Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2016

Finkielkraut, Minc, Buisson et le catholicisme

25f9c1066090c2cfc95ede1724322a54.jpg

Brillant débat ce matin à France Culture sur Le peuple et les élites. Invités d'Alain Finkielkraut : Alain Minc et Patrick Buisson. Mais on y a entendu des bizarreries :


 

 

La dernière demi-heure a gravité autour des problèmes de l'islamisme et de l'immigration ; occasion pour les trois intellectuels de dire - au passage - ce qu'ils pensaient de l'Eglise catholique.

Pour Alain Minc, celle-ci n'est "qu'une ONG".

Alain Finkielkraut renchérit : "L'Eglise n'est plus qu'une ONG, beaucoup plus qu'au temps de Benoît XVI."

Patrick Buisson prend ses distances vis-à-vis de cette Eglise : "Quand je dis 'l'Eglise', je veux dire : une certaine société, une certaine civilisation..."

On ne s'étonnera pas qu'Alain Minc se trompe sur la nature de l'Eglise catholique. D'autre part, cet essayiste ultralibéral (membre de huit conseils d'administration majeurs et président d'une société d'autoroutes) n'a qu'une influence réduite sur les milieux catholiques ; on n'attachera donc qu'une importance relative à son avis sur l'Eglise, tiré des punchlines des chaînes d'info plus que d'une lecture des documents catholiques.

Mais Finkielkraut et Buisson, dans deux genres différents, ont un prestige indiscutable dans une certaine bourgeoisie catholique de droite. On doit réfléchir à la portée de leurs deux déclarations de ce matin.

 

► D'où Alain Finkielkraut tire-t-il l'idée que l'Eglise de François n'est plus "qu'une ONG", contrairement à l'Eglise "de Benoît XVI" ?  Cette opinion est d'autant plus étrange que le philosophe, converti depuis quelques années au souci écologique, avait (si mes souvenirs sont exacts) dit du bien de Laudato Si'. Cette encyclique fait de la responsabilité écologique un des effets dérivés de "la rencontre personnelle avec Jésus-Christ" : c'est ce qu'écrit le pape dans les chapitres théologiques, eschatologiques et spirituels de ce document, et c'est tout à fait autre chose qu'une charte d'ONG. Se peut-il que Finkielkraut - lecteur rigoureux - ne l'ait pas étudié en entier ?

On peut lui poser la même question à propos des déclarations du pape sur la charité due aux familles immigrées par les paroisses catholiques. François indique que cette charité jaillit de l'Evangile comme un devoir pour le croyant - et que cela n'empêche pas les Etats de réguler les flux de migrants, puisque la responsabilité générale du gouvernant et le devoir du croyant envers son prochain s'exercent à deux niveaux différents... Finkielkraut peut-il l'ignorer, alors que  la parole de ce pape atteint tout le monde ?

Ni sur le plan écologique, ni sur le plan des migrations, l'Eglise ne s'exprime comme "une ONG". Elle fournit en permanence les mobiles spirituels  - proprement chrétiens - de son action et de ses déclarations.

On peut donc regretter qu'un philosophe aussi célèbre et influent qu'Alain Finkielkraut ne tienne pas compte de ces mobiles, et conforte ainsi une fraction de la bourgeoisie catholique de droite dans son aversion irraisonnée envers le pape ; une aversion qui devrait faire l'objet d'un sérieux examen de conscience, parce qu'elle véhicule des choses peu catholiques.

 

► Ces choses sont présentes en pointillé dans l'autre déclaration de ce matin : celle de Patrick Buisson. Entendant Minc puis Finkielkraut qualifier d'ONG l'Eglise d'aujourd'hui, Buisson veut prendre ses distances vis-à-vis de cette Eglise... et livre le fond de sa pensée en déclarant : "Quand je dis Eglise, je veux dire une certaine société, une certaine civilisation".  C'est réduire l'Eglise au rôle de synonyme d'une forme sociale (qui aurait la préférence de Buisson). Quelle forme sociale ? Peu importe : le point à souligner, c'est que l'érudit Buisson subordonne la notion d'Eglise à quelque chose de plus important à ses yeux, qui est une forme de société. Cette subordination est inacceptable du point de vue du catholique croyant.

 

► Or cet inacceptable coïncide avec ce dont je parlais : la dérive d'une fraction de la bourgeoisie qui appelle "catholicisme" autre chose que le christianisme vivant, celui dont l'Eglise est le vecteur... Cette dérive tourne le dos à l'Eglise au profit de groupes de pression privés, dont les sites font écran entre l'Eglise réelle et une partie des internautes. Or il n'existe pas de catholicisme privé. Il n'existe pas de "valeurs catholiques" qu'il faudrait défendre au besoin contre l'Eglise elle-même ! L'Eglise est le vecteur de la foi ; parler de catholicisme sans parler de la foi et de ses implications ecclésiales n'a aucun sens. Que des agnostiques comme Alain Finkielkraut ou Alain Minc commettent ce contre-sens est regrettable mais excusable. Qu'il soit commis par des  cathophiles militants est sans excuse. Depuis 2013, ils propagent un brouillard mental qui s'étend de jour en jour, et qu'il va falloir dissiper.

 

 

 

Commentaires

FRACTION

> Cette "fraction de bourgeoisie" qui encore hier manifestait à Versailles pour dénoncer d'hypothétiques camps de quelques dizaines de migrants...
Si notre évêque pouvait leur rappeler l'Evangile et leur dire que cela ne sert à rien d'être au premier rang à la messe tous les dimanches pour à la sortie rejeter l'étranger...
J'ai honte de ce milieu... d'où je viens...
______

Écrit par : Tangui / | 12/11/2016

EN DÉPIT

> En dépit de sa solide raison, il arrive parfois à A. Finkielkraut de ne pas contrôler totalement ses dires. Surtout au cours d'un débat où, par nature (en raison du peu de temps accordé) la fulgurance doit l'emporter sur la réflexion de fond.
______

Écrit par : Fondudaviation / | 12/11/2016

SIGNE DE CONTRADICTION

> Dans ces jours précédents l'avent il n'est pas inutile de rappeler ces paroles du vieillard Siméon:
"Voici, cet enfant est destiné ... à devenir un signe qui provoquera la contradiction " Lc 2,34.
Il est surprenant d'entendre les assertions que vous rapportez visant essentiellement le pape François dans son action, moins sans doute de la bouche d'un économiste libéral officiel dont le prophétisme n'a, pour le moins jamais été démontré, que de la bouche d'un philosophe habituellement plus éclairé, quand on se souvient à quel point le pontificat de Benoît XVI fut vilipendé. Que n'a-t-on entendu alors sur son dogmatisme!....
Or tout cela correspond à la réception de l’Évangile, signe incessant de contradiction quand son annonce respecte son essence, quand le message, en paroles et en action, lui est fidèle.
Théologie conceptuelle explicitant la Foi, démarches pratiques mettant en acte la Parole, l'ensemble ne fait qu'un tout cohérent et homogène, indissociable de ce que doit être la vie chrétienne.
N'oublions jamais que le christianisme n'est en rien une religion d'aucun livre mais se vit d'un témoignage dont l'exemple se perpétue dans son message et dans sa pratique.
Il n'y a pas tension entre le dogme et la praxis les deux sont issus de la même source et les deux doivent être tenus conjointement; ce qui semble encore difficile à comprendre pour beaucoup.
______

Écrit par : Albert E. / | 12/11/2016

BUISSON

> "Quand je dis Eglise, je veux dire une certaine société, une certaine civilisation".
Peut-être que Buisson formule les choses ainsi en raison de ses convictions plus ou moins intégristes. Influencé par la pensée d'extrême droite, il est fidèle au rite tridentin. Est-ce à dire qu'il appuie sa foi, si foi il y a, sur quelque chose qui n'est désormais plus "vivant" ?

Bégand


[ PP à Bégand :
Je ne sais pas quelles relations personnelles entretient PB avec l'Eglise catholique.
Je constate simplement que sa vision (exprimée) du rôle de l'Eglise ressemble à la vision de Maurras.
Explicable de la part d'un agnostique, cette vision ne le serait pas de la part d'un croyant...
Mais Dieu seul sait ce qu'il en est. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Bégand / | 12/11/2016

RIEN RATÉ ?

> Il est très rare que j'écoute Finkielkraut sur France culture.
Mais là, je n'ai rien raté.
Finkielkraut, même s'il a écrit de nombreux ouvrages, n'a jamais rien inventé ni apporté à la philosophie, pas de concept, et son seul statut académique est d'avoir enseigné à Polytechnique. Une chaire de philo dans une école d'ingénieurs n'est pas ce qui fait le mieux référence en la matière. Il est inconnu à l'étranger.
Minc est un conseiller économique qui se plante sans arrêt. On imagine la profondeur de sa pensée quand il parle d'un domaine qu'il ne connaît pas...
Buisson n'est pas non plus un intellectuel qui fait autorité. Ses options personnelles et professionnelles n'en font pas un intervenant très pertinent en matière de foi catholique... Il est peut-être venu pour conseiller les deux autres sur l'enregistrement des conversations.
Les Bouvard et Pécuchet sont trois.
______

Écrit par : Patrick C. / | 13/11/2016

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.