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25/11/2016

Fillon-Juppé : fausse clarté, vraie pénombre

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François Fillon a marqué les points hier soir, mais... :


 

 

Le débat d'hier soir fut long et parfois lassant, comme si les deux rivaux postulaient à des ministères techniques et non au rôle de chef de l'Etat. D'où vient l'impression que M. Fillon l'emportait ? M. Juppé montrait son âge, M. Fillon était "l'homme plus jeune de dix ans". Injuste mais efficace. Pour le reste... Leur différence en politique étrangère n'intéressait qu'une petite minorité de Français ; leur étroite parenté socio-économique les rendait difficiles à départager. Mais M. Fillon semblait marquer les points parce qu'il donnait un sentiment de clarté et de résolution. Clarté vraie ? ou fausse ? Le thatchérisme vintage de M. Fillon est déphasé par rapport à l'évolution internationale. Et ce thatchérisme n'a rien à voir avec les préconisations de l'Eglise catholique, une Eglise prise en otage dans ce débat de parti où elle n'a que faire (contrairement à ce que croient les "électeurs catholiques" qui mettent rarement les pieds à la paroisse).

D'où vient que le bon bourgeois libéral-conservateur (oxymore) : 1. se fiche de ce que pense l'Eglise sur le plan socio-économique ; 2. croit que voter libéral c'est voter "catho" ? Du fait qu'ils ne sait pas, ou ne veut pas savoir, ce que l'Eglise catholique pense en matière économique et sociale. Profonde est l'indifférence intellectuelle du bon bourgeois ; atavique son peu d'intérêt envers ce que pense l'Eglise (sur tout sujet autre que la vie de famille).

Reste M. Fillon affirmant que le pape est "d'accord avec [lui]" dans la plupart des domaines où M. Juppé "[le] conteste" : donc - en première ligne - sur le  socio-économique.

Cette affirmation ressemble à un bluff. Elle devrait faire réfléchir au moins une fraction des électeurs catholiques au point de les faire rester chez eux dimanche (on ne peut pas voter pour M. Juppé, qui fonctionne dans la pénombre du conformisme médiatique).

J'emprunte à notre ami ND cette dissection philosophique du bluff de François Fillon :

 

<<   François Fillon a dit : « J’entendais Alain Juppé préférer le pape François à la Manif pour tous. Je ne suis pas sûr qu’il ait totalement écouté et lu le pape François parce que sur la plupart des sujets sur lesquels Alain Juppé semble vouloir me contester, le Pape François dit la même chose que moi ».

François Fillon a, selon lui totalement lu et écouté le pape François. C’est bien ce qu’il dit, puisqu’il pense qu’Alain Juppé ne l’a peut-être pas fait. On comprend donc en contrepoint que lui-même l’a fait : il a totalement lu et écouté le pape François. Dans ce qu’il exprime il parle de sujets qu’Alain Juppé semble vouloir lui contester et sur lesquels « le pape François dit la même chose que [lui] ». Il ne parle pas pour autant des points qu’Alain Juppé ne lui conteste pas, et on ignore sur ces points, ce qu’ils sont, et ce qu’il en pense explicitement.

François Fillon se réclame de Margaret Thatcher. Margaret Thatcher était libérale, se réclamait de Hayek et de Milton Friedman, économistes libéraux. Les libéraux croient en la « main invisible » du marché : l’égoïsme de chacun profite à tous et les désirs égoïstes des uns et des autres se coordonnent comme par enchantement en un lieu que l’on appelle le marché fixant ainsi un prix d’équilibre réputé être ce qu’il y a de plus juste et objectif ; en clair pour reprendre une formule chère aux libéraux : « les vices privés font les vertus publiques ». Rien de moins catholique. La main invisible est la pierre de touche du libéralisme avec le mythe du ruissellement. Le pape François a dit clairement que la main invisible du marché n’existe pas et relève d’une « conception magique du marché », et également que le ruissellement n’existe pas, dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium.

De cela François Fillon ne parle pas. On est cependant en droit, puisque François Fillon se réclame de Margaret Thatcher, de penser qu’il y a là un désaccord. Peut-être M. Fillon essaie-t-il d’entretenir le flou sur ce sujet pour attirer à lui un électorat chez qui le pape François est populaire, tout en faisant concrètement le contraire de ce que ce dernier pense.

Il existe ici deux possibilités :

- ou François Fillon a lu et écouté tout ce que pense le pape François,

- ou il ne l’a ni lu ni écouté. Dans ce dernier cas, il mentirait : c’est gênant pour ceux qui votent pour lui, et pour tous les Français s’il est élu.

En admettant qu’il l’ait lu et écouté, on se demandera alors s’il l’a compris.

S’il ne l’a pas compris, c’est inquiétant pour un futur président (comprendra-t-il les lois qu’il promulguera, la situation de la France ? etc…).

S’il l’a compris, arrive alors la question de savoir s’il est d’accord avec lui ou non, sur tous les points qu’évoque le pape François.

Je vais donc admettre deux propositions : une que je prête au pape François, issue de l’encyclique Laudato Si : « la main invisible du marché n’existe pas ». Et une de François Fillon : « la main invisible du marché existe » ; « existe » s’entend ici comme « est existant ».

On peut ainsi mener les raisonnements suivants :

- Aucune main invisible du marché n’existe (pape François)

- Or, quelque main invisible du marché existe (François Fillon)

- Donc, quelque chose qui existe n’existe pas  (conclusion absurde).

Ce premier syllogisme peut se ramener à un syllogisme dit de première figure, plus parfait quant à la rigueur de la démonstration. Il nous faut pour cela convertir sa mineure, qui est « quelque main invisible du marché existe », en « quelque chose existante est la main invisible du marché ».

Ce qui nous donne le raisonnement suivant :

- Aucune main invisible du marché n’existe (pape François)

- Or, quelque chose existante est la main invisible du marché (François Fillon)

- Donc, quelque chose existante n’existe pas (conclusion absurde).

On pourrait multiplier à l’envie les syllogismes sur ce point, mais je m’arrête là.

Si François Fillon pense comme Madame Thatcher que la main invisible du marché existe, il est patent qu’il est en désaccord avec le pape François, comme en attestent les conclusions absurdes auxquelles on parvient.

Sauf peut-être, pour François Fillon, à refuser le principe du contradictoire que nous appris Aristote : une chose ne peut, en même temps et sous un même rapport, être et n’être pas ce qu’elle est.

Le philosophe Edmund Husserl, dit, de mémoire, dans ses Recherches logiques, en s’attelant à réfuter le psychologisme, qu’il se trouve peut-être que le principe de non-contradiction soit aboli chez les fous. François Fillon ne semble pas être délirant. Il doit donc être en désaccord avec le pape François.

Maintenant se pose une dernière question : ment-il lorsqu’il dit qu’il est en accord avec le pape François ?

Son propos est des plus flous. Il exprime combien lui est en accord avec le pape François, sur les points qu’Alain Juppé mentionne, contrairement à ce dernier. Pour ce qui est des autres points qu’il passe sous silence, on ne sait rien.

Il y a toutefois un indice : il dit avoir lu et écouté tout ce que dit le pape François. Sauf pour lui de ne l’avoir pas compris, il sait donc ce que pense le pape François, y compris sur la question de la main invisible du marché, et sur la théorie du ruissellement, etc . Or on l’a vu, il ne peut être qu’en désaccord avec le pape François sur ces points.

En suggérant avoir lu et écouté tout ce que dit le pape François, il affirme qu’il est en désaccord avec ce qu’en pense Alain Juppé, mais aussi il semble suggérer- c’est le point le plus important- qu’il est en accord avec tout le reste, il laisse penser qu’il est en accord avec le pape, y compris le fait que pape François pense que la main invisible n’existe pas, et que le ruissellement n’existe pas. Or on l’a vu, ce n’est pas le cas puisqu’il est dans la lignée de Thatcher.

Je ne connais pas le for interne de François Fillon, mais vu de l’extérieur, cela fait penser à un mensonge par omission, pour attirer l’électeur.

Le mensonge par omission est celui par lequel on sait devoir dire ou faire quelque chose, qu’on ne dit pas ou ne fait pas. Le pape François pense que la main invisible du marché n’existe pas, et François Fillon pense le contraire - mais passe, pour l’instant, ce point sous silence. Il serait bon qu’il clarifie sa position sur cette question.

Pour moi, à défaut de le faire, il commettrait un mensonge par omission, et tout simplement manipulerait ses électeurs ignorants sur ce point, leur dissimulant une vérité qu’il sait devoir leur dire pour obtenir d’eux quelque chose qu’il n’obtiendrait pas sans ce silence coupable et intéressé, à savoir leurs suffrages : ce serait bien du mensonge et de la manipulation.

Pour l’éviter, il devrait leur dire une vérité qui pourrait s’énoncer ainsi :

- Je ne suis pas d’accord avec le pape François, je suis libéral et je pense que la main invisible du marché existe, et que le ruissellement existe.

Pour un candidat catholique, on peut mieux faire.

Pour l’instant il est impossible de savoir avec certitude si François Fillon ment, tout juste peut-on conjecturer qu’il est possible qu’il mente, ou qu’il est possible qu’il ne mente pas. Le futur nous le dira.  A défaut pour lui de nous éclairer sur ces zones d’ombre, il est certain que je ne voterai pas pour lui. Et s’il s’avère qu’il nous avoue penser que la main invisible du marché existe et que le ruissellement existe, je ne voterai pas pour lui. >>

 

 

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Commentaires

À LA BARRE

> Le raisonnement est très remarquable et implacable. Ce que je crois, c'est que nous n'avons pas en magasin actuellement quelqu'un qui soit en phase avec le pape dans le domaine économique.
Mais, même si j'ai trouvé très intéressante l'analyse de Lucas dans un précédent commentaire, je crois aussi, comme beaucoup probablement, que la situation est dangereuse actuellement et qu'il vaut mieux à la barre Fillon que Juppé. Donc je vote Fillon.

O. le P.


[ PP à O. le P. - Vous faites donc partie du petit nombre de Français qui s'intéressent aux enjeux de politique internationale. C'est l'une des rares choses que j'approuve dans le programme de M. Fillon, ]

réponse au commentaire

Écrit par : Olivier le Pivain / | 25/11/2016

HYPOCRISIE

> Accuser un politique de mentir ou de ne pas être logique ne nous apprend rien. Depuis Sarkozy plus personne ne se laisse prendre.
La nouveauté chez Fillon est son hypocrisie. Alors que presque tout dans son programme va dans le sens contraire, il ose parler de grandeur de la France, de défense du service public ou de valeurs chrétiennes, entre autres.
Mais l'hypocrisie est encore un hommage à la vertu et je crois que c'est ce qui plaît aux gens : excédés par la ploutocratie décomplexée, ils se sentent un peu rassurés par la ploutocratie hypocrite.
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Écrit par : Guadet / | 25/11/2016

"JAMAIS"

> Incompréhensibles ces gens, comme une certain François B. à son époque, et bien d'autres, qui se réclament du votent catholique, tout en trouvant infamant qu'on puisse l'être vraiment ( "Je n'ai jamais remis en cause la loi Weil" dit le plus catho d'entre eux en s'en gargarisant; on pourrait presque dire " Cachez ce SAINT que je ne saurais voir"), se disant plus catholique l'un que l'autre et s'en défendant à la fois.
Ce qui ressort au final , c'est qu'être vraiment catholique dans la pratique c'est être extrémiste.... On ne saurait être de ces gens là.
A donner en pâture à Léon Bloy.
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Écrit par : Gégé / | 25/11/2016

L'INTERNATIONAL

> De fait, il est dommage que trop peu de Français, le nez dans leurs multiples soucis immédiats ne regardent pas l'International. Or, une guerre générale, ce serait assez moche pour l'écologie, tant humaine qu'environnementale, sauf pour la seconde, si elle réduit la population de 90%.
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Écrit par : Pierre Huet / | 25/11/2016

EH OUI

> "Ce que je crois, c'est que nous n'avons pas en magasin actuellement quelqu'un qui soit en phase avec le pape dans le domaine économique."
J'ai trouvé ça, c'est p't-être ce qui s'en rapproche le plus pour l'instant :
http://www.jlm2017.fr/le_projet
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Écrit par : Yann / | 25/11/2016

CE QUI NE LEUR VIENT PAS À L'ESPRIT

> Olivier, j'espère que vous n'avez pas mal pris mon petit commentaire, dont je crains après coup qu'il n'ait paru discourtois dans la forme.
Cher Patrice, sur la question géopolitique, je me demande si davantage de Français qu'on ne croit ne s'y intéressent pas "par la bande". En réclamant le retour d'un État digne de ce nom, vrai représentant de la souveraineté populaire et défenseur du bien commun (ce qui se voit par exemple dans le débat sur les arbitrages privés du CETA ou du TTIP, qui heurtent profondément le sens de l'État des citoyens), ne réclame-t-on pas aussi un État redécouvrant ce qui tombait sous le sens autrefois dans d'autres domaines ? Notamment la diplomatie ?
Plus spécifiquement cette indépendance de positionnement dont la France a les moyens diplomatiques et militaires, sans inféodation envers personne, et dont je constate autour de moi qu'elle est chère aux gens (chez mes collègues de travail, par exemple, fort modérément poutiniens, mais pas atlantistes pour deux sous non plus, et assez méprisants envers l'OTAN).
Bref, en réclamant le retour d'un État qui sait ce qu'il se doit dans ses frontières, ne demande-t-on pas aussi le retour à la tradition gaullienne bien comprise en politique étrangère ?
En luttant contre la classe politique qui respire libéral et libre-échangiste, n'appelle-t-on pas de ses vœux la réémergence de dirigeants ayant aussi le sens de l'État dans le domaine géopolitique ?
Je reconnais que ma théorie est un peu tirée par les cheveux, mais je pense tout de même qu'il y a corrélation entre la transformation de nos politiciens en guichetiers de la Société Générale et la disparition, chez eux, de toute préoccupation géopolitique et diplomatique.
Il y a trois semaines environ, à la télévision, on interroge M. Fillon sur l'équipe ministérielle qu'il entend mettre en place s'il est élu. Tout en se refusant à donner des noms, il affirme que ce sera une équipe qui l'aidera à mettre en place les réformes économiques qui s'imposent. Personne ne parlait d'économie : on parlait de l'ensemble de ses ministres. Mais M. Fillon a automatiquement répondu dérégulation. L'école, l'université, les Nations-Unies, l'OMC, la diplomatie, la culture, le social, l'Afrique, l'agriculture ? Ça ne lui a même pas traversé l'esprit.
Il me semble que si, économiquement, il avait mieux conscience de ce qu'il doit à l'intérêt général et à l'intérêt du pays, parler Conseil de sécurité ou alphabétisation lui serait également venu naturellement.
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Écrit par : Lucas / | 25/11/2016

LES PROGRAMMES PROPOSÉS

> Effectivement, je m'intéresse aux enjeux de politique internationale et j'approuve la vision de Fillon dans ce domaine. Quand j'ai entendu hier soir Juppé dire que Poutine était en train de rejouer la guerre froide, j'ai été, au mimimum, surpris : je pense que, comme au Moyen-Orient par exemple, les Américains jouent à des jeux dangereux. Pour faire court, une guerre en Europe entre la Russie et l'Europe n'a pas l'air de les (Clinton et non Trump) déranger. C'est bien plutôt Poutine que les Américains essayent de pousser à la faute que l'inverse, en ne respectant pas, en particulier, les accords qu'ils avaient conclus lors de la chute du mur de Berlin.
Mais pour revenir à l'économie et indépendamment du fait que ni Juppé ni Fillon n'ont lu le pape, il est tout de même temps de chercher des économies là où on devrait en faire : le nombre des parlementaires (on peut gagner un à 2 milliards) le millefeuille administratif, l'Education nationale,les abus dans le domaine de la santé, etc...
On peut rejeter la faute, à juste titre, sur la dérégulation mondiale des échanges commerciaux et financiers mais cela ne change rien à la situation actuelle et nous ne pouvons faire qu'avec les programmes proposés.

O. le P.


[ PP à O. le P. - "Nous ne pouvons faire qu'avec les programmes proposés". Mais si aucun ne convient ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Olivier le Pivain / | 25/11/2016

@ PP

Cher PP, pourquoi vous poser autant de questions ?
Fillon va très certainement remporter ces primaires avec 4 à 4,5 millions de votes, sauf mobilisation inattendue.
Avec ses 4,5 millions de votes combien remportera t'il de suffrages le 23 avril ? Pensez vous sérieusement qu'il convaincra au moins 7 à 9 millions d'électeurs nécessaires pour accéder au 2nd tour ?
L'aspect caricatural de son programme est tel que je n'y crois pas une seule seconde.
La conséquence directe de sa victoire dimanche, ce sera la candidature de Bayrou de nature à brouiller encore un peu plus ses chances.
Maintenant, il serait intéressant de savoir ce que nous réserverait un second tour sans la candidature des Républicains...
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Écrit par : PHC94 / | 25/11/2016

FILLON QUAND MÊME

> Je cherche sans succès la déclaration de François Fillon sur laquelle vous vous appuyez : « La main invisible du marché existe »… (certains de vos lecteurs pourraient s’y tromper !)
Par ailleurs, la carrière de François Fillon, notamment sa communauté d’idées et de vision politique avec le défunt Philippe Seguin, plaident en sa faveur. Je pense qu’il est l’un des hommes politiques les plus crédibles pour mettre en place, de pair avec les réformes nécessaires pour dynamiser l’économie, les filets de sécurité indispensables afin de limiter la casse sociale (je le dis avec, sur cette question sociale, une conscience avivée par ma prise de contact avec Pôle emploi, qui me permet de constater depuis un mois tant la lourdeur bureaucratique – euphémisme – de cette administration, que sa bordélicité aiguë et son inefficacité ubuesque).
La référence Thatcher : le fait est que son bilan social est assez sombre.
Mais, à propos de ses options très libérales, devons-nous considérer que Mme Thatcher a inventé le capitalisme financier mondialisé et qu’elle est responsable des inégalités scandaleuses que nous connaissons – PDG du CAC 40 gagnant 500 à 1000 fois le SMIC etc. ? Ou qu’elle a simplement recentré le Royaume-Uni sur ses points forts économiques dans le contexte du libre-échange mondialisé – et d’une Europe ouverte à tous vents ?
Le fait est que François Fillon prend des risques, aussi bien lorsqu’il fait référence à la dame de fer que lorsqu’il se réclame du pape François.
Rappelons tout de même que la crédibilité de sa politique sera mesurée à l’intégration économique, sociale et fiscale plus poussée de la zone euro qu’il appelle de ses vœux.
Rappelons enfin qu’il est l’un des seuls hommes d’Etat français à avoir le courage de dire qu’il est en conscience opposé à l’avortement, tout en jugeant impossible de revenir sur ce droit accordé aux femmes il y a plus de quarante ans.
Je cherche d’ailleurs, également sans succès, la déclaration, d’un autre homme politique en vue, d’un évêque ou du pape qui, seule à mes yeux, serait susceptible de mettre en défaut M. Fillon sur ce plan… Ah, si… je viens de la trouver : « L'avortement est la plus grande force de destruction de la paix aujourd'hui »… Mais, je suis désolé de ne pouvoir la retenir dans notre débat, voyez-vous, car elle n’émane pas d’un grand de ce monde, mais de Mère Teresa, une femme des rues, une pauvresse, une moins que rien… qui ne tenait pas son mandat des hommes mais de Dieu.

Denis


[ PP à Denis :
1. Mais au nom de quoi élirions-nous des gens dont nous savons (d'avance) qu'ils feront le contraire de ce que nous aurions souhaité ? Qu'est-ce qui serait donc plus important que ce que demandent les papes ? Ce qui vous paraît secondaire me paraît essentiel : nous ne sommes donc pas d'accord dans ce domaine précis.
2. Sur "la main invisible du marché" : ce n'est pas dans mon propre texte, mais dans le "démontage philosophique" écrit par ND. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Denis / | 25/11/2016

CATHOLIQUES ?

> Un article lu ce matin dans le dernier 'Famille Chrétienne' éclaire la question, me semble-t-il. Il s'agit de l'article sur ND des Landes. Le journaliste de 'FC' essaie de rapporter la position des catholiques anti-NDDL et celle des pro-NDDL. Il essaie tellement d'être impartial, que cela en devient un peu absurde.
En effet, il dit que les anti-NDDL ont lu et prennent au sérieux - peut-être un peu "trop" (?!?) - 'Laudato Si'.
Les autres non.
Et cela devient le dialogue de sourd : les anti avancent que la foi a quelque chose à voir avec ce projet, au niveau économique et écologique. Les pro disent qu'il ne faut pas tout mélanger : laissons la foi pour la sphère privée, et parlons sérieusement (!) de ce projet public. Peut-on être catholique et penser que la foi n'est qu'une affaire privée sans conséquence sociale ?
Peut-on encore parler de catholiques ?
Le journaliste ne va malheureusement pas jusque là...
Pour en revenir à Fillon : je crois qu'il s'agit du même mécanisme. Un certain nombre de "catholiques" ne voient tout simplement pas le rapport entre la foi et l'économie, même si le pape (comme tous les papes depuis plus d'un siècle) dit le contraire.
On peut parler d'hypocrisie.
Je ferai aussi le parallèle avec nombre de jeunes catholiques, très engagés dans leur Eglise, dans des groupes de louange, etc. qui ne voient pas le problème dans le fait d'accumuler des aventures sans lendemain. C'est un problème de conversion incomplète.
Et en fait, nous avons tous à balayer devant notre porte pour continuer à convertir tout ce qui en nous résiste à l'Evangile.
Pour revenir encore à Fillon : il ne s'agit pas pour autant de faire dans les bons sentiments. Car l'électeur n'est pas en train de confesser ou d'accompagner spirituellement un candidat ! Il s'agit de choisir celui qui va gouverner la France ! Il s'agit de faire concrètement avancer le bien commun, pas de se faire plaisir avec quelqu'un qui nous ressemble (ou pas).
Personnellement, je ferai comme M. Olivier le Pivain dimanche, pour les mêmes raisons. C'est bien le seul sujet sur lequel les départager vraiment.
Mais je suis assez inquiète que la campagne ne fasse aucune place aux questions écologiques, et c'est pourtant ce qui va nous toucher le plus vite, de plus près, et avec le plus de violence... bien plus que la question de revenir ou non sur le "mariage pour tous".
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Écrit par : Pema / | 25/11/2016

NIVEAU CHIRAC

> Mon sentiment de plus en plus net en ce qui concerne Fillon est celui du grand écart entre l'image très séduisante du bon père de famille catho de l'ouest et la réalité de sa politique qui sera du niveau d'un Chirac: on ne fait plus grand chose pour redresser le pays (i.e. On accompagne le mouvement européiste libéral libertaire) mais au moins on reste bon sur quelques points symboliques.
(pas de mariage gay, pas d'alignement sur les US, pas de guerre en Irak...)
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Écrit par : Ludovic / | 25/11/2016

@ Lucas

> "Olivier, j'espère que vous n'avez pas mal pris mon petit commentaire, dont je crains après coup qu'il n'ait paru discourtois dans la forme."
Je n'ai pas du tout mal pris votre commentaire et je confirme que je l'ai trouvé très enrichissant.

@ PP
> "Nous ne pouvons faire qu'avec les programmes proposés". Mais si aucun ne convient ?"
C'est toujours la même question. Je dis seulement que nous ne trouvons pas un candidat prenant vraiment en compte l'enseignement de l'Eglise en matière économique, qu'il y a beaucoup d'hypocrisie, mais qu'en final, il faut quelqu'un à la barre et que, par exemple pour les questions internationales mais pas seulement, je préfère nettement voir Fillon à la barre que Juppé. Juppé c'est "je vais à la messe le dimanche parce que, là au moins, on ne m'emmerde pas" (propos tenu à FOG dans son documentaire) : merveilleux!
Aux Régionales j'avais voté Valérie Pécresse : avant de le faire, j'avais comparé les tracts du socialiste et d'elle et j'avais regardé, sur la quinzaine de propositions qu'elle déclinait, si le socialiste les aurait approuvées et j'avais conclu que le socialiste les aurait toutes approuvées. Puis je me suis dit qu'on pouvait espérer qu'elle vote des subventions pour l'enseignement privé, subventions supprimées (hors forfait externat) par Huchon. Ce n'est pas réjouissant mais après? Et il semble que l'enseignement privé aura ces subventions...
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Écrit par : Olivier le Pivain / | 25/11/2016

@ Denis,

> Non, non, non ! le vote "utile", le vote réflexe et sociologique parce que dans la famille on a des valeurs, on est catho, DONC on vote à droite...Pour moi c'est fini, la boussole de mon vote est définitivement la pensée sociale de l'Eglise et sur ce point Monsieur Fillon n'y répond pas, et visiblement aucun autre d'ailleurs.
Je suis de ceux qui pensent que la droite et la gauche sont devenues interchangeables, Libertaire et Libéral étant intimement lié.
Je déposerai donc, en conscience, un beau bulletin blanc en 2017.
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Écrit par : Tangui / | 25/11/2016

@ Denis

> Tous les libéraux croient à la main invisible du marché, c’est en est même la pierre de touche. Vous la retirez et tout s’effondre. Lire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ralisme_%C3%A9conomique
François Fillon avoue lui-même être libéral. Accordons lui de comprendre le sens des paroles qu’il profère. Lire : http://www.la-croix.com/Actualite/France/Francois-Fillon-se-livre-chretien-et-liberal-2015-09-20-1358638
On peut y aller :
Du premier lien nous avons une première proposition : « tous les libéraux croient à l’existence de la main invisible. »
François Fillon est libéral, c’est lui-même qui le dit (second lien). La proposition singulière « François Fillon est libéral » s’analyse comme une universelle affirmative : le tout de François Fillon est libéral.
Voici donc le résultat :
Tous les libéraux croient à l’existence de la main invisible du marché
Or, François Fillon est libéral,
Donc François Fillon croit à l’existence de la main invisible du marché.
Ça vous va ?
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Écrit par : ND / | 25/11/2016

REPORTERRE

> https://reporterre.net/Les-deux-droites-et-l-ecologie
Reporterre rallie les Insoumis de Mélenchon, si on comprend bien la fin de l'article.
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Écrit par : Anne Josnin / | 25/11/2016

CHANCE ?

> La Chine avec sa politique d’accord bilatéraux, excluant l’ONU, CPA, les USA ou autres, (qui lui offre l’avantage d’être dans du rôle du fort face aux obligatoirement plus petits) après avoir gagné son introduction dans les DST ; est en train de gagner ses « conquêtes» en mer méridionale de Chine, les USA économique et politiquement seraient ainsi dans une phase descendante en Asie-Pacifique. Une défaite (le recentrage de la politique américaine vers le pacifique) que Trump a curieusement passé sous silence, ouvre l’option de chercher une victoire extérieure sur un autre théâtre.
Faut-il y voir la cause de la réapparition d’une attitude de guerre froide de plus en plus marquée vis-à-vis de la Russie ?
Sous cet angle on a tout à gagner à choisir Fillon plutôt que Juppé, ce premier étant beaucoup moins enclin à un alignement automatique derrière l’outil des USA qu’est l’OTAN. On notera que à contrario Mme Merkel semble de plus en plus inféodée aux USA…
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Écrit par : franz / | 25/11/2016

@ ND

> Vous oubliez dans votre démonstration : « Plus par moins égale moins » et « Moins par moins égale plus ».
Outre le fait que François Fillon, de toute évidence, s’intéresse beaucoup plus à « la main visible de l’Etat » qu’à « la main invisible du marché », le libéralisme « pur » sur lequel vous vous fondez pour lui faire ce procès n’existe nulle part.
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Écrit par : Denis / | 26/11/2016

@ Denis

> Plus et moins: ce n'est pas une démonstration mathématique. La logique n'a rien à voir avec les mathématiques. En tous cas pas celle d'Aristote et des scolastiques. Ne vous en déplaise. Si vous vous intéressez à la philosophie analytique, je vous signale que le cercle de Vienne a disparu en 1936.
C'est parce que le libéralisme n'est pas pur que vous penser qu'il faut le rendre plus pur?
PS: j'ai commis une petite erreur dans mon commentaire: ce n'est pas dans 'Laudato Si' que l'on trouve la critique de la main invisible du marché de manière explicite, encore qu'on y trouve un référence implicite, mais dans 'Evangelii Gaudium'.
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Écrit par : ND / | 30/11/2016

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