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06/04/2011

Le pseudo-débat sur la laïcité : "la page est tournée", annonce Alain Juppé

Oui, mais pas comme il l'entend :


Interrogé ce matin par France Info au sujet du débat Copé sur la laïcité, le ministre des Affaires étrangères a parlé (une fois de plus) comme s'il était Premier ministre : « la page est tournée et bien tournée », a-t-il déclaré. M. Juppé donne comme exemple l'amélioration de la couverture sociale des prêtres, rabbins et imams ; ce qui leur fera plaisir, mais n'a rien à voir avec le sujet affiché initialement.

Quel était le sujet ?  La laïcité. Que voulait dire ce mot ? On n'en savait rien.

Pour les uns, M. Copé voulait (une fois de plus) concurrencer le FN, avec le succès que l'on sait.

Pour les autres, il voulait mettre les choses au clair. Mais la journée du 6 avril n'y aura pas contribué... Les ministres ont fait acte de présence brièvement. Fillon s'est abstenu de paraître. Les débats ont tourné sans trop le dire autour de la question de l'islam : mais on se doute qu'une loi nouvelle, une de plus, tâcherait de frapper toutes les religions pour avoir l'air équitable. (Bientôt l'interdiction de la procession du 15 août à Paris ?).

Ce dont on n'a pas parlé, c'est du sujet officiel du débat : le contenu de la notion de laïcité.

Pour la presse (Libération par exemple [1]), « les religions » sont hostiles à « la laïcité ». Mais c'est faux en ce qui concerne le christianisme et le judaïsme : le grand rabbin de Paris et le cardinal archevêque sont d'accord pour demander qu'on ne touche pas à la loi de 1905... Cette nuance échappe aux médias, et de toute façon ils n'ont rien à f... de la loi de 1905. Pour eux et une partie des Français, la laïcité ne consiste pas à séparer les religions et l'Etat, mais à nier aux religions le droit de se manifester.

Cette volonté répressive repose sur une idéologie, vague mais autoritaire : les religions étant « anti-modernes », elles contredisent « les valeurs d'aujourd'hui », donc on doit les faire taire.

Mais ce raisonnement est impossible à démontrer. Que sont « les valeurs d'aujourd'hui » ? Dans une tribune du même numéro de Libération, Rémi Brague ironise :

« ...Alors que les vertus et les commandements s'adressent à tout le monde, les valeurs sont 'nos valeurs' et pas celles des autres. Le 'nous' qui les revendique peut varier, mais les valeurs servent en tout cas à exclure : 'On ne parle pas à ces gens-là, ils n'ont pas nos valeurs'. Ou, si elles regroupent : 'Nous avons les mêmes valeurs', c'est contre un autre qui ne les a pas... Le geste par lequel je décide d'attacher du prix [...] vaut donc plus que la valeur elle-même. Valoriser, c'est du fait même dévaloriser. Du coup, le geste valorisant pourra, à volonté, ôter de la valeur à ceci pour en conférer à cela. Il en sera alors des valeurs en général comme des valeurs boursières : on assistera à des cycles de hausse et de baisse. Et les médias déploreront tantôt la perte de ceci, ou salueront le 'grand retour' de cela... Pourquoi s'étonner alors que les valeurs soient en crise ? C'est leur état normal. Se raccrocher aux valeurs pour atténuer les effets de la crise devient alors une attitude franchement comique. »

 

Le marché idéologique des « valeurs » est une annexe particulière de notre système général (qui est économique) : la société de marché, née du néolibéralisme. La crise permanente du libéralisme économique produit la crise permanente des valeurs idéologiques. C'est pourquoi, en 2011, la « valeur républicaine » de « laïcité » n'a plus rien à voir avec la laïcité de 1905. Ni d'ailleurs avec la République...

On peut étendre ce constat à tous les pseudo-débats actuels : guignol qui existait sous Chirac et continuerait sous Strauss-Kahn.

La société de marché a asphyxié le politique, puis l'a empaillé et l'agite pour nous distraire, tandis que les véritables décisions se prennent dans les conseils d'administration des multinationales... Décisions d'où vient aussi (produit dérivé) le marketing psychologique de masse : la hausse ou la baisse des « valeurs » idéologiques ! [2]

Le fameux chrétien-en-politique va-t-il finir par comprendre la stérilité et la nocivité de ce système ? Et par voir que sa mission l'appelle non à servir de marionnette supplétive dans le guignol, mais à le renverser ?


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[1] Confraternellement, je signale au légendeur de Libération (6 avril) que « le prêtre » dont la photo prend le haut de la page 9  est le P. Matthieu Rougé, directeur du service pastoral d'études politiques : autrement dit le spécialiste politique du catholicisme français.

[2] Aux naïfs : demandez-vous pourquoi la machinerie médiatique turbine à plein rendement en faveur de Mme Le Pen.

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Commentaires

MARQUES

> Je m'attends à voir - d'un instant à l'autre - les "valeurs" devenir des marques déposées. D'ailleurs n'est-ce pas ce que Coca-Cola et BMW ont déjà fait avec le "bonheur" ?
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Écrit par : Pierre-Aelred / | 06/04/2011

DETRUISONS LA PUB

> Cher Pierre-Aelred, je crois que pour BMW, c'est la joie qui fut déposée :-)
Ceci dit juste pour montrer que les publicitaires maquillent les pulsions les plus viles en sentiments nobles et estimables. Détruisons la pub et le reste s'effondre avec.
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Écrit par : vf / | 06/04/2011

POURQUOI CETTE DAME

> "Pourquoi la machinerie médiatique turbine à plein rendement en faveur de Mme Le Pen ?" J'avoue que j'aurai du mal à répondre à cette question. Je tenterai un timide : parce qu'elle cristallise les rebellions et mécontentement tout en défendant un programme incohérent et productiviste, bref finalement bien peu dangereux pour l'idéologie libérale-libertaire. Ce système aime bien sélectionner et mettre en valeur de faux opposants (cf. Guillon, Onfray et autres conformistes franchement ennuyeux sensés nous époustoufler par leur audace). Mais on pourrait dire la même chose pour l'extrême gauche, qui a moins le vent en poupe.
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Écrit par : Gilles Texier / | 06/04/2011

"LÀ JE DECROCHE"

> "Le fameux chrétien-en-politique va-t-il finir par comprendre la stérilité et la nocivité de ce système ? Et par voir que sa mission l'appelle non à servir de marionnette supplétive dans le guignol, mais à le renverser ?"
Ca, je crois qu'il faudrait peut-être le rappeler à la rédaction de "Famille chrétienne". Dans le dernier numéro, une enquête ("Les catholiques en éclaireurs pour 2012")qui, à mon goût, s'apparente un peu trop à un appel à s'inscrire dans le système tel qu'il existe... Et si, en plus, un certain blog (dont le nom fait penser à un marchande de meubles) y fait figure de site de référence, "qui ne mâche pas ses mots", là, je décroche.
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Écrit par : Feld / | 06/04/2011

OCCULTISME ?

> Le laïcisme fait place nette pour le retour des attitudes religieuses les plus archaïques. Il n'est pas rare, chez des personnes militantes du laïcisme, de découvrir que, derrière, elles touchent un peu ou beaucoup à l'occultisme et à beaucoup de pratiques régressives et irrationnelles. C'est le proviseur d'un grand lycée de parisien qui m'avait fait cette remarque il y a quelques années. On comprend mieux que l'agressivité laïciste à l'égard du christianisme et de l'Eglise catholique est autant la fille des "Lumières" que celle de l'occultisme.
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Écrit par : B.H. / | 07/04/2011

Pourquoi cette dame?

> Parce qu'elle n'a aucune chance d'être élue et que sa présence au 2éme tour permettra à son adversaire, qu'il soit NS, DSK ou un autre de se poser en sauver de la République, comme M. Chirac en son temps, face au papa de la dame. Un second tour interne à l'UMPS serait beaucoup moins émotionnel !
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Écrit par : Pierre Huet / | 07/04/2011

A BH

> Oui, surtout si les laïcistes en question sont FM. Du travail ésotérique (en loge ou en atelier de perfectionnement) à l'occultisme, il n'y a souvent qu'un pas...
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Écrit par : Feld / | 07/04/2011

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