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17/11/2020

"C'est plus profond qu'une crise politique"

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“Dans un contexte de crise sociale, sanitaire et économique, le pouvoir en place peine à convaincre le peuple français. Que signifie cette désaffection ? Comment l’interpréter ? Comment, en tant que chrétien, exercer sa citoyenneté ?"  Extraits de l’entretien du P. Marc Lambret, curé de Ste-Clotilde et directeur du Service pastoral d’études politiques, à l’hebdomadaire du diocèse de Paris  :


 

Paris Notre-Dame – Nous observons aujourd’hui en France une vraie défiance de la population vis-à-vis de ses gouvernants. La crise sanitaire de la Covid-19 semble avoir accéléré cette attitude. Qu’en pensez-vous ?

Marc Lambret – …Les responsables politiques aux affaires sont de plus en plus fragilisés par un discrédit général. Fragilisés dans leurs comportements, et certainement dans leurs décisions. Tout ceci est inquiétant. Cela signifie que l’exécutif reprend des forces chaque fois qu’il touche terre. Le risque est de faire advenir un pouvoir autoritaire. Car quand le peuple est de moins en moins adulte et responsable, il risque de plus en plus d’accepter un père fouettard.

NDPeut-on parler d’une crise politique ?

ML – << Je crois que ce que nous vivons est plus profond. Il s’agit d’une crise de la société, de la pensée dans la société, et de la pensée de la société. Le paysage de la pensée est ravagé. Il y a cinquante ans, nous avions une pensée structurée. Elle était souvent conflictuelle, débattue, mais très forte. Et cette pensée s’incarnait dans des structures politiques, syndicales, associatives… Notre drame, en France, a été de croire et de sacraliser Michel Foucault ou Jacques Derrida. D’avoir cru à la déconstruction. Aujourd’hui, nous sommes devenus aveugles à ce que signifie une culture, une société. Nous ne pensons plus qu’individu, personne et génie personnel. C’est une infirmité de pensée considérable qui est corrélée à la fragilité de nos sociétés. Et donc aux menaces qui pèsent sur nous. On pense « opinion ». On sait que cette opinion peut changer d’un jour à l’autre et on trouve cela normal, sans se rendre compte à quel point ce comportement disqualifie l’idée même d’opinion. Le problème derrière cela est la question de la vérité. Il existe toujours une vérité qui se fonde grosso modo sur les faits. Mais ces faits ne doivent surtout pas contrevenir à ce que « je voudrais qu’ils soient » : « les faits n’ont pas raison contre mes rêves. » N’importe qui est aussi légitime que n’importe qui. C’est le degré zéro de la culture.

ND – Comment, dans ce contexte, accompagner les gouvernants de notre pays ? Quel est le rôle des chrétiens ?

ML – Nous pouvons intervenir et agir dans cette culture en étant (…) les artisans inlassables d’une démocratie locale, qui est, d’ailleurs, honorée dans Laudato Si. C’est le levier. Cela signifie exercer son droit de vote à un niveau local mais aussi redynamiser, revitaliser le tissu socio-associatif (…) Notre vieille Europe peut s’effondrer. Elle peut s’effondrer politiquement et donc socialement, culturellement. Et elle peut ne pas s’effondrer. Je pense que le pape sait en tout cas qu’il ne faut pas trop miser sur elle. Ce n’est pas une histoire de sensibilité personnelle ou d’« argentinisme ». C’est une évaluation rationnelle. Continuons à être catholiques, à écouter le pape, (…) en ayant conscience de la cohérence profonde de notre foi… >>

 

Paris Notre-Dame, 5/11

 

 

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Commentaires

FOUCAULT

> "Notre drame, en France, a été de croire et de sacraliser Michel Foucault ou Jacques Derrida. D’avoir cru à la déconstruction."
Désigner comme responsables deux philosophes -- d'ailleurs très différents l'un de l'autre -- comme Foucault et Derrida me semble aller un peu vite en besogne, par une sorte de raccourci intellectuel dont je me demande si, malgré les apparences, il repose sur quelque chose de sérieux. D'abord, la France n'a pas vraiment "sacralisé" Foucault ou Derrida, mais plutôt les campus américains. Leur pensée très perfectionnée, et largement incompréhensible au commun des mortels, n'a édicté aucun oukase dont nous serions aujourd'hui les victimes, et en particulier n'a jamais interdit à quiconque de pratiquer sa religion et d'y croire. Ce serait comme de dire que la gnose au Ier siècle de notre ère aurait défiguré la religion. Foucault était un structuraliste, Derrida est resté en dehors, mais tous deux ont abouti, selon moi, à quelque chose : Foucault dans la spiritualité de l'islam, juste avant de mourir du sida, et Derrida dans un retour au sujet (avec Kant) doublé d'un intérêt kierkegaardien pour la religion abrahamique. Ce n'est pas rien. Je vous conseille de lire, de Foucault, le tome 4 de son Histoire de la sexualité, "Les aveux de la chair", qui traite du christianisme des origines (éd. Gallimard, 2018), et, de Derrida, ses derniers séminaires, qui sont en cours de publication. Vous aurez alors un tout autre avis sur Foucault et Derrida. Quand je lis ces auteurs, notamment leurs séminaires, j'ai l'impression de m'élever spirituellement. Voilà ce que je voulais vous dire, ce soir. Je sais, mon cher Patrice de Plunkett, que vous-même n'aimez pas du tout Foucault. Mais entrez dans "Les aveux de la chair", et vous m'en direz des nouvelles...
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Écrit par : Bégand / | 17/11/2020

"LUCIDE ET INTELLIGENT"

> Voilà une analyse lucide et intelligente, qui n'en est pas moins inquiétante pour notre avenir, et déjà pour notre présent.
Cette forme de "résistance" face à ce qui mine profondément notre société est salutaire.
Puisse-t-elle être vraiment entendue ! Puisse-t-elle être relayée par ceux qui devraient nous "animer" en notre Eglise, plutôt que d'orchestrer des "querelles" de rituels ou de messes !
Malheureusement...
Serais-je pessimiste ?
______

Écrit par : Jean-Claude / | 17/11/2020

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