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11/07/2017

Codex n° 4 : le quiproquo de l'Action française

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Dans ce numéro d'été, le dossier d'un piège pour les catholiques :


 

 

« S'intéresser à Maurras aujourd'hui, c'est revisiter l'histoire du catholicisme depuis la Révolution. Pour être concret, c'est comprendre l'intégrisme, le concile Vatican II, l'hostilité que soulève parfois le pape François... Cette histoire est bien connue des historiens et on s'inquiète de la voir parfois rejouer avec des accents révisionnistes qui ne rendent service à personne. On s'étonne ainsi de trouver, dans le livre récent du journaliste Laurent Dandrieu, l'idée que l'Eglise s'est politiquement (sic) trompée avec le ralliement (Léon XIII) ou la condamnation de l'Action française (Pie XI) [...]  Ailleurs encore, l'universitaire italien Roberto de Mattei propose une relecture qui défie à peu près tous les consensus universitaires sur le sujet... La condamnation de l'Action française était seulement une question de temps. Elle était inévitable. »  

 

Cet éditorial de Jean-Yves Riou, directeur du "livre-magazine" trimestriel Codex (histoire, archéologie, culture et patrimoine), présente un dossier de 54 pages qui donne les clés d'une mémoire controversée - celle de l'Action française et de son rapport au catholicisme : « En promouvant une religion catholique bastion de l'ordre, définie comme "le catholicisme moins le christianisme", Maurras tendait à ses alliés catholiques un piège redoutable...» 

Le dossier est proposé au grand public par les meilleurs spécialistes de la période. Au sommaire :  les points de repère historiques (Pr Olivier Dard - Paris IV), le piège d'un catholicisme sans christianisme,  les lignes de force du "nationalisme intégral" et de la culture maurrassienne, la condamnation romaine signée par Pie X et réalisée par Pie XI (Pr Christian Sorel - Lyon II), Maritain au secours de Pie XI (Florian Michel - Sorbonne), le vrai sens de la "levée de l'interdit" en 1939 (Jacques Prévotat (Lille III), le véritable rôle du carmel de Lisieux, le mystère de la conversion ante mortem de Maurras... Et les retombées de tout cela aujourd'hui.

Si l'on s'en tient à la vulgate maurrassienne encore en circulation dans un certain milieu "catho", le maurrassisme n'était que la défense du bien commun (mythe d'une alliance de César et de Dieu) ; et la condamnation par Pie XI en 1926, le fruit d'une pression des gouvernements français auprès du Vatican. Toujours la théorie du complot.

Mais si l'on étudie la question de fond et les documents de la période, on constate : a) que les priorités de l'Eglise catholique n'étaient pas celles de Maurras ; b) que la main-mise de Maurras sur une fraction des milieux catholiques français s'opposait aux priorités de l'Eglise. La rupture était donc inévitable. À tel point qu'elle avait été préparée et même signée d'avance par le futur saint Pie X :  ce qui devrait faire réfléchir les "cathos identitaires" d'aujourd'hui.

Pourtant ils n'y réfléchissent pas. Dans leur esprit, 1926 s'ajoute à la série fantasmée des "graves erreurs" de la papauté : ralliement à la République en 1892 [*], concile Vatican II en 1962, élection du pape François en 2013. Autrement dit : la vie de l'Eglise réelle.

Si "graves erreurs" il y a, on les voit plutôt commises par les avocats du courant réac [**]. Ils trompent leur public deux fois : 1.  en présentant Maurras comme un simple serviteur du bien commun, ce qu'il ne fut que très partiellement... avant d'aboutir au naufrage intellectuel et moral dénoncé par Bernanos dès avant 1940  ;  2.  en présentant le nationalisme comme condition d'un retour de la "chrétienté" : sophisme total, incompatible avec la tâche réelle des croyants. Et coeur du quiproquo entre le maurrassisme et les catholiques !

Ce sophisme agit toujours. En 2017,  le nationalisme a dérivé jusqu'à se réduire au racialisme ; une certaine droite catho - continuant à se tromper sur les priorités du chrétien - se met donc à confondre catholicité et ethnicité. Elle s'ouvre subrepticement aux théories qu'une génération antérieure de la même droite catho anathématisait il y a quarante ans... C'est un engrenage de compromissions : il commence à tourner dès que des catholiques fixent au catholicisme d'autres priorités que celles de l'Evangile. Pie X avait discerné cet engrenage. Pie XI a voulu l'arrêter en 1926. Lire le numéro 4 de Codex concerne notre actualité.

 

https://revue-codex.fr/

 

 

__________

[*]  Ralliement de 1892 toujours conspué en 2017 par les plus butés : ceux qui célèbrent par exemple le livre de M. de Mattei (universitaire italien bergogliophobe et conciliophobe à la manière de la vénéneuse TFP).

[**]  Je ne parle pas ici des fidèles de la forme extraordinaire du rite de la messe (profondément respectable). Je parle de chefs de file, clercs ou laïcs, qui superposent à cette fidélité des ratiocinations beaucoup moins légitimes : ceux qui distillent dans leurs revues la soustraction d'obédience envers un pape étranger à leurs obsessions.

 

 

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12:32 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (11)

Commentaires

TOUJOURS

> C'est bizarre cette permanence de la même vision faussée chez le catho français : toujours chercher des mirages "politiques". Alors qu'il y a tant à faire par ailleurs.
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Écrit par : Vincent Giraud / | 11/07/2017

FUITES

> La fuite du catho vers le politique, de gauche ou de droite, c'est le symptôme d'une foi non nourrie dans sa relation à Dieu...
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Écrit par : Ludovic / | 11/07/2017

PRISME FRANÇAIS

> Très bon texte.
La tentation d'un certain milieu catholique est de penser que le Vatican devrait se plier à sa manière de voir le monde par ce prisme ultra-déformant qu'est la somme des problèmes catho français.
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Écrit par : Benoît / | 11/07/2017

PAGANISME ET CATHOLICISME

> Il est toujours surprenant que des chrétiens se réclament du paganisme...

MG


[ PP à MG - Le catholicisme de la fin de l'Antiquité et du haut Moyen Âge a récupéré et transfiguré (en en modifiant le sens) le meilleur des appels humains exprimés dans le paganisme : cf les analyses de Lubac et Bouyer sur cette question.
Mais ce que nous voyons aujourd'hui est l'inverse d'une évangélisation !
Comme on le vit naguère dans la dérive fascisante ou communisante de catholiques français, on voit des "cathos" hypnotisés par le mirage d'une pseudo-"communauté de valeurs" à "défendre" aux côtés... d'antichrétiens habiles et résolus, dont l'antichristianisme est la raison d'être mais qui rejouent la même carte que Maurras jadis : un "catholicisme sans le christianisme".
Et des notables catho se laissent avoir, avec gourmandise et fierté ! ]

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Écrit par : Michel de Guibert / | 11/07/2017

REMARQUABLE DOSSIER

> Intéressé par ce courant d'idées mais nullement maurrassien, et pourvu sur ce sujet d'une vaste bibliothèque privée, je tiens à dire la qualité remarquable de ce dossier qui donnerait bien des leçons d'objectivité et surtout de rigueur à nombres de journalistes français.
"Catholicisme sans christianisme": la formule convient. On pourrait même dire catholicisme anti-chrétien, tant les premiers écrits de Ch. Maurras sont venimeux contre le cœur évangélique, en particulier contre les Béatitudes et surtout le Magnificat.
Voir pour cela la première édition du 'Chemin de Paradis' (Calmann-Lévy, 1895): " ...Ce fut un des honneurs philosophiques de l’Église ... d’avoir mis aux versets du Magnificat une musique qui en atténue le venin."
Car le maurrassisme est une doctrine politique nationaliste qui voyait dans la structure pyramidale et administrative de l’Église un modèle d’organisation pour la société française, modèle d'ordre et de durée.
Sa condamnation fut pastorale, sa posture demeura politique.
______

Écrit par : Albert E. / | 11/07/2017

NUISANCE

> La foi de ces militants politiques est inversement proportionnelle à leur engagement dans des luttes partisanes vaines... C'est pourquoi j'aurais tendance à minimiser leur pouvoir de nuire à l'Église et au message évangélique.

Ghislain


[ PP à G. :
- Vu de l'intérieur, sans doute.
- Mais ils font écran (visibilité médiatique disproportionnée) entre l'Eglise réelle et l'opinion : leur nuisance tient à cela. ]

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Écrit par : Ghislain / | 12/07/2017

VOIES

> Comme le dit Ludovic, l'urgent est de chercher le Christ, pas un politique.
Et du coup, cher Patrice, je me demande si les "catholiques" qui cherchent à tout prix une réponse politique (ou culturelle, de valeur ou autre fadaises), donc finalement matérialiste et immédiate, ne sont pas tout simplement à la remorque du prince de ce monde? Au lieu de suivre le Messie et de l'accueillir en eux pour que Lui les change par amour, ils cherchent à changer le monde actuel pour qu'il soit conforme à leur désirs (on reconnait là le narcissisme du diable).
Ces catholiques, à mon avis, renversent l'acte de foi et manipulent l'Eglise et son message pour au final, se conduire en disciple de Satan. On croirait revoir les tentations aux désert, mais eux y ont cédé.

VF


[ PP à VF - Il y a un devoir chrétien de transformer le monde dans le sens de l'Evangile, quitte à s'en prendre aux "structures de péché" quand c'est nécessaire.
Mais ne sont pas sur cette voie ceux qui dérapent dans le politicien, ou (variante) dans l'une des formes de militantisme idolâtre. ]

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Écrit par : VF / | 12/07/2017

DANDRIEU

> Je ne suis pas fâché de voir de grands spécialistes soulever aussi la nouvelle actualité de ce courant idéologique, et les soubassements doctrinaux de notre essayiste de début d'année. Puisse ceci éclairer ceux qui diffusent ingénument son propos.
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Écrit par : Koz / | 12/07/2017

MÊME

> Même vu de l'extérieur. Un observateur de bonne foi ne réduira pas l'Église à ces mesquineries - ce sont des considérations de basse politique. Un observateur intelligent ne pourra manquer de noter la tension qui existe entre la religion qu'ils professent, et les options politiques de ces militants. C'est d'ailleurs cette contradiction manifeste qui attire l'attention...
Mais, vous me direz, ce sont des raisonnements captieux que ne peuvent tenir que ceux qui connaissent intimement l'Église, qui ont reçu la grâce d'être pratiquement nés dedans. Cependant, au lieu de concentrer nos efforts sur les éléments étrangers qui parasitent la transmission du message de l'Évangile, pourquoi ne pas déployer notre zèle à répandre ce message ?
Je suis convaincu qu'un regard objectif et dépassionné sur l'histoire (de l'Église et du christianisme) est un préalable à une conversion, mais peut-être faut-il avoir reçu la grâce d'être baptisé pour penser ainsi ?
______

Écrit par : Ghislain / | 12/07/2017

COMPARAISON

> "on voit des "cathos" hypnotisés par le mirage d'une pseudo-"communauté de valeurs" à "défendre" aux côtés... d'antichrétiens habiles et résolus, dont l'antichristianisme est la raison d'être mais qui rejouent la même carte que Maurras jadis : un "catholicisme sans le christianisme".
C'est bien pour cela que je ne partage pas l'indulgence que vous semblez accorder assez inexplicablement à J.-L. Mélenchon, viscéralement anti-chrétien (malgré l'eau qu'il veut bien mettre dans son venin lorsque le public ne lui est pas acquis sur ce terrain précis).

FN


[ PP à FN :
Si vous estimez que j'exprime de l'indulgence, veuillez en donner des exemples. Nous en discuterons alors : et je vous montrerai par d'autres exemples, pris ailleurs, en quoi votre comparaison ne tient pas...
A votre disposition. ]

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Écrit par : Fernand Naudin / | 12/07/2017

FAÇON D'ÊTRE

> à PP:
je suis d'accord avec toi, mais je soulignais simplement que, pour des gens qui se disent croyants, la foi est bien absente de leur idéologie, qui n'est que la poursuite d'un fantasme temporel et non d'une réalité spirituelle.

> à Ghislain: convaincre les gens de la vérité des choses en histoire est très difficile (je suis prof d'histoire). Et on n'évangélise pas avec des manuels d'histoire mais en essayant de favoriser une rencontre personnelle avec le Christ. A notre époque, les clichés, les erreurs, voire les mensonges, sont tellement incrustés dans la "culture" qu'il est inutile de vouloir convaincre les gens lors de discussion ou autre moyens (en dehors de gens curieux qui voudraient prendre le temps d'écouter et de se former).
On n'amènera les gens au Christ que par notre façon d'être qui doit être radicalement différente (joie, patience, amour, générosité, écoute, etc.) Mais là, du moins pour ma part, j'ai encore à m'évangéliser moi avant d'aller me prétendre témoin évangélisateur.
______

Écrit par : VF / | 13/07/2017

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