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20/12/2016

Le "populiste" de Wall Street : Ubu-Trump est couronné

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Les "grands électeurs" US ont couronné hier Donald Trump, pourtant distancé de 2 900 000 voix le 8 novembre...  M. Trump n'est donc que l'élu du "Système", comme tous ses prédécesseurs :


 

 

Aux Etats-Unis, les 538 membres du "collège électoral" votaient hier, pour transformer les suffrages populaires du 8 novembre (2 900 000 voix d'avance à Hillary Clinton) en élection de M. Trump. C'est l'étrangeté – aux yeux des Français – du système voulu par les pères fondateurs de la démocratie américaine au XVIIIe siècle : un système indirect, quasi-censitaire, qui filtre les votes du peuple. Dans ce "collège" tous les Etats n'ont pas le même poids et les "grands électeurs" désignent le président ; être minoritaire comme Trump n'empêche donc pas d'être élu, comme on  l'a vu en 1824, 1876, 1888 et 2000.

En théorie rien n'interdit aux grands électeurs de choisir un autre candidat que celui qui a la majorité dans leur Etat d'origine. Mais depuis deux siècles, jamais il ne s'est trouvé une majorité du collège pour inverser le résultat du suffrage universel. Au total, il n'y eut que 157 grands électeurs pour tenter l'aventure : sans autre effet que de leur valoir l'opprobre des journaux.

M. Trump est le premier président du XXIe siècle à s'être fait élire sur un programme "populiste". Le "populisme" consiste à prétendre servir le peuple en lui donnant un rôle politique prépondérant. Cependant le peuple américain a donné la majorité, non à M. Trump (46,10%), mais à son adversaire (48,20%) ; c'est au "système" que M. Trump doit son élection, lui qui se posait en vengeur anti-système !

La suite confirme ce tour de passe-passe. Après une campagne où il dénonça Goldman Sachs comme la pire expression de Wall Street, M. Trump nomme un gouvernement dominé par Wall Street et Goldman Sachs. Après avoir levé l'étendard des humiliés et des offensés, M. Trump nomme ministre du Travail le patron le plus humiliant et le plus offensant (pour ses salariés). Etc.

On nous assure - notamment sur Facebook - qu'il est contraire à la charité chrétienne de dire que les requins de la finance se muent rarement en amis des pauvres ;  mais cette conception du christianisme ressemble à la bouillie mentale postmoderne, plus qu'au réalisme de nos pères dans la foi.

On nous dit aussi d'attendre le 20 janvier et l'instant du Rêve Américain : la minute où Ubu Roi va prêter serment,  devant l'indiscernable "God" étatsunien, de protéger et défendre la Constitution. A partir de cet instant on va voir ce qu'on va voir, etc. Va-t-on voir M. Mnuchin (ministre du Trésor, ex-senior manager de Goldman Sachs), ou M. Ross (ministre du Commerce et de l'Industrie, ex-banquier d'affaires chez Rothschild), ou M. Cohn (futur chef économiste de la Maison Blanche, ex-n° 2 de Goldman-Sachs), ou M. Tillerson (ministre des Affaires étrangères, ex-patron d'Exxon), faire autre chose que ce qu'ils ont toujours fait : business as usual, et l'Etat au service de l'argent ?

Voilà ce que donne le "populisme" quand il se réalise. La chose pouvant se produire de ce côté de l'Atlantique, c'est l'heure de revisionner un vieux film de Dino Risi : La Marche sur Rome (1962, avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi, photo ci-dessous) [*]. Comparaison n'est pas raison ? Non, mais ça peut aider.

 

__________

[*]  "Le film évoque la Marche sur Rome de Mussolini à travers les aventures comiques et piteuses de deux chemises noires, anciens combattants de la Première Guerre mondiale, fraîchement convertis et particulièrement naïfs. À travers leurs déconvenues cocasses, qu'ils enregistrent scrupuleusement en biffant une à une les promesses économiques fascistes au fur et à mesure de leur trahison, les deux personnages perdent progressivement leurs illusions."

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11:28 Publié dans Trump, USA | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : trump

Commentaires

DÉFINITION

> Excellent film, le Risi. Définition des fascismes par je ne sais plus qui avant la guerre : "Des fainéants mentant à des chômeurs".
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Écrit par : Edgar André / | 20/12/2016

LA MOITIÉ

> Président du système d'autant plus que la moitié des électeurs américains ne votent pas...Cela lui enlève définitivement toute légitimité.
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Écrit par : VF / | 20/12/2016

SAINT BASILE

> "...cette conception du christianisme ressemble à la bouillie mentale postmoderne, plus qu'au réalisme de nos pères dans la foi."
A ce sujet, combien de chrétiens ont lu l'homélie de saint Basile de Césarée "Contre les riches" ?
http://jesusmarie.free.fr/basile_de_cesaree_homelies_choisies.html
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Écrit par : Philippe / | 20/12/2016

CONSTATS

> Sur ce sujet du nombre de voix, une précision importante
Trump a fait sa campagne en intégrant le fait qu'il y avait des grands électeurs
Donc il s'est concentré sur les Etats décisifs pour gagner.
Si l'élection avait été au nombre de suffrages directs, il aurait fait une autre campagne et aurait probablement aussi gagné
Je trouve un peu absurde donc le raisonnement consistant à expliquer que Trump est l'élu du système pour cette raison
Ceci étant dit, il est bien dans le système !

Ludovic


[ PP à Ludovic - Ce n'est pas un raisonnement : c'est un constat. Et vous le faites aussi, par l'autre bout... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Ludovic / | 20/12/2016

POUR QUI

> Vous allez voter pour qui en France ?

DidierF


[ PP à DidierF - Attendons de voir qui sera en lice. Peut-être pour personne ? La pire des choses est d'agir contre sa conscience, y compris dans ce domaine. La vieille chanson du "moindre mal" sonne de plus en plus faux. ]

réponse au commentaire

Écrit par : DidierF / | 21/12/2016

à VF

> Et comme depuis des dizaines d'années près de 50% des américains ne votent pas aux élections, tous les présidents américains étaient donc illégitimes !...Si ce raisonnement est valable pour Trump, il vaut aussi pour tous les autres...
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Écrit par : B.H. / | 21/12/2016

à B.H

> exact. Et comme de plus, tous les présidents sont issus de la haute bourgeoisie ou achetés par elle (vu le coût des campagnes), les USA n'ont jamais été autre chose qu'une république oligarchique. En gros, une espèce de sous-république romaine affichant une image démocratique mais n'ayant jamais laissé le peuple s'exprimer ou participer réellement aux décisions politiques.
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Écrit par : VF / | 21/12/2016

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