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24/08/2017

Réagir au terrorisme... sans faire jouir les terroristes

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Réflexions du sociologue Michel Fize sur l'émotion médiatique :


 

La surenchère voyeuriste des médias - surtout les télévisions d'info permanente - "nourrit la folie meurtrière des terroristes"... et commence à lui ajouter celle de fous authentiques, constate Michel Fize dans Le Monde du 25/08. Extraits de son analyse accompagnés de nos commentaires :

► Le djihadiste conçoit sa propre mort comme une victoire : « Pour un terroriste, voir sur les écrans un frère d'armes abattu constitue un puissant stimulant au passage à l'acte meurtrier. »

► D'autre part, « la diffusion en boucle d'images de crimes terroristes crée chez des déséquilibrés mentaux une volonté d'agir... »  [*]

► Enfin : « à trop scénariser l'émotionnel collectif, on encourage tout autant les actions criminelles. Par toutes ces démonstrations réactives de recueillement, prières, défilés, nous montrons moins aux fanatiques que nous sommes solidaires, rassemblés, qu'éprouvés, affectés par les actes d'horreur commis. C'est donc bien d'abord une image de faiblesse émotionnelle que nous renvoyons à nos ennemis... Voir des visages affligés, en larmes ou des sanglots dans la voix, en quoi cela atteste-t-il en effet d'une détermination "à ne pas se laisser faire" ? »

Donc « il faut moins d'images télévisuelles, moins d'expressions collectives émotionnelles ». L'attentat de Barcelone « détient le record à la fois des formes d'expression émotive, du nombre de personnes et d'institutions impliquées dans la procédure empathique et dans le nombre de journées d'hommages divers : une semaine déjà...» « Irrésistible spirale de l'émotivité », applicable à « tous les événements sociaux douloureux » et qui en dit long sur la liquéfaction de nos sociétés libérales avancées : faute de corps intermédiaires naturels et proches, l'individu ne peut « attester sa propre existence dans la société » qu'en partageant une émotion de masse  - ou plutôt en fusionnant avec elle : en se fondant en elle.

Ajouter à cela le non-sens de cette société de l'individu (consommateur). Niant le peuple en tant que corps politique, elle lui ferme la voie de l'affirmation commune : ne reste aux gens que l'auto-spectacle de leur "émotion de foule" à laquelle tout contenu positif est interdit ; alors nous déposons des peluches et nous dessinons des coeurs sur le trottoir. Cette compassion pathétique fait jouir le sadisme des terroristes.

Comment prendre le contrepied des terroristes sans faire leur jeu de cette façon, qui leur semble masochiste ? et sans tomber - à l'inverse - dans l'appel aux représailles, qui ferait également le jeu du terrorisme puisque c'est l'un des effets qu'il vise ?

Grave dilemme. M. Macron avait paru l'évoquer dans son discours de Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet : mais ce propos théorique - dû à un conseiller présidentiel - n'a pas encore su se concrétiser. 

 

__________

[*]  NDPP - L'autre police des mots (la police privée politically incorrect) voudrait nous interdire de prendre en compte l'influence des reportages sur les malades mentaux. C'est pourtant une donnée contemporaine flagrante.

 

00:00 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : attentats

Commentaires

LA SEULE RÉPONSE

> Répondre par la violence à des personnes qui ne connaissent que la violence, et sont enfermées dans une structure (psychique, sociale, religieuse) de violence, parce que idéologique, c'est leur donner raison et entretenir cette spirale infernale.
La seule réponse valable, c'est celle de l'Amour : notre mission est seulement de témoigner de cet Amour jusqu'au martyre. Seul ce témoignage, seul l'Amour semé peut transformer des coeurs enfermés dans la violence et la haine en coeurs de chair.
La "benedict option" est problématique si elle enferme dans un ghetto, empêchant de semer cet Amour à tous vents.
La réaction identitaire "virile" est problématique parce qu'elle ne permet pas de sortir de cette spirale infernale. Et plus profondément parce qu'elle prétend obtenir les fruits de la conversion, sans avoir à se convertir soi-même à l'Amour...
Ce chemin est exigeant, nous ne pourrons pas nous en sortir en étant moins que des saints. Cela me paraît de plus en plus clair.
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Écrit par : Pema / | 25/08/2017

@ Pema

> Et à moi, il est de plus en plus clair que, à vue humaine en tout cas, nous ne nous en sortirons pas...

ps : mais il y a déjà des petits miracles. Comment se fait-il qu'il n'y ait pas PLUS d'attentats au véhicule bélier ? Si faciles à mettre en oeuvre, sans avoir besoin de complicités ?
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Écrit par : Feld / | 26/08/2017

MARCHÉ ÉMOTIONNEL

> Se placer sur le plan émotionnel ("je condamne fermement avec la plus virile fermeté") ou moral ("la haine c'est pas bien") permet d'évacuer la question de l'action politique.
Je ne demande pas à nos dirigeants d'exprimer leur condamnation ni leur compassion mais d'expliquer leur action politique - de long terme.
Mais accepterait-on cela ? On rouspète dès que le délai de touitage émotiono-compassionnel semble trop long !)
Pour l'effet d'encouragement des images de mort et de carnage, j'ai toujours été frappé et scandalisé, en soit, qu'on montre l'image d'un mort (fût-ce Khadafi ou S. Hussein) : les personnes filmées et photographiées ne peuvent exercer leur droit à l'image, ils ne peuvent protester.
Je ne vois pas trop de solution, à part protester auprès des médias que ce marché émotionnel n'enrichit que trop pour entendre la question morale. Ceci dit parfois montrer certaines images remet les choses en place (je pense aux méchants manifestants pro-Constituante brûlés vifs au Vénézuela par les gentils démocrates anti-Constituante).
J'ignore comment la profession journalistique envisage la question et quelles seraient les solutions ?
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Écrit par : DV / | 27/08/2017

@ DV

> Pour comprendre l'horreur, pas besoin d'image, mais d'imagination:
«et si la victime était ma mère, mon frère, … ?»
Donc la réaction (à notre petite échelle):
- Ne pas cliquer, ne pas acheter les médias concernés
(protester si on est abonné)
- Inciter nos proches à faire de même,
en se référant à ce qui est dit dans l'article
et éventuellement à ce que je dit ci-dessus.
______

Écrit par : olivier / | 29/08/2017

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