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19/12/2019

Donald, Boris et les autres, rois du marketing

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Et si les "populismes" n'étaient qu'un sous-produit de la décomposition actuelle du politique, et plus proches qu'on ne le croit de ce qu'ils disent combattre ? Réflexions sur un éditorial :


 

Face à Johnson et Trump, Laurent Joffrin (Libération 19/12) leur voit un point commun : ils confondent ostensiblement le vrai et le faux. “Pour un leader comme Johnson, ce ne sont pas les raisonnements qui comptent en politique, mais les émotions qu’il est capable de répandre dans l’opinion...”– “Trump remplace la logique par l’outrance et déclare qu’une conversation de toute évidence litigieuse est parfaitement conforme à l’éthique…”  Dans les deux cas, la réalité est zappée. Un leader populiste peut déclarer qu’il fait nuit à midi, que les chats aboient ou que la Terre est plate, il n’encourt aucun dommage s’il garde sa majorité. Le mensonge n’est plus une ruse mais une démonstration de force. Chacun voit que Trump ment. Mais comme ce mensonge arrange une majorité, il garde cours légal.”

“Le rapport au réel disparaît… Il y a un incroyable déclin du débat public”, observe Joffrin. C’est exact. Mais l'éditorialiste a tort de réduire ce déclin à une seule cause (qui n’en est d’ailleurs pas une) : le “populisme”, censé “gangrener les démocraties”.

Les divers populismes sont apparus en réaction à l’idéologie occidentale postmoderne, qui est un déni systématique du réel dans tous les domaines. Mais le populisme est une tromperie : alors qu’il se pose en Réalisme, lui aussi tourne le dos à des pans entiers de la réalité ! Ce qui fait du populisme un simple sous-produit de la dégénérescence du politique aujourd’hui. Dans un débat à la radio, tentez d’expliquer un fait objectif à un communiquant populiste qui n’en connaît rien ; il masquera son ignorance en vous lançant : “C’est votrestory-telling’ ! Je pourrais en raconter un autre !” Ce qui prétend ramener les débats à des exhibitions d’ego...  Story-telling équivaut  (en gros) à ‘mise en scène’ : c'est postuler qu’il n’y a pas de réalités mais seulement des points de vue. Et c’est une démission de l’esprit : “faire le show” se substitue au respect des faits.

D’où vient “story-telling”  ?  Du globish, langue coloniale de la pub. L’esprit marketing est devenu l’esprit de l’époque : il dissout le réel dans du mirage. Il envahit la politique, le journalisme, et maintenant les mentalités individuelles.  C’est la sous-culture de la société marchande. Finalement, Boris, Donald, Victor et les autres ne sont pas très originaux.

 

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12:06 Publié dans Idées, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : populismes

Commentaires

PROBLÈME

> En philosophie ces temps-ci, le concept de vérité est éminemment suspect : il permettrait à ceux qui "la posséderaient" d'opprimer les autres, relégués ipso facto dans des catégories inférieures (vu qu'a priori, ça a l'air d'être un automatisme...).
Problème (parmi d'autres) : en posant qu'il n'y a pas "une" vérité, alors une opinion personnelle quelconque qui pour lors tiendrait lieu de vérité empêcherait-elle d'opprimer ceux qui ne la partagent pas ? A priori non.
Solution (qui se profile) : interdire les opinions personnelles.
La boucle est bouclée... et bien vilainement.
______

Écrit par : Fernand Naudin / | 19/12/2019

DISCUSSION

> Donner un sens négatif à "populisme" sert la propagande néolibérale dans laquelle la technocratie financière doit être toujours préférée à la démocratie. Pourquoi ne pas employer plutôt le mot de "démagogie" qui semble passé de mode mais qui s'applique plus justement à Trump, le milliardaire en haut de sa tour, de même qu'aux Le Pen, en même temps qu'à la belle "pédagogie" des Marcheurs. Les macronistes sont ceux qui s'échappent le plus de la réalité et qui mentent le plus : le plus bel exemple, d'anthologie, étant le discours de Philippe présentant la réforme des retraites comme une manière de faire revivre l'esprit social du Conseil national de la Résistance.

Guadet


[ PP à Guadet – Les populistes eux-mêmes revendiquent l'étiquette "populiste" : pourquoi ne pas s'en servir ? Ce qui compte, ce sont les contenus qu'elle couvre... ]

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Écrit par : Guadet / | 19/12/2019

CÉCITÉ DES DÉMOCRATES

> Mme Pelosi, présidente de la chambre basse du Congrès américain, a affirmé hier : « Lorsque la Constitution a été rédigée, on envisageait qu’il puisse y avoir un voyou à la présidence. Je ne crois pas qu’on avait pensé que nous pourrions avoir en même temps un voyou comme président du Sénat ».
Sans avoir aucune espèce de sympathie pour M. Trump, je ne peux nier que cette déclaration relève du répertoire dit ‘populiste’ : comme l’écrit Joffrin, ce type de commentaire participe au déclin du débat public.
Mme Pelosi sait que M. Trump ne sera pas condamné puisque le Sénat lui est acquis : en agissant de la sorte, elle contribue à la victimisation du milliardaire, donc à sa possible réélection... Qu’est-ce, sinon une vaste « mise en scène » ?

PV


[ PP à PV – Comme dit le proverbe, l'homme est le seul animal capable de tomber deux fois dans le même trou : les démocrates semblent n'avoir pas compris le sens de la défaite de Mme Clinton.
Ce pseudo-procès, monté à propos d'une affaire dont l'Américain moyen se fout totalement, est en train d'assurer la réélection de Donald Trump...]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 20/12/2019

INDÉCENT DARMANIN

> Esprit marketing également en Macronie, comme l'exprimait hier M. Darmanin : « il manque sans doute autour [d’Emmanuel Macron] des personnes qui parlent à la France populaire, des gens qui boivent de la bière et mangent avec les doigts : il manque sans doute un Borloo à Emmanuel Macron ».
En clair : il faut que la réforme soit portée par quelqu'un qui fasse plouc, idéalement se présente ébouriffé, ressemble davantage à un poivrot qu'à un énarque, pour que la pilule passe auprès du peuple. Darmanin frise l'indécence.

PV


[ PP à PV – Le pire est qu'ils puissent dire des choses pareilles officiellement : comme assurés de l'impunité par une distance infranchissable les séparant du peuple...]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 20/12/2019

RHÉTEURS

> N'est-ce pas la revanche des "rhéteurs ? dans l'Antiquité déjà, un beau parleur célèbre (dont j'ai oublié le nom, un Grec je crois), disait que si l'on présentait à un malade, en même temps, un rhéteur (personne maniant bien la rhétorique), et un médecin, il choisirait le rhéteur pour se faire soigner.
Aujourd'hui, nos politiques sont des beaux-parleurs, qui disent des choses absurdes, et les gens, la presse, les croient.
La vérité, le réel, le factuel n'ont plus leur place.
Seules les histoires qui plaisent, .. plaisent.
______

Écrit par : Bergil / | 20/12/2019

@ PP

> Si le contenu compte plus que l'étiquette, pourquoi ne pas rectifier celle-ci ? Macron a pu se dire "socialiste" ou "gaulliste" : on n'emploie pas pour autant les mots "socialisme" ou "gaullisme" pour parler de la politique néolibérale qu'il a toujours défendue. Et il me semble qu'on lutterait mieux contre les Le Pen, par exemple, en rappelant qu'ils se définissent plus clairement par l'ultralibéralisme que par le populisme.

Guadet


[ PP à Guadet – Je ne pense vraiment pas qu'ils se définissent "plus" par l'un que par l'autre. Les populismes se sont toujours révélés comme étant des amalgames de discours pro-peuple (avant d'être au pouvoir) et d'actes pro-possédants (une fois au pouvoir). C'est un piège à pauvres... Voir le très intéressant film de Dino Risi 'La marche sur Rome', avec Gassman et Tognazzi,1962).]

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Écrit par : Guadet | 20/12/2019

'LIBÉRATION' LIBÉRAL

> C'est très bien ce qu'écrit Laurent Joffrin; ce sera parfait quand il se l'appliquera à lui-même et à son journal libéral-libertaire. Dans ce journal on est parfaitement libéral, mais on se drape dans des habits de gauche comme un banquier puritain tartine ses désirs d'argent de versets de la Bible.
On n'y supporte pas d'entendre d'autres opinions tout en invoquant Voltaire, on pleurniche sur soi-même comme Rousseau et on est dur avec la souffrance des autres (dictature du ressenti), on nie les réalités de la vie de millions de gens en difficulté et après on s'étonne de la montée du populisme (sorte de démagogie de droite).
Ce que Joffrin reproche au populisme ce ne sont pas tellement ses idées que le fait que sa croissance dans l'opinion menace sa place.
"Nous sommes les intellos de droit divin" semblent dire Libération, Le Monde et toute la clique mais aussi Le Point, LExpress et compagnie.
Ils ont toujours raison, comme Mussolini.
Il ne se trompent jamais : ce sont les faits qui sont têtus, comme disait Lénine.
Tous ces gens font comme si le problème était le Rassemblement national et les croupières qu'il taille aux autres partis à chaque élection, et non l'indifférence des autres partis aux problèmes que vivent les gens, indifférence qui les pousse à voter pour le RN.
"Il n’y a pas de réalités mais seulement des points de vue" :
dès l'école on dit aux enfants "chacun sa vérité".
______

Écrit par : E Levavasseur / | 21/12/2019

BIEN-PENSANCE

> Très juste.
Il faut surtout tirer la conséquence symétrique et équivalente , la critique obsessionnelle des populistes par la bien-pensance est artificielle.

Ludovic

[ PP à Ludovic – La critique "bien-pensante" est artificielle, comme tout ce qui émane de la bien-pensance (guerre contre tous les aspects de la réalité qui résistent à la marchandisation).
Mais le phénomène des populismes n'en existe pas moins, et se présente en grande partie comme un sous-produit du système économique : parallèlement à la bien-pensance, qui en est un autre sous-produit... Ces deux sous-produits ont l'air antinomique mais ne sont que concurrents, comme deux marques de lessives. ]

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Écrit par : Ludovic / | 22/12/2019

JOHNSON

> https://www.marianne.net/politique/smic-anglais-quand-le-conservateur-johnson-fait-plus-pour-les-salaries-pauvres-que-le


[ PP à Guadet – Attendez la suite.
Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.
Les promesses de milliards non financées ne sont pas garanties pour longtemps.
Et Johnson aura sur son dos le créancier Trump, qui ne fait pas de cadeaux et ne connaît pas d'amis... ]

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Écrit par : Guadet / | 02/01/2020

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