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25/05/2016

Vers "le blocage du pays" ? mais pour quelles raisons ?

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Pourquoi la classe politique (en France et ailleurs) est-elle dépassée par les conséquences de ses propres errements ?


 

Le blocage du pays que tente la CGT suscite la fureur de la droite, qui retrouve instinctivement le vocabulaire de 1968 : "chienlit" [*], "anarchie"... Cet archaïsme des éléments de langage n'est qu'une apparence, on verra ci-dessous pourquoi.

De son côté, la CGT dramatise tant qu'elle peut : c'est-à-dire à outrance. Martinez va jusqu'à gratifier Hollande (contre toute vraisemblance) d'une stature à la Gengis Khan : "Il se comporte en chef de guerre, espérant ainsi redorer son blason sur le plan national en reprenant le flambeau de Bush père et fils, de Poutine et de Nétanyahou..." Pourquoi pas Hitler et Tamerlan ? L'outrance dans la métaphore dévalue le propos.

Mais la responsabilité de cette impasse est partagée (c'est le moins qu'on puisse dire) par le gouvernement. "Les vrais bloqueurs du pays sont Valls et Hollande", affirme Jean-Luc Mélenchon : selon lui, "les deux têtes de l'exécutif" ont créé les conditions du clash en imposant, par le 49-3, une réforme surchargée d'ajouts ultralibéraux par Valls, sous l'emprise mimétique de Macron, c'est-à-dire de Gattaz.

Absent de France il y a trois jours (ayant jugé opportun d'aller voir M. Nétanyahou), le Premier ministre fulminait qu'un conflit frontal "c'est vieux, c'est ancien, c'est conservateur"...

La phrase est absurde puisque c'est Valls qui a provoqué le "conflit frontal" en jouant à l'Inflexible : pose convenue avec Hollande, pour qui tout recul serait désormais un suicide.

Mais la phrase est également symptomatique :

► qualifier tout conflit de "vieux, ancien et conservateur", c'est nier la dimension conflictuelle du politique ainsi que son corollaire : la fonction arbitrale de l'Etat.

► L'antithèse de "vieux-ancien-conservateur", c'est "jeune-moderne-progressiste" : trois adjectifs annexés depuis trente ans par le marketing et le management en vertu du nouvel esprit du capitalisme [**] !

Dans cette logique, ce qui est "jeune-moderne-progressiste" c'est de réserver le conflictuel au domaine économique (vu par l'idéologie libérale) : la règle de la concurrence sans frein, sous tous ses aspects, avec tous ses impacts y compris sur les individus - sommés de se comporter selon cette règle jusque dans leur vie personnelle.

Toujours selon l'idéologie libérale, le conflit doit disparaître du domaine politique. Celui-ci doit devenir chambre d'enregistrement  des exigences formulées par les groupes d'intérêts (au nom de la Main Invisible du Marché : réalité ultime, voire seule réalité).

Les courants politiques jadis opposés sont donc appelés à fusionner en grande partie. Cette idée fait son chemin actuellement au PS et chez LR... La fusion ne devrait pas poser trop de problèmes, ces partis n'étant plus encombrés de différences idéologiques ; chacun voit que les embryons de programmes 2017 chez LR ne sont qu'une surenchère par rapport au libéralisme du trio Hollande-Valls-Macron.

Face à ce processus, le syndicalisme de "conflit frontal" se retrouve dos au mur alors qu'il n'a jamais été plus faible en effectifs. Les quelques armes qui lui restent sont très lourdes et périlleuses pour lui-même, dans la mesure où elles le sont pour le reste de la société.

La responsabilité de tout cela incombe autant - voire plus - à l'Elysée-Matignon-Bercy qu'à la CGT : lorsque le politique abdique, le pire est toujours à craindre ; l'abdication du politique est chose faite depuis les années 1990 ; et les libéraux, qui ont voulu cette abdication ("l'adversaire c'est l'Etat"), sont mal placés pour en déplorer aujourd'hui les effets.

 

_______________

[*]  "Chienlit" : un des termes les moins inspirés qui soient venus au général de Gaulle dépassé par les événements - qu'il aurait dû voir venir s'il avait lu Boutang, qui pourtant écrivait à son intention. Un an plus tôt, dans son journal, ce dernier avait annoncé l'explosion que ne pouvait manquer d'entraîner (selon lui) "le mépris des fils envers les pères" : mépris mérité dans une société déjà matérialiste mercantile. Même si la pseudo-révolution de 68 allait opérer en fait le basculement dans ce même matérialisme...

[**] Boltanski et Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme (Gallimard, 1999).

 

11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : politique, cgt, grèves

Commentaires

PARTOUT

> J’ai de l’estime pour ces cégétistes et salariés mobilisés pour maintenir un minimum de dignité pour le salarié, ses conditions de travail, ses relations avec l’employeur.
La loi Travail est le premier pas de la dérégulation tous azimuts voulue par la sphère financière.
Magouilles partout, dès qu’on touche au financier… Tenez, ce matin. Je me décide à me connecter avec l’assureur qui gère mon « épargne salariale ».
Comme j’en ai pris l’habitude, je me prépare à toucher ce que mon employeur veut bien m’accorder au titre de la participation et l’intéressement, plutôt que de le placer dans des fonds dont l’éthique est plus qu’étique. Le courrier reçu m’indique que j’ai jusqu’au 13 juin pour faire mes « arbitrages » – ben voyons… l’arbitrage, il est vite vu ; il s’agit de budgéter les prochaines vacances d’été ; location, etc.
Je me connecte chez l’assureur. Impossible. Ça marche pas. Message d’erreur : « veuillez recommencer (problème technique ou erreur login/mot de passe ou compte bloqué) ».
Rien à faire… J’appelle donc l’organisme financier. Neuf minutes d’attente en ligne. Pour apprendre, de la part d’un aimable conseiller clientèle, que l’arbitrage proposé en ligne ne fonctionne en fait qu’avec Google Chrome ou Internet explorer… Et donc mon Mac son Firefox chic et sans fioritures (et son pauv’ Safari), il peut aller se faire voir ? Confirmation du conseiller, piteux mais digne.
Firefox, logiciel libre et à peu près respectueux de mes données personnelles, ça le fait pas. Faudrait que je sois « chromé », et découpé en rondelles par Google pour être vendu aux quatre coins de la planète. En fait, c’est évident, pour intéresser le conseiller financier et sa boîte, il faut que j’accepte moi-même d’être un objet de spéculation… Et ça commence, déjà, par le choix du navigateur internet !
Y a plus qu’à voir avec La Poste. D’ici le 13 juin, vous pensez que j’ai une chance de rentrer dans mes sous ? Manquerait plus que les copains de la CGT s’y mettent en grève…
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Écrit par : Denis / | 25/05/2016

"JE SUIS EN GRÈVE"

> Si la loi El Khomri passe, c'en sera progressivement fini du Code du travail, c'est-à-dire le résultat "vieux, ancien et conservateur" de décennies de luttes salariales pour limiter le pouvoir des employeurs. C'est pourquoi je suis en grève, je manifeste et j'affronte ce pouvoir inique.
Salutations syndicales révolutionnaires,
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Écrit par : Annick Lachosme / | 26/05/2016

LE BLOCAGE RAPPELLE L'EXISTENCE DES... OUVRIERS

> Ce blocage a au moins un avantage : rappeler que, contrairement à une idée très en vogue à droite et dans le monde catholique, ce ne sont pas les patrons et les investisseurs qui font tourner un pays mais les ouvriers au travail chaque jour devant les machines.
C'est un drôle de paradoxe pour des décroissants de se retrouver à soutenir des travailleurs de l'industrie du pétrole, mais les travailleurs, ceux qui mettent la main à la pâte, sont les vraies forces vives de la nation, celles sans qui rien n'est possible.
Si cela permet d'en reprendre conscience, ça sera déjà une bonne chose de faite.
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Écrit par : Marie / | 26/05/2016

SOURD

> Dialogue de sourds (ou plutôt dialogue entre un sourd et des personnes qui n'arrivent pas à se faire entendre...) :
https://fr.news.yahoo.com/emmanuel-macron-meilleur-moyen-payer-costard-cest-travailler-214659647.html
Surréaliste, n'est-il pas ?
______

Écrit par : Feld / | 28/05/2016

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