16/03/2012

Etrange spectacle hier soir sur France 2

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François Hollande - pourtant opposé à Jean-François Copé - échouait à paraître convaincant.  Ses réponses étaient embarrassées, irréalistes ou confuses (surtout là où il s'agit de biaiser, par exemple sur l'euthanasie) :


 

...et il n'en faut pas plus à Nicolas Sarkozy – requinqué par trois sondages  récents – pour se poser en vainqueur possible. So what ? Réflexions de Marcel Gauchet1 :

<<  Sarkozy n'a tout simplement pas le sens de l'Etat. Son comportement est typique de l'autoritarisme "sympa" que l'on retrouve un peu partout dans la société d'aujourd'hui. Il ne connaît que son inspiration personnelle. Il décide seul, en imposant ses foucades à coups de rodomontades. [...] Cette logique de la communication a fini par saper la crédibilité de l'action publique. Elle pose d'ailleurs une question qui va loin : cette fonction d'accompagnement des émotions collectives ne joue-t-elle pas au détriment de la conduite cohérente de l'action gouvernementale ? >>

Mais cette « fonction d'accompagnement des émotions collectives », comment s'est-elle substituée à la fonction du politique – si ce n'est par contagion du marketing, lors de la prise du pouvoir par le business (au détriment de l'Etat) dans les années 1990 ? C'est pourquoi le hollandisme n'est guère différent du sarkozysme :

<<  La rupture sarkozyste a consisté à assumer ouvertement une ligne directrice suivie en catimini par ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac : la banalisation française dans l'espace occidental et mondial. […] Même les débuts dits "bling-bling" du quinquennat de Sarkozy sont à lire dans cette lumière : […] il y avait derrière l'ambition d'arracher le pays à sa vieille hypocrisie catholique face à la réussite matérielle. […] Les élites européennes ont renoncé de fait à  poursuivre la recherche et l'affirmation d'une identité propre. Elles considèrent implicitement que l'Europe n'a plus rien de spécifique à apporter. Elles sont acquises à l'idée que les Etats-Unis sont le laboratoire de la modernité dont il n'y a qu'à s'inspirer. […] Il ne s'agit plus de stratégie, mais d'économie ; il ne s'agit plus tant de puissance que de modernité technique, managériale et financière. Tel est le noyau dur de ce programme diffus, mais très puissant, dont les variantes peuvent aller du multiculturalisme jusqu'à l'économisme libéral le plus affirmé.

Cet entraînement consensuel a conduit l'Europe à abdiquer toute ambition en matière aussi bien politique que culturelle, intellectuelle ou philosophique. […] C'est ce renoncement, à l'oeuvre dans l'intégration européenne telle qu'elle est pratiquée depuis les années 1990, qui est la source la plus profonde de la frustration des peuples à son endroit. A quoi bon construire l'Europe si c'est pour la dissoudre dans la mondialisation ?

[…] Ce n'est pas l'arrivée des socialistes au pouvoir qui modifiera l'inspiration des directives européennes. Il en faudra beaucoup plus pour nous délivrer des sornettes de l'OCDE sur l'éducation ou des aberrations du New public management dans la gestion de l'Etat. Ce troisième point du sarkozysme risque fort de rester au programme, quelle que soit l'issue des élections. >>

 

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1. http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/12/m-sarkozy-est-le-premier-president-postmoderne-de-la-ve-republique

 

Commentaires

> Très bonne analyse que je partage à 100% !
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Écrit par : Vincent / | 16/03/2012

SPECTACLE

> Affligeant! c'est affligeant...
Et cet insupportable sentiment d'impuissance!!!
Nous sommes réduits à n'être plus que des spectateurs devant la politique-spectacle; un « spectacle » à forte dose léthale.
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Écrit par : Blaise Join-Lambert / | 16/03/2012

PLOMBERIE

> Merci de nous faire connaître ces réflexions de Marcel Gauchet. De fait, derrière cette « fonction d'accompagnement des émotions collectives » à laquelle se cantonnent nos politiques, inutile de chercher une vision et un grand projet pour la France et les Français : il n’y a rien d’autre que de la plomberie. Des tuyaux pour évacuer les problèmes au lieu de les traiter en profondeur. Nous allons élire un chef de l’Etat, mais les principaux candidats ne sont rien d’autre que des plombiers de la mondialisation libérale-libertaire. Et dans le camp d’en face, dans une version socialiste du management libéral-libertaire, on rangera évidemment le projet de légalisation de l’euthanasie avec ce parallèle hallucinant osé dans l’émission de France 2 consacrée jeudi dernier au candidat Hollande – d’après ce que dit René Poujol sur son blog –, où un lien aurait été fait « entre l’engagement de campagne de François Mitterrand, en 1981 – s’il était élu – d’abroger la peine de mort », et « celui [du candidat Hollande en 2012] de permettre à chacun de rester maître de son destin »… par une exception d’euthanasie ! (laquelle finira sans doute comme « l’exception d’avortement » de 1975).
Bref, Sarkozy et son « fonctionnaire sur deux partant à la retraite » pour sauver les finances publiques : de la plomberie pour salles de marché ! Hollande et ses alliés maçons-radicaux de l’ADMD voyant dans cette « peine de mort consentie pour soi-même » (comme dit Poujol), le stade suprême de la dignité humaine : encore une fois, la plomberie des « émotions collectives »...
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Écrit par : Denis / | 17/03/2012

MEURTRES

> Les crimes de Montauban et de Toulouse nous remplissent d'horreur; ils nous contraignent également à nous interroger sur une face sombre de notre société.
Qu'est-ce qui fait qu'un crime soit condamnable dans certaines circonstances, mais acceptable - voire moralement obligatoire - lorsqu'on change de contexte?
Le candidat Hollande, qui a pourtant exprimé son indignation après les drames tout récents de Toulouse, veut légaliser l'euthanasie. Sur quoi fonde-t-il cette discrimination entre bons et mauvais meurtres?
Certainement pas sur le libre choix des victimes; mais sur quoi alors? sur leur déficience physique?
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Écrit par : Blaise Join-Lambert / | 21/03/2012

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