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14/12/2020

Le Trafalgar de Boris Johnson

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Avec un flegme excentrique, le gouvernement no-dealer de Sa Majesté menace les pêcheurs français de les faire arraisonner dans la Manche par la Royal Navy – et voici pourquoi ce folklore a quelque chose de rassurant... Mon éditorial ce matin à RCF :


https://rcf.fr/la-matinale/londres-et-l-europe

 

<<   En une époque où tout est changeant, fluide, incertain, et où nous souffrons d’être sans repères, il y a une chose invariable, immuable, inaltérable, irrévocable et inamovible : c’est l’excentricité britannique… Le gouvernement de Sa Majesté se paie la tête de Bruxelles avec un flegme qui n’a pas varié depuis l’hymne de 1740 selon lequel Britannia, je cite, est « la première nation par l’ordre du ciel ». Hymne d’une parfaite actualité d’ailleurs, puisque son refrain est : « Britannia règne sur les flots »… et que justement le Prime Minister  Boris Johnson, depuis samedi dernier, menace les chalutiers français de les faire prendre à l’abordage dans la Manche par la Royal Navy! Et ceci en réponse au gouvernement français, qui a prévenu Bruxelles qu’il ne laisserait pas conclure un accord privant les marins pêcheurs de Boulogne, Cherbourg ou Lorient du droit d’aller dans les eaux britanniques : car perdre cette ressource équivaudrait pour eux à une catastrophe… Or comment le 10 Downing street répond-il à cette légitime inquiétude ? En ressuscitant froidement une hostilité navale dont nous avions quant à nous perdu l’habitude depuis le bon vieux temps du « merde pour le roi d’Angleterre, buvons-un coup buvons-en deux », etc.

Alors avouez qu’en plein XXIe siècle, l’idée d’un Boris Johnson échevelé sabre au poing sautant à l’abordage d’un bateau français, comme Russell Crowe dans Master and commander, est une idée profondément rassurante : si elle prouve quelque chose, c’est que les identités nationales les plus folkloriques tiennent bon malgré la mondialisation… même s’il faut un britannique culot d’enfer pour exiger de s’affranchir des règles européennes tout en gardant l’accès au grand marché européen, ce qui est le fond du problème entre Londres et Bruxelles.  

Comme disait de Gaulle en 1963 : « Il est possible que l'Angleterre ne soit pas encore disposée à se transformer elle-même suffisamment pour faire partie de la Communauté européenne sans restriction, et c'est bien là ce qui paraît résulter des longues, si longues, si longues conversations de Bruxelles. » Oui, de Gaulle était prophète.  >>

 

 

 

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Commentaires

FOLKLORE ?

> S'il s'agit de "folklore", ce ne serait effectivement pas bien grave. Il est en effet très peu probable que Londres autorise ses navires à ouvrir le feu sur les chalutiers français qui viendraient pêcher dans les eaux britanniques. Cela étant, une bavure n'est jamais à exclure : un coup de semonce mal orienté faisant couler une demi-douzaine de marins-pêcheurs serait particulièrement tragique et déstabilisant. Je suis profondément opposé à l'Europe néolibérale qui règne à Bruxelles depuis trente ans mais serais tout aussi opposé à une Grande-Bretagne belliqueuse qui enverrait par le fond, même par erreur, des bateaux de pêche non britanniques : plutôt que la Marine royale, les garde-côtes m'auraient semblé plus adaptés. Espérons qu'il ne s'agisse que de folklore !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 15/12/2020

COPIER LES ANGLAIS ?

> Je n'ai rien contre le fait que les britanniques défendent leurs eaux territoriales et interdisent la pêches aux marins étrangers. C'est ce qu'ont fait les canadiens dans le golfe du St Laurent, pour protéger leurs ressources et leurs propres pêcheurs (en virant les français, entre-autres). N'oublions pas non plus que la marine française a tirée au canon (de petit calibre) sur les navires de pêche espagnole dans le golfe de gascogne, dans les années 80 !
Après tout, pour une économie durable, il faut aussi réduire le transport et consommer "local", donc que les poissons anglais soient pêché par des bateaux anglais, et mangés par des clients anglais, ne me gêne pas. Bien au contraire !
Je suis ennuyé pour les pêcheurs français qui vont se retrouver au chômage, faute de poisson. Mais si la marine française commençait par tirer au canon sur les navires hollandais ou autres qui viennent piller nos eaux territoriales, alors ils auraient peut être du boulot chez nous, sans aller chercher du boulot ailleurs, et bruler un max de fioul pour cela.
Plutôt que d'être critiqué, l'exemple anglais devrait être copié. Je pense.
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Écrit par : bergil / | 15/12/2020

PLUS DE POISSON DU TOUT

> Si règles et normes il doit y avoir, et si un intérêt doit prévaloir, c'est celui de la protection de la fertilité des mers et donc de la ressource halieutique. Qu'ils battent pavillon britannique, hollandais ou français, les super-chalutiers racleurs d'océans doivent être mis hors la loi. Et l'acidification des eaux, la déferlante permanente de plastique dans les mers, enrayée. De même que la désoxygénation des eaux par la pollution des déversement d'effluents agro-industriels... Sinon de quoi auront l'air tous ces nationalismes économiques maritimes quand il n'y aura plus de poisson du tout ?
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Écrit par : Trémarec / | 15/12/2020

@ Philippe de Visieux :

> (cit1) : très peu probable que Londres autorise ses navires à ouvrir le feu sur les chalutiers français (fin de cit.)
C'est une affaire de police : si l'impétrant obtempère, la force (violence) n'aurait en effet pas à être utilisée.
(cit2) : plutôt que la Marine royale, les garde-côtes m'auraient semblé plus adaptés. (fin de cit.)
Le Coast-Guard service britannique ne dispose pas des moyens du USCG. Une dizaine de petits patrouilleurs, dont seulement cinq taillés pour la haute mer, et qui relèvent de la "Border Force". C'est donc logique de penser à la Royal Navy pour ce faire. Quoi qu'il en soit, ça ne change pas grand chose : que la semonce (ou la rétorsion) soit menée par la Royal Navy (gros bâtons, gros canons) ou par la Border force (matraques, sifflets ou petits canons), les risques de bavure existent, comme pour toute action de police.
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Écrit par : Fondudaviation / | 16/12/2020

à Fonduaviation :

> Merci pour ces précisions. J'ignorais que les garde-côtes britanniques étaient à ce point mal pourvus.
D'un point de vue symbolique, imaginer les énormes bâtiments de la marine royale monter à l'abordage de modestes bateaux de pêche m'avait semblé incongru. Mais à la lecture de votre commentaire (révélant votre connaissance du sujet), je comprends mieux la situation en espérant que les pêcheurs, quelle que soit leur nationalité, n'aient pas à souffrir de ces tensions : leur vie est difficile, celle de leurs familles également. Prions pour eux en ce temps d'Avent.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 17/12/2020

@ Bergil

> On ne peut pas en 2020 repousser les navires usines néerlandais: les Pays-Bas sont membres de l'UE, tout comme l'Espagne et autres...
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Écrit par : PF. Huet / | 17/12/2020

à PF.Huet :

> En effet : non à la pêche productiviste destructrice des ressources halieutiques, oui à une pêche respectueuse des écosystèmes.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 18/12/2020

BOLD BORIS

> https://www.lefigaro.fr/international/londres-sanctionne-la-barbarie-de-pekin-contre-les-ouigours-20210112
Coup de chapeau à Boris Johnson. Alors que Mme von der Leyen s'est contentée d'un timide engagement chinois, le moment venu, à peut-être éventuellement signer une convention internationale sur les camps de travail en échange d'un accord sino-européen sur les investissements, M. Johnson annonce des sanctions contre Pékin contre la "barbarie" chinoise au Xinjiang. Bravo pour ce courage : même M. Erdogan est prêt à lâcher ses frères turcophones contre un plat de lentilles.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 13/01/2021

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