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16/08/2017

Rentrée sociale chaude pour Emmanuel Macron ?

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La réforme du code du travail va-t-elle profiter à l'économie réelle... ou à la volatilité financière ?


 

Mal élu et fort bas dans les sondages, Emmanuel Macron doit s'attendre à une rentrée difficile. Ne parlons pas de ce qui excite les médias (couacs, pipolisation et "opacités"), mais du contenu économique et social de l'action future.

La réforme du code du travail est enclenchée : les neuf ordonnances seront publiées par tranches à partir du 21 août, soumises au Conseil d'Etat le 28 août, évaluées le 6 septembre par les partenaires sociaux, et présentées le 20 septembre en Conseil des ministres. En attendant de connaître leurs dispositions définitives, on constate sans surprise ce qu'en disent les commentateurs de gauche et de droite :

L'Humanité souligne le contexte : "La mobilité et la flexibilité annoncées comme autant d'objectifs de la loi travail sont les accélérateurs d'une économie de prédation, volatile, orientée vers le profit à court terme et en quête permanente de rentabilité dans cette concurrence mondiale sans frein. C'est danser sur le volcan."

Mais Le Figaro lance un ultimatum. "Recul interdit !", écrit-il à propos de la dérégulation en cours : " Pour créer de vrais emplois durables, le gouvernement se doit de mettre en place un environnement qui incite les entreprises à embaucher. En s'attaquant bien entendu à la réforme du Code du travail pour libérer les entreprises du carcan qui les étouffe, mais aussi en réduisant le coût du travail, en favorisant l'investissement, en améliorant la formation..." 

Que le célèbre retour-de-la-croissance dépende d'une dérégulation et d'une fragilisation accrue sur le plan social est un axiome : principe indémontré et indémontrable.

L'axiome du Medef et du Figaro ne répond pas à la critique de l'Humanité, qui répète ce que disent des économistes nullement marxiens : libérer le profit sans l'orienter vers l'investissement (risque national), c'est aggraver la volatilité qui prépare la prochaine crise financière (globale).

La politique économique et sociale de M. Macron tiendra-t-elle compte du risque ? Pour avoir évoqué ce problème lors d'une émission en juin, je fus pris à partie avec imprécations...  Nous sommes sommés de ne plus raisonner qu'à l'intérieur du pieux Paradigme libéral. Il devient dangereux de se pencher au dehors : e' pericoloso sporgersi, lisait-on autrefois sous les fenêtres des compartiments SNCF.

 

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Commentaires

TABOU

> Dans le débat sur la libéralisation du code du travail, il y a un non-dit: c'est que du fait du libre-échange international, le coût du travail et la flexibilité des entreprises ne peuvent pas être trop différents de ce qu'ils sont en Europe de l'Est voire en Extrême-Orient.
Faut pas rêver.
On ne peut donc éviter la macronisation de l'économie, pas plus que la dégradation de l'environnement, sans remettre en cause la mondialisation économique.
Pour avoir écouté quelques forums,assises ou tables rondes, j'ai compris que c'était un sujet tabou même et surtout pour les catholiques, et je crains que ceux "de gauche" ne soient les pires.

PH


[ PP à PH - Diable ! Les "cathos de gauche" (mais en reste-t-il qui ne soient pas devenus macronistes ?) récuseraient-ils 'Laudato Si', 'Evangelii gaudium' et le discours de Santa-Cruz, textes impitoyables envers la mondialisation néolibérale ??? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 16/08/2017

FÉLIBRES

> E pericoloso sporgersi ?… Notez bien, cher PP, qu’Emmanuel Macron parle depuis peu le provençal, aussi bien que l’italien. Il a d’ailleurs profité de ses vacances marseillaises pour titiller le ballon avec les joueurs de l’OM, il est vrai acquis à l’ultralibéralisme du mercato.
Sans doute leur aura-t-il rappelé l’adage provençal : « E debalent se abenca pèr orto »… du moins, sans un bon agent, et tant que le montant du transfert n’est pas acté et signé !
Leur aura-t-il aussi raconté, à titre d’illustration, son transfert de l’inspection des Finances à la banque Rothschild en 2008 ?

Denis


[ PP à D. - Je n'ai pas de dictionnaire provençal-français : pouvez-vous nous dire ce que signifie l'adage ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Denis / | 16/08/2017

@ PP

> Il est dangereux de se pencher au dehors !… "E debalent se abenca pèr orto"…
Je dois le confesser, cher PP, ça n'est pas du Pagnol ! Cet "adage provençal" est de raccroc… et son copyright doit être en l'occurrence partagé entre la SNCF et Lexilogos ( http://www.lexilogos.com/provencal_dictionnaire.htm ).

Denis


[ PP à D. :
" Roussignolets di la Craù
E tou lis otres animo,
Grillon, abeillo, cigàlo
Se criei : "Troun dé l'èr, é tombei à geinous !"
(Reboux et Müller) ]

respònsa au comentari

Écrit par : Denis / | 16/08/2017

TUTU PANPAN

> La citation que vous faites du "Figaro" est digne d'un "à la manière de" par Reboux et Müller (merci aussi pour l'extrait de la "Legeinde de la belle Clemènço, la floùr d'Avignoun") :
"Pour créer de vrais emplois durables, le gouvernement se doit de mettre en place un environnement qui incite les entreprises à embaucher. En s'attaquant bien entendu à la réforme du Code du travail pour libérer les entreprises du carcan qui les étouffe..." : si je comprends bien ce figaresque oracle, une réforme facilitant (entre autres choses) les licenciements permettrait de créer des emplois durables. Dans cet usage du mot "durable", quelque chose m'échappe, en supposant que je ne suis pas de mauvaise foi.

SL


[ PP à SL - En effet, l'idée de Destruction Schumpéterienne (chère au 'Figaro' et à 'Valeurs actuelles') ressemble elle-même à une galéjade. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Sven Laval / | 16/08/2017

PAS VRAIMENT

> Juste une question, vous y croyez à une rentrée sociale chaude? Moi, en-dehors des agitations folkloriques e la cgt et de sud, pas vraiment.
______

Écrit par : VF / | 16/08/2017

TROUN

> « La belle Clemènço », magnifique trouvaille, je m’incline devant le félibre PP ! (surtout en hommage à un chef d’Etat apparemment soucieux d’inscrire ses pas dans ceux du héros de 1917-1918, Georges Clemenceau… quitte à se pasticher lui-même – nous avons tous en mémoire le fameux : « je suis votre chef ! » du 13 juillet dernier).
Or donc, s’amusaient Reboux et Müller :
« Mario pri dins l’èr dè fils di la Viergo,
En fi oun boùnet arlésieïng
E, avé soun divino maïng,
Tout-d’un-tèmps, mi coquettemeïng
Lou blàn bounet sus lou teste di Clemènço.
Tutu panpan, etc.
Et la bello si reveillo,
E s’en allo en cantanto,
E il éto d’oune splendoùr si merveillous
Que roussignolets di la Cràu,
Et tou lis otres animo,
Grillon, abeillo, cigàlo,
Se criei : “Troun dé l’èr”, é tombai à geinous !
Tutu panpan,
Felibri galéjade !
E zoù ! zoù ! zoù !
E lagadigadou ! »
Dans ce passage, j’avoue que j’ai un faible pour le vieux « juron provençal » appliqué à notre président jupitérien, qui inscrivait ces jours-ci ses pas dans ceux de Pagnol… « Troun de l’èr ! »
L’expression semble avoir été créée pour lui ! ( voyez ce qu’en dit https://fr.wiktionary.org/wiki/troun_de_l%E2%80%99air )
______

Écrit par : Denis / | 16/08/2017

@ PP

> Je ne sais pas s'ils récusent consciemment quoi que ce soit, mais, de fait, la mondialisation est dans un angle mort, on ne veut pas la voir, ou plus pernicieusement, on dénonce son aggravation dans le style "Non au TAFTA".
Mais, ce qui existe déjà, on ne le remet guère en cause, surtout pas de "repli nationaliste".
______

Écrit par : Pierre Huet / | 16/08/2017

PÉTROLE

> Pour faire de la croissance, c'est facile : il suffit de consommer plus de pétrole (chaque année). Le taux de croissance du PIB est directement lié au taux de croissance de consommation du pétrole.
https://jancovici.com/transition-energetique/petrole/le-prix-du-petrole-gouverne-t-il-leconomie/
Mais cela, aucun économiste ne s'en est encore aperçu. Or, comme la consommation de pétrole en Europe stagne ou baisse depuis 10 ans, la croissance fait de même (avec 1% de bonus).
Consommer plus de pétrole ? facile ! il suffit de l'acheter au Saoudiens, avant les Chinois ! mais avec quel argent ? mystère. Comme la production mondiale de pétrole plafonne depuis 10 ans, ca devient chaud au niveau de la compétition mondiale entre pays pour capturer les précieux barils !
Cdt,
______

Écrit par : Bergil / | 17/08/2017

SAVOIE

> En ces temps de post-démocratie, et pour surenchérir sur la poésie provençale voici, dans une autre langue romane régionale, un poème d'Amélie Gex, poétesse savoyarde de la fin du XIXème :

"Le pêinsé de Dian chu le-s-élechon

Dépoué voui zor d'ai rechu pe la posta
d'quê far' on moué de lettre et de zornaux.
D'êin ai rechu mé que Monchu de Costa,
Mé que le pape et tô so cardinaux.
U-s-habit blanc, u portu de belouze
Tô çlo papié font tant de complimêint,
Tant de-s-histouère et diont si belle chouse
Que plu de ion (bis) le comprêind pas lameint.

Refrain

Mâgré voutro discor et mâgré voutro prôno,
Incorâ de Savoué,
Et vo, nôble-s-avoué,
Le râi n'ira p'onco s'achetâ su son trôno
Si lu faut que ma voué, rien que ma voué !

I diont qu'on râi bâra çâque semânna
U païsan on grou polet ruti,
Qu'à lo moueuton on côpera la lânna
Tré fai pe-r-an pe lu far' on manti,
Qu'on vêindra miù le vin de noutre bôsse
Pasque le râi, pe vivre êin bon vézin,
Dâit çâque zor far' on repâ de nôce
Pe r'imboti (bis) so-s-oncl' et so cozin.

Noutra Sasson n'âme pas le-s-affiche
De lo marquis que m'appélont : "Monchu".
- De çlo deniâ, quoui payera le miche ?
Dian sara tê, te pou comptâ dechu.
Y a bin lontêimps qu'i ramelont sêin cessa
Qu'i no baront plu d'bouro que de pan;
Mais, va tié leù, comptêint chu leu promessa,
Avant d'êintrâ (bis) t'faré sovêint : pan ! pan !...

- Vouà, t'â râison, Sasson, la Republica
N'a pas besuin, com'on râi, de valet,
Et chur, tié li, pe porta 'na supplica,
Lo païsan êintreront preu solet.
Léchont lo grou fâre leu reverance
Pe quinze zor, i no font bon sêimblant,
I l'ont tot l'an pe se conflâ la panse.
Faut trop de brin (bis) p'ingréché lo bou blanc !"

Soit en français :

"Le pensées de Jean [pseudonyme d'Amélie Gex] sur les élections

Depuis huit jours j'ai reçu par la poste
De quoi faire un tas de lettres et de journaux.
J'en ai reçu plus que Monsieur de Costa (noblesse locale],
Plus que le pape et tous ses cardinaux.
Aux habits blanc, aux porteurs de blouses
Tous ces papiers font tant de compliments,
Tant d'histoires, disent si belles choses
Que plus d'un ne les comprend pas seulement.

Refrain

Malgré vos discours et malgré vos prônes,
Curés de Savoie,
Et, vous, nobles aussi,
Le roi n'ira pas encore s'assoir sur son trône
S'il ne lui faut que ma voix, rien que ma voix.

On dit qu'un roi donnera chaque semaine
Au paysan un gros poulet rôti;
Qu'aux moutons on coupera la laine
Trois fois par an pour lui en faire un manteau;
Qu'on vendra mieux le vin de nos tonneaux,
Parce que le roi, pour vivre en bon voisin,
Doit chaque jour, faire un repas de noce
Pour engraisser ses oncles et ses cousins.

Notre Françoise n'aime pas les affiches
De ces marquis qui m'appellent : "Monsieur"
- De ces dîners, qui payera les miches ?
Jean ce sera toi, tu peux compter dessus.
Il y a bien longtemps qu'ils rabâchent sans cesse
Qu'il nous donneront plus de beurre que de pain;
Mais, va chez eux, comptant sur leur promesse,
Avant d'entrer tu fera souvent : Pan ! Pan !

_ Oui, tu as raison, Françoise, la République
N'a pas besoin, comme un roi, de valets.
Et sûr, chez elle, pour porter une supplique,
Les paysans entreront assez seuls...
Laissons les puissants faire leur révérence
Pour quinze jours, ils nous font bons semblants,
Ils ont toute l'année pour se gonfler le ventre.
Il faut trop de son pour engraisser les boeufs blancs !"

Dans le fond, la post-démocratie n'est pas si récente (en tout cas, elle a des précédents), la comédie pré-électorale et les désillusions post-électorales (sauf si on ne s'est pas laissé fasciner par les beau-parleurs) la IIIème République connaissait déjà bien. Au proverbe provençal « E debalent se abenca pèr orto" "il est dangereux de se pencher dehors", j'ajouterai le proverbe savoyard : "é plu ran ke dzan lé goye", littéralement "il ne pleut que dans les flaques", c'est-à-dire que l'argent n'arrive en masse que là où se trouve déjà concentré (donc le pouvoir financier qui a mis son pion à l'Elysée, et il y a gros à parier, si j'ose dire, que les mêmes continueront de s'engraisser, mais pas avec du son, avec encore plus de voracité si on en croit les réformes annoncées; les pauvres moutons ne seront plus tondus trois fois par an mais trois fois par mois). Les paysans savoyards d'autrefois avaient déjà percé le mensonge du "trickle-down", du "ruissellement" libéral.
______

Écrit par : Aurélien Million / | 17/08/2017

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