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23/04/2019

Catholiques mais pas chrétiens : c'est tendance

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Bizarre mais significatif raout à l’Elysée, le 18 avril… M. Macron y recevait M. Houellebecq pour l'orner de la Légion d’honneur :


Raout bizarre, dans la mesure où M. Macron – menant pourtant campagne européenne contre “la peste nationaliste et populiste” – choisissait d’honorer personnellement le romancier-culte du national-populisme.

Et raout significatif, parce que M. Macron dans son speech s’est posé en antithèse idéologique de M. Houellebecq tout en le qualifiant de “romantique perdu dans un monde matérialiste”. Selon Le Monde (22/04), le président de la République justifie cette opinion en attribuant à l’écrivain un “besoin de transcendance”. On peut s’interroger sur ce jugement.

M. Houellebecq est un romancier du non-sens contemporain. Appelle-t-il positivement à sortir de ce non-sens ?  Peut-être. Ou peut-être pas. Et il existe toujours plusieurs manières de sortir du non-sens : on peut trouver un sens infernal, il y a des précédents ; de même qu’il existe des formes diverses – divines ou atroces – de transcendance.

Le genre de “transcendance” dont M. Houellebecq a “besoin”, il en donne un aperçu dans son entretien avec M. Lejeune de Valeurs actuelles ; entretien publié dans la revue américaine  trumpiste et bergogliophobe First Things.

Houellebecq y déclare son intérêt envers “ceux qui admirent l’Eglise catholique romaine pour son pouvoir de direction spirituelle des êtres humains, et surtout d’organisation des sociétés humaines, sans pour autant être chrétiens”. Il les cite : Auguste Comte, Charles Maurras, Eric Zemmour…

Après quoi il montre que lui non plus ne comprend rien au sujet. “L’Immaculée Conception et surtout l’infaillibilité pontificale, dit-il, heurtent trop directement la raison” (à condition d’ignorer comme lui ce que ces deux expressions veulent dire). Dix lignes plus loin il se contredit :  “L’Eglise catholique a accordé beaucoup trop d’importance à la raison… L’homme est avant tout un être de chair, d’émotion…”  

Et finalement, impérial : “La restauration du catholicisme dans son ancienne splendeur peut-elle réparer notre civilisation endommagée ? La réponse est oui.” On aimerait qu’il nous dise ce qu’était à ses yeux “l’ancienne splendeur du catholicisme” – et comment il s’y prendrait pour la “restaurer”. Surtout “sans pour autant être chrétien”.

Dans cet entretien, M. Lejeune rabâche des slogans vieux d'un demi-siècle contre Vatican II. Et First Things, revue de messieurs américains qui savent tout mieux que le pape, intitule l’entretien : Restauration. Comme ça c’est clair. Ces gens rêvent de la Machine à remonter le temps ; ils ne rêvent pas d'aider leur prochain à découvrir le Christ.

Pire : sans rien connaître de la foi chrétienne, des réacs ne croyant pas au Christ expliquent au catholicisme ce qu’il doit être et ce qu’il doit faire. Portés par le vent de panique et de déboussolage qui souffle sur la France, ils enjoignent à l’Eglise d'être une gendarmerie spirituelle de “l’Occident” ; l’Eglise leur répondant poliment que ça n’aurait rien à voir avec la mission reçue du Christ, ils accablent de leur mépris le pape et les évêques.

Puis M. Houellebecq et M. Lejeune d'un pied léger s'en vont à l’Elysée. Finalement c’était ça, le Mai-68-de-droite.

 

 

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19:02 Publié dans Histoire, Idées | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : catholicisme

Commentaires

HOUELLEBECQ

> Je trouve que Houellebecq reste un grand romancier...mais il est certain qu'il ne faudrait pas le qualifier de Bernanos de notre temps. il en est très loin. J'ai beaucoup apprécié deux de ses livres : 'Extension du domaine de la lutte' (le premier me semble-t-il ? ) et 'La carte et le territoire'. J'en ai lu quelques autres (dont le dernier), mais je dois reconnaître que la complaisance dans la crudité sexuelle - pour ne pas dire l'immonde- qui semble être une "marque de fabrique" de l'auteur m'a toujours profondément gêné. Dans 'Sérotonine', entre une orgie zoophile, l'intervention d'un pédophile allemand (arrivant comme "un cheveu sur la soupe" mais qui permet de voir décrit par le menu ce que l'on peut faire à une enfant de 10 ans en la matière...) et l'obsession du -assez peu sympathique- personnage principal pour...l'oralité, merci !

D'ailleurs, avons-nous un Bernanos pour notre temps ? Peut-être la canadien Michael O'Brien ?
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Écrit par : Feld / | 23/04/2019

ILLUSION

> L'inquiétant est de voir des fidèles et même de jeunes prêtres croire que ces manipulateurs politisés sont le terrain d'avenir de l'Eglise. Illusion malsaine.
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Écrit par : Frédéric Joly / | 23/04/2019

PROPOS DE COMPTOIR

> Les propos de M. Houellebecq ici rapportés ressemblent plus à une discussion de comptoir un brin lettrée qu'à autre chose : quelques constats plus ou moins justes, et des conclusions reflétant son idée du moment ; comme un prolongement de l'espèce d'à-quoi-bonisme ou de "pourquoi pas" que l'on peut trouver dans certains de ses romans (avec un style qui paraît tomber à la fin des paragraphes).
Il est curieux que de fermes chantres d'une "restauration", quelle qu'elle soit, l'aient pris comme porte-drapeau.
Peut-être l'explication réside-t-elle en effet dans ce "catholicisme sans Christ" qui paraît attirer M. Houellebecq (savourons au passage l'énumération Comte-Maurras-Zemmour : le dernier manque encore un peu de patine, il semble).
Quant au qualificatif de "romantique" employé par M. Macron, on s'interroge. Sans doute lui fallait-il dire quelque chose de M. Houellebecq, se donner l'air de l'avoir compris...
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Écrit par : Sven Laval / | 23/04/2019

LIGNE DE CRÊTE

> Totalement d'accord avec Feld : dans ses meilleures pages, Houellebecq rejoint Flaubert sur la ligne de crête entre le lyrisme pur et l'ironie la plus acide, et cela maintient l'équilibre.
Le reste...
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Écrit par : Alex / | 23/04/2019

RÉVOLUTION COPERNICIENNE

> Puisque vous parlez de christianiser le catholicisme...

De mon point-de-vue d’illustre-inconnu-qui-a-des-idées-sur-tout, je me demande si les efforts de l’Eglise pour lutter contre l’omerta sur la pédophilie ne seraient pas que le premier pas d’un immense chemin de purification plus global. Une sorte de révolution copernicienne dans l’institution ecclésiastique. Non plus partir de la structure pour délivrer le message évangélique, mais partir du message évangélique au risque d’abîmer les structures. Non pas qu’aucun travail n’aurait été fait dans ce sens, mais que le principe rentre dans notre ADN profond. Je m’explique.
Au XIIIe siècle, à San Damiano à Assise, Saint François reçoit l’appel du Christ: « Rebâtit ma maison en ruine ». Or je ne crois pas que l’Eglise du début du XIIIe tombât en ruine humainement parlant. Au contraire, elle triomphait de presque tous ses ennemis. Sauf qu’elle passait à côté du message de l’Evangile.
Aujourd’hui, beaucoup disent « L’Eglise va mal » (à cause de Sodoma, des scandales pédophiles à répétition (et loin de moi de négliger la gravité du désastre)). Sauf que quand les gens disent que l’Eglise va mal, ils veulent dire que son image est ternie. Ils ne disent pas que l’Eglise allait mal il y a quarante ans quand les scandales n’étaient pas exposés au grand jour. Ils disent simplement que c’est moins confortable d’être catholique en 2019. Or, pourquoi des évêques ont dissimulé des scandales pédophiles? Pour préserver l’image de l’Eglise, mais pas le message évangélique.
Ces gens qui gémissent sur l’image ternie de l’institution se demandent-ils s'ils prient assez (et pas que la prière du soir, Thérèse d’Avila en dit assez sur la nécessité de l’oraison)? S’ils ont cure des pauvres et des faibles comme d’eux-mêmes (et pas qu’en donnant le trop-plein de leur fortune et pas que pour les embryons)? S’ils évangélisent (99,9% d’entre eux ignorent qu’ils y sont appelés)? Ça ce serait une Eglise qui irait bien, peu importe son image.
Au XXIème siècle, l’Eglise peut se vanter de sérieux piliers pour assoir son institution. Bolloré finance des monastères, Mulliez partage également beaucoup d’argent avec ses coreligionnaires. etc. Mais comment cet argent a été gagné? Pourquoi laisser croire aux athées que l’Eglise est un QG de riches? Le dernier livre de Ruffin m’a fait prendre conscience que le tout-Bilderberg défile aux Bernardins (Villiani, Macron, Jouyet, Castries…); et pour cause, il faut voir comment est composé le conseil de parrainage. C’est comme ça que l’Eglise dialogue avec le monde? Et aux Etats-Unis, ce lien entre Eglise et grandes fortunes est encore plus patent. L’Eglise ne risque pas de critiquer la main dans laquelle elle mange; les incroyants le pressentent.

Alors on dira qu’il vaut mieux se taire parce que l’Eglise a besoin de cet argent qu’il vaut mieux éviter les péchés contre l'unité (ou plutôt contre l'image de l'Eglise). Evidemment, si on veut une « Eglise pauvre pour les pauvres », il faudrait peut-être quelques séismes. Un séisme a un jour libéré Saint Paul à Philippe. Il y a des séismes qui libèrent la Parole. Le Pape François a un jour dit aux bienfaiteurs qui apportent une offrande gagnée sur le sang des pauvres « reprends ton chèque et brûle-le! ».
L'Eglise ne mourra jamais car elle vit de la vie de Jésus. Il est donc vain de s'inquiéter de son avenir dans l'opinion. Mais les catholiques peuvent passer à côté de l'Evangile et ça c'est terrible.

Enfin, je dis ça je ne dis rien.
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Écrit par : Cyril B / | 23/04/2019

SANS SUBSTANCE

> Très décevant d'entendre ces références maurrassiennes au lendemain de l'incendie de Notre-Dame : si tant de gens ont ressenti et continuent de ressentir beaucoup de tristesse, c'est parce qu'au plus profond d'eux-mêmes, ils ont la foi dans le Dieu trinitaire pour qui la cathédrale avait été élevée. Houellebecq ou Zemmour sont pour un cléricalisme vidé de quasiment toute substance, alors que l'Eglise appelle à ne garder qu'un minimum de structure hiérarchique pour conserver et mettre en valeur le trésor que constitue la Parole de Dieu. Ces héritiers de Barrès se fourvoient.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 24/04/2019

PAGANISME "CATHOLIQUE"

> "L'Ancienne Splendeur du catholicisme": ah, cette sainte Trinité payenne, l'Institution faite Etat, Famille, Eglise, ces trois divinités pour lesquelles nos bons catholiques athées rêvent qu'ils se damnent dans leurs songes au romantisme cramoisi, tant leurs statues au front d'albâtre pâlissent à s'évanouir devant le triomphant dieu Mammon!
Le christianisme n'existe pas encore: la preuve. On s'adonne à de vieilles divinités payennes, où le christianisme des premiers temps était un athéisme de toutes ces idoles.
Pour le chrétien il n'y a pas d'argument d'autorité qui tienne, ni raison d'Etat, ni de suprématie de la famille, non plus de transcendance de la religion comme institution. Mais, par la communion fraternelle dans la personne du Christ, tout particulièrement présent en ses pauvres, une liberté d'enfant de Dieu qui nous élève jusqu'au Père.
Quand on m'oppose des "Ca suffit!" parce que je poste des critiques graves à l'encontre du Président, sans autre argument que "on ne peut pas dire cela", alors qu'on peut tout-à-fait quand c'est à l'encontre de M. et Mme Tout le Monde, on trahit un culte à l'Etat qui empêche de le soumettre à la critique de la raison et au discernement de la conscience.
Trouver normal que les hommes de pouvoir aient une vie personnelle d'une immoralité qu'on condamnerait chez un citoyen lambda, c'est les placer au-dessus des hommes.
Croire qu'ils peuvent plus qu'un autre et que le vote les consacre, c'est tomber dans l'obscurantisme: le pouvoir ne consacre pas: comme l'anneau il tente sans cesse ceux à qui il est confié, où les votes obligent à ne pas faillir.
Quand on fige la famille dans un modèle théorique aux rôles immuables idéalisés, on ne peint pas la Trinité aux silhouettes angéliques qui semblent danser sans bouger autour de cette table en perspective inversée s'ouvrant sur qui la contemple, on programme l'aliénation oeudipienne version huis clos bourreau/victime/ sauveur.
Ainsi la MPT a raidi les relations familiales jusqu'à briser les enfants qu'elle a utilisé pour la bonne cause, jusqu'à voir aujourd'hui s'égarer une jeune génération à la fois hyper-réactionnaire et moralement complètement perdue, lisant Houellebecq et Maurras, admirant les dentelles et les longues capes de cardinaux efféminés en chantant les louanges de la virilité aryenne et des filles aux longues tresses de la vieille Europe. En haine des homme et des femmes réels, à commencer par leurs parents qui ont la faiblesse de ne pas correspondre à la statue qu'on leur a dressée.
Quand on exige une Eglise toute d'apparat et de postures empesées, on ne confesse par la foi en Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme, on se fabrique une idole à l'aune de ses attentes immatures. "Passe derrière-moi Satan!". Il faut que l'Eglise soit arrêtée, qu'elle soit condamnée, humiliée, rejetée, il faut qu'elle meure d'une mort honteuse, car son pouvoir n'est pas de ce monde, mais jusqu'au bout sa mission est le service, jusqu'au don total.
Il n'y a pas de place pour le triomphalisme dans l'Eglise, seulement dans son travestissement imposé par le pouvoir, comme hier Jésus revêtu de pourpre, la couronne d'épine transperçant son divin front.

Il se trouve que face au nouveau Léviathan, le dieu Argent, ceux qui croient avoir la foi parce qu'ils ont mémoire d'un passé imaginaire, affirment pouvoir faire revenir à Dieu en rétablissant ces 3 idoles: Etat, Famille, Eglise. C'est le combat des antiques contre les modernes.
Le chrétien n'est ni du passé ni de demain, il est celui qui demeure parce qu'il est uni au Père par le Fils, il est l'instrument inutile par qui Dieu fait dans notre aujourd'hui toute chose nouvelle.
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Écrit par : Anne Josnin / | 24/04/2019

LA MISSION

>D'abord la mission, porter la Bonne Nouvelle, commençons par l'essentiel !
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Écrit par : De Vos / | 24/04/2019

COMMENT

> Je lis attentivement les romans de Houellebecq comme des manifestations du nihilisme contemporain, mais dans lesquels la question essentielle finit par intervenir, même si elle n'est pas exprimée comme telle : comment s'en sortir ? Et avec Houellebecq, cette question - ou plutôt cette réponse, fait intervenir Dieu, la religion. On le voit bien dans cette interview. Si Houellebecq n'interrompt pas son cheminement, il se réveillera chrétien catholique un beau matin. Dans "Soumission", la présence de Huysmans était capitale. Mais au lieu de revenir à la foi catholique, le personnage principal se laissait tenter par l'islam. Pourquoi pas ? C'est déjà plus qu'un pas vers une solution religieuse, tout aussi honorable qu'une autre. Dans "Sérotonine", on ne sait pas vraiment comment cela va se terminer pour le narrateur. Il pense au suicide, mais la dernière page du livre évoque, de manière certes encore énigmatique, Dieu. Le romancier ne nous en dit pas plus. On peut imaginer une "conversion", et je sens Houellebecq très proche de cette étape décisive. En tant que catholique, et intéressé par la pensée et les lettres, je considère Houellebecq comme mon prochain, quelqu'un dans lequel je retrouve mes interrogations et mes doutes, mais aussi ma foi. Une foi que j'essaie maladroitement de conquérir, mais qui est déjà là. J'attends les prochains livres de Houellebecq, notre frère à tous, avec impatience.
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Écrit par : Bégand / | 25/04/2019

"CATHOLIQUES CULTURELS" ?

> https://www.lepoint.fr/societe/frederic-martel-nous-sommes-tous-des-catholiques-culturels-20-04-2019-2308651_23.php

Après les catholiques non chrétiens, voici les catholiques culturels : Frédéric Martel affirme qu'il "donnerai[t] la Bible tout entière en échange de Shakespeare et [...] une seule page de Rimbaud vaut plus que toute l'oeuvre de Joseph Ratzinger". Volonté idiote de vouloir tout hiérarchiser à tout prix : Rimbaud et Ratzinger sont tellement différents qu'ils n'ont pas à être mis dans une concurrence de ce type.
Martel se montre très macronien dans son article ; or l'art du "en même temps" a, on le sait, montré ses limites. Ainsi lorsqu'il écrit "être Français c'est, au fond, être « rimbaldien ». C'est ne pas « être esclave de son baptême ». C'est reconnaître ce que l'on doit au catholicisme, comme Chateaubriand, mais avoir le droit, aussi, de critiquer le catholicisme, comme Voltaire et Rimbaud."
Je lui répondrais que nous n'avons que faire de catholiques culturels qui ne se sentent pas "esclaves de leur baptême" : la rencontre personnelle avec le Christ, qui apporte à tout homme l'espérance de la Résurrection, vaut mieux que ces formules. N'ayons pas à choisir entre la Bible et Shakespeare !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 25/04/2019

DEUX CHOSES

> Ici on mélange deux choses et c’est regrettable :
- la dénonciation d’un (pseudo ) catholicisme, réduite à une utopie ou à une posture politique: vous avez raison de le faire
- le cas personnel de Houellebecq : il ne nous est pas possible de juger de la sincérité de sa démarche.
Il me semble qu’il faut un chemin vers la Foi. Il est clair qu’il n’a pas tout compris à la nature du christianisme . Mais justement l’enjeu est qu’il rencontre des personnes qui le lui font découvrir et il sera assez libre pour y adhérer totalement. Nous ne sommes pas ici dans le cas de posture d’hommes politiques se déclarant chrétiens pour des raisons d’affichage mais étant capable de dire le contraire le lendemain.
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Écrit par : Ludovic / | 25/04/2019

à Cyril B

>
Je ne pense pas que la révolution copernicienne se fera par en haut.
Lorsque l’Eglise va mal, des saints ont surgi en pratiquant la vertu contraire du mal qui la ronge
Relisez le texte sublime de Bernanos :

"C'est, par exemple, un fait d'expérience qu'on ne réforme rien dans l'Église par les moyens ordinaires. Qui prétend réformer l'Église par ces moyens, par les mêmes moyens qu'on réforme une société temporelle, non seulement échoue dans son entreprise, mais finit infailliblement par se trouver hors de l'Église... avant que personne ait pris la peine de l'en exclure... Il en devient l'ennemi presque à son insu, et s'il tente de revenir en arrière, chaque pas l'en écarte davantage, il semble que sa bonne volonté elle-même soit maudite. C'est là, je le répète, un fait d'expérience, que chacun peut vérifier s'il prend la peine d'étudier la vie des hérésiarques, grands ou petits. On ne réforme l'Église qu'en souffrant pour elle, on ne réforme l'Église visible qu'en souffrant pour l'Église invisible. On ne réforme les vices de l'Église qu'en prodiguant l'exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d'Assise n'ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats. Il est même certain qu'il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n'a pas défié l'iniquité... il s'est jeté dans la pauvreté... Au lieu d'essayer d'arracher à l'Église les biens mal acquis, il l'a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d'or et de luxure s'est mis à fleurir comme une haie d'avril... L'Église n'a pas besoin de critiques, mais d'artistes… L'Eglise n'a pas besoin de réformateurs, mais de saints."
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Écrit par : Ludovic / | 25/04/2019

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