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09/11/2017

'Paradise papers' : le tapage et les réalités

paradise papers

Il y a du sous-jacent dans cette campagne :


 

La campagne Paradise papers n'est pas aussi candide qu'elle en a l'air. On a raison d'y voir une indignation sélective avec arrière-pensées bruxelloises. Mais on a tort d'en déduire (comme font les sites libéraux) que le mal est dans l'existence des fiscalités nationales !

1. Arrière-pensées bruxelloises

Cette campagne vise les paradis fiscaux anglophones : les "libéraux souverainistes" (se dire à la fois libéral et souverainiste est une monstrueuse incohérence) en déduisent que c'est pour punir Londres de son Brexit. Peut-être ont-ils raison sur ce point, mais ils feraient mieux de comprendre : a) que la dérégulation financière est la clé de voûte et le vrai but du libéralisme ; b) que le libéralisme fait bien meilleur ménage avec Bruxelles - siège de l'Eurolobbyland - qu'avec les Etats nationaux ; c) et que l'Union européenne, plate-forme technique du libéralisme, est en elle-même un paradis fiscal :  Luxembourg, Irlande, patent-boxes (niches de défiscalisation de la propriété industrielle) aux Pays-Bas, etc. Quant aux Etats membres, ils sont eux-mêmes d'une monstrueuse incohérence en fiscalisant d'une part tout en laissant faire d'autre part, comme s'il était normal que les impôts soient en proportion inverse des profits !  Qui a rendu légal ce qu'on euphémise en "optimisation fiscale" ? les Etats : ce qui se passe aux îles Caïmans n'est pas plus illégal que ce qui se passe à Dublin ou à Luxembourg.

2. Offensive libérale

Il y a du sous-jacent dans la campagne anti-Caïmans (et autres îles) orchestrée par des médias aux mains de la finance. De façon affichée ou sournoise selon les enseignes, cette campagne tend à  accuser les fiscalités nationales d'être "confiscatoires" - on n'ose plus dire "socialo-communistes" - et d'obliger les grandes gentilles multinationales à partir s'optimiser sous les cocotiers. C'est un déni de réalité pure et simple.

Je suppose que la jeune Amélie de Montchalin, députée macroniste ultralibérale et "catholique revendiquée", incrimine elle aussi la méchanceté du fisc envers les multinationales. Je lui rappelle donc les positions de l'Eglise catholique dans ce domaine (Compendium de la doctrine sociale et encycliques) :

- le système financier global est à réformer radicalement pour remettre la finance au service de l'économie réelle ;

- l'économie réelle doit changer de modèle pour retrouver une dimension humaine ;

- réguler la sphère financière est un devoir pour la communauté internationale et pour les Etats dominants ;

- l'impôt national est l'instrument du bien commun et doit être proportionné aux profits pour assurer une redistribution équitable.

"Ce n'est pas libéral !"

Non , Madame : ce n'est pas libéral.

 

 

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Commentaires

"JE ME DÉSOLE"

> Si cette optimisation fiscale est possible massivement, c'est qu'elle est légale et si elle est légale, c'est par des clauses qui permettent la libre circulation des capitaux.
Comme catholique et citoyen français lambda je me désole et m’étonne de l’aveuglement ou de l'incohérence des milieux dirigeants et militants (vertueusement indignés) de l’Eglise de France, sur la nocivité des institutions et traités qui permettent dès maintenant la mondialisation financière par la libre circulation des capitaux. Un vrai TABOU, pendant qu’on se focalise sur le danger des futurs traités (du TAFTA et du CETA), nocifs, mais pas pires que les précédents.
Que dit-on sur : l’étalon dollar, l’OMC, les clauses libre-échangiste des traités européens etc.... ?
Rien.
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Écrit par : Pierre Huet / | 09/11/2017

@ Pierre Huet

> Un vrai tabou. Ou en tous cas un silence pesant. On entend sans cesse vanter une Union Européenne, dont on déplore par ailleurs les effets en termes de pauvreté... sans semble-t-il voir le lien de cause à effets entre celle-ci et ceux-là. Voilà qui ne lasse pas de m'étonner.
C'est comme si tout ce que l'on peut lire ici ou là sur les méfaits de l'Europe n'existait pas, était intégralement ignoré.
On a l'impression que l'Europe est quelque chose de très abstrait, qui n'a pas grand chose à voir avec la réalité.
Sait-on que le salaire minimum en Roumanie tourne autour des 450 € (ce chiffre ce sont des amis qui vivent actuellement dans le pays qui me l'ont rapporté), de 157 € en Bulgarie...? S'interroge-t-on sur les conséquences sociales que cela va avoir dans d'autre pays de l'Union Européenne ?
Non: on saute sur sa chaise comme un cabris en criant: l'Europe... On assiste à de spectaculaires réunions complètement surréalistes de mouvements d'Eglise, à la suite desquelles les chaises doivent être en bien mauvais état...
On entend beaucoup de gens qui planent. C'est un des signes distinctifs de l'européiste.
Il m'est d'avis qu'il sera bien difficile d'évangéliser dans un société, où l'on ne tient pas compte d'une Europe qui est en réalité inféodée aux puissances de l'argent, quand les gens s'éloignent lentement mais sûrement du rêve européen. Si l'on ne tient pas compte de ce que vivent les gens, les gens normaux, ce que l'on rencontre à l'arrêt de bus, on pourra toujours aller leur parler du Christ et leur dire que des riches plus riches c'est une bonne chose, au nom du drapeau aux couleurs de la Vierge, on les fera bien rire, si on ne se fait pas cracher dessus.
Il y a des gens qui ont du mal à le comprendre. On se demande dans quel monde ils vivent.
On a semble-t-il oublié que l'option préférentielle pour les cadres sup ne fait pas partie de la Doctrine Sociale de l'Eglise, et qu'on ne trouve guère dans celle-ci de raisonnement fumeux du style: il faut privilégier les cadres sup, comme cela on privilégiera automatiquement les pauvres. Ca c'est libéral, pas catholique.
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Écrit par : ND / | 09/11/2017

DIX ANS DANS UN CABINET D'AFFAIRES

> Avocat de formation, j'ai accompli dix années de ma carrière dans l'un de ces grands cabinets d'affaires anglo-américains qui ont fait de l'optimisation fiscale leur spécialité. La partie juridique était assurée par un cabinet situé dans les murs mêmes de l'étude d'experts-comptables. Les clients, innombrables, s'y pressaient pour obtenir la meilleure offre fiscale possible, faisant intervenir autant de sociétés-écrans que de paradis fiscaux (colonies britanniques pour la plupart). Le dégoût que m'inspira cette inlassable quête du toujours-plus me conduisit à quitter et ledit cabinet et la profession.
Créer des sociétés aux îles Vierges britanniques ou voir émigrer des brevets d'invention à Malte, spécialisée dans la défiscalisation de la propriété industrielle (les 'patent boxes' que vous mentionnez), ne donnait plus aucun sens à mon activité professionnelle.
De ces années, je suis sans doute sorti aigri et désabusé devant le cynisme de certains industriels, qui en toute légalité soustrayaient des centaines de milliers d'euros au fisc de leur lieu d'activité réelle tout en écrasant le montant des honoraires parfois au-delà de toute décence.
Car tel est le modèle ultra-libéral : la seule doxa qui vaille, c'est la maximisation du profit pour le bien des seuls actionnaires, au détriment de tous les autres acteurs économiques, qu'ils soient salariés, consultants, avocats ou experts-comptables.
Évidemment, tout ce joli monde se revendique souvent de l'étiquette de "progressistes" ; ils sont à l'image de ces financiers de Wall Street qui émargent au parti démocrate. Pour nombre de ces libéraux, tout impôt sur les sociétés supérieur à quinze pour cent est spoliateur par nature ; or ces mêmes personnes n'ont aucune gêne à utiliser le service de santé publique, les trains, les autoroutes. Rien de ceci n'existerait sans une juste participation de tous au bien commun.
La plupart de ces personnes, formées en école de commerce ou en institut de droit des affaires, n'a même plus conscience de ses contradictions. Seul compte l'argent : pour une réunion, on prendra un vol en classe affaires jusqu'à l'autre bout des États-Unis en n'ayant cure du bilan carbone. Mon ancien supérieur était ainsi constamment en déplacement, enchaînant hôtels de luxe et vols longs courriers ; son empreinte carbone devait être le centuple de celle d'un Africain, mais de ceci, le sympathisant de gauche qu'il était ne se souciait guère. L'important, c'était que les affaires tournent et que les clients soient satisfaits des savants montages proposés, en d'autres termes qu'ils gagnent largement au change.
L'individualisme poussé à son paroxysme, fondement de l'avidité, guide ainsi le monde des affaires ; c'est à son contact que mon écœurement grandit jusqu'à ce que je redécouvre avec soulagement et consolation la Parole de Dieu et le magistère de l'Église il y a quelques années.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 13/11/2017

FISCALITÉS

> « Le mal est dans l’existence des fiscalités nationales », ben voyons, la commission de Bruxelles pourrait ajouter, et là on ne lui prêterait aucune arrière-pensée : « Le mal est dans l’existence de services sociaux nationaux ».
Nos dirigeants français et européens sont écœurants de mauvaise foi, et au train où vont les choses, Bruxelles et nos bons apôtres de la République en marche conjugueront bientôt « paradis fiscaux » et « paradis sociaux ».
Voyez la façon dont, dès à présent, le président Macron, qui n’a pas eu un mot pour dénoncer les paradis fiscaux, a traité la question du « progrès social » lors des cérémonies du 11 novembre. Apparemment logique, mais selon quelle logique : celui du banquier d'affaires ou du garant de la solidarité nationale ?
En réponse à la mère de famille, membre de la société des amis de Georges Clemenceau, qui l’interpellait sur la future retraite de ses enfants étudiants, le chef de l’Etat a déclaré : « Le progrès social, c'est celui qu'on peut se payer, soi… Comme dirait le Général, on va pas sauter comme des cabris sur une chaise en disant “progrès social, progrès social”, si on sait pas se le payer ? Je suis pour le progrès social mais celui que l'on sait se construire. »
Reste à comprendre ce que sera le « paradis social » français de M. Macron. Quand il dit que cela sera chacun pour soi, qu'a-t-il en tête ? Que chacun place les pépettes de sa future retraite dans un « paradis fiscal » ?
Je ne doute pas que nos aimables confrères et consœurs du Tout-Media sauront lui poser cette question, à la première occasion…
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Écrit par : Denis / | 13/11/2017

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