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09/12/2017

Cadeau politique pour les fêtes : 'L'Ami américain' (2/3)

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Toute la lumière sur la soumission de la droite française à Washington, avec l'exemple de la CIA sous la IVe République et  des manipulations secrètes US pendant la guerre d'Algérie :


 

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Chaque saison manifeste un peu plus l'américanisation de l'atmosphère des sociétés européennes, jusque dans le langage quotidien qui sature les télévisions, l'internet et la parole officielle... Invasion du français par le globish techno-commercial uniformisant la "communication", laquelle s'est substituée au vocabulaire de la politique et rend équivoques tous les débats ! Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement ; ce qui s'énonce de façon obscure avec d'incessants anglicismes exprime ce que l'on conçoit de moins en moins bien : une voie (ou voix) française dans le monde actuel. Nos centres nerveux semblent ainsi atteints.

de gaulle,etats-unisEt ceci nous ramène au livre essentiel d'Eric Branca (photo). Le phénomène d'américanisation fut amorcé dès 1947 avec l'annexion des canaux culturels français par l'Entertainment Industry  via les accords Blum-Byrnes [*] : "Signés par Léon Blum mais négociés par Jean Monnet, ces accords ont notamment imposé à la France de projeter sur ses écrans une majorité de films américains", souligne Branca.  La culture US n'étant qu'un volet de l'impérialisme économique, ces accords s'accompagnaient : 1. d'un contrôle invasif de l'économie française ("formation" de ses dirigeants et surveillance de sa production, de ses importations, de la fiscalité, de la Sécurité sociale, des retraites, etc) par le moyen de l'European Cooperation Administration ; 2. des protocoles secrets Totem, qui allaient faire de Paris "la  principale base de la CIA en Europe"... Outre le QG de l'Otan à Saint-Germain-en-Laye et ses 187 bases de l'Hexagone, les services américains disposeront même d'un bastion extra-territorial (interdit aux Français) en plein Paris : l'île Saint-Germain sur la Seine, à Boulogne-Billancourt, avec magasins et prison militaire.

Le retour du Général en 1958 est donc une mauvaise nouvelle pour Washington. D'où l'intrusion perverse des services américains dans le drame de l'Algérie. Ce chapitre du livre d"Eric Branca est encore plus frappant que le reste, comme les chapitres sur Vichy dont parle ma précédente note.

On sait que Washington voulait mettre la main - politiquement et surtout commercialement -  sur l'immense espace de l'empire français d'avant-guerre. D'où la rhétorique et la tactique anti-colonialiste du Département d'Etat, qui correspondaient à cette stratégie cohérente  : on pense par exemple au "suicide" du géologue pétrolier français Conrad Kilian en 1950, et au soutien de la CIA au FLN.

Mais à partir de 1959 (premières mesures gaulliennes annonçant le retrait de l'Otan), cette cohérence fait place à une autre priorité : se débarrasser de De Gaulle par n'importe quels moyens, même contradictoires. Tout en continuant d'aider le FLN-ALN, Washington aide alors les ultras de l'Algérie française. Les pages 152 à  162  du livre d'Eric Branca révèlent des choses ahurissantes sur les opérations de soutien de la CIA aux putschistes de 1961, puis à l'OAS :  non pour maintenir une Algérie française condamnée, mais pour renverser de Gaulle - voire l'assassiner, dira Allen Dulles... Washington peut compter sur des hommes sûrs dans les rangs des ultras : les militaires français du réseau "anti-communiste" Stay behind de la CIA [**], organisé dans les années 1950, parmi lesquels le général Challe et le colonel Lacheroy, chef de file du lieutenant-colonel Bastien-Thiry, catholique intégriste qui prend de Gaulle pour un diable de Moscou et considère l'arme nucléaire française comme une trahison de l'atlantisme (il le dira lui-même à son procès). Mais les ultra-cathos ne sont pas seuls en cause : Susini lui-même, incarnation d'une autre extrême droite, sera hébergé en 1962 au consulat américain d'Alger, comme l'établit un document suisse révélé par Eric Branca. Expliquant les objectifs US, ce dernier souligne que ces opérations de la CIA, dictées par le complexe militaro-industriel, étaient conçues sans en référer à la Maison Blanche ; Kennedy sera assassiné un an plus tard, et de Gaulle dira de cet attentat : "La police a fait le coup, ou bien elle l'a fait faire, ou bien elle l'a laissé faire."

Comme les pages d'Eric Branca sur Vichy, ses pages sur l'Algérie ne nous informent pas seulement sur les conspiracies  au sein de "l'Etat profond" washingtonien, et sur son attitude-réflexe envers la France  : elles nous donnent la généalogie de postures partisanes françaises que l'on retrouve aujourd'hui dans divers milieux idéologiques et politiques, comme je l'évoquerai dans ma troisième et dernière note sur ce livre essentiel. Que ces échantillons vous incitent à lire L'Ami américain

 

à suivre

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[*]   http://www.infoguerre.fr/culture-et-influence/hegemonie-d... :  "Pour les Américains, la signature de ces accords est stratégique puisqu’ils veulent 'enrayer la montée progressive du communisme' en imposant le modèle culturel américain.  Le 28 mai 1946, Léon Blum, désigné négociateur et représentant des intérêts français et James Byrnes, alors secrétaire d’état des Etats-Unis, signent les accords Blum-Byrnes. Ces accords prévoient l’effacement d’une grande partie de la dette due au prêt-bail, soit 2 milliard de dollars, mais également une aide de 300 millions de dollars remboursables sur 35 ans ainsi qu’un nouveau prêt bancaire de 650 millions de dollars pour la reconstruction. En contrepartie des accords signés avec les pays européens, les Etats Unis demandent une large libéralisation des échanges, la réduction des tarifs douaniers et la suppression de la préférence nationale en matière de commerce. Le but est de faciliter l’entrée sur le marché européen des produits de grande consommation venant des Etats-Unis, ainsi que de la bibliothèque de plus de 2000 films tournés pendant la guerre et prêts à déferler sur l’Europe..." 

 [**]  Au même moment la CIA organisait en Italie le réseau "anticommuniste" Gladio, qu'on retrouvera impliqué dans les projets de putsch et les attentats néofascistes des années 1970.

 

 

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Commentaires

à Feld

> Dommage que ce soit off ! Excellente nouvelle.
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Écrit par : à Feld / | 10/12/2017

IDÉES COURTES, LONGS EFFETS

> Il est dans l'histoire de curieux échos : on peut considérer que les Etats-Unis furent fondés grâce à une intervention française qui contribua à ruiner les finances du royaume et à importer des idées "nouvelles", devenant ainsi une des causes de la Révolution.
Or, plus tard, comme pour encadrer chronologiquement les appuis changeants de la CIA en faveur du FLN puis de l'OAS, on peut citer le soutien des Etats-Unis à Ho-Chi-Minh au tout début de la guerre d'Indochine, puis celui au Vietnam du Sud contre le même Ho-Chi-Minh (et ses successeurs) qui finit par une guerre désastreuse.
Dans les deux cas, le même mélange d'idéalisme (soutien à la liberté des colons américains dans le premier, soutien à l'émancipation des peuples colonisés dans le second) et de vues courtes et intéressées (affaiblir ou humilier l'Angleterre dans le premier, affaiblir la France dans le second) a eu des conséquences catastrophiques.
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Écrit par : Sven Laval / | 12/12/2017

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