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29/05/2016

Réalités et mirages franco-allemands

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De l'Histoire (de Gaulle-Adenauer) à l'anecdote (Hollande-Merkel) :


 
 

Ne parlons pas de ce que Schlöndorf a fait faire aux "3400 jeunes" à Verdun ; plus il est question de mémoire, moins cette Europe semble capable de commémorer. Plus ces officiels parlent de pédagogie, moins ils paraissent capables d'expliquer quoi que ce soit.

Alors parlons de mémoire... Nos radios nous expliquent que Hollande-Merkel à Verdun évoquaient "la réconciliation franco-allemande : Mitterrand-Kohl le 22 septembre 1984". Cette affirmation est fausse. La réconciliation franco-allemande ne date pas de Mitterrand-Kohl. Elle date de Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Leur première rencontre historique eut lieu à la Boisserie dès septembre 1958 :

<<  C'est une explication historique entre deux nations que de Gaulle voudrait organiser, à la fois pour enterrer le passé et pour repenser l'avenir. Adenauer reçoit donc une invitation personnelle à se rendre à Colombey-les-deux-Eglises… Adenauer, accueilli par le Général avec les plus grands égards, va découvrir durant ces deux jours de tête-à-tête à la Boisserie un homme, et surtout un dessein, qui le marqueront à jamais : l'ère de l'affrontement franco-allemand a définitivement vécu ; c'est au contraire l'entente, l'amitié et une étroite coopération politique entre les deux peuples qui permettront d'écarter la menace soviétique, d'assurer l'unification européenne et de sauvegarder la paix mondiale. Il y a lieu de s'opposer non au Marché Commun, mais seulement à la supranationalité dans laquelle on voudrait dissoudre les structures étatiques. De même, ce n'est pas l'alliance atlantique qu'il faut remettre en question, mais seulement sa domination par les Etats-Unis. Les Américains sont politiquement très jeunes, versatiles et bien peu fiables ; ils ne comprennent rien à l'Europe et à l'Histoire. Enfin, des contacts avec les pays européens actuellement sous domination communiste sont possibles, et même souhaitables. Mais plus rien de tout cela ne doit désormais se faire sans une étroite concertation franco-allemande... Ce qui a le plus touché le vieux chancelier ? La simplicité de l'accueil… « Vous m'avez traité comme si j'étais de la maison ! » dira en prenant congé un Konrad Adenauer ému jusqu'aux larmes... >>*

Le 22 janvier 1963, signature du traité franco-allemand : 

<< Ces patients efforts aboutiront le 22 janvier 1963 à la signature d'un accord franco-allemand, auquel Adenauer, 'der alte Fuchs', tient à donner la forme d'un traité pour mieux le rendre irrévocable. Désormais s'instaure entre la France et l'Allemagne une concertation permanente dans les domaines de la défense, de la politique étrangère, de l'économie et de la culture - tout cela au moment où le Général vient de claquer au nez des Britanniques la porte du Marché commun… Et puis, avec un tel traité, la France et l'Allemagne pourront désormais résister efficacement à l'Union Soviétique - ainsi qu'à la tentation de s'entendre séparément avec elle… Enfin, voilà une très grosse pierre lancée dans le jardin des atlantistes et de leurs inspirateurs américains ! Quelques mois plus tard, Adenauer confiera au journaliste américain Cyrus Sulzberger que grâce à ce traité, « l'Allemagne va pouvoir, de concert avec la France, exercer une grande influence en politique étrangère ». Une politique étrangère d'inspiration gaullienne ? Peu importe : la prééminence dans ce tandem, Adenauer n'en veut pas ; l'Allemagne, pays vaincu, coupé en deux, privé de l'arme atomique, se contentera aisément de la place de copilote. D'ailleurs, n'est-ce pas un privilège de jouer les second violons, lorsque le rôle de chef d'orchestre est tenu par un homme comme Charles de Gaulle ? >>*

De Gaulle voulait une Europe indépendante des Etats-Unis et conduite par le couple franco-allemand. Il rêvait de faire l'Histoire.

C'est pourquoi on passe sous silence, aujourd'hui, 1958 et 1963 au profit de 1984. Mitterrand-Kohl à Douaumont... Le sens de leur poignée de main est en effet l'inverse du sens de l'alliance de Gaulle-Adenauer : en 1984, Mitterrand enterre l'union-de-la-gauche et entre dans la fuite en avant européenne. Il ne souhaite pas faire l'Histoire mais la défaire. "La France est notre patrie, l'Europe est notre avenir", va-t-il dire dans une formule symptomatique... Pour fabriquer Maastricht et convaincre Kohl d'accepter la monnaie unique, Mitterrand acceptera de s'aligner sur les positions allemandes : alignement dont l'illustration la plus flagrante se verra lors de la guerre civile yougoslave. On connaît la suite.

La prestation Merkel-Hollande n'est donc qu'un reflet mimétique de l'opération de 1984 ; à ceci près que l'Europe allemande se dégonfle après avoir remplacé le "grand espoir européen". On ne gagne pas la guerre contre les réalités.

 

 _______________

[*]  François Kersaudy, http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-t...

 

18:14 Publié dans Europe, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : europe, verdun

Commentaires

> Sic transit gloria Verduni.

F.


[ PP à F.- Quia pulvis es et in paillettes reverteris. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Feld / | 29/05/2016

DE GAULLE, ADENAUER ET WASHINGTON

> De Gaulle et Adenauer avaient sans doute un désir sincère de construire la paix entre les 2 pays.
Mais, quant à la réalité du Traité franco-allemand de l'Elysée, nous vivons malheureusement - en France - dans un mythe. A cet égard, on lira avec grand profit le document fouillé que l'UPR a mis en ligne à l'occasion du 50e anniversaire de ce traité, début 2013:
http://www.upr.fr/dossiers-de-fond/le-mythe-du-couple-franco-allemand-traite-elysee
Il montre :
1) ce que recherchait De Gaulle en négociant et signant ce traité : déjouer la stratégie de domination américaine dite de « construction européenne » en tentant de la faire échapper à la vassalisation par Washington grâce à une alliance franco-allemande;
2) comment les Américains – avec la totale duplicité des Allemands – ont aussitôt contrecarré la stratégie gaullienne, en vidant la substance de ce traité, pour replacer délibérément la « construction européenne » sous les ordres de Washington.
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Écrit par : Flash / | 04/06/2016

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