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21/12/2016

Des chauffeurs insurgés demandent au gouvernement "d'exclure Uber du territoire français"

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Enfin "l'ubérisation" est dénoncée pour ce qu'elle est, un culte qui sacrifie l'humain sur l'autel de "l'idole argent" :


 

Echec des négociations entre Uber et les chauffeurs. Ceux-ci réclamaient des conditions "décentes" de travail et de rémunération. Mardi, Uber-France a fait semblant d'admettre enfin la discussion ; puis, sur l'ordre de San Francisco, elle a : 1. maintenu sa décision de ponctionner encore plus les "tarifs de misère" des chauffeurs ; 2. traité par le mépris la démarche (timide) d'Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux Transports, qui suggérait de renoncer "temporairement" à faire passer la commission Uber de 20% à 25%. Indignés de n'être pas entendus, les chauffeurs appellent leurs collègues à se "déconnecter" d'Uber, et demandent à M. Cazeneuve de l'expulser de France.

La vraie logique d'Uber est déshumanisante. En 2016, Uber a perdu 3 milliards de dollars. En 2015 elle avait perdu 2 milliards. Une des raisons de ces pertes colossales tient dans les dépenses astronomiques d'Uber pour créer des... voitures sans conducteur ! D'où l'enthousiasme pro-Uber du futur ministre américain du Travail, l'anti-social Andrew Puzder ("les robots ne sont jamais malades")... La "croissance sans emplois" est le stade suprême du libéralisme : Uber ment aux pauvres presque autant que M. Trump.

Quant aux chantres de "l'ubérisation de l'économie", ce sont : ou des bredins (encore persuadés que déréguler fait le bien de tous), ou des filous, ou de grands bizarres.

Interviewée sur le conflit Uber, une dame étrange est apparu le 19 décembre au journal de LCI. Sourire de glace - style Clara Gaymard - et formules péremptoires ("mieux vaut travailler seize heures par jour que ne pas travailler du tout"), Mme Sergine Dupuy parlait sur un ton polaire et nerveux à la fois. Elle était interviewée en tant que "membre du conseil d'administration de l'Observatoire de l'ubérisation". Cet "observatoire" est en fait un groupe "d'entrepreneurs"  (en trucs genre e-learning), supporters de l'ubérisation qu'ils présentent comme un processus excellent et inexorable de "disruption".

Qu'est-ce que la disruption ? Notre blog en a parlé souvent. Par exemple le 10/06/2015 :  

<< Disruption est un nouveau mot-fétiche dans le français des leaders. C'est de l'américain, bien entendu : ça voulait seulement dire "perturbation" jusqu'à ce que les publicitaires s'en emparent, pour lui donner le sens de : "méthode consistant à renverser les conventions culturelles dominantes pour construire une communication originale". Puis les SiliconEconomics en on fait un abracadabra voulant dire : "ouvrir un processus de rupture donc forcément désirable". Aujourd'hui, "disruption", comme "storytelling" (et autres "éléments de langage"), fait partie du parler-pour-ne-rien-dire en vogue. C'est ainsi que l'idiome des politiques s'est dissous dans celui des forces dominantes : les mots ne sont pas innocents. >>

Ou le 12/06/2015 :

<<  Grégoire Kopp est un jeune monsieur parisien qui se présente, sur son compte Twitter, comme un "disrupter". Si je vous en parle, c'est à cause de son dernier tweet posté il y a 21 heures (je respecte l'orthographe tendance) :

 Grégoire Kopp@_GRK21 h  Très heureux de rejoindre @UberFR, société de technologie qui évolue ausi rapidement qu'elle fait bouger la société.

Greg nous le confirme donc : la société ne repose plus sur le vivre-ensemble mais sur la technologie. "Evoluer rapidement" est la solution imposée par l'algorithme global. Ça allait sans dire. Ça va encore mieux en le disant. Merci, Greg. Tu nous  informes que tu "rejoins" (franglais globish pour : I have just joined) "Uber France". Le mot "France", chez Uber, ne désigne pas un pays mais une cible. Le réseau Uber s'implante en France – Marseille, Nantes, Strasbourg – dans une froide indifférence envers la loi française.  Or d'où viens-tu, Grégoire ? Du gouvernement de la République française. Jusqu'à hier tu étais conseiller en communication du secrétaire d'Etat chargé des transports, Alain Vidalies. Aujourd'hui tu deviens directeur de la communication d'Uber France.  >>

 

Revenons à Mme Dupuy. Qui est-ce ? Selon Google (bien sûr), Mme Dupuy est "founder & CEO at RedPill SAS". Qu'est-ce que RedPill ? Apparemment la branche hexagonale d'un réseau US. C'est surtout l'une des cellules du brave new world de la disruption : sa patronne le dit dans Les Echos (03/02/2016), il faut "oser l'auto-disruption" car c'est "la vision-clé de la transformation digitale". 

Ne faut-il prendre le mot "vision" que dans son sens banal, celui du jargon d'agences ? Mme Dupuy, sur son compte Twitter le 28/12/2015, parle - à propos de start-up - d'un RedPill Project. Visitez le site anglophone du seul RedPill Project présent sur Google : c'est le vocabulaire ludique-foutraque du développement personnel, aux limites du vieux jargon New Age et du piège-à-chômeurs jeuniste. On y propose aux "young-minded people" un "radical community experiment" d'un mois : grâce à une "gamme d'outils et de méthodologies" (je traduis en français), les participants apprendront à "déployer leur potentiel"  et à "aller au delà de leurs limites et blocages" par "la danse avec la structure et le chaos" ("dance with structure and chaos").  Le RedPill Project se présente comme un "playground" (terrain de jeux) enseignant le changement par la joie ("no change is sustainable without fun").

Le RedPill Project cite un certain Ouspenski : "C'est seulement quand nous réalisons que la vie ne mène nulle part qu'elle commence à prendre un sens". Qui est Ouspenski ? un défunt ésotériste qui propagea les "enseignements" du mage-escroc Gurdjieff, auteur des Récits de Belzébuth à son petit-fils (1950) ! Commentaire du RedPill Project - toujours en anglais - sous sa citation d'Ouspenski : "Nous voyons un dessein plus élevé au delà de notre experiment. Nous savons que la planète a besoin de l'énergie consciente qui nous permet de nous reconnecter à nos êtres profonds, si c'est pour guérir. Nous visons à élever la barre de conscience du ressenti, de la pensée et de l'action, pour être le changement que nous voulons voir..." 

Gageons que ce RedPill Project anglophone n'est pas le même que celui dont parle le tweet de Mme Dupuy. Ce ne peut être qu'une homonymie : si l'arrière-plan philosophique de l'ubérisation était à chercher chez Ouspenski, c'est que Belzébuth embobinerait maintenant son petit-fils chômeur ! Comme aurait dit Gurdjieff lui-même, pareille hypothèse serait "totale merdité".

 

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Commentaires

ARRIÈRE-PLAN

> Pourquoi l'arrière-plan de l'ubérisation ne serait-il pas chez Ouspenski ? Il est déjà chez la défunte Ayn Rand, elle aussi à la limite du satanisme conscient et assumé...
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Écrit par : Paul Biron / | 21/12/2016

BANZAI

> La dernière fois que j'ai entendu le slogan "la joie par le travail", c'était dans la bouche du colonel Saïto, dans un camp de prisonniers des forces de l'Axe.
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Écrit par : Lucas / | 21/12/2016

'DISRUPT' ET 'BLOCKCHAIN'

> Bonjour,
Pour ma part 'Disrupt' me fait penser à un contraire de 'Respect' :
- 'To Disrupt' : Action de faire table rase sur l'existant grâce à un concept novateur auquel on donne les moyens de ses ambitions. C'est à dire encore ignorer voire condamner l'existant.
- 'Respect' : Est-il vrai que ce mot provient du latin 'Re spectare' : 'Regarder en arrière' ? C'est à dire prendre en compte l'existant, avancer en gardant en tête son origine ?
Dans la même veine, on vient de m'envoyer un article de "prospective" qui pourrait paraître séduisant, puisqu'il annonce l'uberisation d'Uber et l'avènement proche de la démocratie 'peer-to-peer' où tout le monde est libre / tout le monde contribue au bien commun et tout le monde s'aime grâce à la technologie.
J'ai juste du mal à imaginer que la révolution commence grâce au low-cost chinois (comme l'indique l'article). Et que derrière la 'blockchain' ne se cache pas un nouvel outil de domination.
Voici :
https://www.linkedin.com/pulse/2017-la-blockchain-va-vous-faire-aimer-votre-voisin-pierre-paperon
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Écrit par : Nath de Chartreuse / | 21/12/2016

REDPILL

> Bon, je suis allé voir RedPpill (http://redpill.paris/). Eh ben j'ai rien compris a leur jargon. Pourtant je suis habitué aux langues bizarres avec la pratique du psycho-éducatif mais là...
A part cette impression vague d'avoir lu un texte pédant et jargonesque tendance précieuse ridicules qui cherche juste à habiller le bon vieux discours du brigand de grand chemin ou du pirate préparant une razzia surprise qu'il espère très juteuse.

VF


[ PP à VF :
J'avoue que je suis perplexe.
Le RedPill Project qu'on trouve sur Google ne semble pas voué aux mêmes activités que celui dont parle Mme Dupuy dans son tweet, et qui ne semble s'occuper que de numérique et de start-up.
Questions :
- peut-il y avoir deux sociétés nommées RedPill Project ?
- le RedPill Project anglophone qu'on trouve sur Google fait-il partie du RedPill Group ?
- le RedPill SAS parisien de Mme Dupuy fait-il partie du RedPill Group ?
- ou bien est-ce une création sans lien avec les autres entités nommées RedPill ?
C'est ce qu'il faudrait tirer au clair. ]

réponse au commentaire

Écrit par : VF / | 21/12/2016

L'ARGENT

> L’ubérisation, l’ubu-labeur über alles, le beurre et l’argent d’Uber…
N’oublions surtout pas : les bénéfices engrangés par ces nouveaux capitalistes esclavagistes échappent la plupart du temps à l’impôt dans le pays où ils sévissent et les bénéfices engrangés finissent généralement sur des comptes ouverts dans des paradis fiscaux.
Les médias devraient commencer par là : d’où vient l’argent de la croissance d’Uber (Goldman Sachs, Google parmi les plus gros investisseurs, selon Wikipedia…) et où, dans quelles conditions, sur quels comptes, ces investisseurs récupèrent-ils leurs pépettes ?
Et avec quelles complicités, à commencer par celle de l’Europe de Bruxelles qui tolère en son sein des paradis fiscaux ?
L’amoralité du système doit être dénoncé d’un bout à l’autre de la chaîne, pas seulement en mettant un micro sous le nez des chauffeurs Uber Pop qui manifestent leur mécontentement.
J’espère que Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, nos préférés à gauche, vont cogner à fond sur Uber et le néocapitalisme de la défiscalisation tout azimut, car il y a… « du beurre » électoral à se faire !
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Écrit par : Denis / | 21/12/2016

RED PILL, BLUE PILL

> pas impossible que plusieurs sociétés RedPill existent. L'expression 'Red Pill' est du langage courant techno US depuis 'Matrix'. Elle veut dire "se réveiller, échapper au virtuel, retrouver le réel". Inverse : 'Blue Pill'. Métaphore de pilules conditionnant l'attitude mentale : niveau zéro intellectuel mais c'est l'époque.
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Écrit par : Morpheus / | 21/12/2016

@ PP

> J'ai rapidement effectué quelques recherches sur RedPill, j'ai l'impression qu'il y a au moins trois entités différentes :
- RedPill Project (le fondateur de start-ups parisienne) qui fait partie du RedPill Group (serveur web en Italie enregistré directement au nom d'une Mme Dupuy)
- Redpill Group (probablement pas le même que celui d'au-dessus : (logos différents, et localisation des serveurs très différente)
- RedPill project New Age qui est une sorte de formation new age tenues par des Italiens : http://newhorizon.strikingly.com/
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Écrit par : Link / | 21/12/2016

DROITS

> Pour des questions de droits, je ne pense pas qu'il y ait deux société déclarées sous le même nom. Mais faut vérifier.
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Écrit par : VF / | 21/12/2016

CONCURRENCE

> Ce soir, au diner, discussion qui m'a profondément perturbée : nous discutions justement au sujet d'Uber et j'en avais dénoncé les pratiques et l'esclavage moderne qui en découlait en me basant notamment sur votre dernier article concernant ce sujet. La plupart dénonçaient le libéralisme sans règles alors que je maintenais ma conviction que c'est le but du libéralisme.
Réflexion ensuite de l'une des personnes à table, usagère d'Uber : "Ah mais je suis contente d'eux, les chauffeurs, au moins, ils affichent de beaux sourires et sont serviables, pas comme ces chauffeurs de taxi toujours grognons."
Je suis sortie de table vivement perturbée par cette remarque qui semblait affirmer que, du moment que ces chauffeurs d'Uber semblent heureux et sont serviables, gentils, etc, alors ils ne souffrent pas de leurs conditions de travail, même si elles sont désastreuses.
Je précise que la personne ayant fait cette remarque travaille en milieu psychiatrique, auprès de personnes atteintes de troubles psychiques, ce qui a contribué à renforcer mon malaise.

AL

[ PP à AL - D'autant que l'effort de "style à l'ancienne" a été lancé par certaines grandes compagnies parisiennes de taxis classiques, précisément pour justifier leurs tarifs en surclassant la concurrence Uber... Si des chauffeurs Uber le font à leur tour, c'est pour répliquer à ces taxis classiques ! ]

réponse au commentaire

Écrit par : AL / | 21/12/2016

SIMPLIFIÉE

> RedPill SAS me semble être, comme vous le pressentez, la filiale d'un groupe plus vaste, vraisemblablement américain. Cette entité, comme son nom l'indique, est une "société par actions simplifiée", dont Mme Dupuy est présidente-directrice générale.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/12/2016

LA GUERRE DES TOILETTES

http://www.lepoint.fr/monde/la-guerre-des-toilettes-agite-la-caroline-du-nord-22-12-2016-2092247_24.php

> Un exemple de "disruption" libérale dans cet article qui nous pousse à réfléchir à l'ineptie du monde dans lequel nous vivons et vers lequel la Silicon Valley souhaite embarquer l'humanité pour les siècles à venir. C'est bien au nom de cette idéologie libérale-libertaire que les personnes dites "transgenres" contestent la décision de la Caroline du Nord.
Il est en effet surprenant de voir ces mêmes personnes contester la réalité biologique, inscrite dans leurs chromosomes mêmes, source à leurs yeux de discrimination.
Dans ce cas comme dans celui d'Uber, on peut parler de déshumanisation, au nom d'un individualisme exacerbé. Ce dernier, hélas, semble avoir traversé l'Atlantique...
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/12/2016

BLEU

> Ce que j'aime le plus dans l'illustration de cette note, c'est le noeud papillon bleu du dragon satisfait, après qu'il a tout 'disrupté'.

Alex


[ PP à Alex - "La France bien élevée" ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Alex / | 22/12/2016

@ PP :

> je pensais plutôt au noeud papillon d'un Américain mal élevé, vu ici :
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/03/03/trump-l-homme-qui-a-trace-sa-route-hors-du-systeme-5768807.html
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Écrit par : Alex / | 23/12/2016

à Alex:

> Trump en Godzilla? Mon Dieu, pauvre Godzilla....
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Écrit par : VF / | 23/12/2016

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