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06/10/2021

La tristesse, l'effroi, et les ugentes réformes dans l'Eglise

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Sur le rapport de la CIASE, ma chronique de ce mercredi à Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio Fidélité Mayenne :


On est saisi de tristesse et d’effroi par le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise depuis 70 ans. Parce que plus de 200 000 enfants ont été victimes de ces abus depuis les années 50. Parce que ces abus ont été commis par au moins 3000 prêtres... Et parce qu’au lieu de retirer ces prêtres de l’état sacerdotal, et de les signaler à la justice, les diocèses gardèrent le silence et tentèrent d’escamoter les problèmes…

proxy.jpgD’où, depuis des années, la douleur des victimes. Elles se sont enfin confiées, aux enquêteurs de la commission, pendant les deux ans et demi de leur terrible travail d’écoute et de compassion. Et les faits, les chiffres du rapport sont admis (“avec accablement", dit-il) par Mgr de Moulins-Beaufort, président des évêques de France. Ce sont d’ailleurs les évêques qui avaient commandé et financé cette enquête, en sachant d’avance que ses conclusions seraient redoutables.

Alors maintenant, que faire ?  Le rapport de Jean-Marc Sauvé propose des diagnostics : il faut les lire, c'est un devoir spirituel, intellectuel et moral.

Le rapport appelle aussi à des changements structurels dans l'Eglise : et ces changements convergent avec la critique du "cléricalisme" formulée par le pape dans sa Lettre au peuple de Dieu de 2018.

Le cléricalisme, c’est un pouvoir sur les gens. Et ce n’est pas le vrai rôle des prêtres ! Quand le pape appelle à abolir le cléricalisme, il appelle à oublier les tentations du pouvoir et à se recentrer sur la personne du Christ et sur l’Evangile.

C’est aussi l’enseignement du concile Vatican II. Or certains catholiques français, depuis quelque temps, s’imaginent que si le catholicisme a des problèmes aujourd’hui c’est à cause du concile… Eh bien justement non : pas du tout ! Avec des dates et des chiffres, l’enquête sur les abus sexuels montre que les violences sexuelles dans l'Eglise, nombreuses depuis 1950 (avant le concile), ont diminué après 1969 : donc après le concile terminé en 1965. Et donc les abus sexuels dans l'Eglise ont de tout autres causes que les changements apportés dans l’Eglise par Vatican II...

Pour remédier à ces causes, pour supprimer l’ambiance et les coutumes qui ont donné pendant des années une impunité aux pédocriminels, il va falloir d’autres changements dans l’Eglise : ceux que préconise le rapport de Jean-Marc Sauvé. Des changements que Mgr de Moulins-Beaufort, mardi, s’est dit prêt à accueillir.  

 

http://www.radiopresence.com/IMG/mp3/06102021_chroeco_airtemps.mp3

 

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Commentaires

QUESTIONS

> J’ai écouté en direct hier matin avec attention et non sans émotion l’intervention et le rapport remarquable de Jean-Marc Sauvé et je lis avec attention, Patrice, votre chronique.
Sur certaines des recommandations, je me pose quelques questions :
– S’il y a responsabilité collective de l’Eglise, pourquoi ne ferait-on pas appel aux fidèles pour les réparations financières aux victimes ?
– La mise en cause du secret de la confession me paraît dangereuse car elle remettrait en cause la nature même du sacrement et la confiance du pénitent et serait sans doute contre-productive conduisant les criminels n’assumant pas leur responsabilité à ne plus aller se confesser…

Un autre aspect peu souligné me surprend aussi, les 5,5 millions de Français qui, selon les études, disent avoir fait l’objet d’agression sexuelle dans leur enfance… c’est effarant !

MG


{ PP à MG – Comment Mgr de MB ignoire-t-il ce que savent tous les psychiatres : que les pervers ne se voient pas comme coupables ? Donc pourquoi iraient-ils se confesser ? C'est cela qu'il aurait fallu répondre au lieu de tomber dans le piège de la question du journaliste, et de proférer une chose qui se retourne très gravement contre l'Eglise. Jamais un Lustiger ne se serait laissé avoir ainsi. Mais il est vrai que jamais la CEF n'aurait élu président un Lustiger...]

réponse au coimmentaire

Écrit par : Michel de Guibert / | 06/10/2021

LA CONFIANCE ?

> Un des changements de fond est à lire dans la douzième recommandation du rapport Sauvé : "instaurer une confiance propice à la parole".
Ce sera sans doute long et difficile : les discussions que j'ai avec des prêtres français ou belges sont souvent abrégées lorsque j'évoque avec eux la question des agressions sexuelles en milieu ecclésial. Leur gêne est aisément perceptible, au point de devoir parfois changer brutalement de sujet de conversation, comme si la question des abus était taboue. Or elle ne devrait pas l'être : en parler, ce n'est certainement pas accuser qui que ce soit.

PV


[ PP à PV – Réflexe corporatif illégitime. Ou déformation de l'idée de miséricorde. Ou dégénérescence du "ne jugeons pas". ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/10/2021

> https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/pedophilie-de-l-eglise/video-pedocriminalite-dans-l-eglise-le-secret-de-la-confession-est-plus-fort-que-les-lois-de-la-republique-selon-mgr-eric-de-moulins-beaufort_4796947.html

"Le secret de la confession s'impose à nous et en cela, il est plus fort que les lois de la République".
Moulins-Beaufort ne devrait pas s'exprimer de manière aussi péremptoire.
Cette déclaration s'oppose à plusieurs recommandations de la CIASE : la huitième, la neuvième et surtout la quarante-troisième ("le secret de la confession ne peut déroger à l’obligation, prévue par le code pénal et conforme, selon la commission, à l’obligation de droit divin naturel de protection de la vie et de la dignité de la personne, de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles").
Non, le secret de la confession n'est pas "plus fort" que les lois et règlements qui s'imposent à tous dans la société, y compris aux prêtres catholiques : il est d'un autre ordre. À supposer que l'obligation de protéger toute vie relève du droit naturel (ce qui est le cas), Mgr de Moulins-Beaufort soutiendrait-il que le secret de la confession serait "plus fort" que cette même obligation, d'essence divine ?
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/10/2021

LES ÂMES DEMANDENT DES RÉPONSES

> Sur la décléricalisation, j'ai l'impression que le processus est de facto déjà bien engagé. J'entends par là que l'image des évêques, même chez les "observants" s'est catastrophiquement détériorée. Je me dis même parfois trop. Ils semblent n'être plus vus que comme des boulets.
Par ailleurs, je me demande si, outre la mise en oeuvre urgente et décidée des réformes, un accompagnement spirituel ne serait pas nécessaire aussi. A quoi bon préserver une coquille vide et inutile (et je ne parle pas ici seulement de l'Eglise, mais bien de la foi). La question "pourquoi Dieu laisse-t-il cela se passer" travaille vraiment beaucoup d'âmes et demande aussi une réponse.

Luc


[ PP à Luc - On est quand même sidéré de voir des catholiques continuer à prendre Dieu pour un CRS de plage chargé d'empêcher les gens de se noyer. La liberté humaine est ainsi faite (par Dieu) que l'homme peut à tout moment faire le choix de rompre avec la grâce. Et que la somme de ces ruptures peut se cristalliser en structure collective de péché. C'est apparemment ce qui s'est passé dans l'Eglise dans la seconde moitié du XXe siècle. Cela s'était déjà passé aux époques anciennes sous d'autres formes. Et la sanction venait toujours ! Au XVIe siè]cle, ce furent Luther et Calvin... Face à ces situations il faut : a) la prière permanente, b) la réforme radicale. Si les évêques reculent devant la réforme, ils auront un nouveau Luther. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Luc / | 07/10/2021

LA HONTE

> Oui les chiffres sont monstrueux.
Si on ramène à une échelle plus proche, le département (environ 1/100ème de la France, et environ un diocèse) :
- dans chaque département : une moyenne de 3300 victimes, survivantes de ces horreurs !?!
- et chaque département aurait eu, en moyenne, un total de 30 prêtres tortionnaires ? dont CHACUN aurait en MOYENNE abusé de (200 000 victimes/3000 prêtres) = près de 70 enfants !?! Au secours !!
Et sans que PERSONNE ne réagisse ou ne se sente concerné !?!
Quelle horreur.
A nous la honte.
______

Écrit par : Isabelle Meyer / | 07/10/2021

DES QUESTIONS

> Je comprends parfaitement qu' un prêtre qu'on interroge sur ce sujet ne soit pas très disposé à répondre parce qu'il pourrait facilement penser que le questionneur le prend pour un pédophile et un pervers. Donc pour les prêtres, c'est difficile .
Où est l'erreur ? Etait-ce à l'entrée du séminaire ou durant les études ?A-t-on assez vérifié le sérieux de la vocation ? A-t-on correctement jugé les qualités du séminariste ?
Dans l'évangile, le Christ envoyait les disciples deux par deux. Aurait-on dû plus accompagner les prêtres ? Ne pas les laisser seuls dans leur mission.
Autre chose :si la commission a pu interroger de nombreuses victimes , a-t-elle pu interroger également des abuseurs et voir de ce côté les différents aspects qui mènent à un tel comportement. Bien sûr il y a de nombreuses études concernant la pédophilie mais il s' agit ici de personnes ayant en principe eu une formation pour lutter contre les différentes formes de tentation, ou non ?
Autre chose : je considère que le secret de la confession est au-dessus de tout, Mais aussi que le prêtre qui reçoit la confession doit questionner pour voir la sincérité du repentir et donner une pénitence appropriée :se faire soigner, etc ....
Autre chose : ces actes font honte à nous catholiques mais également à tout homme de bonne volonté , mais encore plus ils blessent notre Seigneur !
Un dernier point : je suis très mitigé sur les compensations financières : l'argent guérit-il vraiment les souffrances des victimes ?
______

Écrit par : J C Kill / | 07/10/2021

CHEZ DARMANIN

> https://www.lefigaro.fr/flash-actu/secret-de-la-confession-monseigneur-de-moulins-beaufort-convoque-par-gerald-darmanin-en-debut-de-semaine-prochaine-20211007
Le voilà convoqué par Darmanin !
Par une seule phrase, Moulins-Beaufort a largement amoindri dans l'opinion l'image d'une Église qui tournait le dos à son passé : bourde immensément regrettable.
D'autant que les laïcards, jusqu'ici plutôt calmes, sont à présent vent debout et on les comprend.
Si on tolère ce genre de propos, que dira-t-on aux musulmans qui exigeront demain le port du voile intégral, jugé à leurs yeux "plus fort" que les lois républicaines ?
Comme démarrage, on aurait espéré mieux...
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/10/2021

SUR K.T.O.

> Il faut écouter sur KTO l'entretien avec Jean-Marc Sauvé qui, au-delà du rapport de la CIASE, s'exprime aussi comme chrétien :
https://youtu.be/D8aUimZx2Yw
Cet homme est vraiment remarquable.
______

Écrit par : Michel de Guibert / | 07/10/2021

à Luc :

> "Pourquoi Dieu laisse-t-il cela se passer" ? Parce que Dieu est Amour, et n'est que cela : Dieu ne sait pas haïr. Dieu continue d'aimer chacun de nous, même lorsque nous péchons, c'est-à-dire lorsque nous Le trahissons. Lorsque le roi David tua Uri après avoir mis l'épouse de ce dernier enceinte, Dieu n'intervint pas pour supprimer David ou pour protéger Uri. Lorsque Satan trahit Dieu, le Seigneur ne cesse de l'aimer ; c'est l'ange déchu qui prend seul l'initiative de rompre le lien d'amour. Le Seigneur attend que nous revenions à Lui et que nous recouvrions cette communion d'amour qui nous lie à Lui.
Si Dieu "laissait passer" certaines choses et pas d'autres, il jouerait aux marionnettes : la liberté est la condition même de l'amour. Dieu ne joue pas aux marionnettes.
Cela étant, quoiqu'Il n'intervienne pas directement, Dieu ne cesse de se tenir à nos côtés aux jours d'épreuve comme aux jours de joie. Pour peu que nous acceptions Son Esprit, Il nous comble de Sa grâce. En cela, Il agit bien, et cette action en nos vies est la joie de se sentir aimé et soutenu ; ce n'est pas percetible pour qui n'y prête attention, mais pour celui qui se sait aimé de Dieu, qui accueille le Seigneur en sa vie, qui fait de sa personne le temple de l'Esprit, cette présence change radicalement notre rapport au monde et aux événements. Dieu se tenait auprès de chacun des enfants abusés : Il n'est indifférent au sort d'aucun des êtres qu'Il a créés.
"Pourquoi Dieu laisse-t-il cela se passer" ? Parce qu'il n'est pas tout puissant au sens jupitérien du terme, tirant sur des ficelles comme bon lui semblerait. Le P. Michel Corbin, sj, rappelle souvent qu'une meilleure traduction de 'pantocrator' ou d''omnipotentem' est "qui règne sur tout". Dieu est Celui qui règne sur toute la Création, qui lui insuffle la vie. Mais il agit sur elle à la manière divine, pas à la manière des hommes.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 08/10/2021

à PV

> expression très malheureuse, certes. Mais la question aurait pu être plus directe encore: si la loi change et impose à l’Eglise de violer le secret de la confession, le fera-t-elle ?
Face à cette question, il aurait encore été possible de faire des détours, par exemple en réexpliquant que les pervers ne confessent pas leur crime, que ce serait dès lors une mesure ayant bcp plus d’inconvénients que d’avantages etc … mais ce ne seraient pas des réponses franches à la question. Au final, la vraie réponse, inévitable face à un journaliste un peu pugnace, serait quand même: non.

A PP: vous êtes féru d’histoire et je suis bien d’accord avec vous: cette crise n’est pas neuve pour l’Eglise. Historiquement, elle en a connu de pires encore et nous serions horrifiés des moeurs passées (comme le fait de nommer pape un gamin de 18 ans). A une petite réserve près tout de même: je ne crois pas qu’en matière de pédophilie, cela ait été moins grave avant la seconde moitié du XXe siècle. On n’a pas de chiffres précis mais, à en croire les historiens, beaucoup de raisons de penser que ce problème était déjà endémique. Ce qui a changé - depuis à peine 30 ans et l’affaire Dutroux me semble-t-il - c’est le regard que nous portons sur ces crimes, passé de la réprobation (dans le meilleur des cas) à une juste répulsion.
Mais tous les chrétiens ne sont pas forcément lucides sur l’histoire de leur Eglise. Je constate même que c’est très peu le cas (peut-être, là aussi, une piste à creuser). Quant aux « croyants qui voient encore Dieu comme un CRS », à qui la faute si. ici aussi, je crains qu’ils ne soient très majoritaires. A eux, certes. Mais aussi à une pastorale trop souvent indigente sur les questions « difficiles ». C’est du moins l’expérience que j’en ai. Peut-être que je choisis mal mes paroisses, mais je serais bien en peine de me rappeler de la dernière fois où j’ai entendu parler du salut.
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Écrit par : Luc / | 08/10/2021

UNE CAGNOTTE POUR LES VICTIMES

> Je n'ai pas un compte bancaire sans fond mais je suis prêt à verser à une cagnotte d'indemnisation des victimes. Depuis la sortie de ce rapport, on entend tous les catholiques professer des commentaires en tout genre pour montrer qu'ils sont de tout cœur avec les victimes et couffin-patin. Mais pour verser une juste réparation, il n'y a pas grand-monde. Déjà que pour le denier, ça ne se presse pas au portillon dans l'Eglise. Mais alors pour cette cause, chacun s'en remet à la princesse sans trop savoir qui est la princesse. Les quelques déclarations que j'ai lues en ce sens témoignent d'un certain tabou sur le sujet. Pourtant, une réparation financière des catholiques serait un acte de pénitence concret.
Ce que je lis entre les quelques lignes que j'ai survolées de ce rapport, c'est que la crise pédophile est avant tout une crise du pouvoir dans l'Eglise. Tout-le-monde pleure une situation atroce due au cléricalisme et à la loi du silence et que sais-je. Mais le problème du pouvoir dans l'Eglise ne date pas d'hier et ne va pas se régler en un jour. Il suffirait presque d'ouvrir un livre d'histoire. Combien de paroisse je connais qui ont dû faire face à Monsieur Tartempion qui est là depuis 25 ans dans son service et donc, que l'on ne va pas détrôner? Et tel évêché où les laïcs qui y travaillent font bien comprendre autour d'eux qu'ils ont en main les clefs du royaume. Et bien entendu, j'entends tout ce beau monde rabâcher "qu'il faut aller aux périphéries comme dit le pape François" et que "dans l'Eglise, nous sommes tous frères" et blablabla.
J'aimerais bien mettre un peu d'ordre dans ce foutoir avec mes petits poignets musclés, sans illusion.
Heureusement, l'Eglise nous donne des pistes pour agir à notre mesure. "Celui qui s'abandonne le plus à la volonté de Dieu, c'est lui qui a le plus de pouvoir sur l'Eglise" aurait dit Edith Stein.
Tous les appels du pape depuis ces dernières années ne sont que des appels à la pénitence et l'humilité. L'écologie par exemple, n'est rien d'autre qu'un carême permanent. Dieu nous donne la possibilité de changer les 70cm2 que nous occupons sur Terre par la conversion et l'humilité. Y a-t-il une autre attitude possible que celle-là depuis la sortie de ce rapport?
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Écrit par : Cyril B / | 08/10/2021

L'ACTION

> https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2021-10/interview-mgr-scicluna-commentaire-rapport-ciase-abus-france.html

À lire : l'éclairage de Mgr Scicluna. "Si vous me demandiez si nous devons faire de nouvelles lois, je dirais non. Assez de documents, assez de sermons, nous devons passer à l'action."
Mais les avancées à ce jour sont tout de même bien timides. Scicluna rapporte que dorénavant, "une fois qu'une enquête contre un membre du clergé accusé d'abus a commencé - celui qui la mène doit notifier au représentant de la victime la fin et aussi le résultat de l'enquête elle-même. Nous avons donc déjà un petit signe d'ouverture vers un dialogue plus institutionnel, disons plus structurel, avec les victimes." C'est bien la moindre des choses !
Cessons de voir les victimes comme de simples témoins : l'abominable n'est pas la violation du célibat sacerdotal mais bien l'atteinte à l'intégrité physique, psychologique, sexuelle d'un enfant ou d'une personne vulnérable. Et dans ce dernier cas, la personne agressée n'est évidemment pas témoin mais partie prenante : c'est elle qu'il faut placer au centre de toute procédure canonique.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 08/10/2021

à Luc :

> En complément à mon précédent commentaire, peut-être pourrais-je ajouter cette superbe méditation que prononça Benoît XVI lors de sa visite à Auschwitz en 2006. Je ne place évidemment pas sur le même plan la tragédie qui nous afflige aujourd'hui dans l'Église et celle, sans égale, de la Shoah : aucune comparaison ne peut être dressée face au mystère du Mal.
Néanmoins, les propos que tint le pape émérite en 2006 peuvent être lus à la lumière de ce que nous vivons aujourd'hui, en particulier en réponse à la question que vous posez et que le pontife se posait également : "Pourquoi, Seigneur, es-Tu resté silencieux ? Pourquoi as-Tu pu tolérer tout cela ?"
Je vous invite à lire ce texte magnifique, émouvant, dans lequel le Saint-Père Benoît cite le psaume 44 et rappelle que "nous ne sommes pas en mesure de scruter le secret de Dieu - nous ne voyons que des fragments". Il conclua son propos de la même manière que M. Sauvé sur KTO : "Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal car Tu es avec moi; Ton bâton me guide et me rassure", une "prière de confiance" que nous adressons humblement au Père éternel.

https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2006/may/documents/hf_ben-xvi_spe_20060528_auschwitz-birkenau.html
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 08/10/2021

INITIATIVES

Si vous avez connaissance d'une initiative pour intégrer les laïcs à la réforme du système, je suis partant pour donner du temps.

Aymeric


[ PP à Aymeric – Sur Twitter (et une page Facebook), un premier carrefour déjà : #AussiMonEglise. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aymeric / | 08/10/2021

DÉPASSÉ ?

> Je pense que Mgr de Moulins-Beaufort est complètement dépassé par les événements. C'est un remarquable intellectuel, un homme d'Eglise très cultivé, un grand croyant, un homme de foi, mais pas un homme de responsabilités en cas de chaos. Il ne sent pas suffisamment que l'Eglise vient de connaître un séisme, qui en changera la face pour longtemps.
Désormais, il s'agit de faire profil bas devant certaines attentes, pour sauver ce qui peut l'être. L'Eglise a surmonté déjà bien des catastrophes, grâce à des personnalités éminentes. Cette crise actuelle fera naître des vocations formidables, n'en doutons pas. Vient le temps de l'inventivité, de l'innovation, de la réforme (sans pour autant attendre un nouveau Luther).
C'est en son sein même que l'Eglise doit évoluer. Les idées nouvelles existent. On attend ceux qui vont les incarner pour faire enfin entrer cette institution bimillénaire dans la modernité. La rénovation est inévitable (ce que Gorbatchev en son temps appelait "perestroïka" !)
______

Écrit par : Bégand / | 08/10/2021

NE PAS RÉFORMER, VRAIMENT ?

> Quand Le Seigneur parle au coeur [Père Gaston Courtois, Fils de la Charité]Médiaspaul, 1999) :

"Le monde souffre terriblement d'un manque d'éducation spirituelle, et cela, par suite de la carence de ceux qui devraient être des guides et des entraîneurs. Mais ne peut être un véritable éducateur spirituel que celui qui a humblement recours à Ma Lumière et qui par la contemplation assidue de mes mystères fait passer mon Evangile dans toute sa vie.
[...]
Trop d'hommes, trop de prêtres à l'heure actuelle se croient autorisés à réformer mon Eglise au lieu de commencer par se réformer eux-mêmes et par former autour d'eux humblement des disciples fidèles, non à ce qu'ils pensent, mais à ce que moi, je pense."

Enfin chacun prend cela comme il veut .... à TOI la gloire, à nous la honte ... dans la foi, par la croix : justice et miséricorde...
Trop de mots sans doute, ô TOI, L'Au-delà de tout
Gérald


[ PP à Gérald – Dans l'état actuel des rapports entre les catholiques et les 80 % de la population à évangéliser, ne pas réformer l'Eglise serait renoncer à toute possibilité d'évangélisation. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Gérald / | 08/10/2021

QUESTIONS

> Je comprends parfaitement qu' un prêtre qu'on interroge sur ce sujet ne soit pas très disposé à répondre parce qu'il pourrait facilement penser que le questionneur le prend pour un pédophile et un pervers . Donc pour les prêtres, c'est difficile .
Où est l'erreur ? Etait-ce à l'entrée du séminaire ou durant les études ?A-t-on assez vérifié le sérieux de la vocation ? A-t-on correctement jugé les qualités du séminariste ?
Dans l'évangile, le Christ envoyait les disciples deux par deux . Aurait-on dû plus accompagner les prêtres ? Ne pas les laisser seuls dans leur mission .
Autre chose :si la commission a pu interroger de nombreuses victimes , a-t-elle pu interroger également des abuseurs et voir de ce côté les différents aspects qui mènent à un tel comportement . Bien sûr il y a de nombreuses études concernant la pédophilie mais il s' agit ici de personnes ayant en principe eu une formation pour lutter contre les différentes formes de tentation , ou non ?
Autre chose : je considère que le secret de la confession est au-dessus de tout , Mais aussi que le prêtre qui reçoit la confession doit questionner pour voir la sincérité du repentir et donner une pénitence appropriée :se faire soigner , etc ....
Autre chose : ces actes font honte à nous catholiques mais également à tout homme de bonne volonté , mais encore plus ils blessent notre Seigneur !
Un dernier point : je suis très mitigé sur les compensations financières : l'argent guérit-il vraiment les souffrances des victimes ?
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Écrit par : J C Kill / | 09/10/2021

L'IMAGE DE L'EGLISE

> C'est en effet une terrible maladresse que cette phrase de Monsieur l'évêque Moulins-Beaufort d'autant que, jusqu'à présent, la loi française protège le secret de la confession comme un secret professionnel comme elle protège tout à la fois sa violation dans certaines circonstances : http://www.justice.gouv.fr/bulletin-officiel/3-dacg95c.htm.
Sans chercher à excuser ou à minimiser mais plutôt à comprendre, je pense sincèrement qu'il y a eu un moment de panique dans un contexte difficile pour lui en tant que représentant de l'institution mais également en tant qu'homme face à de si terribles accusations. J'étais déjà très "heureux" que d'être seulement derrière mon écran et non pas au premier rang dans la salle ! Et donc c'est de l'ordre d'un réflexe inapproprié dans ce contexte où justement l'Eglise est invité à se débarrasser de certains réflexes mortifères.
Que se passe-t-il si la loi change sous la pression de l'opinion publique ? Et les lois bioéthiques récemment votées nous montrent qu'une majorité parlementaire peut très bien, facilement et légalement mettre hors-la-loi ou presque un certain nombre de prises de position et heurter des croyances que l'on pouvait tenir comme sûre. Ce sont des questions graves de liberté de conscience, de libre exercice d'un culte (car c'est dans le contexte d'un sacrement et d'une confession et non sous le régime d'une confidence).
Une faute par manque de prudence alors qu'il avait lui-même indiqué dans son discours lors de la remise du rapport Sauvé qu'il faudrait un peu de temps pour digérer tout cela et pour réfléchir, et prier.
Reconnaître qu'on est pas en mesure physiquement, psychologiquement et spirituellement de répondre tout de suite aux nombreuses questions et demande d'action c'est faire preuve d'humilité. Ne pas répondre à toutes les sollicitations de la presse qui ne s'intéresse qu'aux seules réactions (au risque du réflexe) et non pas aux réflexions ou aux méditations c'est faire preuve de modestie, de discernement et de sagesse.
L'influence des "ultraconservateurs et de canonistes psychorigides" dont vous parlez cher PP n'est peut-être que de l'ordre des réflexes et habitudes de penser ou d'agir très longuement et profondément installées dans l'église et que l'on nomme désormais le cléricalisme.
Quant à ce que PV énonce semble-t-il comme une vive préoccupation à savoir "l'image de l'Eglise dans l'opinion" qui lui fait regretter les paroles de Moulins-Beaufort, c'est encore en définitive du cléricalisme, l'autre face de la même monnaie. Je m'inquiète plutôt de ce que Dieu peut bien en penser, même si par la foi j'espère en sa miséricorde et je crois en sa promesse "d'être avec nous jusqu'à la fin du monde".

JLL

[ PP à JLL – L'image de l'Eglise dans l'opinion a une grande importance, dans la mesure où sa qualité conditionne la possibilité pour les fidèles de témoigner de leur foi auprès des "périphéries"... ]

réponse au commentaire

Écrit par : J-Luc L./ | 09/10/2021

DISCUSSION

> Je ne comprends pas qu'après avoir signé le manifeste des 100 de la Croix, on puisse approuver et reprendre " bourde immense , bourde colossale" de Mgr de Moulins-Beaufort. Le respect n'est-il réservé qu'aux seuls politiques dans le seul cadre des élections?
Les paroles de l'évêque sont vraies et la prudence aurait été de ne pas dire cette vérité. Il est probable que sous les feux de la presse malveillante, au lendemain d'une bombe qui traumatise tout le monde, une maladresse est vite arrivée. Etait-il indispensable de la souligner avec véhémence?

BLP


[ PP à BLP - Si vous ne voyez pas la dimension du dégât commis par le président de la CEF en tombant dans le piège de France Info, j'en suis navré. Et doublement navré, parce que Mgr de Moulins-Beaufort était l'excellente cheville ouvrière de l'opération-vérité menée par l'Eglise en suscitant et finançant la commission Sauvé...
J'ajoute que l'appel des 100 ne comporte pas d'engagement à faire silence sur les réalités. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Bernadette le Pivain / | 10/10/2021

QUESTIONS SUR LA CONFESSION

> Maladresse de Mgr de Moulins-Beaufort, certes... mais dans les faits, un clerc abuseur se confessant de tels crimes se verra refuser l'absolution de la part de son confrère prêtre, tant qu'il ne se sera pas dénoncé. Me trompé-je ? Je crois que cela est formalisé depuis pas mal de temps déjà, n'est-ce pas ? Et, dans ce cas, le confesseur n'a-t-il pas droit de signaler à son évêque ce qu'il a entendu ? À vérifier.
Ou alors, tout cela n'est peut-être qu'un faux problème : n'est-il pas plus vraisemblable qu'un clerc abuseur a, dans la majorité des cas, une personnalité clivée, et ne confessera pas ses crimes sur mineurs, que sa conscience a dû trouver bien des moyens de maquiller en quelque chose d'autre, de moins grave ?
Le droit canon et le partage entre confesseurs ont-il traité en détail ces questions ?
______

Écrit par : Alex / | 10/10/2021

à JLL :

> Une Église désavouée par une large majorité des Français ne peut plus évangéliser. Ce n'est pas moi qui le dit mais l'archevêque de Strasbourg pas plus tard qu'il y a deux jours. Une Église désavouée n'est plus crédible, elle devient une "petite secte moralisatrice".
Je ne vois aucun rapport avec le cléricalisme, qui est un abus d'autorité au sein du corps ecclésial.

à BLP :

> Les paroles d'Éric de Moulins-Beaufort sont fausses. Le secret de la confession relève d'un ordre autre que celui des lois républicaines, l'un n'est pas plus fort que les autres ni inversement : ils procèdent de deux ordres distincts.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 11/10/2021

PAS UN SUJET CLÉRICAL ?

> Je suis prêtre, et je suis scandalisé aussi par ce qui est arrivé à ces milliers de victimes de la part de personnes qui se sont consacrés à Dieu. Et je le suis encore davantage quand j'ai entendu dans ce rapport que, depuis un certain temps, le nombre de cas reste stable.
Mais il y a quand même une chose qui m'étonne dans le commentaire de certains catholiques. Qui a reçu la grâce de Dieu ? Qui, dans l’Église, est devenu temple de la Trinité ? N'est-ce pas tous les baptisés, et non seulement les prêtres ? Quand saint Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, a dénoncé ce genre de pratique, ne l'a-t-il dénoncé que parce que des prêtres le faisaient ? En réalité, prêtres ou laïcs, tous nous avons reçu la grâce sanctifiante de notre leur baptême. La grâce du sacrement de l'ordination est une grâce charismatique, donc donnée pour la sanctification des autres. Certes, quand Dieu donne sa grâce, même charismatique, il se donne aussi lui-même (et en cela, les pasteurs seront jugés plus sévèrement que les simples fidèles). Cela est vrai aussi pour le sacrement de mariage. Vous voulez lutter contre la pédophilie dans le clergé (et il le faut !) ? Lutter aussi contre la pédophilie dans l'ensemble du peuple de Dieu. Sinon, cela ne servira à rien. Et malheureusement, sur ce point-là, il y a aussi des efforts à faire. Ne faisons pas de la pédophilie un sujet clérical, il ne l'est en réalité pas.

François


[ PP à François – Que ce ne soit pas un sujet clérical, ce n'est pas l'avis du pape. Il le dit explicitement dans la 'Lettre au peuple de Dieu' sur ce sujet... ]

réponse au commentaire

Écrit par : François / | 11/10/2021

à Luc :

> "La vraie réponse, inévitable face à un journaliste un peu pugnace, serait quand même: non."
Je ne pense pas : la vraie réponse, ce n'est ni oui ni non. C'est de dire, par exemple, qu'un confesseur qui entendrait ce type d'aveu ne donnerait l'absolution qu'à la condition sine qua non d'exiger du pénitent de se dénoncer à la gendarmerie la plus proche, de réparer son dommage selon les dispositions des codes pénal et de droit canonique et de convertir son cœur en rejetant catégoriquement le "vieil homme" qui en lui a pu se faire l'auteur de telles abominations, même au prix de vingt ans de réclusion criminelle.
Marteler un "non" abrupt à la Moulins-Beaufort, c'est faire croire aux 95% de non pratiquants que l'Église en est encore à préférer à la protection des enfants agressés la défense de l'institution. C'est détourner définitivement nos compatriotes dégoûtés à juste titre et transformer pour de bon l'Église en un noyau sectaire sans avenir.
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Écrit par : Philippe de Visieux à Luc / | 11/10/2021

LE CAS DES ENFANTS

> Lu l'interview de JMS par Famille chrétienne : il dit clairement qu'un clerc abuseur trouve des biais psychologiques et ne confesse pas ses crimes. La CIASE a eu vent de cas d'enfants révélant ce qu'ils subissaient en confession. Ce pourquoi il insiste pour dire que protéger la vie des personnes prime sur le secret de la confession.
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Écrit par : Alex / | 11/10/2021

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