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21/04/2026

Léon XIV face à Donald Trump : 2. L'hérésie américaine et postchrétienne de Peter Thiel

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L'hérésie postchrétienne de Peter Thiel (et de l'ensemble de la Religious Right aux Etats-Unis) est une menace fondamentalement américaine. Voici en quoi :


La doctrine prêchée par Peter Thiel prétend rénover le christianisme (et spécialement le catholicisme) en l'alignant sur trois "valeurs" made in USA : la compétition, l'individu, la technologie ; et en prostituant une philosophie chrétienne pour la mettre – de façon très américaine – au service d'une nouvelle stratégie du business.  Cette prétention est née dans l'esprit de Thiel à l'université de Stanford, au contact de l'anthropologie chrétienne de René Girard. Mais Thiel déforme et détourne grossièrement la pensée de Girard, explique Paolo Benanti o.f.m., conseiller du pape Léon XIV :

"Au cœur de la théorie girardienne se trouve l’idée que le désir humain n’est ni autonome ni spontané, mais fondamentalement mimétique : nous désirons ce que les autres désirent, non pour la valeur intrinsèque de l’objet, mais parce que le désir d’autrui le désigne comme désirable. En apparence bénigne, cette dynamique charrie pourtant un potentiel destructeur considérable : lorsque deux individus ou davantage désirent une même chose, la convergence des désirs les transforme inévitablement en rivaux, déclenchant une compétition susceptible de dégénérer en violence mimétique — une spirale conflictuelle qui peut désagréger le tissu social. Thiel ne se contente pas d’étudier cette théorie : il l’intériorise. Il la transforme en doctrine opérationnelle pour le monde des affaires. Là où la raison économique classique et la rhétorique capitaliste célèbrent la concurrence comme moteur du progrès, Thiel, à travers le prisme girardien, y voit au contraire un piège mortel : une forme de folie collective qui éroderait les profits et détruirait la valeur. Si la concurrence constitue l’équivalent commercial de la violence mimétique, alors la stratégie gagnante n’est pas d’être un meilleur concurrent mais de refuser la concurrence elle-même. 

Dans son ouvrage célèbre De Zéro à Un, Thiel soutient que l’objectif d’une entreprise ne doit pas être de l’emporter sur un marché saturé, mais de créer quelque chose d’absolument unique afin d’atteindre une position monopolistique. Dans cette perspective, le monopole devient la seule échappatoire à la violence mimétique du marché, le seul espace où il devient possible de produire et de capter une valeur durable. Dans le monde des affaires, Thiel s’est appuyé sur cette intuition philosophique pour réaliser ses investissements les plus fructueux. On sait par exemple qu’il a mobilisé la théorie du désir mimétique pour anticiper le succès de Facebook, en investissant très tôt dans le réseau social, à une époque où celui-ci n’en était encore qu’à ses balbutiements. (...) Thiel y a décelé une 'machine mimétique' parfaite : une plateforme conçue pour exploiter un besoin humain fondamental — observer les autres, les imiter, désirer ce qu’ils désirent. Il aurait ainsi lui-même exposé à Mark Zuckerberg les théories de René Girard en le persuadant de passer à l’échelle avec une formule choc : 'Qui possède une machine à produire du désir possède le monde'. Pour lui, l’introduction du bouton J’aime, puis son évolution ultérieure, n’ont pas seulement constitué une innovation technique : elles ont représenté la mise en œuvre algorithmique parfaite du désir mimétique, un dispositif destiné à amplifier et monétiser le désir mimétique à l’échelle planétaire..."

Après quoi Thiel et ses partenaires (la "PayPal Mafia") ont envahi la société :  "Les entreprises fondées ou financées par la PayPal Mafia ne se sont pas contentées de vendre des produits. Elles ont redéfini les infrastructures mêmes de la sociabilité, du travail, de l’information et de la sécurité", explique le Fr Paolo Benanti : 

"Ce qui était au départ une ambition économique — créer des monopoles pour échapper à la concurrence — est devenu une question politique au moment où ces plateformes ont atteint des dimensions mondiales. Appliquée aux réseaux sociaux, la théorie du désir mimétique a alors révélé leur véritable dimension politique : si les êtres humains sont des machines à imiter, alors celui qui contrôle les algorithmes qui suggèrent qui ou quoi imiter, contrôle la société..."

Les plateformes numériques ne sont ni "neutres" ni "proches des gens" : elles manipulent les masses et véhiculent l'idéologie financière dont l'hérésie postchrétienne de Thiel n'est que l'habillage. La technologie devient ainsi l'instrument de profit et "l'outil de gestion du déclin des institutions démocratiques libérales".  Une gestion au service non pas d'une pensée "contrerévolutionnaire" comme le croient les intellectuels de gauche et les réacs trumpisés, mais d'un hypercapitalisme monopoliste : régime autoritaire qui s'appuiera sur le contrôle des données, la prévision algorithmique et le contrôle technocratique des foules. Objectif : le déclassement des Etats-nations sous le choc du numérique et des cryptomonnaies, pour aboutir au règne de pôles financiers transnationaux annoncé par Quinn Slobodian dans Le Capitalisme de l'apocalypse (Seuil 2025) : le capital devenu totalement fluide et sans ancrages territoriaux, échappant au contrôle et au fisc des gouvernements politiques."Ce qui était né comme entreprise économique [touche maintenant] à la racine même du lien social : le désir, l’imitation, et la violence qui en procède". Ici le pouvoir techno-financier touche à l'intime de l'humain et l'on retrouve l'hérésie pseudo-girardienne de Thiel. Celui-ci disserte abondamment sur l'Apocalypse, mais en écartant le sens chrétien de ce mot (l'événement final de l'histoire) au profit d'un sens que le Fr Benanti qualifie de "païen" et que l'on pourrait qualifier plutôt de "luciférien" : une hubris de pouvoir illégitime fondée sur la soif de puissance et la manipulation des esprits. Voilà pourquoi le Saint-Siège engage le combat contre l'hérésie américaine.

 

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