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17/05/2019

“Une grande enquête sociale”

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Chronique de Guillaume de Prémare, Radio Espérance 17/05 :


 

<< Dans une nouvelle tribune, publiée par le site d’information Aleteia le 10 mai, les signataires de l’appel pour un nouveau catholicisme social appellent les catholiques à participer à une grande enquête sociale jusqu’au 15 septembre 2019.

Pourquoi une enquête sociale ? « Cette France en déshérence, écrivent-ils, il faut savoir la connaître, l’écouter et lui parler afin de pouvoir reconstruire en son sein, et avec elle, des communautés solidaires ». Les promoteurs de cette enquête portent la conviction que « rien ne pourra se faire sans la mobilisation dans la durée des citoyens, loin du pilotage à vue pratiqué trop fréquemment par nos politiques. »

En effet, l’enquête sociale vise à favoriser une démarche sur le temps long et non à apporter des réponses immédiates à toutes les problématiques. C’est une première étape de prise de contact avec nos concitoyens pour partager une amitié civique, comprendre les besoins, et identifier la capacité d’agir, notamment au niveau local.

L’objectif n’est donc pas seulement de recueillir des données. Elle est, pour les catholiques sociaux, un support de prise de contact avec le réel, avec nos concitoyens. C’est avant toute chose une manière d’entrer en amitié, notamment au contact de la France périphérique.

La politique est en faillite à son sommet. Qu’en est-il à la base ? Comment les catholiques peuvent-ils contribuer à se ressaisir du politique, apporter leur pierre à l’édifice commun ? Trop longtemps, peut-être, ont-il rêvé d’une gauche ou d’une droite à leur goût, porteuses ce que l’on nomme « nos valeurs ». Or, ce ne sont pas des valeurs fluctuantes sur le marché des idées qui peuvent refaire une communauté civique, réparer un lien social qui est profondément altéré.

Cette enquête sociale a pour objectif de renouer avec les réalités du terrain, de la sociologie des profondeurs de notre pays, pas seulement en recensant les peines et difficultés ; mais aussi et surtout en évaluant la capacité des citoyens à se saisir de la chose publique pour œuvrer ensemble, sans tout attendre du politique à son sommet ; et en identifiant la capacité d’agir, les leviers d’action au plan local.

Pour cela, il faut aller au-delà de nos sociologies habituelles, il faut aller au contact de nos compatriotes. Cette enquête fournit une occasion et un support pour cette prise de contact. « Historiquement, c’est la connaissance du terrain et des personnes qui a permis aux catholiques sociaux d’avoir une influence décisive dans l’histoire de notre pays », notamment au dix-neuvième siècle.

Le moment est venu de renouer avec cette vocation qu’est le catholicisme social. En effet, la doctrine sociale de l’Eglise, qui est notre ciment commun, doit être incarnée aujourd’hui dans des pratiques sociales et politiques nouvelles, ancrées dans le réel et non dans l’idéologie. Le réel est supérieur à l’idée.

Je vous invite à participer à ce mouvement social en devenant enquêteurs, en vous inscrivant sur le site du nouveau catholicisme social. Et je vous donne rendez-vous le samedi 15 juin après-midi à La Bourse du travail, à Paris, pour une demi-journée de rencontre et de préparation de cette grande enquête sociale. Soyez au rendez-vous !

Guillaume de Prémare  >>

 

Pour s'inscrire : https://nouveaucatholicismesocial.org/

 

 

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10:45 Publié dans Idées, Social | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

LES VALEURS ET LA MODERNITÉ

> En parlant des "valeurs", on en trouve une critique très fouillée sur le site de l'institut "Philanthropos", en Suisse, dont Fabrice Hadjadj est devenu le directeur. Parmi le contenu librement accessible, il y a quelques uns de ses cours sur la morale et sur la technique. Il y attaque cette manie de parler de "valeurs" en matière de religion, de morale... notamment en s'appuyant sur la pensée de Nietzsche, de théologiens...

On ne parle de "valeurs" en philosophie que depuis le XVIe siècle. La pensée antérieure ne connaît que les "vertus", qui sont "intrinsèques", alors qu'il y a un "extrincésisme" des "valeurs", autrement dit, elles nous ne sont pas réellement propres, contrairement aux vertus (certes le mot " vertu" est bien galvaudé depuis longtemps et n'est plus très utilisable aujourd'hui"). "Vertu" vient d'une racine latine qui signifie "force", comme "virilité" d'ailleurs. A l'inverse, c'est bien le caractère "extrinsèque" des valeurs qui leur vaut la critique féroce de Nietzsche.

Du côté de la théologie, F. Hadjadj utilise les travaux d'un théologien suisse qui a étudié les manuels de morale "thomistes" de l'époque moderne à nos jours. Il montre qu'ils ne sont pas si thomistes que cela : saint Thomas d'Aquin commence par parler de la béatitude avant de parler de morale, parce que cette dernière n'a pas de sens sans cette première. Les manuels "thomistes" ont beau citer abondamment le grand théologien du XIIIe siècle, ils lui sont, en réalité, bien peu fidèles. Ces manuels construisent leur discours en partant de l'individu, individu susceptible de n'en faire qu'à sa tête selon son intérêt, ils en viennent donc à la nécessité de la morale pour encadrer les individus qui, sans cela s'entredévoreraient. C'est une anthropologie tout à fait typique de la modernité (Hobbes, Rousseau... l'état de nature et autres).
Donc, sans s'en rendre compte, les catholiques antimodernistes, ont beau multiplier les citations de la Somme théologique, ils partagent les mêmes présupposés anthropologiques que leurs adversaires. C'est pour cela que Nietzsche taxe la morale chrétienne (ou ce qu'elle est devenue) de nihiliste.

Dans une des émissions en podcast, il y a ce moment amusant, où F. Hadjadj raconte qu'une dame de la "droite catholique" (du type "droite fière de ses valeurs"), ancienne sarkozyste, et très invitée sur les plateaux télé à l'époque de la la Manif Pour Tous, l'a contacté pendant une campagne législative ou présidentielle. Quand elle a lui dit qu'elle comptait sur son aide pour "la défense des valeurs chrétiennes", il a lui rétorqué, sans détours: "Vous êtes nihiliste, Madame" (et a refusé évidemment).
Ailleurs, il s'indigne vertement des paroles de je ne sais plus quel membre du gouvernement qui a dit, après l'attentat du 14 juillet à Nice, que le terroriste avait attaqué les "valeurs de la République". Mais ce sont des gens bien vivants qui été broyés sous les roues d'un camion, pas des "valeurs" !

La pensée ancienne, qui raisonnait en terme de "vertu", voyait la morale en continuité avec le développement de l'être et pas comme une réduction de la liberté. F. Hadjadj montre longuement que ce renversement caractérise à peu près toute la pensée moderne, Kant y compris avec son impératif catégorique. Même quand on dit "il faut être altruiste et pas égoïste", on raisonne encore de cette façon, parce qu'on part du bon vouloir de l'individu.
Derrière cette manie des "valeurs morales", des "valeurs chrétiennes", des "valeurs de la République", ce ne sont pas que des postures sociologiques qui se cachent, c'est toute une structure mentale typique de la modernité.

Pour prolonger le démantèlement de cette modernité (vu que c'est un tout), F. Hadjadj trouve une grande aide chez Aristote.
On a beau dire et redire que la Grèce est à la source de "Notre Civilisation Occidentale", c'est bien contestable, comme le "thomisme" des manuels évoqués plus haut.
Aristote affirme que "l'art/la technique imite la nature", propos étranger à la modernité qui réduit la nature à une réserve de matériaux et d'énergie sans qu'elle n'ait aucune finalité propre (c'est pour cela que la grande distribution nomme "yaourt nature", un yaourt qui ne contient aucun morceau de fruit, parce que "nature" veut dire "indéterminé" au sens moderne). "L'énergie", pour Aristote, travaille en vue d'une forme déterminée, "l'énergie" du chat n'est pas celle du chien. "L'énergie" de la modernité est sans forme et convertible selon les usages (en watt...) (encore un mot qui n'a pas plus le même sens).
Aristote parle sans cesse de l'être humain, en terme d'animal, "animal politique", "animal logique"... La modernité, et ses belles valeurs, situent l'être humain hors du monde animal. C'est ainsi qu'elle s'y prend pour affirmer sa place particulière (théorie de l'animal-machine, thème de la "sortie de l'animalité", l'opposition culture/nature et tout le bazar qui va avec) (d'ailleurs on sent que ce mode de pensée ne tient plus aujourd'hui, avec les découvertes des éthologues qui ruinent un à un les "propres de l'Homme" qu'on cherchent pour se distinguer des animaux).
Aristote, lui, n'a pas besoin de nier le caractère animal de l'Homme pour affirmer sa place singulière. En grand naturaliste qu'il est (on le réduit trop à son œuvre d'éthicien, de logicien ou de métaphysicien, alors que la plus partie de son œuvre est celle d'un naturaliste), il ne cesse d'observer les animaux (et les hommes). Il se pose des questions que la modernité jugerait parfois incongrues : "pourquoi rêve-t-on ?", "pourquoi les droitiers sont-ils beaucoup plus nombreux que les gauchers ?", "pourquoi l'Homme est-il l'animal qui louche le plus ?", "pourquoi est-il l'animal le plus sensible au chatouillement ?" "Pourquoi l'Homme est un animal dont la maturité physique, mentale etc. est bien plus longue que chez les autres animaux ?"

Aristote pose une affirmation, tout à étrangère à la modernité, et que F. Hadjadj trouve géniale. Il dit que l'Homme est "l'animal le plus conforme à la nature", en grec "cataphysein malista" (si je transcris bien). Le premier mot commence par "cata" comme le "cat" de "cat-holique", suivi d'un mot de la racine "physis", "nature" donc, et "malista", traduit par "le plus". "Le plus selon la nature", dit à peu près le grec. Cela vient de l'idée (déjà présente chez Platon, dont la pensée est elle aussi bien étrangère à ce qu'on a en souvent fait) que l'inférieur existe dans le supérieur par mode d'excellence, et que le supérieur est déjà présent dans l'inférieur, par mode de participation.
Aristote constate que les autres animaux connaissent des saisons des amours bien limitées dans le temps, alors que la sexualité humaine n'a rien de saisonnier. Ainsi, la sexualité (si mal pensée par la modernité, comme le reste finalement), qui existe chez les autres animaux, trouve son achèvement chez l'Homme (quand les choses vont bien).
F. Hadjadj estime qu'Aristote rejoint ici la Genèse et le fameux verset "Il créa l'Homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa". Juste après avoir dit que l'Homme est à l'image de Dieu, et juste avant d'affirmer sa supériorité sur les autres animaux, le texte biblique indique la nature sexuée de l'Homme.
Et d'ailleurs, les traductions françaises courantes sont timides, elles ne disent que "homme et femme", alors que l'hébreu parle bien de "mâle et femelle", comme la Vulgate qui parle de "masculum et feminam" (à l'accusatif) et pas de "virum et mulierem". Même le texte latin a osé s'approcher au plus près de l'hébreu, alors que dans la littérature classique, "femina" est très dégradant s'il qualifie une femme (assimilée à une femelle). La King James aussi ose dire "male and female" et la traduction officielle italienne dit "maschio e femmina".
Saint Thomas d'Aquin aussi reprend ce principe bien aristotélicien, platonicien, et biblique donc, de l'inférieur qui existe dans le supérieur par mode d'excellence. L'Homme est supérieur avec ce qu'il a de plus bas. A l'inverse, la modernité préfère dire que l'Homme est supérieur au animaux par la puissance de son cerveau, de sa pensée, de sa capacité d'abstraction... Elle croit qu'il faut en faire l'animal le moins naturel.

Pour ce qui est de l'intelligence, même chose, l'intelligence des autres animaux ne trouble pas Aristote (alors que l'éthologie donne des sueurs froides à la modernité, mais quel est donc le propre de l'Homme ?). Il relie l'intelligence humaine au corps et aux sens, et dit que l'Homme est le plus intelligent des animaux par son sens du toucher et non par celui de la vue ou de l'ouïe (que la modernité trouve plus nobles), parce que l'Homme est l'animal qui a les chairs les plus sensibles pense-t-il. Et il établit des rapports très étroits entre l'âme, l'intelligence et la main humaines (F. Hadjdadj estime qu'on ne peut pas mieux démonter la "res cogitans" opposée à la "res extensa" du cartésianisme et que ces textes d'Aristote font partie des plus belles pages de la philosophies). Et quantité d'autres considérations du même genre sur la bipédie humaine, le pied humain, la marche humaine...

Pour finir sur les "marchés" dont parle Guillaume de Prémare. F. Hadjadj mentionne que, selon Aristote, la vie végétative assure les besoins fondamentaux et la croissance de l'organisme. C'est bien ce que l'on veut dire aujourd'hui, en disant d'un malade dans le coma qu'il est dans "un état végétatif". Sauf que, chez Aristote, ce n'est pas tout : la vie végétative maintient les fonctions vitales et assure la croissance de l'organisme en vue de la maturité et de la fécondité. La modernité a juste oublié ce dernier point.
Et donc, voilà pourquoi fondamentalement on nous bassine sans arrêt avec la croissance économique (croissance pour la croissance).
Et F. Hadjadj de faire remarquer qu'un cancer est le produit de cellules déréglées qui ne font que proliférer pour proliférer : ainsi l'économie moderne est un véritable cancer.
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Écrit par : Aurélien Million / | 17/05/2019

BUREAUX

> Sur les réseaux sociaux, persistance de réactions acerbes contre l'appel au nouveau catholicisme social. Motif : les organismes sociaux officiels catholiques ne l'ont pas signé.
Comme si c'était le problème !
Signer leur a été proposé dès le début, ils n'ont pas voulu : les uns par crainte d'une "concurrence" (???), les autres - et là c'est moche - parce que parmi des signataires très "corrects", il y avait un nom incorrect puisque venu d'Alliance Vita. Si être délégué général d'un mouvement pro-vie paraît intolérable à des catholiques, il y a un sérieux problème. Le pape François n'apprécierait pas du tout. Mais peut-être que certains s'en foutent ?
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Écrit par : Dorothy / | 18/05/2019

> en plus Vita est oecuménique, présidé par un universitaire protestant !
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Écrit par : Amicie Terray / | 18/05/2019

@ Aurélien Millon

> Merci pour ce beau cours de philo!
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Écrit par : Pierre Huet / | 21/05/2019

@ Pierre Huet

> Et j'ai oublié une autre perle relevée par F. Hadjadj, dans la Divine Comédie, Dante dit, quelque part, que l'art (au sens classique de technique) est le "petit fils de Dieu", parce que, par analogie, si l'art imite la nature, comme le dit Aristote, et la nature est crée par Dieu, comme le dit le christianisme, alors l'art en est le "petit fils".
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Écrit par : Aurélien Million / | 04/06/2019

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