre sa politesse à un président de la République au lendemain de la Fête de la Divine miséricorde…
* Auteur de « Le Pari chrétien, une autre vision du monde » (Tallandier)
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Écrit par : Denis / | 17/04/2018

@ Denis

> Surprise aussi, ces jours-ci, en entendant Victor Loupan au micro de Radio Notre-Dame, dans le 'grand débat'. Enthousiasmé par le discours des Bernardins... J'ai ressenti de la tristesse, en écoutant ces propos venant d'un homme que je trouve, la plupart du temps, extrêmement lucide. M. Loupan s'est félicité d'entrevoir une concrétisation de la théorie orthodoxe de la "symphonie des pouvoirs". Où chacun joue sa partition. Certes... Mais quand la symphonie ainsi obtenue est harmonieuse, n'est-ce pas parce que le "pouvoir religieux" a accepté de trahir l'Evangile ?
Plus ça va, plus je me dis que celui qui a raison en matière de place des chrétiens dans la société postmoderne, c'est Rod Dreher. En quelque sorte "dans le dos du système", créer des petites communautés résilientes.. Vouloir changer une structure de péché de l'intérieur (surtout quand c'est la structure elle-même qui semble vous y inviter ! ) est, je crois, vain...
A ce sujet, j'ai trouvé un petit article bien senti, sur un célèbre site de "réinformation" où le pire côtoie trop souvent le meilleur :
http://www.bvoltaire.fr/emmanuel-macron-aux-bernardins-veut-catholiques-surtout-leurs-convictions/
Extraits :
"(...) la capacité de digestion du système est énorme, et il n’existe aucun parti politique dont le programme ne contrevienne pas à la foi. Pour survivre, il n’y a que deux solutions : l’apostasie, à la manière de M. Le Maire, ou le rôle de simple caution, à la manière de Mme Boutin. (...) Soljenitsyne, du fond de son exil, a été plus utile à sa patrie que s’il avait prétendu « changer les choses de l’intérieur »."
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Écrit par : Feld / | 19/04/2018

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