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21/03/2017

Après le quintette de TF 1

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Un débat significatif, certainement pas "décisif" :


 

 

Que dire du quintette d'hier soir ? Ce débat devait être "décisif" : il ne l'a pas été. Pouvait-il l'être ? Aphatie n'a pas tort de dire que ce spectacle donnait l'impression d'un débat de primaire. Manquait la dramaturgie (l'enjeu) des face-à-face de second tour.

Manquait aussi, sauf dans certaines envolées de JLM ou de MLP, la dimension-clé : celle de la souveraineté. Il est insignifiant de se poser en politiques quand notre démocratie est embourbée dans l'euro-marais : paysage "indéfinissable par définition" puisqu'il est destiné depuis le traité de Rome - soixante ans dans quatre jours - à dissoudre le politique dans le gestionnaire ; d'autant que la gestion se dissout dans le libre-échange depuis 1993 et 2007...

Professionnels ou non (le young Mr Macron est un débutant prometteur), nos politiciens invoquent l'UE. Or l'UE se dérobe par destination à toute idée de puissance continentale. L'invocation est donc une arnaque ! "Time is Monnet", disait de Gaulle : la réalité du projet bruxellois est dans les CETA, les TAFTA, l'élargissement illimité d'une UE plate-forme de libre-échange ;  miser sur cette UE pour remplacer les démocraties nationales est un mirage ou un mensonge.

Je dis cela parce que je l'ai toujours pensé, depuis les années étudiantes ou nous collions dans Paris les affiches "à bas l'Europe des trusts" que nous imprimions la nuit dans un atelier de sérigraphie clandestin. Je ne le dis donc pas en faveur de Mme Le Pen. Ni en faveur de M. Mélenchon : bien inspiré quand il incrimine l'Argent [*], il se trompe de combat sur d'autres points : notamment en voulant détruire la fonction présidentielle, alors que ce n'est pas le moment d'affaiblir l'Etat encore plus.

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[*]  ainsi son excellente sortie d'hier soir sur Lafarge et Daech.

 

Commentaires

INDIVIDU

> Et Mélenchon, qualifié d'« humaniste » dans les commentaires en direct sur la page Facebook de TF1, glorifiait le « suicide assisté »... Si je me souviens bien, il soulignait le caractère essentiel de cette mesure, qui s'inscrit logiquement dans un programme qui doit réaliser l'émancipation de l'individu.
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Écrit par : Ghislain / | 21/03/2017

> Le suicide assisté est bien une idée "d'humaniste athée", mais ce n'est pas une idée déshonorante comme la GPA - que Mélenchon refuse.
En revanche il est pour constitutionnaliser l'IVG : aberration.
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Écrit par : Anne-Sophie H. / | 21/03/2017

UN TOUT

> Je pense au contraire, Anne-Sophie H., qu'on a tort de vouloir dissocier certaines mesures du programme de Mélenchon. Celui-ci serait acceptable, même exemplaire par certains aspects, hormis certaines mesures « aberrantes ». Or, ce programme est un tout cohérent, Mélenchon le revendique comme tel. S'il comporte certaines mesures parfaitement inadmissibles pour un chrétien, cela doit nous amener à reconsidérer le reste.
Quant à votre conception de l'« honneur », elle m'échappe un peu.
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Écrit par : Ghislain / | 21/03/2017

@ Ghislain

> Ne fréquentez-vous que des gens pieux ? Moi j'ai des collègues athées qui jugent "à l'ancienne", que se suicider est une fin romaine donc honorable et humaniste. Avec Montherlant comme modèle illustre. Je pense qu'ils se trompent sur l'humain mais je ne peux pas mépriser leur attitude. Quand il est question de vision de la vie et de la mort le mépris n'a pas sa place.

Mélenchon : je ne l'ai pas entendu dire que son programme est un tout, mais s'il le dit cela ne prouve rien. Le fait est qu'il y a une incohérence chez lui. L'individualisme du suicide ou du "mon corps est à moi" est contraire à l'idéal de solidarité d'autres points de son programme.
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Écrit par : Anne-Sophie H. / | 21/03/2017

MARKETING

> Il y a les impensés et les non-dits consubstantiels à ce type de débat. Et la concision exigée des débatteurs fausse notablement la donne. Au concours quinquennal du M’as-tu-vu Locataire de l’Elysée, il s’agit d’étaler des arguments marketing et des programmes. Pas de réfléchir. Quant au chaland téléspectateur, après avoir noté les candidats, comme d’habitude il paiera la note.
J’aurais par exemple apprécié qu’Emmanuel Macron soit davantage mis en cause, à gauche comme à droite, pour sa volonté de privilégier le contrat face à la loi, un point sur lequel il fut autrefois disert mais se montre aujourd’hui beaucoup plus discret. Il est vrai que le mal est fait : sa fameuse « loi Macron » du 6 août 2015 a notamment modifié l’article 2064 du Code civil en sorte de permettre à n’importe quel employeur de déroger au Code du travail (et donc d’échapper à la justice prud’homale) pour régler tout différend avec un salarié (lire à ce sujet sur le Net les excellents articles du socialiste Gérard Filoche). Substituer le contrat à la loi (et le CETA ou le TAFTA au vote des représentants du peuple…), est-ce vraiment l’évolution démocratique dont rêvent les Français ?
Autre élément de sidération, abordé dans ce fil de commentaires : entendre Benoît Hamon (vers 2h29’30’’ du débat) enchaîner, égal à lui-même dans la lourdeur psychologique, sa proposition d’une allocation pour bien vieillir en Ehpad ou en maison de retraite et – au cas, où décidément ce « bien vieillir » poserait problème –, des considérations creuses sur l’eldorado euthanasique qu’il appelle de ses vœux (partie de son fameux « futur désirable »…). Un droit il est vrai nécessaire à ceux dont, au bout du compte, il serait impossible d’assurer la dignité de la fin de vie !
Pour moi, une confirmation : entre Mélenchon qui prône le suicide assisté et veut inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution, et Hamon qui se fait le chantre de « choisir la mort », cette gauche sociétale n’a décidément aucune pudeur.
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Écrit par : Denis / | 21/03/2017

HUMANISMES

> Il y a peut-être un "humanisme" où l'homme est à lui-même son seul référent, où l'homme peut suivre ses pulsions et ses lubies sans aucune limite. Ce qui est ici spécifique est que l'homme ne se reconnait plus AUCUNE limite.
D'où le suicide assisté, la GPA, l'IVG peuvent être qualifiés d' "humanistes" ... tout comme l'esclavage, l'exploitation des faibles ou l'extermination de masse ... (liste non exhaustive).
Mais ce n'est ni l'humanisme chrétien, ni l'humanisme croyant.
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Écrit par : Roque / | 21/03/2017

INSOUMISE

> Insoumise au sein des Insoumis, voici aussi mon post sur le mur de Jean-Pierre Denis:
"Je crois que les questions de l'avortement comme de l'euthanasie sont faussées par des peurs dont nous chrétiens sommes inconsciemment responsables: celle de la condamnation divine déclinée en punition juridique et sociale. Etre aussi véritablement progressiste dans ces domaines consisterait à poser une limite au Droit, qui doit s'incliner devant la conscience de chacun. Par exemple en inscrivant dans la Constitution l'interdiction de poursuivre la femme qui avorte comme le médecin qui agit en conscience, donc aussi selon des critères objectifs (échanges avec le malade et les proches, consultation de l'équipe médicale, évaluation non biaisée de l'état et de l'évolution du malade, absence de pression économique,...).
Il me semble que le Droit a pour finalité de rappeler l'éminente dignité de chaque être humain (donc de l'enfant à naître ou de la personne en fin de vie, mais aussi du pauvre, de la femme,etc ), et par conséquent la défense du plus faible, non d'appliquer une loi divine qui n'appartient qu'à Dieu, qu'elle soit faite au nom d'une croyance religieuse ou d'un athéisme qui s'érige en tribunal divin.
"L'accusateur de nos frères est rejeté, qui les accusait jour et nuit": le christianisme pose la séparation entre justice humaine, qui ne peut s'immiscer dans les consciences, et justice divine, dont Jésus nous a libéré par sa croix qui nous justifie tous dans la foi.""
Je rajouterai ici que si je suis contre l'avortement et contre l'euthanasie, je ne vois pas au nom de quelle supériorité politique je pourrais imposer par la loi ce qui aujourd'hui, apparaît à nos contemporains non comme une victoire libératrice, comme l'est par exemple la condamnation de l'esclavage, mais plutôt comme un droit nécessaire face à des situations de vie tragiques, de même que parmi les chrétiens nombreux sont ceux qui continuent à considérer la guerre juste comme moralement autorisée voire nécessaire.
(Je sais, ma comparaison va en faire hurler plus d'un, mais si on se place en arbitre sur ses questions disputées, ce qui en société pluraliste est nécessaire pour ne pas tomber en totalitarisme, on ne peut que laisser place au débat, respecter les convictions, le militantisme, comme l'objection de conscience).
D'autre part je ne crois pas au pouvoir du Droit de changer les coeurs. Ce pourquoi le combat ne se situe pas là, n'en déplaise à la Manif pour tous.
Non, pour ce qui est de l'avortement et de l'euthanasie, c'est en combattant la dictature de l'argent qui rend monnayable toute vie humaine que l'on sauvera des vies, de la conception à la mort naturelle (d'ailleurs, que reste-t-il de naturel dans nos vies artificialisées à un point tel que nos cadavres ne se décomposent plus dans nos cimetières?), sans occulter tous ses moments de vulnérabilité tout au long d'une vie humaine.
Et je crois à l'éducation des consciences, par la culture de l'émerveillement devant la beauté de toute vie, et l'apprentissage des gestes qui prennent soin d'elle, avec une attention et une bienveillance toute particulière face à ses moments de vulnérabilité, toujours aussi lieu de sa fécondité.
Alors on entourera la femme enceinte d'une prévenance qui la dégagera, dans son choix en conscience, des pressions du milieu professionnel, du conjoint ou des parents autoritaires,... et on verra aussi le recours à l'avortement baisser.
Donc, lutte contre le libéralisme et les injustices sociales d'une part, politique et éducation écologiques d'autre part, sont à mon sens les deux grands leviers pour faire, naturellement et humainement, baisser le recours à l'avortement aujourd'hui, comme à l'euthanasie demain.
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Écrit par : Anne Josnin / | 22/03/2017

AUCUNE

> Ce qui me paraît grave dans ce débat c'est qu'aucune question concernant la lutte contre le réchauffement climatique et la disparition de la biodiversité n' a été posée .
Ce sont pourtant les problèmes les plus graves auxquels nous sommes confrontés , il s'agit de la survie de l'humanité dans un avenir proche qui concerne nos enfants et petits enfants .
Seuls Hamon et Mélenchon ont abordé ces questions .
Pourquoi ce déni de la part des politiques ?
Comment les gens peuvent ils comprendre l'importance de ces enjeux si les politiques n'en parlent pas ?
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Écrit par : Nathalie Larnicol / | 22/03/2017

@ A.-S. H.

Les Romains ont bon dos. Et Montherlant aussi.
L'individualisme de certains points du programme de Mélenchon serait contraire à l'esprit de solidarité qui en inspirerait d'autres. Je dis que c'est une façon superficielle de voir les choses. Je ne doute pas que M. Mélenchon considère son programme comme un ensemble cohérent et que sa conception de l'humain affecte tous les points de son programme (pas seulement ceux qui ont à voir avec le début et la fin de la vie). Cette conception de l'humain est très indirectement liée à l'Évangile et à l'enseignement de l'Église (pour ne pas dire radicalement opposée). Certaines coïncidences ne doivent pas faire oublier cette différence radicale.
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Écrit par : Ghislain / | 22/03/2017

DES CONSÉQUENCES

> Fin de vie & avortement :
Tout simplement, il faut expliquer que ces demandes ne sont que les conséquences de certaines situations.
Pourquoi certaines personnes veulent avorter ?
Qu'est-ce qui les a mises en situation de se poser cette question ?
Pourquoi certaines personnes pensent que leur vie n'est plus digne ? Alors que d'autres dans des situations semblables suivent un autre chemin.
Il s'agit donc d'un faux débat : c'est aux causes qu'il faut s'attaquer, pas aux conséquences.
Je suis surpris qu'un penseur comme Mélenchon n'ait pas ce recul, ou bien est-ce de la facilité ?
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Écrit par : franz / | 22/03/2017

@ Nathalie Larnicol (écologie)

> Il n'y a que JLM qui place l'écologie au coeur de son projet, et il en a parlé lundi soir (emplois nucléaire).
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Écrit par : Franz | 22/03/2017

@ Anne Josnin

> "poser une limite au Droit, qui doit s'incliner devant la conscience de chacun. Par exemple en inscrivant dans la Constitution l'interdiction de poursuivre la femme qui avorte comme le médecin qui agit en conscience, donc aussi selon des critères objectifs".
Sans le partager, on peut respecter ce point de vue assez individualiste, Sans doute l'étendez-vous à la liberté de médecins, soignants, pharmaciens refusant de pratiquer des avortements ou de fournir des substances abortives. Ai-je bien compris ?
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Écrit par : Pierre Huet / | 22/03/2017

OTAN

> L'Euro Marais est plutôt une Euro Lagune ou plutôt un Etang comme on dit dans notre Midi, pour désigner les plans d'eau saumâtre séparés de la mer libre par des cordons de sable.
Et c'est un Etang de rivage atlantique, comme le pacte militaire du même nom dont l'UE est le versant économique. Du reste le traité de Lisbonne est, dans le pratique subordonné à l'OTAN pour la défense (Art 42: elle [la défense] respecte les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains [presque tous] États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre.
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Écrit par : Pierre Huet / | 22/03/2017

@ Pierre Huet

> Je ne vois pas en quoi mon point de vue est "individualiste"?
Comme je l'ai écrit plus bas, on ne peut que respecter l'objection de conscience. Qu'on en vienne à obliger des soignants à agir contre leur conscience, (et les forcer à aller contre le serment d'Hypocrate), est la marque d'une dérive totalitaire de notre société et d'une trahison de la vocation médicale. Il faudrait aussi mettre en lumière pour tous les liens historiques, et idéologiques,(voir nos industries pharmaceutiques) entre la médecine nazie et le système médical actuel, pour mettre en évidence le mal.
D'autre part tant que Mélenchon n'aura pas trouvé de transcendance, il continuera de chercher à étancher la soif d'infini qui nous habite tous dans un certain progrès scientifique, en particuliers celui qui nous permet de maitriser notre impact dans la nature, nos destins individuels et collectifs.
Il faut comprendre que Mélenchon avance de renoncement en renoncement, depuis la chute du soviétisme jusqu'à celle du productivisme et d'une certaine croissance, sans la lumière de la foi. C'est pourquoi à mon sens il s'attache autant à cette utopie de la totale maîtrise de la vie.
A nous de lui montrer, et à nos contemporains, où trouver l'eau vive.

Anne Josnin


[ PP à Anne Josnin :
- Assez d'accord avec vous quand à l'évolution intime de Mélenchon (ce qui le meut et ce qui le bloque). Quand on veut porter un regard chrétien sur la personne d'autrui et ses contradictions, la moindre des choses est d'oublier cinq minutes l'esprit de parti : laissons aux auditoires lepéno-fillonnistes le réflexe de huer JLM "parce que c'est un bolche" (sa priorité n'étant pas de diminuer les impôts).
- Néanmoins : ce qui bloque encore psychologiquement JLM (la superstition de la toute-puissance humaine avec ses prolongements "sociétaux") est encore un lien entre lui et le monde néolibéral. (Corollaire : condamner JLM mais applaudir le néolibéralisme serait une posture schizoïde). ]

réponse au commentaire

Écrit par : Anne Josnin / | 22/03/2017

LIMITES

> Un grand leurre de notre époque et de croire qu'avec la technique on pourra toujours repousser nos limites. Or nous vivons dans monde de limites et d'équilibres dont la complexité nous échappe (plus nous avançons, plus la complexité semble grandir). Il n'est pas d'action qui n'engendre de réaction. Tant qu'une action est limitée la réaction est transparente (non décelable), maints seuils nous échappent.
Toutes les nations primitives savaient ne prendre pas plus que ce qui est offert. Aujourd'hui nous sommes dans une course effrénée où l'on pense que demain résoudra les problèmes qui nous échappent aujourd'hui.
D'ailleurs ce "droit à l'enfant" est bien expression d'un refus d'une limite naturelle.
Or l'apaisement ne peut venir que dans l'acceptation des limites (Disant cela je fais la différence entre se confronter à une limite et vouloir passer par-dessus).
Notre "modèle" économique a atteint (et même dépassé) ses limites, l'incantation à la croissance n'est plus possible, nous consommons une planète et demie par an. La croissance se fait au détriment d notre écosystème et/ou d'autres populations.
Or nos principaux candidats ne proposent que des solutions qui se veulent un moyen de [re]trouver de la croissance.
Cette recherche est destructrice. Même nos entreprises technologiques ne produisent rien d'utile, que du futile certes attrayant mais futile ; de la vitesse qui ne crée que de l'ivresse qui nous rend accro, au point de vouloir remplacer la transcendance naturelle par ce nouveau dieu (la technologie) auquel il devient interdit de s'opposer (cf nouvelles lois) faute de quoi vous êtes passibles de tous les anathèmes imaginables.
Et pourtant ne pas voter n'est-ce pas faire injure à la démocratie (certes me rétorquera-t-on sommes nous en démocratie, en oligarchie, en ploutocratie, ... ?)
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Écrit par : franz / | 23/03/2017

FÉNELON

> Pendant ce temps, alors que FF, plus jusqu'auboutiste que jamais, accuse directement Hollande et rappelle le pauvre Bérégovoy (émission du 23/3), je corrige mes copies de bac blanc. D'un seul coup, je suis frappé par le texte de Fénelon que mes collègues et moi avons donné à commenter à nos élèves de Première. Tout rapprochement avec l'actualité est purement fortuit...
- Texte A : Fénelon, 'Les Aventures de Télémaque', 1699.
[Ce roman fut composé par Fénelon pour l'éducation de l'héritier royal à une époque où le souverain se doit de maîtriser l'art de la guerre. Dans notre extrait, le prince grec, Télémaque, prisonnier en Égide, assiste à une guerre civile.]
"Je fus, du haut de cette tour, spectateur d'un sanglant combat. Les Égyptiens qui avaient appelé à leur secours les étrangers, après avoir favorisé leur descente, attaquèrent les autres Égyptiens, qui avaient le roi à leur tête. Je voyais ce roi qui animait les siens par son exemple: il paraissait comme le dieu Mars. Des ruisseaux de sang coulaient autour de lui. Les roues de son char étaient teintes d'un sang noir, épais et écumant. À peine pouvaient-elles passer sur des tas de corps morts écrasés. Ce jeune roi, bien fait, vigoureux, d'une mine haute et fière, avait dans ses yeux la fureur et le désespoir : il était comme un beau cheval qui n'a point de bouche ; son courage le poussait au hasard, et la sagesse ne modérait point sa valeur. Il ne savait ni réparer ses fautes, ni donner des ordres précis, ni prévoir les maux qui le menaçaient, ni ménager les gens dont il avait le plus grand besoin. Ce n'était pas qu'il manquât de génie. Ses lumières égalaient son courage, mais il n'avait jamais été instruit par la mauvaise fortune, ses maîtres avaient empoisonné par la flatterie son beau naturel. Il était enivré de sa puissance et de son bonheur; il croyait que tout devait céder à ses désirs fougueux : la moindre résistance enflammait sa colère. Alors il ne raisonnait plus. Il était comme hors de lui-même. Son orgueil furieux en faisait une bête farouche. Sa bonté naturelle et sa droite raison l'abandonnaient en un instant. Ses plus fidèles serviteurs étaient réduits à s'enfuir. Il n'aimait plus que ceux qui flattaient ses passions. Ainsi il prenait toujours des partis extrêmes contre ses véritables intérêts, et il forçait tous les gens de bien à détester sa folle conduite. Longtemps sa valeur le soutint contre la multitude de ses ennemis. Mais enfin il fut accablé. Je le vis périr : le dard d'un Phénicien perça sa poitrine. Il tomba de son char, que les chevaux traînaient toujours, et ne pouvant plus tenir les rênes, il fut mis sous les pieds des chevaux. Un soldat de l'île de Chypre lui coupa la tête, et, la prenant par les cheveux, il la montra comme en triomphe à toute l'armée victorieuse.
Je me souviendrai toute ma vie d'avoir vu cette tête qui nageait dans le sang, ces yeux fermés et éteints, ce visage pâle et défiguré, cette bouche entrouverte, qui semblait vouloir encore achever des paroles commencées, cet air superbe et menaçant, que la mort même n'avait pu effacer. Toute ma vie il sera peint devant mes yeux, et si jamais les dieux me faisaient régner, je n'oublierais point, après un si funeste exemple, qu'un roi n'est digne de commander, et n'est heureux dans sa puissance, qu'autant qu'il la soumet à la raison. Hé ! quel malheur, pour un homme destiné à faire le bonheur public, de n'être le maître de tant d'hommes que pour les rendre malheureux !"
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Écrit par : Alex / | 23/03/2017

ERRONÉ

> Le livre tibétain de la vie et de la mort propose aussi une réflexion sur la valeur morale d'un suicide et conclut qu'il s'agit d'un acte neutre moralement.
Je crois cela profondément erroné, car il s'agit d'une analyse individualiste. C'est oublier qu'en se suicidant, on tue aussi ou on torture, une partie de la vie de nos parents, frères et soeurs, enfants, familles, amis.
Si le raisonnement est erroné car individualiste, cela veut dire que pour lutter contre l'euthanasie et l'avortement il faut aussi construire une plus grande solidarité et fraternité, en commençant par les plus fragiles. Je crois que les athées peuvent comprendre cela.
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Écrit par : Isabelle Meyer / | 25/03/2017

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