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04/01/2017

François Fillon se déclare "gaulliste et chrétien"

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Suspect d'intentions peu sociales depuis ses déclarations sur la santé, le candidat "libéral de droite" (Macron étant "libéral de gauche") tente de se refaire une virginité chez Emmaüs et à TF1 :


 

 

Ce qui lui a fait remporter la primaire de droite (dans l'aile droite senior de la bourgeoisie libérale), lui ferait perdre la présidentielle. Il l'a compris.

Mais comment estomper son propre programme, qui est un retour à 1986 et aux idéologues libéraux du XIXe siècle ? Il s'agit toujours de stigmatiser les chômeurs et de réduire les protections sociales (tout en boostant les intérêts de quelques-uns) - et cela au nom d'une urgence réputée objective et indiscutable : "réduire la dette publique".

Depuis quand vivons-nous sous l'empire de cette "urgence" ?

Depuis que "l'arrimage du financement de l'Etat aux taux de marché a indexé le projet et la puissance étatiques au bon vouloir de créanciers privés", souligne Benjamin Lemoine dans un  livre remarquable [*]. C'est-à-dire depuis peu de temps, sous l'angle de l'histoire contemporaine.

Explication par l'économiste André Orléan (EHESS), membre de l'association des "économistes atterrés" : "La dette publique de la France telle que nous la connaissons aujourd'hui, à savoir sous la forme de titres négociables que souscrivent les marchés financiers internationaux, est le résultat d'une volonté délibérée, d'un choix politique !"  De 1945 au début des années 1980, souligne-t-il, "la plus grande partie du financement public était obtenue via des mécanismes réglementaires" qui alimentaient "un flux permanent et automatique de ressources", l'emprunt ne jouant qu'un rôle périphérique. A partir de Giscard et Bérégovoy, la classe politique transforme l'Etat en "un emprunteur comme un autre" soumis aux marchés financiers. Lesquels vont fixer non seulement le taux de l'intérêt, mais quelle politique économique (donc sociale) doit être suivie "pour recueillir leur assentiment"... Le chemin de la financiarisation étant alors "grand ouvert", la droite et la gauche le parcourront à toute vitesse : elles élaboreront de concert "un nouveau récit économique, ce qu'il faut bien nommer une nouvelle orthodoxie, qui vient légitimer l'abaissement de l'Etat social".

C'est donc le sabordage de l'Etat par ses propres agents - pressés de faire carrière dans la finance privée - qui a permis le règne du capitalisme néolibéral. D'où le consensus de presque tous les partis pour des mesures anti-sociales : ce qui explique aujourd'hui la consanguinité des programmes de MM. Fillon, Macron et Valls. 

L'électeur voit cette consanguinité. Si "there is no alternative" comme disait Mme Thatcher (qui parle la nuit à M. Fillon), alors - libéral pour libéral - autant prendre celui qui n'a pas derrière lui quarante ans de politique politicienne :  d'où la popularité actuelle de M. Macron.

Ce danger vient de réveiller M. Fillon. Que faire pour retrouver une originalité - et ne plus faire figure de cire, face au trépidant Macron ? Courir chez les pauvres ! Ça surprendra... M. Fillon était donc hier dans un centre Emmaüs du 19e arrondissement de Paris. Il y a prononcé les formules nécessaires ("9 millions de Français vivent en dessous du seuil de pauvreté", etc), et garanti que son programme "radical" allait remédier au chômage. M. Gattaz ne disait pas autre chose en 2014.

Puis M. Fillon est allé à TF1, où il a déclaré ceci : "Je suis gaulliste et chrétien, cela veut dire que je ne prendrai jamais une décision qui sera contraire au respect de la dignité humaine, au respect de la personne, de la solidarité."

C'était parler pour ne rien dire : on peut respecter la solidarité, la dignité humaine et le respect de la personne sans être gaulliste ni chrétien.

Mais il y a pire. M. Fillon se trompe - et trompe son auditoire - en se disant "gaulliste".  Cet adjectif ne veut plus rien dire depuis les années 1980 : M. Chirac ayant suivi l'axiome mitterrandien "la France est notre patrie, l'Europe est notre avenir" (donc patrie = passé), la Ve République s'est dissoute implicitement en renonçant aux outils permettant d'agir :  ce qui compléta le processus d'abdication au profit de la finance globale. Dissolution et abdication sont une déshumanisation du politique, en dépit de la déclaration de M. Fillon à TF1 ; on le lui aurait fait remarquer, s'il s'était trouvé des contradicteurs.

Quant à être "chrétien"... Nul n'a le droit de faire des suppositions sur le for interne de M. Fillon. Mais le pape aussi est chrétien : et ses appels socio-économiques ne vont pas dans le sens du programme de M. Fillon... C'est ce que je dirai tout à l'heure à LCI vers 16 h ou 16 h 15, si  une autre actualité n'interfère pas.

__________

[*]  Benjamin Lemoine : L'ordre de la dette -  enquête sur les infortunes de l'Etat et la prospérité du marché  (La Découverte, 2016).

 

 

 

La droite fière de ses valeurs (par Daumier)

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Commentaires

LCI

> Vu le débat sur LCI. C'est bien que ce genre de sujets soient traités, même si les points de vue ont du mal à coïncider !
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Écrit par : barloy / | 04/01/2017

UN ASPECT

> J'ai trouvé que deux interlocuteurs (juif et musulman j'imagine, au moins de culture) étaient trop sensibles à la question et donc trop obnubilés par l'aspect essentiellement religieux (blessure de leurs origines par rapport à la société française?) pour comprendre le problème réellement. Du moins, pour l'appréhender rationnellement.

VF

[ PP à VF :
C'est l'explication bienveillante, à laquelle je me rallierais volontiers si elle ne coexistait pas avec une explication complémentaire : la volonté de réduire toute question religieuse à la seule et unique question du "communautarisme" (non du "religieux" au sens vrai).
Faire comme si une communauté suspecte (les catholiques, voire tous les chrétiens) tentait d'opprimer des communautés 'clean' (toutes les autres) : c'est une désinformation assise sur un fantasme.
Elle vient d'un milieu intello parisien genre Terra Nova, qui surinterprète dans ces termes tout événement impliquant le catholicisme (et même le christianisme au sens large).
Ce milieu est ainsi conduit à zapper tout ce qui le gêne dans le christianisme. Vous avez sans doute remarqué l'agacement des interlocuteurs devant l'évocation d'Emmaüs et du caritatif catholique : comme si c'était un hors-sujet... alors que c'était au contraire LE sujet du débat
(né d'une déclaration politicienne de F. Fillon) : débat qui aurait dû ne traiter QUE de l'instrumentalisation partisane des labels religieux.
On a eu là une illustration exemplaire de la "pensée factice" (l'art de tout biaiser) qui prévaut dans le milieu parisien. Le plus symptomatique est que les deux interlocuteurs n'avaient pas, eux, l'impression de déformer le sujet. ]

réponse au commentaire

Écrit par : VF / | 04/01/2017

ENFLÉ

> « Gaulliste et de surcroît chrétien »… J’ai revu cette séquence. La formule employée par François Fillon susciterait peut-être moins de débat – et sentirait moins la com’ – si elle ne s’enflait pas d’orgueil – ce « de surcroît ».
Les deux termes « gaulliste » et « chrétien » sont signifiants, ils affirment une indépendance. Un gaulliste ne peut pas davantage être soumis à l’Otan washingtonien qu’au Bruxelles du business financier. Et un chrétien ne saurait être une brute antisociale, n’est-ce pas, puisqu’il est censé se préoccuper de la « dignité humaine » de son prochain et de la « solidarité » qu’il lui doit.
Au reste, le candidat « gaulliste » à la présidentielle s’avance beaucoup en prétendant qu’il ne prendra jamais « une décision contraire au respect de la dignité humaine, au respect de la personne, de la solidarité » ; le fait même qu’il ait décidé de s'abstenir dans le débat parlementaire (en 1re lecture) sur le délit d’entrave numérique à l’avortement est-il bien « chrétien » ?…
Avec ces réserves, je crois tout de même à la sincérité de François Fillon dans l’affirmation de ce for externe – « je suis chrétien » – et j’estime que personne, même au nom de la « laïcité à la française », ne devrait pouvoir lui contester ce droit, quand bien même cette religiosité gagnerait, du point de vue catholique, à être formulée plus humblement (par exemple : « en politique, comme dans ma vie personnelle, j’essaie d’être chrétien »). Mais notre monde est ainsi fait : la modestie sied mal à un politique en campagne.
En creux, avec cette déclaration, le chrétien François Fillon nous suggère qu’il s’opposera à l’euthanasie ou au transhumanisme, voire au « polpotisme » éducatif d’un Vincent Peillon ; ou que le même gaulliste Fillon se distinguera du libéral-affairisme de l’américanisant « Young Leader » Macron ; et encore que le candidat LR restera étranger à ce « droit-de-l’hommisme » caricatural fondant les revendications sociétales prônées à gauche.
En l’occurrence, il s’agit de fixer des repères à l’électeur. Chrétien, pas chrétien… à chacun son territoire ! Les urnes parleront.

Denis


[ PP à Denis - "Faisons un rêve..." ]

réponse au commentaire

Écrit par : Denis / | 04/01/2017

LE VRAI FILLON

> François Fillon dit qu’il est catholique et libéral. Il s’est réclamé de Margaret Thatcher un temps ; puis il a fini par s’en démarquer, pour « diverses raisons » (on ignore bien lesquelles). Chrétienne et libérale, c’est aussi ce que Thatcher disait. Elle a même récité la prière de saint François d’Assise devant les caméras : https://www.youtube.com/watch?v=pWYMBvJlmV4 .
On connait la suite ; elle a essentiellement essayé de jouer la carte de l’électeur contre le syndicaliste, de dresser le premier contre le second.
Ce n’est pas de cette façon que l’on restaurera un quelconque dialogue social.
(je m’interroge d’ailleurs sur la signification de ces sondages que l’on peut voir dans certains media où l’on demande au lecteur s’il fait confiance à François Fillon pour tenir contre les syndicats, ou encore êtes-vous prêt à de grandes grèves et soulèvements, etc…)
Thatcher citait Saint François d’Assise, Fillon lui essaie de rassurer en allant visiter Emmaüs. Son programme, ses déclarations, ce sont des mots ; ils ont un sens. Qui plus est, il est tout à fait dans la logique libérale de penser qu’il ne revient qu’à la seule charité privée de s’occuper des pauvres. François Fillon est un libéral, c’est lui qui l’a dit.
Il a par ailleurs dit, ainsi que Madeleine de Jessey, qu’il était libéral et pragmatique. Pour ce qui est du pragmatisme, on se souviendra avec intérêt de ce que disait saint Jean-Paul II sur le sujet dans 'Fides et Ratio' : « 89. Présentant tout autant de dangers, le pragmatisme est l'attitude d'esprit de ceux qui, en opérant leurs choix, excluent le recours à la réflexion théorétique ou à des évaluations fondées sur des principes éthiques. Les conséquences pratiques de cette manière de penser sont considérables. En particulier, on en vient à défendre une conception de la démocratie qui ne prend pas en considération la référence à des fondements d'ordre axiologique et donc immuables: c'est à partir d'un vote de la majorité parlementaire que l'on décide du caractère admissible ou non d'un comportement déterminé.105 La conséquence d'une telle manière de voir apparaît clairement: les grandes décisions morales de l'homme sont en fait soumises aux délibérations peu à peu prises par les organismes institutionnels. De plus, la même anthropologie est largement dépendante du fait qu'elle propose une conception unidimensionnelle de l'être humain, dont sont exclus les grands dilemmes éthiques et les analyses existentielles sur le sens de la souffrance et du sacrifice, de la vie et de la mort. »
Pragmatisme est le mot qui sert à cacher ses caprices lorsque l’on plus aucune raison à invoquer pour convaincre qui ce soit.
On est alors pragmatique.
Le libéralisme est mal vu ; pas de problème : on est un libéral pragmatique.
Ce qui voudrait dire qu’on n'est pas vraiment libéral.
Reste à prouver.
Le pragmatisme c’est en réalité un courant philosophique dont la conception de la vérité est plus que contestable. L’analyse la plus intéressante que j’en ai lue se trouve chez un linguiste. Je ne me prononcerai pas sur le fond de l’article, mais la critique du pragmatisme est redoutable. C’est à lire là (aller à « l’appareil conceptuel du pragmatisme ») : https://paullaurendeaulinguiste.wordpress.com/laurendeau-1997b/
Enfin Fillon a tout l’air d’un vrai caméléon. 'Le Monde des religions' nous fournit, une fois n’est pas coutume, un excellent article : http://www.lemondedesreligions.fr/une/francois-fillon-catholique-vraiment-24-11-2016-5953_115.php
On y appréciera tout particulièrement le lien suivant qui renvoie à un autre article du Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/27/la-laicite-doit-s-etendre-a-l-entreprise-privee_3148787_3232.html
Je ne suis même pas sûr que Mélenchon en demande autant.
Parenthèse: voilà un économiste catholique pas libéral ; il ne fait pas partie de « l’association des économistes catholiques » qui du coup porte bien mal son nom. https://www.youtube.com/watch?v=7Isx9ErtqVA
Il a de toutes autres explications sur l’économie.
Et personne ne pourra le lui disputer en mathématiques. Vive la fin de la pensée unique.
Les catholiques ont voté Fillon? C'est ce que racontent certains media, dont on a l’impression, qu’ils font plutôt dans la propagande à la recherche de l'effet bandwagon que de l'information (https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_mode;
effet bien connu des statisticiens et instituts de sondage, essayez d’imaginer la suite…).
Que les catholiques aient voté Fillon, ce n'est absolument pas ce que pense Science Po. La rue Saint Guillaume a un tout autre avis sur le sujet:
"L’explication par la religion est, par ailleurs, assez douteuse : si les soutiens de François Fillon sont catholiques à 75 % (11 % de pratiquants réguliers, 25 % de pratiquants occasionnels, 39 % de non-pratiquants), ceux d’Alain Juppé le sont à hauteur de 68 % avec des proportions similaires en matière de pratique religieuse (8 % de pratiquant réguliers, 22 % de pratiquants occasionnels, 38 % de non-pratiquants).
D’ailleurs, l’argument selon lequel le nouveau conservatisme de la droite parlementaire reposerait sur une influence décisive des catholiques pratiquants (comme en témoigne l’évocation du pape François par François Fillon et Alain Juppé) tourne un peu court.
En effet, on voit, sur l’ensemble des enquêtés, que les catholiques pratiquants réguliers (très minoritaires) obtiennent sur l’indice de libéralisme culturel une moyenne de 0,95 contre 0,78 chez les catholiques non pratiquants et 1,29 chez les « sans religion », lesquels s’orientent à 40 % vers les candidats de gauche et à 21 % vers le FN." C’est à lire là : http://www.sciencespo.fr/actualit%C3%A9s/droitisation-valeurs-de-droite-fran%C3%A7aise
Un petit dernier pour sourire : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/07/31002-20161207ARTFIG00146-chute-de-matteo-renzi-l-italie-est-elle-le-laboratoire-politique-de-l-europe.php « J’assume toutes les comparaisons avec les personnalités politiques qui ont réussi à redresser leur pays. Mais on aurait pu me reproduire en Schröder, en Renzi. » nous a dit François Fillon.
Ok, c’est noté !
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Écrit par : ND / | 04/01/2017

QUESTION

> Sûr que si l'on est vraiment chrétien, on ne peut pas prendre de décisions contraires à la dignité humaine. Mais monsieur Fillon est-il réellement chrétien ou bien s'illusionne-t-il
lui-même ?
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Écrit par : Bernadette / | 05/01/2017

FILLON

> Je partage certaines des interrogations de Denis (comme "le fait même qu’il ait décidé de s'abstenir dans le débat parlementaire (en 1re lecture) sur le délit d’entrave numérique à l’avortement est-il bien « chrétien » ?") : cette distinction faite par M. Fillon entre ses convictions personnelles et ses choix politiques en matière d'avortement ne risque-t-elle pas de se reproduire dans des domaines économiques et sociaux ?
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Écrit par : Sven Laval / | 05/01/2017

PAS GRAND'CHOSE

> 'Le Figaro' nous gratifie de cet article; il s'agit d'une campagne menée par les organisations actrices dans le domaine de la pauvreté. Là: http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/01/04/97002-20170104FILWWW00180-pauvrete-des-associations-en-campagne.php
Je retiens ceci: "pour l'instant, s'"il y a des visites (de candidats à la présidentielle) dans les centres d'hébergement", comme François Fillon mardi dans un centre Emmaüs, "il n'en sort pas grand chose", a déploré Gueguen."
______

Écrit par : ND / | 06/01/2017

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