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21/06/2017

Aidons France Culture...

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...à se faire une idée plus exacte du "catholicisme" :


 

 

Ce matin France Culture présentait les députés néophytes découvrant le Palais-Bourbon. Parmi eux l'épouse du maire de Béziers, ainsi définie par la radio : "Emmanuelle Ménard est catholique, libérale assumée et va à la messe en latin".

Passons sur la "messe en latin" ;  France Culture mentionne ce détail à propos de Mme Ménard comme pour compléter le tableau. C'est y ajouter une incohérence supplémentaire, le fait d'être "libérale" en économie n'ayant rien à voir avec une préférence pour la forme extraordinaire du rite romain de la messe.

L'incohérence principale consiste à associer deux termes qui ne vont pas ensemble : "catholique" et "libérale assumée". France Culture - l'aile cultivée du service public - devrait savoir que l'Eglise catholique n'est pas "libérale". Depuis la première encyclique sociale (fin du XIXe siècle), les papes ont tous, chacun dans son style, critiqué l'idéologie libérale qui réduit : 1. la société à l'économie, 2. l'économie au profit du capitaliste. Les derniers documents pontificaux sont les plus musclés à cet égard : dans l'exhortation apostolique La joie de l'Evangile, le pape François pulvérise les dogmes économiques et financiers du néolibéralisme ; dans l'encyclique Laudato Si', il montre l'urgence de rompre avec ce système - dans l'intérêt de la planète et de ses habitants. 

France Culture semble ignorer cela. Pour ses journalistes, être "libéral assumé" est un marqueur identitaire du "catholicisme".

Pourquoi cette erreur flagrante ? Parce que les médias du service public font le jeu de la droite, version "catho". Depuis les événements de 2013, ils donnent à ce micro-milieu le monopole du "catholicisme". Peu leur importe que ce catholicisme-là dise le contraire du pape et des évêques dans des domaines aussi cruciaux que le social et l'économique ; peu leur importe que le "catholicisme" des époux Ménard (cf. l'affiche avec la cathédrale biterroise) ait été crossé par le diocèse. Le service public parait vouloir - pour des raisons de politique partisane - que le catholicisme soit enfermé lui aussi dans la politique partisane, et que ce soit à droite.

Ou bien ces journalistes sont-ils sincères ? croient-ils réellement que le catholique français soit par nature un bourgeois de Daumier, étriqué et pompeux ?

En ce cas notre devoir est d'aider les journalistes du service public à se faire une idée plus exacte du catholicisme. Commençons tout de suite en leur proposant de méditer cette citation d'un des plus célèbres théologiens du XXe siècle :

<< Dès le début du christianisme, on n'a pas retenu comme norme de l'annonce chrétienne ce que les hommes aimaient à entendre, ou ce qu'ils considéraient comme "religieux" et attendaient d'une religion. >>

(Hans-Urs von Balthasar, L'heure de l'Eglise, 1986)

 

 

 

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09:34 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

LIBÉRALISME ET CATHOLICISME

> Certes, mais il est également une réalité sociologique, qui est la relative proximité du milieu traditionaliste avec l'extrême-droite. C'est peut-être cet aspect que France Culture a voulu (lourdement) souligner par l'exemple de Mme Ménard. N'oublions pas que Marine Le Pen a fait baptiser ses enfants à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, que son père y fait dire des messes, que le Front National y distribue des tracts, etc.
Reste à savoir si la Fraternité Saint-Pie-X est catholique ou non. Beaucoup de ses membres sont, à l'évidence, des libéraux assumés en matière économique, en contradiction donc avec le Magistère. Mme Ménard est vraisemblablement représentative de ce milieu traditionaliste, effectivement libéral en matière économique et ne reconnaissant que la "messe de toujours" pour reprendre Mgr Lefebvre. En cela, France Culture aurait dû la décrire comme "catholique traditionaliste, libérale assumée et [qui] va à la messe en latin".

PV


[ PP à PV
Je ne suis pas sûr que l'idéologie économique libérale soit la dominante chez les lefebvristes. Ce serait d'ailleurs "moins grave", le lefebvrisme (même s'il finit par se rallier à Rome) étant un micro-milieu dont chacun sait qu'il ne représente pas le catholicisme français.
Ce qui serait beaucoup plus grave, c'est si la schizophrénie ("Super-catho... sauf dans le domaine socio-économique et quelques autres") régnait dans des milieux catholiques français plus classiques. Je m'inquiète de constater, sur facebook notamment, que des cathos quadras ou trentenaires n'ont pas idée de ce que dit 'Laudato Si' - et s'irritent quand on leur conseille de la lire. ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 21/06/2017

GENRE (DE CATHOLIQUES)

> Je ne leur jetterai pas la pierre, aux journalistes. Les "catholiques pratiquants" ("réguliers" ou "occasionnels") (du moins ceux qui vont voter) favorisent toujours LARGEMENT l'option la plus libérale à disposition (Sarkozy en 2007 et rebelote en 2012, Fillon en 2017).
Fillon aussi assume ouvertement le paradoxe (qu'il ne relève jamais comme tel) de son libéralisme économique et de sa foi catholique. L'ouaille catholique française s'arrange en général très bien du libéralisme économique, aussi monstrueux que ça puisse paraître (et être), du moment que son candidat dit un mot des chrétiens d'Orient, de la loi Taubira, ou cite Péguy...
Emmanuelle Ménard serait évêque, je comprendrais mieux votre commentaire, mais Ménard est l'un des bizarres reflets français de la foi chrétienne. A vous lire on dirait que France Culture s'est trompée quelque part dans son portrait en 3 mots de Ménard, mais il dit bien ce qu'elle est : catholique et libérale. Hélas.

Virgil


[ PP à Virgil :
Bien d'accord avec vous sur le diagnostic !
À ceci près :
- peut-on se dire catholique si l'on pense le contraire de l'Eglise dans des domaines qui sont cruciaux parce qu'ils engagent la responsabilité humaine du chrétien (le social et l'économique) ? surtout si ce "catho" prétend à un mandat politique ?
Le catholicisme n'est pas une carte d'identité. C'est une tâche, une ascèse : et notamment pour parvenir à modifier nos opinions ou nos réflexes s'ils contredisent le Magistère de l'Eglise, corps dont nous sommes les membres...
Ceux qui refusent cette ascèse, refusent de rejeter le "vieil homme" qui est en eux. Ils refusent la prédication de saint Paul. Donc l'Evangile !
Mais les médias sont ravis : c'est le genre de catholiques dont ils ont besoin. ]

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Écrit par : Virgil / | 21/06/2017

AURAIENT-ILS DIT

> Auraient-ils dit :
Tel député est musulman et se rend à la mosquée où les prières sont dites en arabe.
ou bien :
Tel député est juif et se rend chaque samedi à la synagogue où la Parasha de la semaine est lue en hébreux.
ou encore :
Tel député est orthodoxe et va à la cathédrale orthodoxe du 13e arrondissement où le Trisagion est chanté en grec puis en latin.
______

Écrit par : Thomas Mousset / | 21/06/2017

Cher PP,

> Vous écrivez : "Ou bien ces journalistes sont-ils sincères ? croient-ils réellement que le catholique français soit par nature un bourgeois de Daumier, étriqué et pompeux ?"
Il me semble que le grand drame de la France ( prise dans sa globalité) et qui est un des obstacles majeurs à l'évangélisation, c'est que les gens pensent connaitre le catholicisme.
Alors ils ne cherchent pas d'avantage : pourquoi voudriez vous mieux connaitre une chose monstrueuse qui depuis sa "création" comme "secte" ( par "un type qui n'était même pas chrétien" à savoir Jésus ; ou l'autre version : "dont le message d'amour a été déformé par saint Paul, vrai inventeur du christianisme") se répand par la terreur, élimine ses opposants par l'Inquisition, fricote avec les grands, opprime les femmes, les pauvres, défend les pédophiles, a inspiré le nazisme, cache toutes sortes de secrets scabreux, a modifié ses dogmes pour des raisons de politiques,....?
Je m'arrête ici. Hélas si je reconstitue le tableau de l'Eglise que l'on rencontre au gré des conversations des gens éclairés le tableau est atroce.
Et chacun tient dur comme fer à "sa" version de l'Eglise comme chose ennemie de l'humanité.
Désormais chaque film (ou presque, ce sont les exceptions) ou série qui fait apparaître un prêtre ou un évêque, le met dans une position d'être le représentant bien à la hauteur de cette chose répugnante qu'est cette caricature, soit d'être un "vrai" chrétien mais alors il s'oppose à l'Eglise percue comme prédatrice universelle.
Affligeant.

Gégé


[ PP à Gégé :
Oui : comment faire apparaître la perpétuelle et radicale nouveauté du Christ et de l'Evangile, alors que l'image populaire (fabriquée) fait du christianisme une vieillerie odieuse ? Et que le comportement de certains chrétiens aide les antichrétiens à maintenir cette image ?
Il va falloir beaucoup de lucidité, et encore plus de prière. ]

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Écrit par : Gégé / | 21/06/2017

À QUOI SERT LA DROITE CATHO

> Dans l'introduction de ce reportage sur les nouveaux élus du FN ou apparentés, qui passait aussi ce matin dans les journaux de France-Musique, j'ai cru entendre que Mme Ménard était une "catholique militante". Cela fait beaucoup en effet dans un petit enregistrement de peut-être une minute.
Il était ajouté, crois-je me rappeler, que Mme Ménard était "proche de la Manif pour tous", ce qui, comme vous le faites remarquer pour une toute autre chose - la fréquentation de messes en rite extraordinaire - , relève d'une association peu honnête par accumulation de termes sans rapport évident a priori.
Si nous écartons l'hypothèse de l'ignorance des journalistes, s'agit-il cependant de faire le jeu de la droite ? N'est-ce pas plutôt une tentative de réduire le catholicisme à cette caricature par accumulation ?

SL


[ PP à SL :
- Ces médias font le jeu, non de "la droite", mais de la droite "catho", en fabriquant à cette dernière une visibilité doublement disproportionnée :
- disproportionnée par rapport à ce que la droite catho représente réellement dans la société ;
- disproportionnée par rapport au catholicisme, puisque la droite catho est en rupture plus ou moins avouée avec le Magistère sur des questions cruciales : économie et société. (Ce désaccord de droite avec la doctrine sociale exprime souvent un porte-à-faux spirituel, comme on peut le constater en écoutant et en lisant les conversations et les dérapages facebook - qui vont jusqu'aux malveillances envers le pape).
Cela dit :
par cette mise en scène de la droite catho, les médias veulent juste donner le coup de grâce à la droite politique en général ("voyez qui vous fréquentez et qui vous soutient", etc). C'est une variante du grief de "lepénisation des esprits" utilisé depuis 1984, et qui tient lieu d'ultima ratio à un microcosme politico-médiatique dépourvu d'arguments.
Conséquence :
les catholiques loyaux envers leur Eglise sont dans une situation compliquée : d'une part, devoir mettre en garde contre l'impasse de la "droite catho" ; d'autre part, refuser le conformisme politico-médiatique.
Agilité requise... ]

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Écrit par : Sven Laval / | 21/06/2017

LE BOURGEOIS CATHOLIQUE

> Au cœur de l’incompréhension, plus ou moins maligne, de nos confrères et consoeurs des grands médias, cher Patrice, il y a de toute évidence la figure dominante (et assez souvent désolante) du « bourgeois catholique », vous êtes le premier à le dire.
C’est donc avec cette figure que l’Eglise doit rompre, alors même que le « bourgeois catholique » offre à nos curés et aux finances de nos diocèses le visage le plus rassurant qui soit (les chrétiens lecteurs de votre blog ont tous en tête les deux ou trois sympathiques cadres sup’ de leur paroisse, bons pères de famille formés en école de commerce, qui brillent par leurs talents dans l’exercice de la collecte du Denier du culte).
Comment changer les regards si nous ne changeons pas nos cœurs et nos pratiques ?
Comment en finir avec l’Eglise repue, l’Eglise bourgeoise ?
Il me semble que le pape François ne cesse de ferrailler en ce sens depuis quatre ans dans ses lettres, exhortations, encycliques et messages ; dernièrement encore, lorsqu’il annonçait la première Journée mondiale des Pauvres ( https://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/poveri/documents/papa-francesco_20170613_messaggio-i-giornatamondiale-poveri-2017.html ).
Alors oui, finissons-en ! Mettons, avec le pape François, au cœur de l’action apostolique et de nos annonces de l’Evangile, les pauvres. Attention ! Pas les pauvres « cru nu » (si j’ose dire)… Centrons notre message sur les « pauvres du Seigneur ».
Le mendiant qui quête à ma porte : un pauvre du Seigneur (même s’il ne le sait pas, s’il n’a pas encore rencontré son Sauveur et le cherche désespérément, du regard et de la sébile)…
Le fidèle lambda, rangé derrière la Mère du Sauveur, « parmi ces humbles et pauvres qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance » (Lumen Gentium, chap. 8, II-55)… un pauvre du Seigneur !
Le dirigeant de La Poste qui, dans ma banlieue, ferme ses bureaux (ou les délègue au marchand de tabac) mais tient l’orgue de la paroisse, voire la collecte du Denier, à ravir… un pauvre du Seigneur !
Le journaliste de France Culture qui mériterait de bosser à France Caricature… un pauvre du Seigneur !
Et, merveille, cette dame qui, demain peut-être, apostrophera à la fin de la messe les fidèles pour la collecte du Denier, et en qui je reconnaîtrai l'humble Portugaise qui fait le ménage chez ma vieille mère… une pauvre du Seigneur !
N’est-ce pas là ce qui manque à notre Eglise : ne revendiquer aucun autre titre que celui-là, ici-bas comme dans la vie éternelle ?
Reste qu’au moment de clore ce post, une question me taraude : demain, la qualité de « pauvre du Seigneur » pourrait-elle devenir un motif d’orgueil ? Le pape François lui même nous met en garde, dans son Message pour la première Journée mondiale des Pauvres, appelant « les pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés à ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie ».
Le message est clair : aimons-nous comme Jésus nous a aimés… pauvres-uns et pauvres-autres !
______

Écrit par : Denis / | 21/06/2017

2013

> Serait-il possible svp de modérer l'association systématique "2013 = catho de droite" ? Ça finit par devenir vexant...

FN


[ PP à FN :
- Ayant participé en famille à plusieurs MPT, je suis bien placé pour savoir qu'il n'y avait pas que des "cathos de droite".
- Cependant les expressions les plus malsaines du "cathodroitisme" sont nées de 2013 et ont entraîné plusieurs dizaines de milliers de bonnes gens dans une impasse ; impasse dont les fautifs - tout farauds - refusent d'ailleurs de sortir aujourd'hui... malgré le constat d'échec dérisoire. ]

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Écrit par : Fernand Naudin / | 21/06/2017

RARÉFACTION

> Ne pas oublier non plus que beaucoup de catholiques ne sont ni libéraux ni anti-libéraux tout simplement parce-qu'ils n'en savent rien. A ce titre, ils reflètent ni plus ni moins le reste de la population. Pour pouvoir prendre position, encore faut-il avoir une certaine conscience politique, qualité qui, vous l'admettrez bien volontiers, se raréfie.

TM


[ PP à TM - Elle se raréfie et c'étaot inévitable : tout est fait pour aboutir à ce résultat. A partir du moment ou "there is no alternative", tout se résume à libéraliser-déréguler et l'on obtient une situation de pure technocratie : 1. un public résigné, 2. un gouvernement où il n'y a jamais eu autant d'énarques : jusqu'à la directrice de l'ENA elle-même. (On sait que l'ENA est aujourd'hui une sorte de business school spéciale : interface public-privé)... ]

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Écrit par : Thomas Mousset / | 22/06/2017

ILS NE SAVENT PAS

> Méditant il y a un peu plus de cent ans sur la difficulté de trouver des prêtres venus du peuple, Mgr Charles Gibier, évêque de Versailles, s’élevait contre « la fausse science insurgée contre la religion », fausse science dont trop de livres, revues et journaux faisaient leur miel.
Mais il critiquait aussi ceux qui baissaient trop facilement les bras face à cet état de fait en se lamentant sur l’irréligion et la corruption de toute vertu, de tout ordre social.
Il appelait à la multiplication des patronages, des cercles d’études, des œuvres de préservation et de persévérance…
Et l’évêque, parlant des classes populaires dressées contre la foi de leurs ancêtres, de lancer :
« – Ils sont dignes de compassion, puisqu’ils blasphèment ce qu’ils ignorent. » (préface à « Un modèle de vie sacerdotale, l’abbé Henry Perreyve », par J. Riché).
Nous pourrions en dire autant des journalistes français d’aujourd’hui.
Si j’étais éditeur, je m’occuperais dare-dare de publier un « Précis de catholicisme à l’usage des médias »… il trouverait vite son public.
______

Écrit par : Denis / | 22/06/2017

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