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02/09/2009

Les Berlusconi Brothers face à l'Eglise italienne : clarification en marche...

a119a37575070543872dc668f67491a0.jpgIrresponsabilité, politique-spectacle, contradictions internes de la « pseudo-culture capitaliste », droite laïciste  xénophobe et pro-euthanasie, etc :


 

En Italie, jusqu'au 28 août, les attaques de la droite contre l'Eglise n'avaient été lancées que par les alliés de Berlusconi : les chemises vertes de la Ligue du Nord (à propos des migrants) et le président postfasciste de l'Assemblée, Gianfranco Fini (partisan de l'euthanasie) [1]. Depuis le 28 août, c'est le propre frère de Berlusconi, Paolo, directeur du quotidien Il Giornale et âme damnée de Silvio, qui tire sur l'Eglise. Déclenchant ainsi une confrontation quasi-directe entre le gouvernement et le catholicisme...

À l'origine, deux désaccords principaux entre l'Eglise et la berlusconie :

- l'attitude du gouvernement envers les migrants, jugée sévèrement par la conférence épiscopale italienne ;

- le tumulte soulevé par les moeurs affichées du président du Conseil. Le 5 mai, L'Avvenire, quotidien de l'épiscopat, critique la présence de jeunes « actrices » comme candidates sur les listes du parti berlusconien, et qualifie Berlusconi de « miroir déformant de l'âme du pays ». Le tumulte ne faisant qu'augmenter, L'Avvenire récidive le 12 août en reprochant à Silvio Berlusconi « l'abandon insolent d'une vie sobre ». Le 28 août, Paolo Berlusconi riposte : Il Giornale accuse d'homosexualité le directeur de L'Avvenire et insulte « les moralisateurs engagés ».

Ainsi agressée par la berlusconie, l'Eglise italienne (qui représente une très grande part de la population) contre-attaque. Les évêques avaient déjà toussé fin juillet en voyant Silvio prendre des postures pseudo-religieuses façon pénitent bouffon (« non sono un santo ! »), et annoncer à son de trompe sa venue au grand pardon traditionnel de L'Aquila, le 28 août, faisant savoir urbi et orbi qu'il y invitait à dîner les évêques – et parmi eux le cardinal secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone, numéro 2 du Vatican.

C'est aussi le 28 août que Paolo Berlusconi avait programmé la parution de l'article du Giornale contre le journal des évêques et les « moralisateurs engagés »... Silvio pouvait-il l'ignorer ?

Dès la parution de cet article, le cardinal Bertone a fait savoir qu'il n'irait pas au dîner de Berlusconi, forçant celui-ci à annuler la soirée après ce camouflet.

Le cardinal Bagnasco, président de la conférence épiscopale, a doublé le coup en déclarant que l'attaque du Giornale était « répugnante et gravissime » ; position soutenue par l'agence de presse catholique SIR et les 190 hebdomadaires diocésains d'Italie.

Les choses se clarifient donc. À droite, les postfascistes préparent une offensive pro-euthanasie, les chemises vertes une nouvelle surenchère anti-migrants, et les berlusconiens sentent le public italien leur échapper.

Que démontre cette affaire ? Que le système de la politique-spectacle (machinerie de faux-semblants) sévit à droite aussi bien qu'à gauche. D'où vient ce système ? De la société « spectaculaire marchande », dont il Cavaliere est l'exemple le plus frappant. Cette société a deux moteurs : l'hédonisme et le tape-à-l'oeil. Berlusconi avait construit son empire tape-à-l'oeil sur l'hédonisme collectif ; il est en train de le détruire par son hédonisme individuel. Ce sont les contradictions de la pseudo-culture capitaliste, aurait dit le P. Thomas Merton.

 

[1] C'est à propos du projet de loi sur le «testament biologique», proche des positions catholiques sur la question des mourants. Gianfranco Fini veut au contraire que l'Italie adopte l'euthanasie et invoque la « laïcité de l'Etat ». Le postfasciste Fini n'a pas oublié la vieille directive de Mussolini : « L'Etat prend les Italiens à la naissance et les garde jusqu'à la mort, moment auquel il les rend au pape. »

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10:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : christianisme

Commentaires

COMMENT LE PECHE DE L'AMERIQUE FABRIQUA LE PROBLEME NOIR

> Puisque vous citez ''La nuit privée d'étoiles'' de T. Merton, livre que j'ai découvert il y a vingt ans, voilà une autre citation, pardon de la faire longue. Elle vise Harlem dans les années 1940, découvert par le jeune Merton au travers de l'action d'une immigrée catholique russe blanche qui faisait ce que les franciscains du Bronx font aujourd'hui. Merton accuse la société américaine d'avoir fabriqué le problème noir. On voit ce que cette vision de Merton donnerait transposée (mutatis mutandis) dans la France d'aujourd'hui et ses banlieues :

'' Des centaines de milliers de nègres (1), affamés et oisifs, sont parqués ensemble comme du bétail dans ce vaste enchevêtrement de rues sordides, sombres et brumeuses. Toutes les impressions, les idées, les susceptibilités, les émotions, les peines, les désirs, les espoirs d'une race (2) dont les sentiments sont vifs et les réactions émotives profondes, sont forcés de se replier, contractés vers l'intérieur par l'anneau de fer des déceptions et le préjugé qui les enferme entre ses murs insurmontables. Dans cet immense chaudron, d'inestimables dons naturels de sagesse, d'amour, de musique, de science, de poésie, sont piétinés et sont perdus... Ceux qui arrivent à surnager à la surface du chaudron bouillonnant et à s'y maintenir, grâce à quelque qualité spirituelle, ou parce qu'ils ont pu s'échapper d'Harlem vers un collège ou une école quelconque, ne sont pas immédiatement annihilés : ils ont le privilège douteux de réaliser le seul idéal d'Harlem ; le triste devoir de méditer et d'imiter ce qui passe pour culture dans le monde des blancs. Or, paradoxe terrifiant, Harlem, et chaque nègre qu'y s'y trouve, est la condamnation vivante de notre soi-disant culture. Harlem est l'acte d'accusation de Dieu contre la ville de New York, ses habitants et ses richesses. Les bordels d'Harlem, sa prostitution, ses stupéfiants, sont le miroir des divorces courtois et des adultères raffinés de Park Avenue : ce sont les commentaires de Dieu sur notre société tout entière. On peut dire qu'Harlem est ce que Dieu pense d'Hollywood : et Hollywood est tout ce à quoi Harlem, dans son désespoir, peut se raccrocher, pour remplacer le ciel.
Ce qu'il y a de plus terrible, c'est qu'il n'existe pas un nègre qui ne sente, au plus profond de lui-même, que la culture des blancs ne vaut pas la saleté des ruisseaux de Harlem ; ils se rendent vaguement compte que cette culture est pourrie, truquée, falsifiée, vide, l'ombre du néant. Et cependant ils sont condamnés à tendre vers cette culture, à prétendre la désirer et l'aimer, comme par une sorte d'amer complot cosmique ; comme s'ils étaient ainsi contraints de montrer clairement, dans leurs propres vies, la misère qui a corrompu les racines ontologiques de la vie des blancs... Le mal qu'on murmure en secret dans les chambres et les appartements des blancs riches, cultivés et bien élevés, est crié sur les toits de Harlem et reconnu pour ce qu'il est, dans toute son horreur crue et effroyable, comme il apparaît aux yeux de Dieu.  ''

(1) « negroes » : non péjoratif (en ce temps-là le mot insultant était « niggers »). C'est seulement dans les années 1980 qu'est venue l'habitude de dire « afro-americans ».
(2) même observation : le mot « race » aux USA en 1940 ne faisait pas le même effet qu'aujourd'hui.

Écrit par : Ion, | 02/09/2009

EN ITALIE

> Détails supplémentaires :
- Le "Giornale" est considéré par toute l'Italie comme le journal de Silvio,
- Le "Giornale" a recruté à prix d'or comme directeur Vittorio Feltri, spécialiste des coups tordus, et c'est celui-ci qui a monté l'opération de diffamation contre le directeur de "L'Avvenire",
- Diffamation d'autant plus énorme qu'on sait ce qu'il y eut sous l'affaire d'homosexualité imputée à Dino Boffo (de "L'Avvenire") : il a payé naguère une amende pour protéger un homo et toxico sidéen qui s'était servi de son portable ! D'où l'indignation du cardinal Bertone et des évêques italiens devant l'attitude du journal de Berlusconi.
- Oubliant que Silvio Berlusconi est un tempérament exhibitionniste, et surtout qu'il est le président du Conseil, personnage public dont la "privacy" n'a pas à exister (surtout pour placer ses petites amies sur les listes électorales), Feltri annonce : "Tant que les moralistes spéculeront sur ce qui se passe sous les draps des autres (= ceux de Berlusconi), nous irons regarder sous les leurs." Quitte à calomnier.
- Commentaire de Giampaolo Pansa, analyste politique, dans "Il Riformista" : "Le sang et des choses encore plus immondes vont couler dans la presse écrite."

Écrit par : Leoluca, | 02/09/2009

TOUS AZIMUTS

> Il faut ajouter que Feltri ne s'en prend pas seulement au journal des évêques mais à toute l'Italie non berlusconienne : agressions personnelles diffamatoires contre Ezio Mauro, directeur de "La Reppublica", et contre une série de notabilités de centre-gauche. Tous azimuts.

Écrit par : Michele, | 02/09/2009

Mme BERLUSCONI

> Le gag est que le petit journal provo "Il Foglio" de Giuliano Ferrara, dit l'Elefantino, longtemps berlusconien, prend ses distances vertueusement et critique l'attaque du "Giornale". Ici "Libé" s'en étonne. Son journaliste ne sait pas que Ferrara n'est pas un proche de Berlusconi, mais de Mme Berlusconi, bientôt divorcée de Silvio parce que révoltée par ses moeurs !

Écrit par : Jeffeke, | 02/09/2009

LE CARDINAL BERTONE SOUTIENT DINO BOFFO

" ROME, Mardi 1er septembre 2009 (ZENIT.org) - Le cardinal secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone accorde son soutien au directeur du quotidien catholique italien, M. Dino Boffo, objet d'attaques dans la presse italienne, déclare le directeur de la salle de presse du Saint-Siège dans L'Osservatore Romano en italien du 2 septembre 2009.
« Je confirme que le cardinal secrétaire d'Etat a parlé avec le Dr Boffo et lui a manifesté sa proximité et sa solidarité », dit le P. Federico Lombardi, s.j.
« Il est clair qu'il y a accord entre le Saint-Siège et l'Eglise en Italie, dans le respect des compétences respectives, avec des contacts fréquents, une connaissance et une estime profondes entre le cardinal secrétaire d'Etat et le président de la conférence épiscopale », souligne le P. Lombardi.
« Par conséquent, continue la déclaration, les tentatives d'opposer la secrétairerie d'Etat et la conférence épiscopale n'ont pas de consistance », précise le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, de Radio Vatican et du Centre de télévision du Vatican.
« Il n'y a pas en outre de raison de s'étonner qu'il y ait des différences d'approche entre les media du Vatican et ceux du monde catholique italien, quant aux thèmes et aux débats en cours dans la société et dans la politique italienne, étant donné les différentes finalités et les attentions prioritaires de ces media, et il est évident que les media du Vatican font référence aux positions des épiscopats dans les différents pays », ajoute le communiqué.
Le 28 août dernier, les évêques italiens avaient eux aussi accordé leur soutien à Dino Boffo, directeur de « Avvenire », le quotidien de la conférence épiscopale italienne (CEI).
« A propos des accusations exprimées ce jour-là dans un quotidien, on entend confirmer une pleine confiance au Dr Dino Boffo, directeur de "Avvenire", journal qu'il guide avec une capacité professionnelle indiscutée, avec équilibre et prudence », déclarait un communiqué du Bureau national pour les Communications sociales de la CEI.
Pour sa part, Dino Boffo exprime sa stupeur, sa « surprise totale », pour une attaque concernant sa vie personnelle de la part du quotidien « Il Giornale » de Vittorio Feltri. Il déclarait notamment : « Ma vie et mon travail parlent pour moi ».
Agé de 57 ans, Dino Boffo est directeur de « Avvenire » depuis 15 ans et responsable des services journalistiques de la télévision de la CEI, « Sat 2000 ».

Anita S. Bourdin "

Écrit par : Lucius, | 02/09/2009

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> Ceci dit, plusieurs catholiques et membres du clergé italiens continuent de voir en Berlusconi l'homme providentiel, car "capable de gouverner le pays correctement"... à l'image d'un certain président français ?

Écrit par : Jovanovic, | 02/09/2009

SOCIETE MARCHANDE

> Bien vu PP pour la "la société « spectaculaire marchande », dont il Cavaliere est l'exemple le plus frappant." En effet, de la société marchande à la démocratie marchande, il n'y a qu'un pas... que l'Italie a franchi.
Puisque nous parlons de l'Italie, peut-être conviendrait-il d'ajouter une troisième proposition à la "théorie de l'hégémonie" défendue par Gramsci (articulée autour de la "société politique" et de la "société civile") : ce 3ème axe est la "société marchande".
Ainsi, pour compléter Gramsci :
- La société politique tient les institutions par la force
- La société civile tient la culture par le consensus
- La société marchande tient les instincts et les appétits par le ventre
C'est en effet "spectaculaire" ; le spectacle saisissant d'un système philosophique libéral cohérent en toutes ses dimensions : libéralisme politique, libéralisme moral, libéralisme économique.
Mais attention amis capitalistes et matérialistes : de la gamelle bien remplie à la "gamelle" assurée, là encore il n'y a qu'un pas...

Écrit par : Guillaume de Prémare, | 03/09/2009

JE SUIS ECOEURE

> Bonjour,
Je suis écœuré : sous la pression des accusations attentant à sa vie privée, Dino Boffo a donné hier sa démission du poste de directeur du journal d'Avvenire. Pourtant toujours soutenu par l'épiscopat italien et toujours irréprochable, la diffamation a quand même réussi à salir cet homme et sa famille, le poussant à démissionner pour préserver sa vie privée. Je suis écœuré ! Honte au patron de Il Giornale !

Écrit par : Pneumatis, | 04/09/2009

IL RECOMMENCE

> " La télévision publique italienne Rai ne diffusera pas la bande-annonce du film "Videocracy", une charge contre l'empire médiatique de Silvio Berlusconi qui sera présenté, jeudi 3 septembre, à la Mostra de Venise. Cette dernière intervention du chef de lEtat italien qui a également déposé plainte pour diffamation contre trois publications européennes semble participer dune stratégie qui ne sert finalement quà consolider un pouvoir déjà sous contrôle. Le président du conseil qui a été lun des premiers à confondre vie privée et vie publique est devenu expert dans l'art de déplacer le débat, tout en restant au centre, quand il se sent acculé. "
Voilà ce qui arrive quand on met à la tête de l'Etat un des caïds du télébizness.

Écrit par : Le caïman, | 06/09/2009

> Berlu, boia !

Écrit par : scopa, | 06/09/2009

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