Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/01/2013

Saint Paul : égaux devant Dieu, l'homme et la femme sont différents et complémentaires

Un sujet qui vise directement notre époque :



christianisme,femme,sexe,saint paulDans la première lettre aux Corinthiens, dont un extrait (12,4-11) est lu aujourd'hui par les catholiques du monde entier, saint Paul aborde aussi (11,3-16) un sujet qui fait signe aux manifestants du 13 janvier : a) le sens spirituel de la différenciation sexuelle ; b) l'indifférenciation sexuelle et l'injustice due à l'argent.


Paul rappelle la dimension spirituelle de la différenciation sexuée : "dans l'ordre établi par le Seigneur, la femme n'existe pas sans l'homme, et l'homme n'existe pas sans la femme, car si la femme a été tirée de l'homme (Genèse 2, 21-23), celui-ci, à son tour, naît de la femme, et, finalement, tous deux doivent leur vie à Dieu..." Si Paul rappelle ça aux Corinthiens, c'est pour encourager les chrétiennes de Corinthe à se couvrir la tête (11,10) lorsqu'elles "prient ou prophétisent" (11,5). Et cela, non en signe d'infériorité de la femme, mais, au contraire, en signe de son "exousia" (11,10) : sa "dignité" selon la traduction liturgique catholique, son "autorité" selon la traduction Semeur, Segond 21 et TOB. Cette dernière précise en note: "On a longtemps interprété cette 'autorité' ('exousia') comme celle qu'un mari exerce sur sa femme [1]. Or, dans le Nouveau Testament, 'exousia' ne désigne jamais un pouvoir subi, mais un pouvoir exercé : souvent, quand il s'agit des disciples, par délégation du Christ." Donc, Paul "invite les femmes de Corinthe à adopter une tenue qui manifeste la dignité des activités qu'elles assurent dans la communauté (prier, prophétiser)" ; une tenue qui manifeste aussi leur respect de la transcendance divine. (D'où la formule de Paul "à cause des anges", 11,10 : métaphore utilisée aussi à Qumrân pour dire : "en présence du Seigneur").

Au sein de la Trinité divine, un ordre différencie le Père et le Fils (néanmoins égaux) ; de même, l'homme et la femme égaux devant Dieu sont différenciés. Paul insiste donc sur la différence nécessaire entre homme et femme durant les réunions de prière : l'homme tête nue, la femme "portant sur la tête un signe de son autorité". Il le rappelle parce que les Corinthiens tendaient à nier la différenciation sexuelle au nom du surnaturel : "compréhension erronée, liée à leur mauvaise perception du rôle du corps dans le salut. Certains, en effet, semblaient vouloir abolir toute différenciation...", note le Semeur. Paul constate par exemple : "l'un de vous  a pris la femme de son père", et fulmine : "Ce que je vous ai écrit, c'est de ne pas entretenir de relations avec quelqu'un qui, tout en se disant votre frère, vit dans l'immoralité sexuelle, est toujours désireux de posséder plus, idolâtre..." (5, 1-11).

 

...Mais le rappel à la différenciation sexuée, dans cette lettre de Paul, vise aussi à mettre fin à un conflit social parmi les chrétiens de Corinthe ! Ce problème a été évoqué au chapitre 5 (c'est le passage ci-dessus : le confusionniste sexuel veut également "toujours posséder plus"). Le même problème est ensuite développé longuement, avec force et gravité, au chapitre 11, avec rappel solennel de l'importance de la célébration eucharistique : texte d'une telle centralité qu'il a été repris en partie dans les paroles liturgiques de l'offertoire de la messe. Le conflit social corinthien s'exprimait en effet au cours des repas-eucharisties où – contrairement au rite – chacun apportait ses provisions et les consommait sans tenir compte des autres. Les riches mangeaient à satiété, les pauvres n'avaient pas assez ; Paul s'en indigne avec virulence (11,21 : "on voit des gens manquer de nourriture pendant que d'autres s'enivrent") et condamne ce comportement ("traitez-vous avec mépris l'Eglise de Dieu et avez-vous l'intention d'humilier les membres pauvres de votre assemblée ?"). Et comme sa diatribe théologique suit immédiatement le passage sur les tenues capillaires des hommes et des femmes lors des célébrations, on voit le lien unissant les trois sujets : 1. les tenues apparentes, 2. les comportements dans les repas communautaires, 3. le laxisme sexuel. Le tout sur fond de conflits entre hommes et femmes riches et hommes et femmes pauvres...

Tout est lié. Jésus lui-même – qui aime riches et pauvres – signale que les riches ont du mal à correspondre à la grâce, et qu'il faut soutenir les pauvres – car la société est faite pour les riches. Paul en développe les conséquences dans sa lettre aux Corinthiens. Et ces choses nous concernent directement.

 

ps - J'entends les post-chrétiens dire : "ce n'était que l'opinion de Paul." Ils montrent ainsi ce qu'ils veulent : un christianisme séparé de ses textes-témoins, aligné sur le néant culturel d'aujourd'hui – et dénué d'intérêt au point de vider les églises.

 

 ____________

[1] C'est le cas des vieilles traductions : par exemple la Bible de Jérusalem édition de 1973, qui précisait en note : "sans doute un signe de l'autorité maritale"... alors que l'édition 1999 traduit désormais : "la femme doit discipliner sa chevelure", renonçant ainsi à rendre le mot exousia. Soulignons que, dès 1995, Philippe Rolland s'était rallié à la re-traduction moderne et l'avait même renforcée en faveur du rôle de la femme, avec cette formule : « en signe de l'autorité dont elle jouit. »


 

Commentaires

ONTOLOGIQUE

> Eh oui, saint Paul a fermement établi l'égalité ontologique de l'homme et de la femme, même s'il maintenait la secondarité de l'épouse : l'homme a été créé pour Dieu, la femme pour l'homme; le Christ est le Chef de l'homme; l'homme le chef de la femme, etc. En instaurant une tension entre égalité et hiérarchie des sexes, les chrétiens ont fragilisé le patriarcat et ouvert la voie à sa contestation future.
______

Écrit par : Blaise / | 20/01/2013

SAINT PAUL

> Cher Blaise, je ne suis pas une spécialiste de saint Paul, mais je ne crois pas que ce qu'il cherche à nous faire comprendre, ce soit l'idée de secondarité, mais plutôt de laisser tomber les idées de premier et second, pour entrer dans la participation au Mystère.
Quand il utilise l'image du corps, de la tête et des membres, c'est toujours pour nous montrer la profondeur du lien qui nous unis tous, cette communion qui transcende nos individualités et nous fait, chacun , participant à la divinité de l'unique Christ, que l'on soit humble pied ("qu'ils sont beaux sur toutes les montagnes, les pieds de celui qui porte la nouvelle!") ou noble tête. Il renverse même la hiérarchie des hommes, comme Marie dans son Magnificat (tous deux sont Juifs passionnés, habités comme d'un feu de la Parole des Prophètes): "ceux que nous tenons pour les moins honorables du corps sont ceux-là mêmes que nous entourons le plus d'honneur". Il en est de même de l'homme et de la femme: Saint Paul nous appelle à laisser les jugements humains, habités de l'esprit étroit de notre époque, quelle qu'elle soit, pour entrer, par le baptême dans l'unique Esprit, dans la contemplation émerveillée du Mystère de l'Incarnation. C'est pourquoi considérer Saint Paul comme un conservateur misogyne ou au contraire comme un contestataire qui ouvre au féminisme, c'est je crois passer à côté de ce qu'il cherche à nous dire, avec cet emportement d'amour qu'il a pour chacun: il nous invite à dépasser le niveau de la comparaison, où l'on s'épuise en jugements et divisions sans fins, pour entrer dans celui de l'élan amoureux. Emerveillement devant les charismes de chacun, qui permettent cette union christique, et fait de cette diversité foisonnante un seul corps animé d'un même Esprit de Charité : ta souffrance ma souffrance, ta joie ma joie!
Il y a d'un côté le silence de la Vierge d'Israël, de l'autre les flots de paroles de l'avorton, du dernier des Apôtres: ils sont je crois les deux ministres du grand Renversement opéré par le Christ-Roi-Serviteur Souffrant, oh folie de Dieu qui renverse toutes nos conceptions humaines pour nous plonger dans l'Amour!
______

Écrit par : Anne Josnin / | 20/01/2013

Chère Anne Josnin,

> je ne cherche pas à régler des comptes particuliers avec saint Paul. Il était de son temps, et pour lui la secondarité sociale de la femme, sa subordination à l’homme dans le mariage était une chose évidente, partagée par tous ses contemporains, et cela jusqu’au XXe siècle.
Ainsi, une fois posée l’égalité ontologique de l’homme et de la femme, – qui pour lui est une donnée de la foi, – l’Apôtre acceptait l’opinion commune, et ne voyait nulle contradiction entre communion des époux et hiérarchie des sexes.
Etait-il misogyne ? on n’en trouve pas de traces dans ses lettres. Mais les Pères de l’Eglise qui le commenteront l’étaient sans doute un peu, voire beaucoup selon les cas.
______

Écrit par : Blaise / | 21/01/2013

@ Anne

> Je me permets de tempérer un peu le « silence de la Vierge d’Israël », comme vous dites.
L’autorité par excellence, n’est-ce pas celle de Marie, mère de Jésus-Christ ?
Autorité de son « Fiat » en réponse au message de l’ange.
Autorité de l’invitée aux noces de Cana et de sa prière… « Ils n’ont plus de vin ».
Si seulement, le féminisme chrétien pouvait inscrire définitivement ses pas dans ceux de notre Mère, en étant toujours et partout promesse de vie et accueil de l’Epoux et de son Esprit… et ceci, même quand cet Esprit lui est manifesté par un alter-ego, conjux et maritus, de sexe masculin !
______

Écrit par : Denis / | 21/01/2013

LA CITATION COMPLÈTE

> Citons aussi le fameux « Femmes, soyez soumises à vos mari ». Beaucoup ne peinent-ils pas à comprendre que, loin de tendre à l’inégalité, le propos est au contraire moteur d’égalité ? Voltaire lui-même n’y voyait goutte.
Mais les chrétiens ne peinent-ils pas souvent à l’expliquer ?
N’avons-nous pas tendance à oublier que nous partons, dans l’ordre psychique, d’une inégalité de nature en faveur de la femme ? La psychanalyse elle-même (il n’y a pas lieu de soupçonner Freud de vouloir complaire à l’Eglise…) ne met-elle pas en lumière la soumission innée de l’enfant à la mère ? Soumission qui tend à demeurer inscrite.
La nature veut en effet que l’homme, né de la femme, demeure dans cette situation tant qu’il n’est pas devenu psychologiquement adulte, stade où beaucoup ne parviennent d’ailleurs jamais, tant le sevrage qui libère est une opération délicate, douloureuse à la mère et aussi à l’enfant.
C’est là que le père intervient, et aussi le langage. Le motif de « la femme tirée de la côte d’Adam » vient balancer celui de « l’homme né de la femme ». La langue qui « dit » l’autorité du père vient compromettre l’omnipotence de « fait » de la mère.
C’est bien aussi pourquoi le rôle fondamental du prêtre-père en tant qu’é-ducateur (=celui qui nous conduit hors de… qui nous sépare…) moteur d’une dynamique spirituelle libératrice, ne saurait être incarné par une femme, si spirituellement avancée qu’elle puisse être, à supposer qu’elle parvienne à se retourner librement contre son propre instinct (qui la pousse à conserver l’enfant sous sa protection et dépendance)… sinon au risque d’inextricables confusions dans l’esprit de l’enfant : comment pourrait-il s’y retrouver, le pauvre ? Il a quand même besoin que sa mère continue à l’aimer…
De ce point de vue, d’ailleurs, la notion de couple homoparental semble très aberrante. A moins qu’on ne souhaite une humanité globalement maintenue dans l’enfance ?

D.

[ De PP à D. - Il faut toujours donner la citation complète d'Ephésiens 5, en ajoutant 25-28-33 :
"...Quant à vous, maris, que chacun de vous aime sa femme comme le Christ a aimé l'Eglise :
il a donné sa vie pour elle... Voilà comment chaque mari doit aimer sa femme, comme si elle était son propre corps... Que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme respecte son mari." ]

réponse au commentaire

Écrit par : Diagraphès / | 21/01/2013

PAUL ET LE RÔLE DE LA FEMME DANS L'EGLISE

> "Que les femmes se taisent pendant les assemblées; il ne leur est pas permis d'y parler, elle doivent obtempérer comme le veut la loi. Si elles souhaitent une explication sur quelque point particulier, qu'elles interrogent leur mari chez elles, car il n'est pas convenable à une femme de parler dans une assemblée."
(1ère épître aux Corinthiens / 14:34-35)
"Que la femme écoute l`instruction en silence, avec une entière soumission.
Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme : mais elle doit demeurer dans le silence. C'est Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n'est pas Adam qui a été séduit, mais c'est la femme qui séduite, s'est rendu coupable de transgression."
(1ère Epître de Timothée / 2:11-14)
Si mes citations sont complètes, une femme ne pourrait pas prendre la parole en public et ne pourrait donc pas enseigner, n'est ce pas éxagéré voire discriminatoire?

Pashine


[ De PP à Pashine :
- L'exégèse a établi que 1 Co 14 34-35 est une glose ajoutée postérieurement, et qui n'a pas sa place dans le passage où elle est insérée. Invoquer "la Loi" n'est d'ailleurs pas du tout paulinien !
- Exégèse sur 1 Tm 2, 11-14, à propos de la formule "prendre autorité" : "l'enseignement des femmes est ici compris comme une prise d'autorité sur l'homme. Une telle compréhension des choses correspond assurément à la situation de l'époque, dans laquelle ce sont les hommes qui enseignaient. Paul, cherchant à sauvegarder l'ordre entre l'homme et la femme, lui retirerait donc la liberté d'enseigner (mais non de prophétiser, 1 Co 11,5) : ce qui correspond à son enseignement de 1 Co 14,34. De nos jours, l'enseignement par une femme ne représente pas une telle prise d'autorité." ]
______

Écrit par : pashine / | 23/01/2013

@ PP

> Ajoutée par qui et quand? Qui décide que cet ajout n'a jamais eu sa place? "Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme : mais elle doit demeurer dans le silence." Si enseigner signifiait "prendre autorité" il ne serait pas ajouter le ni qui fait l'addition des 2 termes, il y aurait une formule du style " prendre autorité par l'enseignement" Dernier point le "mais elle doit demeurer dans le silence" s'explique comment sans discrimination?

pashine


[ De PP à P. - Vous pouvez insister pour le passage en cause soit d'origine : ça n'empêchera pas les spécialistes d'y voir une "interpolation" : un commentaire déposé en marge du texte par un interprète postérieur, puis incorporé au texte lui-même par un copiste malavisé. Ces abus de copistes étaient fréquents dans l'Antiquité tardive (c'est ce qui semble être arrivé, par exemple, avec la phrase "c'était le Christ" dans le 'testimonium' de Flavius Josèphe). Et le travail des exégètes depuis saint Jérôme consiste à faire le tri.
Mais on reste libre de commettre un anachronisme de deux mille ans... (En ne voyant pas que la distribution des rôles sexués dans la société antique méditerranéenne n'avait rien à voir notre vision "antidiscriminatoire" d'aujourd'hui).
Ajoutons que le mot "discrimination", qui n'a aucun sens aujourd'hui (*), en avait encore moins au Ier siècle. ]

(*) sauf dans la langue de bois ultralibérale, évidemment.

réponse au commentaire

Écrit par : pashine / | 23/01/2013

@ je ne me prétends pas "spécialiste", je m'informe pour mieux comprendre. Je n'ai absolument rien contre le côté historique de l'oeuvre romanesque bien replacée dans son contexte, ce qui m'interloque plus, c'est la volonté de certains de vouloir en faire la base de nos lois et morales publiques et actuelles (l'individuel ne pouvant me concerner). Pour info, je suis pour toutes les libertés individuelles qui ne nuisent pas collectivement, donc je suis moralement libertaire et socialement anti-libéral.
______

Écrit par : pashine / | 23/01/2013

Les commentaires sont fermés.