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02/01/2020

Quand l’ennemi du religieux est un nationalisme

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Inauguration d'une Eglise catholique en Chine

La politique de Xi Jinping envers les religions en Chine a un seul objectif : les amputer de leur dimension internationale. L'accord de 2018 entre le Saint-Siège et Pékin sur la nomination des évêques est donc une victoire, contrairement à la rumeur forgée par certains :


 

« 2019, ‘annus horribilis’ pour Xi Jinping » : les médias occidentaux s’interrogent sur les difficultés du régime chinois. Dans une analyse diffusée par la plateforme américaine Project Syndicate [*], le sinologue Minxin Pei, senior fellow du lobby transatlantique German Marshall Fund, estime que les erreurs politiques de Pékin viennent de « l’intolérance de Xi face à toute contradiction » et du culte qu’il installe autour de sa personne.

Depuis 2018, en effet, la Constitution de la République populaire de Chine a restauré un concept oublié depuis Mao :  sacraliser la pensée présidentielle. Mais contrairement à la « pensée rouge du président Mao », bizarrerie néanmoins marxiste, la « pensée rouge du président Xi » s’exerce au nom du nationalisme. C’est pour rendre « patriotes » (= culturellement identitaires) tous les secteurs d’activité, que cette re-politisation se traduit par une coercition de masse.

Il y en a beaucoup d’exemples. Entre autres, ce qui se passe dans le secteur religieux… Confirmé en 2016 par une session du PCC présidée par Xi, l’objectif est de « siniser » les religions comme le reste : c’est-à-dire trancher tout lien entre elles et « les puissances étrangères ». C’était déjà le cas sous Mao, mais au nom de « la lutte mondiale des peuples contre l’impérialisme » : catholiques et protestants étaient assimilés à des relais du capitalisme occidental.  Sous Xi, la politique religieuse du régime change d’angle : elle agit au nom de l’identité nationale et non plus du socialisme. Il s’agit d’opposer « nos valeurs chinoises » (« notre civilisation quatre fois millénaire ») à l’internationalisme, qu’il soit chrétien ou musulman.

Tout l’effort consiste désormais à introduire ce nationalisme culturel au sein même des groupes religieux. Le 6 novembre 2019, une réunion du parti a enjoint aux « textes de référence des religions » d’être « conformes aux exigences de la nouvelle époque ». Selon une rumeur, Wang Yang (l’un des sept hiérarques du PCC) prétendrait même faire réécrire le Coran et la Bible pour « les adapter aux caractéristiques chinoises » : ambition – si c’est vrai – dont il ne mesure pas l’absurdité… En tout cas, c’est dans l’optique nationaliste que se développent les politiques religieuses du régime. Elles sont diverses selon les religions.

Les musulmans sont la cible principale. Il s’agit des Ouïgours turcophones du Xinjiang : un cas spécial, dans la mesure où leurs organisations militantes sont indépendantistes, voire terroristes, en lien avec des djihadistes extérieurs. D’où la répression de masse qui les frappe en tant que « séparatistes soutenus par l’étranger ».

Rien de comparable évidemment en ce qui concerne les 80 millions de chrétiens chinois. Mais leur situation n’est pas la même s’ils sont protestants ou catholiques. Les protestants sont la cible d’une nouvelle vague de répression : surveillance policière étroite, arrestations de pasteurs, portraits de Xi imposés dans les salles de prière, hymne national obligatoire au début de l’office, etc. Le malheur de ces Eglises est le soutien ostentatoire de fondations américaines : le PCC voit donc dans les protestants chinois une antenne chrétienne du pôle US, d’autant plus suspecte que ces Eglises evangelical sont mouvantes et multiformes – donc difficiles à surveiller.

Le catholicisme chinois – lui aussi sous férule policière – est dans une autre position. Il doit certes être en communion avec Rome (sans quoi il ne serait plus catholique) : mais la Rome du Saint-Siège est d’une autre nature que les Etats séculiers. Des divergences profondes la séparent aujourd’hui de Washington, sur le plan géopolitique et même religieux, comme le souligne le livre de Nicolas Senèze [2].  Le pape François n’hésite pas à dire leur fait aux Américains… Dans ce climat particulier, un événement a eu lieu en septembre 2018 entre le Vatican et Pékin : ils sont parvenus à un accord provisoire sur le point précis, mais crucial, de la nomination des évêques. Aux termes de cet accord, les nominations épiscopales de l’Eglise chinoise réunifiée ne pourront se faire sans le Vatican ! Pékin admet ainsi l’appartenance de l’Eglise chinoise à la communion catholique, universelle par définition. Cette exception au nationalisme identitaire régnant en Chine est une victoire du Saint-Siège, quoi qu’en disent les bergogliophobes.

Car cet accord a soulevé l'ire de certains catholiques : vieux messieurs occidentaux qui prennent Xi Jinping pour Lénine et François pour Kerenski ; anti-François de tous âges voulant croire que ce pape est l’Antéchrist ; sans oublier le furibond cardinal Zen, en retraite à Hongkong, qui ne pardonne pas au Saint-Siège d’avoir réalisé sans lui un accord… qu’il refusait d’avance.

De ce milieu vient la rumeur selon laquelle l’accord de 2018 contiendrait on ne sait quelles affreuses « clauses secrètes ». Pure allégation ! Rappelons que : 1. cet accord était déjà en préparation sous Benoît XVI, qui le considérait comme indispensable ; 2. la division des catholiques chinois en deux Eglises ne pouvait durer sans risques graves pour les âmes ; 3. une partie des évêques de l’Eglise « patriotique » étaient déjà en rapports discrets avec le Vatican. 

Rappelons aussi que cet accord n’est même pas un concordat. Et que ce n’est pas le premier traité signé par l’Eglise avec des pouvoirs anti-religieux…

 

__________

[1] Les articles mis en ligne par Project Syndicate (“The World’s Opinion Page”) sont reproduits ou cités par quelque 500 “publications partenaires” dans le monde.

[2] Comment l’Amérique veut changer de pape, Bayard 2019.

 

 

 

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11:18 Publié dans Asie | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : chine, catholiques

Commentaires

FUSION

> Si je comprends bien, la Chine actuelle fusionnerait le post-communisme (de façade)
de Mao, le nationalisme type Guomindang (en plus agressif ?), et le capitalisme le plus
inhumain ? Quelle mixture !

Alex


[ PP à Alex – Plus exactement, la Chine de Xi Jinping fusionne :
- l'appareil du parti unique géant, héritage de Mao
- les techniques numériques de surveillance (reconnaissance faciale etc)
- l'hyper-capitalisme de combat, version "globalisation néolibérale 1990" mais encadré par l'Etat-parti...
...pour construire un système national-totalitaire de facture inédite, avec ambition de devenir
la superpuissance mondiale des prochaines décennies. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Alex / | 02/01/2020

> Démonstration magistrale. Merci pour cet article.
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Écrit par : Olivier le Pivain / | 02/01/2020

QUID

> Merci du décryptage
quid des catholiques chinois de l’église clandestine ?

Ludovic

[ PP à Ludovic – C'est aussi pour les protéger que le Vatican a fait cet accord, contrairement à ce que vocifère le cardinal Zen dans les médias américains... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Ludovic / | 02/01/2020

PARADOXAL

> Une chose déplaisait au régime de la part des catholiques "clandestins" : en union avec Rome, beaucoup de leurs prêtres célébraient selon le rite ordinaire, donc en chinois : danger de "pollution idéologique pour les masses".
Les prêtres de l'Eglise "patriotique", eux, pour montrer leur indépendance vis-à-vis de Rome, avaient conservé le rite d'avant 1970 : en latin ! Cet idiome incompris du peuple chinois rendait la messe moins "dangereuse".
La messe officielle à Pékin était donc celle de Mgr Lefebvre ! Paradoxal, non ?
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Écrit par : Gujillaume de Rubrouck / | 02/01/2020

LE DÉCLIN DE PÉKIN VIENDRA

> Merci pour cette clarification, car on nous parle beaucoup de fermetures d'églises en Chine, sans nous préciser leur confession d'appartenance. Il n'en reste pas moins que, même si c'est la nébuleuse évangélique qui est visée nous ne pouvons pas rester indifférent en un temps ou les relations œcuméniques sont importantes.
Quant à "l'ambition de devenir la superpuissance mondiale des prochaines décennies" c'est presque fait. Mais il est probable que , comme pour le Japon, le déclin viendra ensuite très vite du fait de la démographie.

PFH


[ PP à PFH – Oui, et c'est en quoi l'accord de 2018 voit loin. Il prépare lucidement l'avenir, même si la mue est douloureuse pour une ancienne génération : ce qui arrive hélas souvent dans les processus historiques... ]

réponse au commentaire

Écrit par : PF. Huet / | 02/01/2020

à Guillaume de Rubrouck

> Ah oui très paradoxal. Surtout en pensant que les plus furieux contre l'accord de 2018 sont souvent des militants réacs qui continuent par ailleurs à rêver de revanche de "la messe de toujours" sur "la messe protestante de Paul VI". Et anticommunistes comme des fous. Pourtant s'ils étaient allés à Pékin à l'époque, pour "avoir la messe en latin" il leur aurait fallu aller à la messe des "prêtres rouges" !
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Écrit par : Thomas Fowler / | 02/01/2020

L'EGLISE CLANDESTINE

«
> Pouvez vous expliquer en quoi les accords pour l’Eglise officielle aident l’église clandestine ? Ce n’est pas intuitif.

Ludovic


[ PP à Ludovic

Parce qu'il met le Vatican en position de défendre la liberté de conscience des catholiques chinois face au "partenaire" Xi Jinping.
Le Figaro', 28/06/2019 :
" Le Vatican a publié ce vendredi des recommandations aux catholiques chinois sur les modalités d'adhésion à l'Eglise officielle, en insistant sur la nécessité de ne pas imposer de pressions à ceux qui choisiraient de rester dans l'Eglise clandestine. Le document invite les fidèles chinois à adhérer à l'Association patriotique catholique de Chine, l'Eglise officielle, comme la loi les y oblige, mais leur laisse la liberté de refuser au nom de la liberté de conscience.
l suggère aux évêques de demander, lors de leur adhésion, l'ajout d'une phrase affirmant l'indépendance et l'autonomie de l'Eglise, en Chine comme partout dans le monde. Si cet ajout écrit n'est pas autorisé, l'évêque ou le prêtre peut émettre cette précision oralement, si possible en présence d'un témoin. «Dans le même temps, le Saint-Siège comprend et respecte le choix de ceux qui, en conscience, décident qu'ils ne sont pas en mesure d'adhérer dans les conditions actuelles», ajoute le document, qui apparaît ainsi comme un soutien à l'Eglise clandestine.
D'autant qu'il s'accompagne d'une critique claire: «Le Vatican demande qu'aucune pression ou intimidation ne soit appliquée aux communautés catholiques "non-officielles", comme cela a malheureusement eu lieu». C'est une approche qui se veut «réaliste», loin de toute «naïveté», a expliqué Andrea Tornielli, directeur éditorial du «ministère» pour la communication du Saint-Siège, dans un communiqué. «Le Vatican est parfaitement conscient des limites et des pressions imposées à de nombreux catholiques chinois mais veut montrer que nous pouvons voir au-delà et aller de l'avant sans compromettre les principes fondamentaux», a-t-il écrit. "
______
»

Écrit par : Ludovic / | 02/01/2020

2020

> Bonne et sainte année, bonne santé à tous ceux qui vous sont chers, à vous-même, bien sur et bonne plume (au figuré!) de surcroit!

PFH


[ PP à PFH – A vous de même et à tous les vôtres ! ]

réponse au commentaire

Écrit par : PF. Huet / | 02/01/2020

SUR LE TERRAIN

> Merci pour cette belle analyse !
Effectivement, ce sont surtout les musulmans et les protestants qui sont visés : l’arrestation d’un pasteur médiatique il y a quelques jours en est la preuve.
Le protestantisme est historiquement implanté dans tout le monde chinois, certes plus tardivement que le catholicisme (le premier archidiocèse de Pékin fut créé en 1307 sous la dynastie mongole des Yuan) mais de manière plus active, en particulier au sein d’une élite qui l’a toujours associé à un cosmopolitisme, une connaissance de l’anglais et une proximité du grand frère américain : Tchang Kaï-shek et son épouse Soong Mei-ling étaient méthodistes ; à Taïwan, le président Lee Teng-hui est presbytérien, etc.
Dans les universités du monde chinois, les aumôneries protestantes sont actives, bien davantage que les catholiques : le phénomène d’évangélisation, pour ce que j’en ai vu, est d’abord sociologique (on rejoint un groupe qui offre une ouverture permettant de s’évader des obligations sociales et familiales) avant d’être spirituel – ce qui ne veut évidemment pas dire que des gens n’y rencontrent pas le Christ. Tous les baptêmes de camarades chinois ou taïwanais auxquels j’ai été convié l’ont été dans le protestantisme.
Le terme de ‘sinisation des religions’, utilisé par beaucoup de médias, est impropre puisque Pékin interdit l’évangélisation par des pasteurs taïwanais de langue chinoise : la langue n’est pas la question, mais l’allégeance des missionnaires. Le protestantisme taïwanais étant généreusement financé par ses Églises-mères américaines, autoriser ses pasteurs à intervenir en Chine continentale est inenvisageable pour un pouvoir qui craint une remise en question de son autorité : l’exemple de Hong Kong montre que cette crainte est fondée.
La position du catholicisme, en particulier sous la houlette du cardinal Parolin qui suit le dossier chinois depuis vingt ans, est différente. En proposant à Pékin de jouer franc jeu, Rome met en pratique ce que Benoît XVI affirmait avant sa renonciation : on ne peut vivre perpétuellement sa foi dans la clandestinité. Un jésuite belge présent à Taïwan depuis quarante ans m’a récemment confié que le cardinal Zen, dont l’anticommunisme est compréhensible au vu de son histoire personnelle, ne supporte pas d’avoir été évincé de son rôle de ‘Monsieur Chine’ au Vatican à l’arrivée de Parolin : Zen n’a jamais cherché le compromis avec Pékin, comme le démontre sa suggestion – volontairement provocatrice – de canoniser les cent vingt martyrs de Chine le jour même de la fête nationale chinoise, le 1er octobre 2000.
Le site asianews.it, dans la ligne de Zen, fait preuve lui aussi de bien peu d’enthousiasme face au réchauffement des relations sino-vaticanes.
En effet, le pape François fait tout pour ne pas heurter frontalement un régime qui attache une grande importance à son honneur : on ne fait pas perdre la face en Asie. Dans l’avion qui le ramenait de Tokyo, le Saint-Père a donc esquivé tout soutien aux manifestants de Hong Kong ; dès le lendemain, Pékin renvoyait l’ascenseur en souhaitant renforcer ses relations avec « le Vatican » (qu’il n’appelle jamais Saint-Siège). Le message du pape était subliminal : nous catholiques ne sommes pas un relais de la CIA, nous ne cherchons pas à envenimer la situation au détriment de la paix sociale même si, bien entendu, nous reconnaissons le visage du Christ en toute personne persécutée ou injustement traitée.
La prochaine étape devrait être celle de relations diplomatiques avec Pékin, peut-être dès cette année, prélude à une visite du pape François en terre chinoise qui serait la seconde en date après le bref passage de saint Paul VI à Hong Kong en 1970 (certes encore britannique à l’époque).
À ceux qui objectent que Rome a accepté de partager son pouvoir de nomination des évêques avec un régime communiste, je réponds (sur le ton de la boutade) que le Saint-Siège prend des risques bien plus importants en Alsace-Moselle puisque le pape ne connaît pas à l’avance la tendance politique des gouvernements français susceptibles de s’opposer à ses nominations : il se dit d’ailleurs que le très laïque Manuel Valls aurait bloqué le choix de Jean-Pierre Batut, que le pape souhaitait voir occuper le siège de Metz, pour valider celui de Jean-Christophe Lagleize, selon Valls plus conforme à la politique gouvernementale.

P.S.
à Guillaume de Rubrouck : quand j'étais étudiant à Pékin en 2006, la première messe dominicale, à six heures du matin à la cathédrale, était toujours dite en latin et dans la forme extraordinaire ; les suivantes étaient en mandarin ou en anglais. Beaucoup de paroisses chinoises utilisent les recueils de chants des paroisses taïwanaises ; les prêtres chinois sont autorisés à étudier la théologie à l'université catholique Fu-jen de Taïpei et en Europe s'il veulent y faire un doctorat (à Louvain, en particulier). La messe de la paroisse que je fréquentais régulièrement à Taïwan était ainsi souvent présidée par un prêtre chinois qui avouait s'y sentir beaucoup plus à l'aise dans ses sermons que de l'autre côté du détroit.
Mais on ne peut nier que le régime de Pékin n'empêche pas les échanges, même lorsqu'ils touchent à la théologie catholique.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 03/01/2020

à Ludovic :

> Pour compléter ce qu'a écrit Patrice, je dirais que l'accord provisoire de 2018 n'a pas vocation à éliminer toutes les difficultés vécues au quotidien par les catholiques chinois mais il se veut être un premier pas : il part du principe qu'il est préférable d'avoir l'accord de l'autorité que de poursuivre dans la clandestinité.
Un autre objectif est de s'assurer que toute l'Eglise de Chine est en communion avec l'Eglise universelle : certains prêtres 'souterrains' allaient récemment jusqu'à introduire Nostradamus dans leurs enseignements...
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 03/01/2020

à Philippe de Visieux

> Nostradamus dans les enseignements de certains prêtres clandestins : la clandestinité religieuse prolongée favorise toujours les dérives vers le mystico-dingo. Rites païens ruraux dans la Petite Eglise vendéenne (cf les récits de Michel Ragon)... Millénarismes chez des Russes orthodoxes sous Staline... Fantasmes anti-Vatican II chez des prêtres chinois sous influence intégriste occidentale... C'est à ça aussi que je pensais en parlant des "risques graves pour les âmes" dans ma note .
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Écrit par : PP / | 03/01/2020

à Patrice :

> En effet, c'est peut-être cet aspect qui prime aux yeux de Rome. Le Saint-Siège sait fort bien qu'un concordat avec Pékin n'entraînera pas une explosion du nombre de catéchumènes : la population taïwanaise, ethniquement chinoise, est et reste très minoritairement catholique. Un accord-cadre permettrait de s'assurer que l'Église ne véhicule pas en Chine de "fausse doctrine" au sens qu'en donne saint Paul.
L'enjeu est de taille car l'Évangile va à contre-courant d'une propension chinoise à voir en l'amassement de richesses le synonyme d'une vie réussie. Un vieux père scheutiste, à Taïwan depuis des décennies, me disait souvent combien ses ouailles lui demandaient à l'approche du nouvel an lunaire de prier pour leur compte en banque : requête évidemment refusée mais sans que les demandeurs, pourtant chrétiens, ne comprennent la raison de ce refus. Beaucoup choisissent Mammon et Dieu, ce dernier jouant le rôle tenu dans le panthéon taoïste par le dieu de la fortune (Caishen)... Il revient aux prêtres de rappeler, comme me le disait souvent ce père belge, que vivre sa foi n'est pas une occupation réservée à la retraite, après une vie professionnelle dominée par l'appât du gain : c'est une quête de tous les instants.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 04/01/2020

LES FAUX AMIS DES CATHOLIQUES CHINOIS

> https://www.laciviltacattolica.it/articolo/polemiche-sulla-chiesa-in-cina-la-tentazione-donatista/
Toujours dans le dossier 'Chine', mais hors coronavirus cette fois, cette percutante analyse du P. Benoît Vermander, s.j. : le P. Vermander a une bonne trentaine d'années de Chine au compteur et connaît aussi bien la réalité catholique de Taïwan que celle du continent, étant l'un des rares prêtres à avoir le statut de professeur d'université dans une institution d'État chinoise (Fudan, à Shanghaï, héritière de l'ancienne université jésuite 'L'Aurore'). Verbatim :

(À propos du contexte de l'accord sino-vatican de 2018) – "Cela faisait partie d'un contexte ecclésial dont la prise de conscience tardait. Un contexte provoqué, au cours des deux ou trois dernières décennies, par des facteurs sociologiques et culturels, et pas seulement, ainsi que politiques: le nombre de catholiques en Chine a culminé à 12 millions en 2005, s'est stabilisé ces dernières années et maintenant tombe. Anthony Lam estime que la population catholique totale est d'environ 10,5 millions. Par ailleurs, entre 1996 et 2014, toujours selon les estimations de Lam, le nombre de vocations masculines est passé de 2 300 à 1 260, tandis que celui des vocations féminines de 2 500 à 156. Le nombre d'ordinations est passé de 134 en 2000 à 78 en 2014 (66 en 2013). Le passage d'un catholicisme campagnard à un catholicisme citadin explique en partie ce phénomène, qui génère également de nouvelles figures chrétiennes."

(L'instrumentalisation du dossier chinois) – "Il arrive parfois que les critiques exprimées contre l'accord deviennent beaucoup plus violentes, surtout lorsqu'elles sont soutenues par des sites spécialisés dans une désapprobation systématique des orientations ecclésiales promues par le pape François. Une rhétorique s'est alors développée selon laquelle la politique chinoise du Saint-Siège contribuerait, avec d'autres facteurs (l'encyclique 'Amoris laetitia', le synode sur l'Amazonie, etc.), à une "destruction" de la Tradition et de ses principes. Il convient également de noter que, malheureusement, les groupes qui soutiennent cette opposition n'hésitent pas à la diffuser en Chine même, et l'Église qui est en Chine (déjà suffisamment éprouvée) devient l'enjeu d'un champ de bataille similaire à une table de billard où l'on vise la boule "Chine" pour mieux percuter la boule "Rome"."

(Conclusion du P. Vermander) – "Il nous semble que nombre des détracteurs d'une politique vaticane qui cherche avant tout à "favoriser le bien et la croissance des communautés" visent à "surpolitiser" les enjeux. Certains discours font penser à ceux qui ont fait des "émigrés" de la Révolution française des réfugiés hors de France : discours caractérisés par une exagération continue des propos tenus. Très souvent, on a l'impression que ceux qui se consacrent à de tels discours "héroïques" subordonnent en fait le bien des chrétiens à l'objectif non reconnu d'attaquer l'État-Parti chinois, impliquant ainsi les chrétiens chinois dans une lutte qui n'est pas la leur. Ces communautés chinoises devraient pouvoir vivre la rencontre quotidienne avec Jésus-Christ selon leurs caractéristiques, dans leur propre contexte. Il faut reconnaître qu'ils portent leur croix et continueront de la porter, sans avoir à chercher le martyre à tout prix, comme Polyeucte [dans la tragédie de Pierre Corneille]. Il est profondément irresponsable de vouloir les amener sur la voie de la confrontation directe, surtout lorsque ces détracteurs ne vivent pas parmi eux."

(Postface) – "Il est vrai qu'il est souvent très difficile de discerner, mais quand cette difficulté augmente, il est bon de relire la parabole du bon grain et de l'ivraie (Mt 13, 24-30). Vous ne pouvez jamais vous tromper si vous choisissez de ne pas couper la vie à la racine, si vous choisissez de laisser le blé et l'ivraie croître ensemble. On ne peut jamais se tromper quand on se souvient que celui qui juge sera à son tour jugé."
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 23/03/2020

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