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06/07/2016

Un témoignage : la Nuit Debout à Saint-Omer...

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...c'est un cas particulier :


 

 

D'Anne Josnin (Saint-Omer) :

 

<< Voici en vrac quelques nouvelles de la petite Nuit Debout de Saint-Omer. Nous avons fait salle comble jeudi soir - dans les deux cents personnes - à Ociné Saint-Omer autour du film Demain. Buffet de fleurs comestibles, mousses et cakes aux légumes, bière artisanale comme il se doit chez nous... De nombreux représentants d'associations (SEL, bénévoles auprès des migrants, colibris, paysans bio) ont pu présenter ce qu'ils font et échanger, en présence de la jeune députée européenne EELV Karima Delli, arrivée en jean et t-shirt.  Ce que nous vivons l'a touchée. C'est vrai qu'on était si bien qu'à minuit passé on n'arrivait pas à se séparer - le patron du cinéma le premier... Après La Télé de Gauche, qui déjà nous avait dit son étonnement de découvrir ce que nous vivons ici... Notre petitesse est une chance, qui démultiplie notre joie de travailler ensemble.

Samedi dernier, nous avons fêté sur notre Grand'Place la démission de son emploi de banquier, par choix de vie, d'un de nos jeunes membres : ingénieur finances, il aurait pu exercer comme trader, mais là il va pointer au chômage et préparer un CAPES. Avec de grand projets d'engagement militant au coeur, qui le travaillent depuis toujours...

Ma grande joie, c'est l'esprit dans lequel tout cela (qui encore une fois nous dépasse) se fait, sur notre Grand'Place où nous nous retrouvons deux fois par semaine, chacun ayant sa vie et ses responsabilités. Oui : il y a un bonheur à travailler ensemble, à se faire spontanément confiance, à mettre de côté tout jugement a priori. Un bonheur qui touche chacun et nous transforme tous... Cela commence aussi à créer des inquiétudes, évidemment. C'est bon signe.

Quand j'ai vu le responsable CGT Filpac des papeteries de l'Aa nous demander d'être partie prenante dans leur projet de lancer un camping social sur le site, cela m'a infiniment touchée. Cette initiative est une grande première. Il faut dire que la CGT d'ici, elle aussi, a un profil à part... De vraies amitiés grandissent entre ces ouvriers aux mains rudes et au franc-parler, et nos profs, éduc, archi, étudiants du centre-ville. Tout-à-l'heure on inaugurait le camping social : les appareils photo de la presse crépitaient à côté de celui des huissiers venus constater la chaîne à terre et le cadenas cassé : mesures prises (la chaîne et le cadenas) par une direction invisible qui délocalise la production pour augmenter ses marges. La chaîne brisée à mes pieds, en imaginant - dans les tentes déjà symboliquement posées - ces gens interdits économiques de vacances partager les joies simples du camping, prenait corps tout à coup pour moi la doctrine sociale de l'Eglise (étudiée dans le confort de ma vie d'avant) : la destination universelle des biens, réalisée sur ce terrain arboré jusque là inutile...

 Nous nous retrouvons jeudi pour fêter les examens des uns, l'été pour tous (à défaut de soleil et de chaleur chez nous), et voir comment répondre à la demande de nos amis papetiers d'animer ce camping solidaire. D'ores et déjà sont prévus la venue d'une conteuse, un atelier de jardinage avec notre commission Incroyables Comestibles, un atelier de fabrication de lessive bio, un atelier pour monter des toilettes sèches sur place...

 Tout devient possible, une fois tombées nos chaînes intérieures. Chez des gens en qui brûle encore secrètement le meilleur de la foi chrétienne (tout en se disant athées ou agnostiques, et ils sont les athées de ce paganisme qu'on nous sert trop souvent en France), la faim de Dieu effleure leur âme et se lit dans leur regard. On attend beaucoup de moi aussi, et ce m'est difficile parce que je n'ai aucun relais dans l'Eglise d'ici. Ils viennent me dire : "votre pape, il est génial", et ils m'interrogent sur les évangiles, sur les saints... Si bien que ce sont eux qui aujourd'hui me portent dans la foi.

Ce soir je vais découvrir la maison du jeune migrant (France Terre d'asile) avec une amie de Nuit debout qui a confectionné notre étendard : une femme extraordinaire, avec des compétences hors-normes en matière de logement social, acquises par une vie de combat pour plus de justice sociale. Elle s'est fait ses entrées partout, au culot, elle tacle politiques et professionnels, elle crée sans cesse de nouvelles actions, avec un sens de l'humour qui dépote...

Ce ne sont que quelques exemples. Ces gens ont tous vécu (et continuent de vivre), sans en faire étalage, des croix personnelles que nous ne saurions même pas porter. Et ils ont en commun d'ignorer la vanité, en vrais gens du Nord. >>

 

Anne Josnin

 

Commentaires

@ Anne,

> Ce que tu vis là est très beau. Mais j'ai l'impression que c'est propre au Nord (région que, pour les raisons que tu sais, j'ai appris à connaître).
A Paris, à la Nuit Debout, on vire les Veilleurs à coups de pieds au c...
http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/reforme-code-travail-el-khomri/20160531.OBS1547/les-veilleurs-s-invitent-a-nuit-debout-et-ils-ne-sont-pas-les-bienvenus.html
Quels c.. ! Mais quels c... ! (pas les Veilleurs, les autres...)
______

Écrit par : Feld / | 07/07/2016

LES OEUVRES ET LA CHARITÉ

> Je vous suis avec beaucoup d'intérêt et partage de nombreux articles auprès de mes amis.
Evidemment, ce témoignage montre que des personnes de toutes horizons ne veulent pas du système que vous dénoncez avec perspicacité.
Trop de catholiques l'acceptent souvent en prétendant qu'il n'est pas réformable ou qu'on ne peut pas le changer.
Des athées ou agnostiques sont convaincus de l'inverse: ils ont un sens de la justice bien plus aiguë.
Il me semble là que nous revoyons le rapport entre oeuvres et charité.
Tout catholique rempli de la véritable charité implique obligatoirement les œuvres qui sont signalées chez Mathieu dans son jugement. D'ailleurs, un exégète, Jean Radermakers pour ne pas le nommer, précise bien que le Christ fait bien allusion aux chrétiens et non aux autres hommes dans ce passage ultra-célèbre.
Toutefois, les œuvres sans la charité peuvent tomber dans une manière de sauver le monde sans Dieu. A quoi bon Jésus, si j'agis en "juste" pour les hommes. Ce problème est récurrent pour nous les catholiques. A quoi bon évangéliser alors que la personne fait mieux son oeuvre de justice que le catho qui se croit sauvé d'ailleurs?
En relisant 'Mémoire et Identité' de Jean-Paul II, il me semble que les papes du XXème siècle tiennent bien les deux: charité et oeuvres. Les oeuvres sont clairement inscrites dans la loi naturelle. Nous devons à nos contemporains leur donner la grâce de rencontrer celui qui est le fondement de l'homme véritable: le Christ lui-même. Le vrai homme est bien Jésus: à nous, chrétiens catholiques de passer notre vie au Révélateur qui est le seul juge.
Merci encore pour tous vos travaux.

E.


[PP à E. :
- Les papes du XXe siècle... et ceux du XXIe !
- Merci de votre témoignage. ]

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Écrit par : elgringos777 / | 07/07/2016

@ Feld :

> Entièrement de votre avis, à une réserve près : sans sous-estimer la chaleur des gens du Nord, peut-être faut-il plutôt voir ici un effet de la "province", par opposition à "Paris" ; la "province" attire sans doute moins les gros média et donc moins les agitateurs partisans de tout pelage qui veulent se montrer ; de là une plus grande sérénité, rendant possible (pourquoi pas ?) une certaine fraternité, plus constructive que le spectacle des moulinets utopiques et hargneux qui a été donné à Paris.
Un grand et bon feu peut naître d'une mince flamme qu'il faut commencer par protéger, de peur qu'elle ne s'éteigne ou qu'elle vire, sous l'action de quelques irresponsables, à l'incendie.
Mais ce n'est là qu'une hypothèse.
______

Écrit par : Sven Laval / | 07/07/2016

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