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11/06/2017

La "droite religieuse" en question : une analyse salubre

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...Analyse paradoxalement parue (le 5 juin) chez theamericanconservative.com :


 

 

Faut-il imputer à la "droite religieuse" le déclin du christianisme ? Ce mouvement est l'un des pires échecs de l'histoire américaine...

par le Pr George Hawley, université d'Alabama

auteur notamment de Making Sense of the Alt-Right (en préparation)

 

 

<<  Nul ne s'étonnera que les croyances-affiliations-activités religieuses sont d'importants indicateurs des attitudes et actes politiques. C'est l'un des sujets les mieux étudiés dans le champ des comportements politiques. Cependant, la plupart des publications analysant cette interaction suivent une ligne explicative pointant dans une seule direction : le "religieux" influençant le "politique". Beaucoup moins haute est la pile de livres et d'articles cherchant à savoir si le politique influence le religieux. Mais cette disproportion se met à changer, et le résultat des recherches suggère de façon croissante que la "droite religieuse" a joué au moins un certain rôle dans le déclin de la religion en Amérique.

Le nombre d'Américains se déclarant sans religion ayant commencé à augmenter dans les années 1990, universitaires et journalistes se sont mis à en chercher les explications. [...]  Il serait surprenant que le politique n'ait pas d'effet sur la religiosité, étant donné le degré de politisation de la religion en Amérique depuis l'aube de la "droite religieuse" à la fin des années 1970.

Pendant un certain temps, on a avancé que le christianisme déclinait parce que des Américains fuyaient les "dénominations" (groupements religieux) gauchisantes du courant central. Ce n'était pas impossible : ces "dénominations" du protestantisme central perdaient en effet beaucoup de membres. Et jusqu'à une date récente, les "dénominations" évangéliques plus conservatrices en théologie continuaient à recruter, ou maintenaient leurs positions. Cela poussait la "droite religieuse" à clamer que ses positions plus conservatrices en théologie et en politique remplissaient les églises. Selon elle, les courants progressistes avaient abandonné les enseignements bibliques au profit de causes politiques plus tendance : mais ces efforts pour "marcher avec son temps" échouaient à recruter. Pire : cela faisait partir les membres vers la sécularisation  - ou, au contraire, vers des expressions plus conservatrices du christianisme, spécialement le protestantisme évangélique.

[...Mais]  désormais, les dénominations évangéliques plus traditionalistes amorcent elles aussi une perte de vitesse. Ces courants, qui furent l'épine dorsale de la "droite religieuse", voient leur situation s'aggraver du fait que la seule croissance encore avérée chez les évangéliques favorise des groupes pentecôtistes qui, en moyenne, ne sont pas spécialement conservateurs sur les questions politiques.

Le déclin de nombreuses dénominations évangéliques, y compris la Convention baptiste du Sud, paraît renforcer l'idée selon lequel la "droite religieuse" a finalement nui au christianisme américain. [...]  Dans l'étude la plus remarquée sur ce sujet (2002), Michael Hout et Claude Fischer ont argué du fait que la visibilité ultra-militante de la "droite religieuse" a créé une confusion : si être chrétien signifiait désormais suivre Jerry Falwell (1), beaucoup de citoyens modérés ou de gauche - et dont la foi était déjà affaiblie par ailleurs - cessèrent carrément de se dire chrétiens.

 Dans la quinzaine d'années qui suivirent l'étude de Hout et Fischer, de nouvelles recherches sont venues étayer leur hypothèse. L'étude American Grace de Robert Putnam et David Campbell, par exemple, a montré que le déclin de l'affiliation confessionnelle pouvait en partie être attribué à la "droite religieuse". [...]  Notre perception du sujet à fait récemment un pas en avant significatif grâce à un article de Paul Djupe, Jacob Neiheisel et Anand Sokhey : "Réévaluer le rôle de la politique dans l'abandonnisme religieux". Ces auteurs fournissent de nouvelles preuves du fait que le rejet de la "droite religieuse" a catalysé des désaffiliations de l'appartenance chrétienne. Travaillant sur trois ensembles de données distincts, ils ont établi que l'allergie à la "droite religieuse" avait amené des évangéliques républicains à quitter leur église. Sachant toutefois que nul n'attribue à la seule "droite religieuse" le déclin de la religiosité américaine, qui a de multiples causes...

Dans le domaine politique, la "droite religieuse" a été un échec abyssal.  Elle a servi d'outil de fundraising aux politiciens républicains, mais on aurait du mal à lui attribuer des victoires durables en termes de politique sociale depuis le coup d'arrêt à l'Equal Rights Amendment (2) à la fin des années 1970 : coup d'arrêt qui d'ailleurs avait précédé la création des organismes principaux de la "droite religieuse"... Sur l'avortement, le mariage gay, la prière à l'école et autres questions de société, les victoires conservatrices ont été éphémères. En dépit des centaines de milliers d'Américains qui ont rejoint les organismes associés à la "droite religieuse", et les innombrables millions dépensés en lobbying et en activisme, l'impact à long terme du mouvement sur les politiques publiques semble négligeable. Il n'est donc pas étonnant que la "droite religieuse" ne soit plus perçue comme une force significative dans la politique américaine. Loin d'être une faiseuse-de-rois dans l'arène politique, la "droite religieuse" est largement ignorée aujourd'hui...

Les sympathisants de ce mouvement peuvent le créditer au moins de s'être battu pour ses croyances, même sans résultats... Mais si les résultats des recherches sont exacts, si "la droite religieuse" a joué ne fut-ce qu'un certain rôle dans l'accélération du déclin de la religiosité américaine, elle mérite d'être jugée comme l'un des pires échecs dans l'histoire politique américaine. >>

 

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(1)  télévangéliste ultra-conservateur décédé en 2007. Farouche partisan de Ronald Reagan puis de George W. Bush.

(2)  proposition d'amendement constitutionnel visant à garantir des droits égaux hommes-femmes dans tous les domaines

 

 

 

La "droite religieuse" : un contre-témoignage

(vu par les caricaturistes américains)

 

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Commentaires

BILANS

> on dirait un écho à l'analyse de Jean-Luc Marion.
Le temps semble venu de faire le bilan religieux des excitations pseudo-politiques françaises de 2013-2014. Il se pourrait qu'il soit désastreux pour des raisons semblables à ce que dit ce professeur d'Alabama. Notre "droite catho" a reproduit le modèle US en bien plus petit mais financé par le même genre de groupes et avec le même avortement final.
Un site "conservateur" gaulois aura-t-il la lucidité de 'theamericanconservative.com' ?
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Écrit par : A. Ancelin / | 11/06/2017

> Dieu soit loué: Fillon n'a pas été élu.
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Écrit par : ND / | 11/06/2017

"OÙ SONT LES PASTEURS ?"

> Le grand péché de la "droite religieuse", c'est de stigmatiser ceux qui souffrent déjà dans leur vie personnelle, familiale et sociale, pour mieux cacher sa compromission avec l'argent et ceux qui se gavent.
Elle fait un focus indécent sur les personnes homosexuelles, les jeunes se cherchant dans des relations sans lendemain, les couples divorcés-remariés, ceux n'arrivant pas à avoir d'enfants, les femmes avortant, en conjuguant condamnation et prise en charge maladroitement/ faussement compassionnelle, à grand renfort de campagnes médiatiques, de déclarations fracassantes qui blessent encore et encore... obsédée qu'elle est par sa pureté morale, donc charnelle, donc sexuelle.
Dans un même mouvement, à l'ombre des clubs mondains elle drague et couche avec le pouvoir, mais sous la forme platonique des affaires, ou de contrats de mariage blanchis par les sacrements, avec ce raisonnement fou, cet orgueil dément à la Judas Iscariote, qu'ainsi elle convertit les princes de ce monde et donc ramène les peuples au Christ (en forçant légèrement la main de notre Seigneur, lourdement celle du peuple, mais c'est pour la bonne cause n'est-ce-pas).
Pour dire autrement elle use d'une brutalité abjecte, d'une violence inouïe, qui n'a rien à envier à celle des Conquistadors. Ainsi sa haine d'un Gandhi ou d'un Martin Luther King, son ignorance d'un Thoreau ou d'un Tolstoï ne sont pas anecdotiques, et en Poutine ou l'épouse de Trump ce n'est pas l'âme chrétienne qu'elle admire, mais le pacte avec la force brutale de la tyrannie.
Il n'est pas un jour où je ne trouve davantage de vertus chrétiennes chez les agnostiques, athées, anti-cléricaux, croyants sans églises, mystiques hors-les-murs que je fréquente aujourd'hui, que chez les miens catholiques de droite.
Et je cherche douloureusement: où sont les pasteurs doux et humbles de coeur pour ces gens-là ?
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Écrit par : Anne Josnin / | 12/06/2017

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