Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/04/2026

Trump, le pape, l'idolâtrie US et le cabaret de l’enfer

15-THE-GUARDIAN-BLEU.jpg

Avec son aimable autorisation, je reproduis ci-dessous la chronique de Frédéric Ripoll qu'un site parisien – englué dans la trumpophilie ? – a eu peur de publier :


 

<< Donald Trump, en délicatesse avec le pape, pensant que Léon XIV était MAGA comme tout bon Américain, a fait une grosse bêtise en publiant une image créée par l’IA (très vite retirée) le représentant en Jésus-Christ-Sauveur-du-monde. On s’interroge : What’s eating you, Donald ? La traduction littérale donnerait : Qu’est-ce qui te dévore ? Certains se demandent même s’il n’est pas devenu fou.
Il n’est pas fou, loin de là. Il est simplement américain, viscéralement, authentiquement américain, c’est-à-dire un savant mélange de liberté, de violence, de mystique messianique un peu illuminée et surtout d’un culte de l’image et du business. Ce mélange, à l’époque naissante des réseaux et de l’intelligence artificielle, est sulfureux. J’ai évoqué à deux reprises en 2016 (With God on Our Side) et 2018 (Les Américains sont les rois du cinéma) ces biais de la culture américaine. Mais en à peine dix ans nous avons changé de monde.
Ce qui dévore Trump est parfaitement illustré par [une] photographie du cabaret de l’Enfer prise en 1909. Il s’y produisait des spectacles d’illusionnisme un peu sulfureux. Ce qui dévore Trump nous dévore tous : l’enfer d’une société qui repose sur un certain nombre d’illusions confortables mais mortifères. La première dévore nos yeux. C’est l’illusion du spectacle mondialisé hyperconnecté où tout est hyper visible, 'mégaloscopique' dirait Virilio, où l’image tourne à la dictature et laisse peu de place à l’esprit. Dès les années 60 Daniel J. Boorstin dans Le Triomphe de l’Image avait déjà analysé ce symptôme. Il est intéressant de noter que le Cabaret de l’Enfer ayant fait faillite, ses locaux furent rachetés en 1950 par l’enseigne Monoprix.

Autre illusion dévorante : On est passé du tout-spectacle au tout-business, au mythe du consumérisme tout-puissant. Ou plutôt business et spectacle ont fusionné. Ne nous y trompons pas : les ‘valeurs’ prônées par l’Occident sont contaminées par les valeurs marchandes et boursières. La première préoccupation de Trump est donc de faire du business tout en faisant du spectacle.
Mais le Cabaret de l’Enfer est aussi le cabaret d’une illusion non pas perdue mais entretenue : l’illusion de puissance. À la suite des meurtres de Charlie Kirk et d’Irina Zarutska, j’ai eu un échange épistolaire avec le chroniqueur et avocat franco-américain Renaud Beauchard installé à Washington. Dans une de ses chroniques sur la chaîne Tocsin, il parlait d’un ‘peuple de démons’, c’est-à-dire la fabrication d'une société dans laquelle tous les rituels, et actes qui maintenaient un équilibre interne, au sein des individus et des corps sociaux, ont été anéantis pour laisser libre cours à de vraies pulsions démoniaques. J’étais assez d’accord mais lui faisais remarquer que le peuple américain était d’après moi victime d’un autre démon tout aussi pernicieux mais passé sous silence : celui favorisé par le second amendement de leur Constitution autorisant tout citoyen à être armé. L’Américain est ainsi pris en otage, coincé entre culture de violence (dénoncée par saint Jean-Paul II) et culture de mort. En effet, au nom de leur sacro-sainte liberté, d’un côté, les républicains défendent bec et ongle ce second amendement (sous pression du lobby militaro-industriel et de la NRA) ; de l’autre, au nom de cette même sacro-sainte liberté, les démocrates défendent le droit aux réformes ‘sociétales’ mortifères... À quoi Renaud Beauchard me répondait que la question des armes à feu est secondaire par rapport à celle de la circulation massive de psychotropes dont il aimerait qu'on étudie un peu mieux leur rapport avec la violence.
Pourtant, au moment-même où j’écrivais cet article, les Etats-Unis viennent d’échapper de justesse à un n-ième massacre en milieu scolaire (depuis 1970, 2 030 événements impliquant des armes à feu dans les écoles ont fait 674 morts et 1 882 blessés par balles) : le 7 avril, à Pauls Valley, Oklahoma, Victor Lee Hawkins, 20 ans, a fait irruption dans son ancien lycée avec deux armes automatiques et l’intention manifeste de reproduire le massacre de Columbine. Maîtrisé miraculeusement par le proviseur, il n’a fait aucune victime. Il y aurait en 2026 de 120 à 130 armes pour 100 habitants aux U.S.A. : si les Etats-Unis se déchirent dans une deuxième guerre civile, on peut craindre le pire… >>

Frédéric Ripoll
avril 2026

https://www.academia.edu/165980472/LE_CABARET_DE_LENFER

 

Trump-vs-pape-Leon-XIV.jpg

 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.