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05/06/2026

'Magnifica humanitas' (7) : la philosophe et l'encyclique

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Léon XIV, à partir de l’IA, se livre à un véritable plaidoyer pour l’action publiqueEntretien de la philosophe Anne Alombert, maîtresse de conférences à l’université Paris-VII et autrice de De la bêtise artificielle (Allia 2025) avec Anne Dujin (Le Monde 30/05). Extraits :


Au regard de la quantité de travaux désormais consacrés à l’IA, comment l’encyclique ‘Magnifica humanitas’ aborde-t-elle la question ?

A.A. – Ce texte me semble original à plusieurs titres. Pour commencer, il reconnaît l’ambivalence de toute technologie, en affirmant qu’elle ne constitue ni une solution ni un mal en soi. Il refuse l’alternative simpliste entre technophilie naïve et technophobie réactive. Il insiste ensuite sur la non-neutralité de la technologie, qui « prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent ». Léon XIV ne réduit donc pas l’IA à un problème moral ou éthique, comme le font ceux qui estiment qu’il suffirait d’« aligner » les modèles d’IA sur nos valeurs. Il en fait une question politique, en invitant à se demander qui développe ces systèmes, selon quels modèles économiques, quels projets politiques, et pour quels usages.

[...]  Mais, surtout, le texte insiste sur le fait que ce sont aujourd’hui des acteurs privés, et non plus publics, qui sont les moteurs de l’innovation technologique, et ce avec des moyens colossaux. Léon XIV se livre à un véritable plaidoyer pour l’action publique : il invite à se doter d’« instruments réglementaires adaptés », il affirme la nécessité de « s’opposer, par des choix publics à long terme, aux intérêts immédiats des plateformes », notamment quand ils contreviennent au bien-être des mineurs, mais aussi des citoyens désinformés, des travailleurs exploités ou remplacés. La notion de « bien commun » est ainsi replacée au cœur du développement de l’IA, y compris pour justifier d’y mettre des limites.

[...]  Les grandes entreprises technologiques se livrent à une compétition acharnée, mais développent en réalité les mêmes modèles, qui uniformisent les usages. Une autre politique industrielle est pourtant possible, qui partirait des besoins locaux des populations, en matière d’éducation, de santé, d’alimentation ou de transport. Le texte appelle ainsi à envisager des dispositifs coconstruits avec les citoyens et non imposés de manière homogène et hégémonique.

Le chapitre 4, intitulé ‘préserver l’humain dans la transformation’, aborde ce qui est menacé par le développement incontrôlé de l’IA. Sont évoqués en particulier la vérité, le travail et la liberté...

Au début du texte, plusieurs risques sont évoqués : délégation des capacités de raisonnement, influences idéologiques sur la vie démocratique, mais aussi dépendance émotionnelle et désocialisation. Dans le chapitre 4, l’IA est abordée de manière très lucide, du point de vue de son mode de production (exploitation des travailleurs du clic, épuisement des ressources matérielles) et de ses effets psychiques, sociaux et politiques.

Mais le texte évite toujours l’écueil technophobe. Il met en avant les infrastructures techno-économiques actuelles comme étant la source du problème : la gestion centralisée de la production et de la circulation de l’information, ou le pouvoir d’influence exorbitant donné à ceux qui possèdent les moyens de communication. Sur notre rapport à la vérité, par exemple, il n’en reste pas à l’idée qu’il faut faire la chasse aux fausses informations. Il appelle à remettre en question l’architecture algorithmique qui les favorise. [...] 

Qu’est-ce qui vous paraît éventuellement manquer à ce texte ?

Le point sur lequel le texte n’insiste peut-être pas assez est l’existence d’alternatives technologiques aux modèles dominants. Ces alternatives existent, mais sont peu médiatisées. Il y a bien sûr Wikipédia, mais je pense aussi à l’application française Tournesol, pour la recommandation collaborative, ou à la plateforme américaine de démocratie participative Pol.is. Tous ces outils montrent qu’il est possible d’utiliser les technologies numériques selon d’autres logiques que celles de l’exploitation des données et des ressources.

Mais ce texte reste très bienvenu, parce qu’il invite à l’engagement, en proposant un « sain réalisme ». Il conclut sur une exhortation, qui concerne à la fois les entreprises, les laboratoires de recherche, les médias, les éducateurs et tous les citoyens, à « relever ce qui s’est écroulé et protéger ce qui est exposé ». C’est une contribution très importante dans le débat public actuel. >>

 

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Fin (provisoire !) de nos lectures de l'encyclique.
Mais le sujet ne va pas nous quitter...

 

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