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02/04/2017

L'éternité dans le Christ n'est pas promise aux civilisations, aux cultures, aux nations ou aux peuples en tant que tels

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Les textes de ce jour, Hans Urs von Balthasar et Michel Sales :


 

 

Romains 8, 8-11

<<  Ceux qui sont sous l’emprise de la chair [*] ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.  >>

[*]  ici au sens de : "l'éphémère".

 

 

 

Hans Urs von Balthasar

<<  "Je vais ouvrir vos tombeaux" (Ezékiel 37,12-14) : dans l'Ancienne Alliance, c'était une prophétie pour l'avenir du peuple. Cela devient une réalité dépassant tout espérance par la résurrection du Christ. Maintenant, dans la deuxième lecture chrétienne de ce 5e dimanche de Carême, il s'agit de l'individu, qui certes doit mourir, mais qui, en raison de la résurrection de Jésus et de son Esprit Saint qui habite en nous, a l'espérance certaine que Dieu, par cet Esprit, "donnera aussi la vie à nos corps mortels". La condition, dit l'épître, est que nous ne laissions pas conduire "par la chair", c'est-à-dire par ce qui est mondain et périssable, mais par l'Esprit "de Dieu", le Père, et "du Christ". Alors, avec cet Esprit, vit déjà en nous le germe de la vie divine éternelle, et nous avons en main un "gage" : en quelque sorte un ticket d'entrée dans la vie de Dieu. Aucun pénitent chrétien, qui expie pour ses péchés, ne peut le faire dans la tristesse mais dans la joie cachée  d'aller au-devant de la vie.  >>

 

 

Michel Sales

<< La catholicité en acte ou en devenir consiste moins dans la totalité des valeurs ou des réalités humaines que dans leur capacité d'être, toutes et chacune, pénétrées de l'Esprit du Christ ou plus exactement "sous le Christ chef, dans l'unité de son Esprit". Assumer sans exception toutes les valeurs et tous les êtres créés sous le principe déterminant et unificateur de la charité du Christ, ce n'est pas mettre le véritable universel concret (la catholicité) dans la totalité des créatures comme telles, êtres et valeurs, mais dans leur conversion eucharistique, leur intégration au Corps du Christ par qui, avec qui et en qui toute gloire est rendue au Père. Cette conversion n'implique, d'autre part, aucune consécration abusive des valeurs créées, qui tendrait à absolutiser, voire à idolâtrer telle ou telle forme socio-culturelle, telle ou telle civilisation, de sorte qu'elle devrait sauvegarder à tout prix, pour la suite des siècles et pour des motifs religieux, certains traits ou certaines cultures propres. Si bonnes qu'elles soient en elles-mêmes et si légitimement attachés qu'y soient ceux qui les incarnent et en vivent, AUCUNE entité d'ordre culturel, social, économique ou politique, ne saurait être érigée, ou s'ériger elle-même, en valeur définitive et éternelle.

Comme les individus, les nations, les cultures, les civilisations sont mortelles. Non seulement mortelles, mais, nous le savons pour certaines, mortes. Que reste-t-il de l'Egypte des Pharaons, des conquêtes d'Alexandre, de l'empire des Incas ? Sans compter tant de peuples, de langues, de cultures englouties dont il nous reste si peu de traces que nous avons peine à en imaginer seulement l'existence. [...]  Peut-être est-ce là une invitation discrète et sûre à ne pas trop lier la figure, même totale, de ce monde qui passe, à la réalité du Royaume de Dieu, qui ne passe pas. A fortiori, cela nous interdit de lier l'avenir du Royaume aux succès économiques et politiques, au rayonnement intellectuel et artistique, ou même aux progrès techniques et scientifiques, d'un peuple, d'une civilisation ou d'une classe d'hommes. [...]  Il s'agit de rappeler qu'au coeur même de ces réalités, apparemment les plus saines et les plus consistantes, règne le triple signe du péché, de la mort et de la Croix rédemptrice, re-créatrice, et que tout dans la création étant livré au pouvoir du néant, attend avec impatience la Révélation du Fils de Dieu (Romains 8) : autrement dit une nouvelle et éternelle création dans la mort et la résurrection du Christ.

En paraphrasant saint Paul, nous pourrions dire : "S'agit-il des cultures ? Elles disparaîtront. S'agit-il des langues ? Elles se tairont. S'agit-il des diversités ethniques ? Elles seront abolies. Car partielle est notre vision culturelle, partielle notre appartenance ethnique. Mais lorsque viendra ce qui est parfait (c'est-à-dire la récapitulation dans le Christ de toutes les particularités positives de l'histoire humaine transfigurée), alors ce qui est partiel sera aboli pour faire place  à la catholicité réelle et plénière."  >>

 

 

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Commentaires

PAS CONTRADICTOIRE

> Bien sûr, mais de même que l'exemple des saints peut conduire à Dieu (par un processus d'identification), la foi peut s'aider de supports tangibles. (Il est bon de le rappeler.) Ces supports sont nécessairement marqués culturellement.
Le combat que mènent certains pour préserver leur patrie, leur culture n'est pas un combat saint, mais il peut être juste. Non ?

Ghislain


[ PP à Ghislain :
Puis-je vous faire observer que ce que vous dites ne contredit pas ce que dit le P. Sales s.j. ?
(à moins que vous ne poussiez le "combat" jusqu'à l'idée fixe idolâtre dénaturant la religion chrétienne : ce que les orthodoxes appellent "hérésie phylétiste"... Ce qui n'est certainement
pas le cas). ]

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Écrit par : Ghislain / | 01/04/2017

SOUFFRANCES

> Les civilisations meurent, en effet.
C'est généralement dans d'immenses souffrances pour les pauvres gens qui vivent ces périodes de chaos.
C'est inévitable, mais il vaut mieux que çela n'arrive pas trop souvent.

PH


[ PP à PH - En effet. Mais quand cela arrive, c'est le résultat de causes trop profondes et multiples pour que l'on puisse réagir.
La dénatalité, par exemple : suicide démographique venu des zones les plus obscures de l'inconscient collectif... et qui est la véritable cause du phénomène d'immigration.
(Mais ne comptez pas sur les "populistes" pour oser le dire : il ne faut irriter ni "le peuple",
ni les managers du capitalisme malthusien - qui tirent les ficelles des populistes. ]

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Écrit par : Pierre Huet / | 02/04/2017

"DU HAUT DE LEURS RUINES"

> Chateaubriand, 'Mémoires d'outre-tombe', livre XIV, chapitre 2 :
"L'auteur de cet article, disais-je [NDA : Ch. cite un texte qu'il a écrit en 1803, après la parution du 'Génie du christianisme'], ne se peut refuser à une image qui lui est fournie par la position dans laquelle il se trouve. Au moment même où il écrit ces derniers mots, il descend un des plus grands fleuves de France [NDA : le Rhône]. Sur deux montagnes opposées s'élèvent deux tours en ruines ; au haut de ces tours sont attachées de petites cloches que les montagnards sonnent à notre passage. Ce fleuve, ces montagnes, ces sons, ces monuments gothiques, amusent un moment les yeux des spectateurs mais personne ne s'arrête pour aller où la cloche l'invite. Ainsi les hommes qui prêchent aujourd'hui morale et religion, donnent en vain le signal du haut de leurs ruines à ceux que le torrent du siècle entraîne ; le voyageur s'étonne de la grandeur des débris, de la douceur des bruits qui en sortent, de la majesté des souvenirs qui s'en élèvent, mais il n'interrompt point sa course, et au premier détour du fleuve, tout est oublié."
Ainsi encore en 2017, dans une société de plus en plus liquide.
______

Écrit par : Alex / | 02/04/2017

LES CHRÉTIENS ET LA CHUTE DE ROME

> Michel Sales aurait pu aussi citer saint Augustin, ainsi ce sermon de 411:
"Miraris quia deficit mundus? mirare quia senuit mundus. Homo est, nascitur, crescit, senescit. [...] Coelum et terra transibunt: quid ergo mirum, si aliquando finis est civitati?"
http://www.augustinus.it/latino/discorsi/discorso_108_testo.htm
On y trouve déjà les thèmes de la méditation qu'Augustin allait développer dans La Cité de Dieu.
On peut d'ailleurs se dire que les siècles passent mais que certaines attitudes demeurent: certains de nos identitaires ne réagissent-ils pas comme les Romains dont parle Augustin, qui disaient que si la Ville était tombée c'était à cause des chrétiens (voir le livre I de 'La Cité de Dieu') ? Aujourd'hui, selon eux, ce serait sinon à cause des chrétiens, du moins à cause du pape.
Ce qui ne veut pas dire d'ailleurs qu'Augustin ne vit pas sans tristesse sa chère Afrique du Nord ravagée par les vandales dans les mois qui précédèrent sa mort.
Possidius ('De vita et moribus Augustini') le laisse entendre en tout cas :
«Au milieu de tant de malheurs, Augustin fut réconforté par les paroles d’un certain sage (Plotin) : ‘Il n’est pas un grand homme celui qui pense que c’est une grande chose que s’écroulent charpentes et murailles et que meurent les hommes, ces créatures mortelles’».

Jean-Michel


[ PP à JM :
Vous ne croyez pas si bien dire ! A Paris cette année, lors de l'hommage rituel à sainte Geneviève à St Etienne-du-Mont, un petit groupe dans l'assistance s'est scandalisé d'entendre l'évêque de Nanterre dans son homélie évoquer la chute de Rome comme fait historique.
Il eût fallu (selon eux) tempêter contre cette chute ; ne pas tempêter rétrospectivement contre la chute de Rome, c'était laisser entendre en 2017 que l'on était... "favorable à l'immigration" !
Ces super-catholiques donneurs de leçon (à un évêque) sont proches des païens que réfutait saint Augustin. Enfermés dans une négation du réel...
"Catholiques" peut-être, mais non chrétiens. ]
______

Écrit par : Jean-Michel / | 02/04/2017

@ PP

-Il y a eu depuis la fin du 19ème s. , un autre processus auquel la dénatalité est intimement liée, c'est la volonté des familles de voir leurs enfants avoir une meilleure position sociale qu'eux. Peu d'enfants afin de pouvoir leur faire suivre des études, et délaissement des métiers considérés comme peu valorisants.
-De nos jours, il est certain que ce déclin démographique fut soutenu par les gouvernements tant de l'Ouest que du bloc soviétique. En France, on a vu l'abandon progressif de la politique familiale qui était non seulement un soutien financier, mais aussi une reconnaissance très efficace.
Contre-exemple, le récent redressement de la natalité en Russie.
______

Écrit par : Pierre Huet / | 03/04/2017

Pierre,

> pour la Russie, vous allez trop vite : les démographes n'aiment pas parler de taux de fécondité, sauf s'il est stable depuis longtemps (en France il est constamment élevé depuis assez longtemps pour qu'il ait un sens, en Allemagne il est constamment bas depuis assez longtemps pour qu'il ait un sens). Quand les modifications du taux de fécondité sont rapides, ce taux ne veut plus rien dire.
Par exemple, il est possible que le redressement russe soit durable et profond (c'est tout le mal que je leur souhaite).
Mais il se peut également qu'un effet d'aubaine l'ait dopé momentanément (par exemple : une femme de vingt ans envisageait d'avoir un unique enfant à trente ans. On lui propose une prime à la naissance importante aujourd'hui, elle décide donc d'avoir son enfant tout de suite. Cela gonfle immédiatement le taux de natalité en rajeunissant l'âge du premier enfant. Mais pour autant, cette femme n'aura pas forcément un deuxième enfant plus tard, et le taux rechutera). Dans ces cas-là, prudemment, les démographes préfèrent se fonder sur ce qu'ils appellent la descendance finale par femme, ce qui demande bien sûr un temps d'analyse plus long. Pour la Russie, on ne sera donc vraiment fixé que lorsque la "cohorte" (je n'aime pas le terme, mais c'est celui des gens de l'art) actuelle des femmes en âge de procréer sera passée. Rendez-vous dans 25 ans...
Au passage, la baisse du nombre de naissances en France (le taux de fécondité est passé de 2,05 à 1,93 l'année dernière) est parfaitement cohérente avec la sortie de la période de procréation des femmes issues du baby-boom (que les démographes font s'arrêter à 1975), et prouve donc que la fécondité française n'est pas dû à je ne sais quel "grand remplacement". Si nous étions submergés par des étrangers en nombre sans cesse plus grand et à la fécondité décisive sur la population française, ce taux ne baisserait pas. Mathématiquement, le nombre de naissances annuel recommencera à augmenter dans quelques années, lorsque les femmes issues du redressement démographique atteindront l'âge du premier enfant.
La véritable inconnue, la véritable première dans l'histoire mondiale, ce sont les pays qui ont un taux constamment bas depuis longtemps et qui, en conséquence, ne peuvent plus espérer de redressement parce que le nombre de femmes en âge de procréer ne remontera plus (sauf bouleversement social radical dépassant de loin la seule question démographique) : parmi les plus marquants, le Japon, la Chine, la Corée, Taïwan et bien sûr l'Allemagne.
______

Écrit par : Lucas / | 03/04/2017

@ PP

> "Mais quand cela arrive, c'est le résultat de causes trop profondes et multiples pour que l'on puisse réagir. "
Dans ces conditions, comment peut-on donner tort à ceux qui estiment que la seule chose qui reste à faire est de s'effondrer avec élégance ?

Feld


[ PP à Feld - Penseriez-vous que l'Eglise catholique aux Ve et VIe siècles s'est "effondrée avec élégance" ? ]

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Écrit par : Feld / | 04/04/2017

CONTINUUM

> Un argument de nos frères traditionalistes est, justement, que la liturgie en latin génère un continuum tant temporel, puisqu'il y a des messes en latin -même s'il n'y en eut pas qu'en latin- depuis les premiers temps de la chrétienté que géographique, si la même langue liturgique -le latin toujours- est utilisée quel que soit le continent.
Nombre de nos églises, cathédrales, chapelles, oratoires etc...procèdent aussi de ce continuum par-dessus les siècles, et, suis-je tenté d'ajouter, par-dessus le Siècle. Le remarquable, pour ces bâtiments que les athées soupèsent et considèrent au titre de l'intérêt patrimonial exclusivement, est qu'ils soient "les seuls qui vivent encore leur vie intégrale, qui soient restés en rapport avec le but pour lequel ils furent construits", ainsi que le remarque Marcel Proust dans un article resté célèbre, qu'on peut lire -voire méditer- ici: http://www.delitdimages.org/la-mort-des-cathedrales-par-marcel-proust-le-figaro-1904/.
En tout cela aussi il y a manière de petit signe: passent les siècles, évoluent ou disparaissent les langues et les civilisations, l'élan de la chrétienté, quels que soient les soubresauts comme les tempêtes qui ont pu agiter son histoire, et sans qu'on puisse -sans doute- la parer du titre de "catholicité réelle et plénière", demeure.

Aventin


[ PP à Aventin - Certes. Mais ces églises et ces formes liturgiques trans-historiques ne sont pas à vénérer pour elles-mêmes : elles sont les véhicules d'une grâce qui inspire aussi des choses nouvelles à tout moment de l'histoire. C'est ce que ne comprendraient pas ceux,
parmi nos frères traditionalistes, qui jetteraient encore le soupçon sur la forme ordinaire du rite romain... (donc aussi sur la foi des croyants qui y trouvent leur épanouissement spirituel).
Matthieu 13,52 : 'Ideo omnis scriba doctus in regno caelorum similis est homini patri famllias, qui profert de thesauro suo nova et vetera.' ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aventin / | 08/04/2017

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