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07/12/2017

Cadeau politique pour les fêtes : 'L'Ami américain' (1/3)

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380 pages de révélations  sur la politique francophobe  des Etats-Unis. Les faits,  les coulisses, les intentions... Décisif ! De quoi évaluer le crime de notre ré-otanisation récente, et maintenant la bêtise d'une droite  gauloise fascinée par le trumpisme :


 

La grande enquête d'Eric Branca est un événement. Quiconque l'a lue voit d'un autre œil le passé de la France (les années 1940 puis la tentative d'émancipation gaullienne)  et son présent  : la re-vassalisation, amorcée sous Giscard et précipitée sous Sarkozy-Hollande. Fil conducteur de cette enquête : de Gaulle, qui aura été la bête noire des présidents américains - sauf Nixon - pendant trente ans.

Trois textes cités dans ce livre donnent la mesure du drame franco-américain :

► Charles de Gaulle,1963 : "Les Américains ont toujours la tentation de s'appuyer sur ce qui est mou plutôt que de s'appuyer sur ce qui est ferme. Dans tous les pays sous-développés, ils ont la tentation de s'appuyer sur les planches pourries qui leur sont favorables - et d'autant plus favorables que ce sont eux qui les ont pourries -, plutôt que de s'appuyer sur des régimes durs, issus d'une véritable volonté populaire : car ces régimes-là, ils les craignent. Pendant la guerre ils s'appuyaient sur Pétain, ou sur Darlan, sur Giraud, contre de Gaulle qui incarnait la volonté de la nation... Les Américains ne pourront jamais s'empêcher de favoriser au maximum la carrière d'un Jean Monnet, car ils reconnaissent en lui leur homme, et de s'opposer à de Gaulle, car ils sentent en lui un homme qui leur résiste..."  (page 280).

François Mitterrand, 1994 : "La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique... Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort..." (page 319).

► Peter Dale Scott, 2013, sur le complexe militaro-industriel (ou "Etat profond") aux Etats-Unis : "Ce n'est ni une institution formelle ni une équipe secrète, mais plutôt un cercle de contacts au plus haut niveau, souvent personnels, où le pouvoir politique est susceptible d'être dirigé par des gens très riches..."  Leur influence débouche sur ce que P.D.Scott nomme la "politique profonde", qui elle-même peut déclencher "des événements inattendus ou inexpliqués comme l'assassinat du président Kennedy ou le Watergate" (page 289).

 

Le livre (vif et exhaustif) d'Eric Branca est un décryptage des 77 dernières années, sous l'angle de la pression des Etats-Unis à l'encontre de la France.

 

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Le premier choc, le plus déconcertant pour un public français habitué aux lieux communs sur "l'amitié américaine", est de découvrir le jeu réel de Washington entre 1940 et 1944. Si le grand public savait - en gros - que Roosevelt haïssait de Gaulle et ses "so-called Free French", il ignorait que cette haine s'accompagnait d'une complaisance envers le régime Pétain ! Complaisance américaine que les avocats de Pétain (1945) crurent pouvoir invoquer comme brevet d'honorabilité en faveur de leur client, alors qu'elle n'exprimait que les méprisantes intentions des Etats-Unis envers la France...

Le livre de Branca foisonne d'informations innombrables, dont voici quelques échantillons :

- Roosevelt mise sur Vichy dès l'été 1940 en calculant qu'une France vassalisée par Berlin pourra l'être demain par Washington...

- En 1941  (accords Murphy-Weygand), il ravitaille massivement les colonies françaises tenues par Vichy, en calculant que cet "empire" colonial basculera dans l'orbite commerciale des Etats-Unis... 

- En 1941-1942 l'amiral William D. Leahy, ambassadeur US à Vichy, est un fan de Darlan (qui fait pourtant  la cour à Hitler)  et  envoie à Washington des dépêches incendiaires contre de Gaulle... 

- À la Maison Blanche, Roosevelt choie deux Français : l'ambassadeur de Vichy, qui est un homme de Laval et dont les collaborateurs sont des agents de l'Abwehr ; et le franco-américain Jacques de Chambrun, qui le persuade "que les élites françaises passeront aisément de la tutelle allemande à la protection américaine en cas de victoire alliée". Le fils Chambrun, René, est le gendre de Laval.

- Le récit de Branca nous apprend ensuite comment l'industriel d'extrême droite Lemaigre-Dubreuil s'éloigne des intérêts allemands en 1943 et se tourne vers Roosevelt, auquel il apprend l'existence de Giraud - en lui garantissant que  ce général sera le parfait pion des intérêts américains, notamment contre les FFL... Puis comment Roosevelt mise sur Darlan à Alger, tout en sachant que l'amiral s'est gravement compromis avec Hitler et qu'il a commandé le feu contre le débarquement allié...Puis comment Roosevelt mise sur Giraud, quoique celui-ci s'entoure de vichyssois notoires... On sait que l'inflexibilité de De Gaulle, épaulé par Churchill (qui lui non plus ne veut pas des vichyssois), parviendra seule à empêcher Roosevelt de proroger les ex-collabos. Raison pour laquelle Jean Monnet, l'homme de confiance de Washington, écrit en 1943 au secrétaire d'Etat Hopkins que l'urgence est de "détruire de Gaulle"...  En 1943 encore, Washington négocie avec Laval la cession aux Américains des participations extorquées en 1940 par les Allemands dans les grandes entreprises françaises : celles-ci sont dirigées "par des gens déjà habitués à collaborer" auprès desquels Washington trouvera "une compréhension plus grande qu'auprès du général de Gaulle", constate une note des RG parisiens ayant bénéficié d'une fuite venue de Schneider-Creusot.

Après quoi se jouera, en juin 1944, la course de vitesse entre de Gaulle et Roosevelt pour régler le sort de la France libérée. Administration militaire US, comme le prévoit le plan de Washington ? ou République restaurée sans délai ? On sait par quel tour de force les gaullistes gagneront cette course. On sait moins que Roosevelt (influencé par Monnet) disait : "les Français n'ont aucun besoin d'un pouvoir central"  - et croyait que ce pouvoir n'existait pas sous la IIIe République... En 1944, le président tchèque en exil Edvard Benes, retour de Washington, confie à René Massigli : "Je croyais Roosevelt anti-gaulliste. Il est anti-français."

 

J'ai centré ce début de survol du livre sur la période de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle il consacre 110 pages, parce que c'est sur elle que circulent le plus d'idées à l'eau de rose (sans cesse recyclées par le cinéma et la télévision). Le symbole de Charles de Gaulle et du "gaullisme" ayant été vidé  par l'insignifiance de la classe politico-médiatique française, nous avons vu depuis vingt ans de soi-disant héritiers organiser le retour de la République dans la sujétion. Jusqu'où peut aller désormais cette sujétion, et selon quelles étapes, c'est ce que les chapitres suivants de ce  livre-enquête permettent de comprendre. Les faits sont imparables.

 

à suivre

 

 

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19:32 Publié dans Histoire, Idées, USA | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : de gaulle

Commentaires

KENNEDY

> De Gaulle aura été la bête noire des présidents américains, sauf Nixon... Quid de Kennedy ? Je croyais, peut-être naïvement, que le seul président catholique des États-Unis avait été aussi l'un des plus francophiles : qui ne se souvient pas du "je suis le type qui accompagne Jackie à Paris" lancé à la presse en 1961 ? Un an plus tard, durant la crise de la baie des Cochons, Kennedy avait envoyé un émissaire auprès des Français et des Anglais pour s'enquérir de leur soutien ; celui apporté par De Gaulle fut inconditionnel (il refusa même l'accès aux photographies confidentielles que l'Américain avait apportées, croyant Kennedy sur parole). Fort paradoxalement, les Britanniques furent beaucoup plus tatillons, ne s'étant engagés qu'à la vue de preuves formelles.
Il est également vrai que le même De Gaulle avait voulu une force de dissuasion nucléaire capable de frapper "tous azimuts", comme me l'a un jour fait (amèrement) remarquer un ami américain. La relation franco-américaine a toujours été à l'image du couple Mitterrand-Rocard : dans le même camp, mais sans aucune confiance réciproque.

PV


[ PP à PV - J'en parlerai dans ma seconde note sur le livre d'Eric Branca. De Gaulle disait que Kennedy avait manqué de temps pour donner sa mesure. Mais c'est avec Nixon qu'il a eu les meilleures relations personnelles et politiques : à un point surprenant, révèle le livre... ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 08/12/2017

UNILATÉRALISME U.S.

> http://biosphere.blog.lemonde.fr/2017/12/07/barack-obama-ne-vaut-pas-beaucoup-plus-que-donald-trump/
Excellent papier sur l'unilatéralisme américain, envisagé en particulier sous l'angle de la lutte contre le réchauffement climatique. "L'Amérique d'abord" a justifié, quels qu'aient été les présidents en exercice, la défense du soi-disant mode de vie à l'américaine, volontiers suprématiste et monstrueusement énergivore.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 08/12/2017

NOUVEAUX

> En réclamant d'avance l'indulgence pour un ou plusieurs trolls, je demanderais volontiers si les nouveaux US version 2017-2018 ne seraient pas la Chine, voire les pétromonarchies du golfe, qu'en pensez-vous ?

Aventin


[ PP à Aventin :
- On ne trouve évidemment pas à Pékin ou à Riyad le tropisme anti-Paris qui a animé Washington pendant près de 80 ans...
- Le problème géopolitique aujourd'hui est "global". Mais tant que les Occidentaux persisteront dans leur modèle économique prédateur-gaspilleur, ce modèle restera "global" et fera des émules partout. Cf le très intéressant entretien H. Le Bras - G. Bœuf dans 'Le Monde' (Idées) d'aujourd'hui... ]

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Écrit par : Aventin / | 08/12/2017

DISCUSSION

> Mais les USA n'ont-ils pas un peu évolué sur la France depuis de Gaulle ? Le récent voyage de Trump montrerait peut-être que désormais la France est considérée comme une grande puissance européenne. C'est ce que de Gaulle avait voulu.
Le désir des USA est que tous les pays leur ressemblent, et, hélas, c'est ce qui est arrivé à la France, avec pèle-mêle, depuis peu, la réintégration dans l'OTAN et l'américanisation à outrance de la culture (dont l'apothéose Johnny est un symptôme).

Bégand


[ PP à Bégand - Trump est venu à l'invitation de Macron, qui pensait ainsi le "prendre en main" sur la question climatique. On a vu le succès de l'initiative... ]

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Écrit par : Bégand / | 08/12/2017

TERMINOLOGIE

> "les fêtes" ?
"Noël" vous voulez dire, et le jour de l'An.
si même votre blog adopte ce langage consumériste, alors...

jbernard


[ PP à jbernard - Cher censeur, je ne considère pas que Noël soit le moment d'offrir des choses achetées. Restent donc : le 1er janvier, "fête" laïque, et les "fêtes" d'anniversaires tombant durant la période... ]

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Écrit par : jbernard@ / | 09/12/2017

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