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29/07/2012

La seule voie qui s'ouvre aux catholiques

 ...est celle de la multiplication des pains :

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La multiplication des pains, par James Tissot.




 

Lu aujourd'hui dans les églises catholiques du monde entier, le récit de la multiplication des pains (Jean 6, 1-15), se complète en Matthieu 16, 9-10 : le Christ corrige les disciples qui n'ont pas compris de quoi il parlait.

<<  En se rendant sur l'autre rive, les disciples avaient oublié de prendre du pain. Jésus leur dit : « Attention ! Méfiez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens. » Ils discutaient entre eux en disant : « C'est parce que nous n'avons pas pris de pain. » Mais Jésus s'en aperçut et leur dit : « Hommes de peu de foi, pourquoi discutez-vous entre vous sur ce manque de pain ? Vous ne voyez pas encore ? Ne vous rappelez-vous pas les cinq pains pour cinq mille hommes, et le nombre de paniers que vous avez emportés ? Les sept pains pour quatre mille hommes, et le nombre de corbeilles que vous avez emportées ? Comment ne voyez-vous pas que je ne parlais pas du pain ? Méfiez-vous donc du levain des pharisiens et des sadducéens. » Alors ils comprirent qu'il leur avait dit de se méfier non pas du levain pour le pain, mais de l'enseignement des pharisiens et des sadducéens. >>

Racontés par Matthieu 14, 13-21, Marc 6, 34-44, Luc et Jean 6, 1-13 (puis Matthieu 15, 32-38 et Marc 8, 1-9), les deux miracles de multiplication des pains sont des paraboles en acte : l'image concrète de la collaboration des hommes à l'oeuvre de la rédemption, « pain du ciel » donné par grâce. C'est ce que les disciples n'ont pas compris, et que Jésus devra leur expliquer.

Il y associe curieusement une mise en garde à l'encontre de « l'enseignement » des pharisiens et des sadducéens.

Quel lien entre le miracle (avec sa double signification spirituelle) et la méfiance envers les deux partis judéens dominants ?

Le parti pharisien du Ier siècle est un réseau de petits-bourgeois religieusement rigoristes et pieusement patriotes. Leur traditionalisme dégénère en cloisonnement social, et leur surenchère d'observances (« élever des barrières autour de la Loi ») pétrifie la spiritualité.

Ennemis des pharisiens, les sadducéens sont une oligarchie conservatrice autour du clan des grands-prêtres : ennemis de la nouveauté spirituelle, amis de l'ordre dans la rue, ils incarnent la stérilité d'une religion sociologique.

Quant au « levain », c'est une image typiquement biblique : une pincée de levain modifie toute la pâte, une influence peut modifier notre comportement en bien ou en mal. D'où la prescription de Lévitique 2, 11 : «  vous ne ferez rien fumer qui contienne du levain parmi les offrandes consumées par le feu pour le Seigneur ». Cette mesure rituelle symbolise la disponibilité de l'homme envers son Créateur... Or ni les pharisiens ni les sadducéens ne sont « disponibles ». Les pharisiens ont ajouté leur surenchère rigoriste à la Loi de Dieu, faisant ainsi dégénérer la piété en système trop lourd à porter par les hommes. Les sadducéens refusent toute inspiration nouvelle qui modifierait le culte : défense à Dieu d'entrer chez eux. L'attitude pharisienne et l'attitude sadducéenne reposent sur le mépris, l'orgueil, la confiance en soi ; donc le manque de foi, puisque la foi implique mobilité et ouverture au changement.

Dans la France de 2012 où la foi semble en panne (trop d'églises et de séminaires vides), l'erreur serait de croire doper le milieu catholique en y introduisant un certain « levain » : celui de courants à l'oeuvre dans la société séculière. Le catholicisme n'a d'autre voie que le réveil de la foi par l'évangélisation. Et qu'est-ce que la foi ? « La foi est une écoute : un accueil en profondeur. Par la foi, une brèche est ouverte dans le coeur de pierre et la Parole s'y élance. Elle m'élargit de l'intérieur. Elle engendre en moi un univers en expansion : la Vie de Dieu devient mienne. » (homélie d'un frère carme sur Matthieu 13, 18-23).

La fermeture identitaire est le contraire de la foi.

Comme l'écrivait un romancier, dans un très beau livre autour du personnage de Jean-Joseph Surin* :

« N'avoir jamais rencontré Dieu ? Ne pas l'avoir croisé sur notre chemin, non certes sous l'aspect d'un être de lumière mais tout pareil à un passant fatigué. Ou alors n'avoir pas sur le reconnaître ?

Une véritable espérance ne se ferme pas sur elle-même, elle n'est jamais murée comme l'orgueil, comme l'enfer.

Toi, tu ne voulais pas de l'humble espérance, mais d'une certitude ici et maintenant.

Tu as joué à croire que l'exigence de Dieu était déjà la présence de Dieu.

Tu as oublié ce que le plus pauvre, le plus démuni, sait d'instinct : il faut seulement accepter. Mais toi, tu as confondu la soif avec la source.

Nous ne L'avons pas prié. Nous sommes allés vers Lui non pour Le rejoindre, mais pour nous fuir.

Nous ne Lui avons rien apporté non plus, sinon le dégoût du monde et le désaveu de notre âme. Nous avons seulement donné à notre peur le nom de piété, et à notre stérilité celui de pureté...

Notre faute suprême, c'est d'avoir séparé l'acte de foi de l'acte d'abandon. »


La seule voie catholique est celle qu'indique le signe de la multiplication des pains : la fructification imprévisible du plus petit effort, pourvu qu'il se fasse loin de l'orgueil et au plus près de la confiance en Dieu.


 _________

* jésuite français, 1600-1665.

 

 

Commentaires

EVANGELISER

> La foi en panne? Sans nier les difficultés, il n'y a pas que des points noirs. Il n'y a pas longtemps, j'avais trouvé, mais j'ai oublié où, une remarque très pertinente: oui, le nombre de vocations stagne depuis des années, mais comme celui des pratiquants diminue, on peut penser que la vitalité des communautés chrétiennes connait un nouvel essor. Du fait de l'immigration africaine et des DOM-TOM, il y a bel et bien un réel catholicisme populaire, malgré l'attrait des courants évangéliques (et souvent ethniques). Il suffit d'aller au Sacré-Coeur ou plus prosaïquement en banlieue pour le constater de visu.
On voit aussi nombre de jeunes familles "métro" heureuses de vivre leur foi catholique et de se dévouer dans diverses activité en plus d'un quotidien pourtant bien chargé.

PH

[ De PP à PH - Bien sûr. Les îlots de foi sont vigoureux et renouvelés. Mais le problème de masse est bel et bien là, comme en témoignent les statistiques diocésaines, et l'issue n'est
nulle part ailleurs que dans la nouvelle évangélisation. Par les îlots renouvelés, justement.
Et "renouvelés" veut dire tout autre chose qu'une imitation religieuse des courants identitaires séculiers... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 29/07/2012

MICHEL SUFFRAN

> Vous nous laissez sur notre faim, c'est de cas de le dire : quel est ce frère carme dont on voudrait lire l'entière homélie ? Et ce romancier, il s'agit probablement de Michel Suffran (La nuit de Dieu), bordelais comme le père Surin ? NB. La recherche sur Google a ses limites.
Comme répondait ( "Je rebâtirai notre Eglise", KTO, cet après-midi ) un orthodoxe russe auquel on avait annoncé que la religion était bientôt morte parce qu'il n'y avait plus que des vieilles femmes dans les églises : les vieilles femmes sont éternelles. En effet, on voit maintenant ce qu'il en est de la résurgence de la foi dans l'ex-Urss.
abyssus


[ De PP à abyssus - C'est bien Michel Suffran dans 'La nuit de Dieu', Albin Michel 1986. Du frère carme je ne sais rien de plus que la citation que j'ai donnée ! ]

réponse au commentaire

Écrit par : abyssus / | 30/07/2012

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