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20/01/2017

Président Trump : le naufrage de toutes les illusions

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Incredible Trump à la Maison Blanche. Simple retour à l'Amérique pré-wilsonienne... Et naufrage de la "vision globale" des années 1990 (idéologie morte mais qui reste celle de nos élites) :  


 

 

trumpQui se souvient encore du Francis Fukuyama de 1992 ? Dans The End of History, il édictait le nouveau dogme des élites : le marché-monde fondant la démocratie absolue, sous la férule des USA devenus la Puissance globale... Vingt-quatre ans après, cette prédiction est morte. Fukuyama oublie donc en 2017 son livre de 1992. Dans un article de Prospect [*] intitulé "Amérique : l'Etat défaillant", il annonce que la dégénérescence politique américaine "infecte l'ordre mondial progressiste édifié depuis les années 1950" (?) : phénomène "comparable à la chute du communisme une génération plus tôt". Au rebours de sa prédiction de 1992, Fukuyama fait la liste des fractures de la première décennie du XXIe siècle :  la crise financière de 2008 a montré la nocivité du système globalisé ; la catastrophe irakienne de G.W. Bush a révélé le trompe-l'oeil de la suprématie militaire US ;  la Chine devient n° 1 économique mondial à la place des USA ; le discours des nostalgies nationales surgit des deux côtés de l'Atlantique ;  les masses populaires s'enflamment contre le big business ; Washington est aux mains des lobbies qui détournent le Congrès à leur profit ;  le parti républicain ne représente que l'Argent, et le parti démocrate les communautarismes... Quant à Trump lui-même, sa "victoire" électorale est minée par la contradiction entre populisme protectionniste et connivence avec Wall Street.

Dressé par Fukuyama lui-même, ce tableau montre - en clair - une Amérique à la dérive. Mais il avoue - en pointillé -  le naufrage du globalisme ultralibéral en vigueur depuis trente ans... Lorsqu'en 1990 il a fourni ce dogmatic narrative à tous nos médias-de-référence, l'universitaire de Stanford fut donc un peu léger.

Le diagnostic utile a été dressé par Michael Klare (Hampshire College, Massachusetts). Klare a publié en 2012 un essai intitulé La "course aux restes" : ruée globale sur les dernières ressources de la planète. Dans le Diplo de janvier, il décrit "Le monde selon Donald Trump" :

<< [Trump et son secrétaire d'Etat venu d'Exxon] perçoivent le monde comme une vaste jungle où la concurrence est la règle et où chances et périls peuvent se présenter en tous lieux, indépendamment de la loyauté des pays concernés ou de leur hostilité présumée envers Washington. Dans cette optique, les Etats-Unis ne sont plus le centre d'une famille d'Etats dépendants qu'ils auraient mission de protéger, mais l'un des pouvoirs qui luttent pour s'assurer positions et profits sur un échiquier planétaire concurrentiel... >>

Voilà donc Washington revenu à une conception pré-wilsonienne des "intérêts américains". En dépit du fantasme de commentateurs français, ce que Trump a pu dire de Poutine ou d'Assad n'exprime pas une idéologie commune (?), mais seulement une évaluation d'intérêts prosaïques et sectoriels. Ces intérêts sont ceux qu'aurait servis Mme Clinton : mais Trump ne les drape pas dans une dogmatique qui leur ajoutait des combats (Ukraine, Crimée, peurs balto-polonaises) étrangers aux intérêts du business.

trumpAttention : Trump ne lie plus ces intérêts à un messianisme politico-militaire (l'algorithme Clinton qui programmait la guerre contre Poutine) : cela ne veut pas dire un abandon de l'outil politico-militaire, dont Trump est capable de faire un usage ravageur... Sa volonté d'hégémonie militaire  - renforcement des missiles et du bombardement stratégique - ne plaît d'ailleurs nullement au Kremlin. D'où la réaction de Poutine le 1er décembre dans son discours sur l'état de la Russie :  "Je souligne que des tentatives de rompre la parité stratégique sont extrêmement dangereuses et peuvent conduire à une catastrophe planétaire." C'est clair, et c'était ouvertement destiné au président élu.

La ligne trumpienne se résume donc, selon Michael Klare, à proclamer "l'Amérique d'abord" et à juger les autres pays "en fonction d'un seul critère : représentent-ils un atout ou une menace dans la réalisation des objectifs américains fondamentaux ?"  Il faudrait une forte dose de naïveté pour y voir un encouragement aux "objectifs fondamentaux" des nations du reste du monde.

 

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[*]  Magazine mensuel londonien.

 

11:52 Publié dans Idées, Trump, USA | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : trump

Commentaires

► Le discours d'investiture de Trump

- Archétype de rhétorique nationale-populiste : mégalo ("nous sommes au début d'un nouveau millénaire...") et clivante. Donc dangereuse. Quand les "magnifiques" résultats socio-économiques promis ne seront pas au rendez-vous, dans quoi Trump se lancera-t-il pour le masquer ? La conquête de l'Ethiopie ?
- Au lieu de la posture de pseudo-unanimité entre membres de la classe politique, il a appelé le "peuple souffrant" à faire bloc contre ceux (lesquels ?) qui ont détruit l'Amérique (puisqu'il faut la "reconstruire"). Mais l'équipe Trump est dominée par des gens de l'establishment financier, impliqués jusqu'au cou dans ce qui s'est passé jusqu'ici. C'est la contradiction fatale de tous les populismes...
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Écrit par : PP / | 20/01/2017

VERSION BOUFFONNE DU MÊME "SYSTÈME"

> Ne faut-il pas voir en Donald Trump, en somme, une variante imprévisible et caricaturale des politiciens "établis" qu'il prétendait jusque là combattre ? En quelque sorte, ceux qui ont voté pour lui, sincèrement révoltés pour certains contre un "système" par lequel ils s'estiment avoir été lâchés, risquent de se retrouver avec une version aussi bouffonne que peu rassurante du même "système".
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Écrit par : Sven Laval / | 20/01/2017

NOUS AUSSI

> Sûr que ce président ne sera pas une réussite pour les USA (et vu le poids des USA sur l'échiquier mondial, pour le reste du monde). Malheureusement, les Américains n'avaient le choix qu'entre deux options calamiteuses. Et je crains bien que nous ne soyons dans le même cas aux prochaines élections présidentielles.
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Écrit par : Bernadette / | 21/01/2017

L'ÉPOUSE

> Question hors sujet (qui n'intéresse peut-être que moi – désolé).
Pourquoi le nouveau président américain – ainsi que le vice-président, d’ailleurs – prête-t-il serment sur une ou des bibles tenue(s) par son épouse ?
Je trouve intéressant que ce geste soit ainsi accompli, que ce serment soit dans une certaine mesure circonscrit aux mains offertes et ouvertes du conjoint – garanti par celui-ci – alors même que l’impétrant jure sa fidélité à son pays et à la mission qui lui est assignée. Faut-il comprendre que l’épouse est la principale voire la seule garante de l’engagement pris devant Dieu par son président d’époux ?
J’aimerais en savoir plus sur le sens que prêtent les Américains à ce geste.
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Écrit par : Denis / | 21/01/2017

DARK

> L’Amérique des super-héros en prend un coup : Donald Trump s’identifierait au méchant de Batman !
http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/20/vous-ne-revez-pas-donald-trump-a-bien-prononce-la-meme-phrase-q/
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Écrit par : Denis / | 21/01/2017

CROISSANCE DÉCLINANTE ET RIVALITÉS

> Ma contribution à l'analyse du phénomène Trump il y a quelques mois (je suis le « reader » mentionné au début du texte) tel que publié sur un blog d'un auteur catholique américain.
http://www.patheos.com/blogs/markshea/2016/05/a-reader-writes-about-rene-girard-and-donald-trump.html
Essentiellement, la croissance étant de plus en plus en panne dans les pays développés (phénomène inévitable étant donné les limites physiques de la terre), les rivalités mimétiques décrites par Girard s’en trouvent renforcées (et d’autant plus que les sociétés occidentales sont très diversifiées du fait même de leur croissance des dernières décennies). Cette intensification des rivalités mène ultimement au retour de phénomènes de boucs émissaires qui représentent l’essence du phénomène Trump (ainsi que la poussée des partis d’extrême-droite ailleurs).
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Écrit par : François Sarrazin / | 21/01/2017

AVANT

> Rompre la parité stratégique? Cela n'a pas attendu Trump, la fin du traité ABM, ce n'est pas lui.
Vladimir Vladimirovitch parlait plutôt de ceci:
https://histoireetsociete.wordpress.com/2015/06/20/la-sortie-des-usa-du-traite-abm-est-destinee-a-pousser-la-russie-vers-une-nouvelle-course-aux-armements/
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Écrit par : Pierre Huet / | 21/01/2017

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