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17/08/2008

Quelle impression donnent les croyants ?

D’agir par amour fraternel ? Ou pour des arrière-pensées ?

 


 

 

 

Matthieu 15, 28 : « Jésus répondit : "Femme, ta foi est grande, que tout se fasse comme tu le veux". Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »  La Cananéenne demandait à Jésus de libérer sa fille d’un esprit mauvais. Le centurion (Mt 8, 5-13) demandait la guérison de son serviteur qui souffrait terriblement : « Dis seulement une parole et il sera guéri ». Jésus exauce la Cananéenne et le centurion parce qu’ils lui font totalement confiance. (« Seigneur, viens à mon secours »). Or ce que la Cananéenne et le centurion demandent, c’est le salut d’une tierce personne : une fille, un serviteur… Leur foi s’exprime par amour altruiste envers un souffrant.

On est loin d’un pseudochristianisme d’aujourd’hui : celui de prédicants qui promettent la « puissance », le triomphe de nos « rêves », la victoire sur nos « ennemis ». 

Mais on est loin (aussi) de certains de nos réflexes de catholiques standard. Quelle impression donnons-nous ? Celle d’aimer nos contemporains au point de demander à Dieu leur salut ? Ou celle de détester l’époque, au point de ne pas aimer nos contemporains ? 

Il est sain de critiquer l’époque  – en ce qu’elle a de réellement* critiquable : socialement, économiquement, éthiquement. Mais ce que l’époque a de critiquable, de la part d’un chrétien, tient à ce qu’elle a de déshumanisant. Si le chrétien critique (et propose), c'est par amour fraternel, par foi au Père commun et au Christ chemin du salut : non par esprit de contradiction, par nostalgie envers on ne sait quelle société passée, ou par arrière-pensées idéologiques voilées sous un vocabulaire religieux : ce serait sortir du christianisme. Et cette distorsion ferait du « croyant » un misanthrope, car il y a une façon de critiquer l’époque qui mènerait à vomir les gens : non seulement ceux que l’on jugerait responsables de l’état de choses, mais tous ceux qui ne penseraient pas « comme nous ».

Et les gens s’en rendraient compte. Leur méfiance – actuelle – envers toute foi religieuse, se transformerait en aversion.

Le « croyant » aurait aggravé les choses au lieu de les améliorer.

Comment ne pas tomber là-dedans ? En essayant d’être lucides envers nous-mêmes. Dans ce que nous disons de l’actualité, par exemple : quels sont nos mobiles ? D’où nous viennent-ils ? Sont-ils compatibles avec l’Evangile ? Quel effet produisent nos paroles autour de nous (même en famille) ? Mettent-elles la foi au centre ? ou la relèguent-elles au rang d’habillage et de prétexte ?

Il est toujours temps de changer d'attitudes. Et si nos opinions habituelles détonnent d’avec la foi, il est temps de changer d’opinions.

 

 

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(*) C’est-à-dire : critiquable selon la vision évangélique de l’homme. Non selon le discours du parti X ou du mouvement Y, substitués à l'Eglise plus ou moins consciemment.

 

 

Commentaires

NE PAS SE MENTIR

> C'est ce qu'il y a de moins évident : faire le tri entre ce qui vient de notre subjectivité (ou de nos intérêts) et ce que la foi au Christ nous inspire. Ne pas se mentir à soi-même ?

Écrit par : Rezi | 17/08/2008

TRANCHES DE VIE DE FAMILLE

> Première tranche :
Mon grand-père a tenu un journal intime pendant des dizaines d'années, journal dans lequel il montre son détachement pour l'air du temps... et je reste gentil ! Jugé par nous tous comme le prototype du "catho cul-béni", je le vois encore trôner en bout de table lors des fêtes familiales et pontifier en ressassant les mêmes histoires.
Pour beaucoup d'entre nous, il sentait la mort et le renoncement.
Pour beaucoup d'entre nous, le catholicisme sentait la mort et le renoncement.
Voilà pour la première tranche de vie de famille qui répond à la question que vous posez : Quelle impression donnent les croyants ?

Deuxième tranche :
Pour la première fois depuis longtemps, ma soeur a décidé de réunir la famille chez elle vendredi dernier. La date choisie ne relevait que d'une coïncidence autorisée par ce jour férié.
Immanquablement, le sujet de discussion s'est porté un temps sur la christianisme et m'a vu tenir, une de fois de plus là comme ailleurs, le rôle du "seul contre tous". Les mêmes thèmes à charge ressortent, avec bien sûr, en place centrale et quasi-unique : l'Inquisition. J'ai l'habitude, j'ai des réponses bien rodées, ça ne me dérange pas.
Voilà pour la deuxième tranche de vie qui illustre la "méfiance envers toute foi religieuse".

Troisième tranche :
Pendant ce même repas, j'ai tout de même l'impression d'être entendu, notamment par une de mes nièces, jeune maman, qui éprouve, bien sûr, des doutes posés par des questionnements nouveaux et qui semble en recherche d'oxygène.
De plus, au delà des différences de point de vue des uns et des autres, nous avons tous conscience qu'aujourd'hui règne un vide sidéral essentiellement occupé par un "capitalisme sauvage", pour reprendre l'expression qui a pris vie lors de ce repas. Nous avons tous conscience que l'Homme est mis en marge.
Voilà pour la troisième tranche de vie d'un temps qui interroge son aspect "déshumanisant".

Digestion :
J'aime le temps présent et, en tant que chrétien, je suis convaincu que mon regard doit être tourné vers l'avenir tout en embrassant, au sens propre, mon époque critiquable. Mon époque se résume aux gens qui m'entourent qui sont les seuls sur lesquels j'ai prise (comprenez bien) et qui me conduit à chercher ce noyau aimant pétri de contradictions (et voyez comme le mot "noyau" est proche du mot "joyau" !).
Je dois, oui c'est un devoir, poser des jalons pour un chemin à construire qui prendra des contours inconnus, la seule chose dont je puisse être certain étant que ce chemin ne suivra pas la direction que je prévois.
Mais ça tombe bien, je n'en prévois aucun.

Où je boucle la boucle :
Lors du trajet de retour en voiture, je parle à mes enfants de leur bisaïeul, de sa vie, son oeuvre et de son horrible habitude de livrer ses considérations sur un ton pontifiant qui nous assommait.
"Mais, papa, tu fais pareil !" m'assène mon traître de fils, 23 ans.
Quand on est habillé en jean et chemise, et qu'on porte des claquettes indiennes l'été, ça fait l'effet d'une gifle :-)
Cioran dit : "Le sentiment que je n'ai pas tout dit se heurte à chaque instant au sentiment qu'il n'y a rien à dire."
Voilà pour la conclusion qui fait que je m'en remets à Dieu pour ouvrir les coeurs et que je dois rester très humble.

Écrit par : sombre héros | 18/08/2008

BROUILLAGE

> La propriété contrarie la foi. C'est le sens du voeu de pauvreté. C'est le sens de nombreuses paroles du Christ qui affirment sa préférence pour les pauvres et la difficulté pour les riches d'accéder au Royaume des Cieux. Le souci de certains à veiller bien plus au respect du règlement du règlement de copropriété que de l'Evangile brouille la visibilité du christianisme en Occident.

Écrit par : Annie | 18/08/2008

@ SOMBRE HEROS

> Merci pour cette phrase de Cioran qui sonne terriblement juste ! Et qui constitue une leçon d'humilité lorsqu'on pense avoir tant à dire.

Écrit par : Edouard | 19/08/2008

A SOMBRE HEROS

> merci beaucoup de ce témoignage. La phrase de Cioran est tellement vraie ! Je retrouve beaucoup de chose dans ce que vous dites, a part la "trahison" du fils (les miens sont encore un peu jeunes pour m'assassiner comme cela lol) mais je me surprends, parfois devant mon miroir en me taillant la barbe à me dire:"ouaih, c'est cool de critiquer ton vieux ringard de père, mais tu viens de dire quoi à midi devant tes amis?". Regardons la poutre et pas la paille et, de grâce, essayons d'être joie et tendresse en sortant de la messe et pas mort et renoncement. Oui, ce monde est le notre, celui où IL à choisi de nous faire naître alors, oeuvrons et cessons de pontifier et de faire ch....z le monde.

Écrit par : vf | 19/08/2008

ESSENTIEL

> Question essentielle et - à mon avis - point d'achoppement pour beaucoup d'entre nous.
Peut-être qu'à force de répéter à tout-va qu'il faut "être dans le monde sans être du monde", on en oublie d'être vraiment "dans" le monde ? Aimer nos contemporains est un préalable essentiel, si on veut espérer les toucher. Ce qui ne veut pas dire, d'ailleurs, que nous devons les aimer sans réserve... mais mais les aimer avant de commencer à poser des réserves ; et ne les poser que parce qu'on aime. D'ailleurs, une remarque faite avec bienveillance passe toujours mieux qu'une grosse critique dégoulinante de haine, non ?!
Merci pour ces réflexions vivifiantes.

Écrit par : Edmond Prochain | 22/08/2008

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