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20/11/2018

L'affaire Ghosn ne devrait étonner personne

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Un symptôme (de plus) du règne financier de l’anormal :


 

Intronisée quasi-ouvertement par le putsch ultralibéral des années 1990, l’avidité financière (greed) de l’hyperclasse fut le véritable mobile de ce putsch. L’ultralibéralisme en soi n’a d’autre but que de “libérer” l’avidité par l’accumulation du capital en main privée, avec ce résultat dénoncé dimanche par le pape François durant l’eucharistie qu’il a célébrée pour trois mille défavorisés : “Le cri des pauvres devient chaque jour plus fort, mais chaque jour moins écouté. Chaque jour ce cri est plus fort, mais chaque jour moins écouté, dominé par le vacarme de quelques riches, qui sont toujours moins nombreux et toujours plus riches…”

Le vacarme du jour porte le nom de M. Ghosn. Rappelons les faits : manager de l’alliance Renault-Nissan, demi-dieu de la finance globale, M. Ghosn gagnait 16 millions par an dont 9,18 millions chez Nissan à Tokyo. Néanmoins il fraudait le fisc depuis des années ! (c’est Nissan qui le dénonce aujourd’hui). Frauder le fisc quand on dispose d’une telle fortune : pourquoi ?  Parce que ! C’est une forme de démence décrite par le vieux Marx : “Accumulez, accumulez, c’est la Loi et les Prophètes” ; et par Gordon Gekko dans le presque aussi vieux Wall Street d’Oliver Stone (1987) : “greed is good !”

Donc les managers de Nissan dénoncent le super-manager Ghosn à la justice nippone. Tardive lucidité ? crise de conscience ? Non : coup stratégique. Sans doute M. Ghosn avait “sauvé Nissan” (comme le répètent nos journaux), mais c’était en 1999 et il en avait profité pour imposer l’alliance avec Renault ; depuis, Nissan s’est refait une santé au point de surclasser son allié sur le marché automobile mondial – et d’envisager, soit de racheter la part de l’Etat français dans Renault, soit de rompre l’alliance. Dans les deux cas M. Saïkawa, patron de Nissan, doit d’abord se débarrasser du démesuré M. Ghosn devenu trop encombrant. D’où l’arrestation de ce dernier hier à Tokyo, et sa liquidation programmée (jeudi ?) par un conseil d’administration extraordinaire.

D’où aussi une crise de succession à la tête de Renault, et le visible embarras de M. Macron devant la chute d’un condottiere du capitalisme (notre président de la République n’a pas été élevé dans ces idées-là)... “Il est trop tôt pour se prononcer sur la matérialité des faits”, a-t-il fait savoir hier de Bruxelles. M. Macron redoute surtout de devoir résister aux Nippons s’ils veulent s’emparer des 15 % de l’Etat dans Renault : résistance qui forcerait notre Libérateur de la Finance à jouer les étatistes, rôle qu'il n'endosse qu'à regret.

*

Incriminer les managers fraudeurs conseillerait de mettre collatéralement en cause la folie de leurs salaires. Mais cette “inquisition” indigne d’avance les député.e.s quadras LREM, dont la disruptivité consiste à achever d’abolir les freins et les repères ! (La plupart de ces quadras semblent croire qu’on les a élus pour ça : ce qui les mènera à n’être pas réélus, mais ils l’ignorent encore). En octobre dernier, une étude du cabinet Proxinvest a constaté que les salaires des grands patrons français ont encore augmenté de 14 % en 2018, surchauffe financière que ne justifient pas leurs résultats en économie réelle…

Face à ces métastases du libéralisme, tout ce que les pouvoirs publics ont osé jusqu’à présent se borne à des appels à l’autorégulation au sein des entreprises : car “ce ne serait pas une bonne idée de le faire dans la loi”, tranchait en mai 2016 un ministre de l’Economie nommé Emmanuel Macron. Et si l’on voulait légiférer, ce projet serait retoqué par un Conseil constitutionnel dont le souci principal est désormais de veiller à “la liberté du commerce et de l’industrie”

D’ailleurs M. Macron est entré à l’Elysée avec un programme limité, en la matière, à prôner “la publication par les entreprises d’un ratio d’équité mesurant l’écart de rémunération entre le dirigeant et les salariés”. Tant qu’on se contentera de les “mesurer”, les salaires démentiels auront un bel avenir. Greed is good.

 

 

 

 

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Commentaires

LA LOI SERAIT LE SEUL MOYEN

> Il y a quelques années, l'encombrant Zacharias avait été débarqué sur le même modèle, fraude fiscale en moins ; l'homme avait réussi à amasser sur le dos de Vinci quelque 200 millions d'euros, aujourd'hui placés sur les rives du lac de Genève.
Et avant lui, M. Owen-Jones reçut un chèque de 100 millions d'euros nets de Mme Bettencourt comme prime de retraite, assorti d'une rente de 3 millions annuels ; l'homme vit à Lugano, en Suisse italophone où il dispose d'un patrimoine de quelque 300 millions d'euros.
Les exemples ne manquent pas.
La loi me semble être le seul moyen de prévenir de tels abus, surtout lorsque des milliers de salariés sont traités comme variables d'ajustement. Mais avec Macron à l'Élysée, cela est hélas fort peu probable.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 20/11/2018

LOUIS XIV

> Face à ces nouveaux Fouquet, peut être faudrait il quelque nouveau Louis XIV ?
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Écrit par : Nicolas / | 20/11/2018

POUR FOUQUET

> Je proposerai plutôt un Fouquier-Tinville... en CDD !
Notons au passage que Nicolas Fouquet n'avait pas hésité à engager sa fortune personnelle pour l'Etat.
Les princes de l'ultra-libéralisme ne libèrent, eux, rien pour le bien commun. Leur bourse est à strict sens unique.
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Écrit par : Réginald de Coucy / | 20/11/2018

LE DOUBLE

> Question à l'ensemble des grands de se monde : "Quand vous estimerez-vous à l'abri du besoin ?" Réponse unanime: "Quand j'aurai le double !". Et ce quelque soit le niveau de fortune. Je crois qu'en fait nous vivons tous dans une société tellement anxiogène, que nous pensons qu'il nous faut toujours plus pour être à l'abri. Ainsi, en fait nous ne le sommes jamais...
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Écrit par : franz / | 21/11/2018

SYSTÈME

> Une question à laquelle ne répond pas l’article est d’expliquer ce que devrait faire un dirigeant d’entreprise ou un actionnaire dans ce monde de chiens: se battre comme un chien ou mourir en martyr?
La question est proche de celle que l’on pose à propos de la police: peut elle avoir recours à des moyens immoraux?
J’ai suffisamment souffert de la perversion libérale après avoir passé 25 ans comme cadre dans différentes entreprises privées et cotées pour ne pas prendre la défense de Ghosn. Cependant, même si je ne connais pas cet homme, je trouve que vous forcez le trait: il est peut être cupide mais ce sont ceux qui veulent l’abattre qui le disent. N’avait il pas aussi un talent d’entrepreneur? Rares sont les groupes français à prendre un tel risque culturel et financier. Nissan était en quasi faillite, Renault n’allait guère mieux. Il faut au moins lui reconnaître cela.
Quant à son salaire effectivement démesuré, l’Etat français ne l’a pas vraiment contesté sauf Macron quand il était à Bercy.

Argos


[ PP à Argos - Vous dépeignez un système. C'est lui le problème, au-delà des cas individuels... ]

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Écrit par : Argos / | 21/11/2018

EXTRAIT DU BLOG 'LA VOIX DE L'EPEE' (MICHEL GOYA)

> "Dans le cycle des 'Princes d’Ambre' de Roger Zelazny, les princes d’Ambre se déplacent dans l’univers comme bon leur semble grâce au pouvoir de la Marelle. Avec le Logrus, leurs ennemis des Cours du chaos ont le pouvoir inverse de faire venir à eux ce qu’ils veulent. D’un côté, de riches bénéficiaires d’une sorte d’hyper-mondialisation. De l’autre, de pauvres êtres mais qui disposent d’un accès inédit à l’information et à la création.
Dans notre monde, c’est le pouvoir des princes d’Ambre qui s’est exprimé en premier grâce à la suppression des frontières et règlements qui entravaient la circulation des capitaux. Ces heureux grands actionnaires et grand patrons (également actionnaires), auxquels se joignent des vedettes et quelques rares entrepreneurs, ont recréé la classe hyper-capitaliste de Marx en y ajoutant le kérosène (Carlos Ghosn dort en moyenne 100 jours par an dans un avion). Ces riches nomades parlant anglais ont captés, parfois avec mérite mais surtout en se contentant de naître, la plus grande partie de la richesse créée depuis le début des années 1990, tout en rendant le moins possible aux Etats et donc à la collectivité.
Et puis est apparu le Logrus sous la forme d’une information disponible à un niveau inédit. Dans 'La longue traîne', Chris Anderson a décrit comme la démocratisation croissante des nouvelles technologies de l’information a autorisé une extension de l’offre économique avec la création d’une multitude de petits producteurs qui sont venus concurrencer les sociétés déjà installées. Sur une courbe d’une loi statistique, avec la production d’effets en ordonnée et le nombre des « effecteurs » en abscisse, cela se traduit pas un tassement de la « tête », les quelques grosses organisations, et l’allongement sans fin de la « traîne », les petits groupes, de plus en plus nombreux et de plus en plus petits. Cela a commencé dans l’espace culturel lorsqu’on a constaté que les produits sélectionnés ou fabriqués par les grandes Maisons se vendaient moins. Le nombre de disque d’or et de platine diminuait constamment et il devenait de plus en plus difficile pour un film de dépasser le seuil de rentabilité.
D’autres phénomènes étranges apparurent ensuite dans le champ politique. L’accroissement soudain de la capacité à créer et diffuser des idées est souvent porteur de déstabilisation. L’invention de l’imprimerie en Europe a favorisé le développement du mouvement protestant avec toutes ses conséquences. Au XVIIIe siècle, la création des journaux a joué un grand rôle dans la capacité des révolutionnaires français à agiter les idées et à mobiliser les foules. Depuis la généralisation du réseau Internet, la distribution de l’information de toute sorte s’est également modifiée, les grands médias ont vu leur audience diminuer au profit d’autres canaux, blogs, réseaux sociaux, etc. plus réduits mais nombreux. La miniaturisation des machines jusqu’aux smartphones a également permis à cette information abondante d’être portable.
La capacité de contestation et de coordination s’est accrue. Dans la même année 2005 en France, grâce au Logrus de parfaits inconnus comme Etienne Chouard contestaient avec succès le projet de constitution européenne porté par presque tous les princes politiques et médiatiques du pays ; puis des bandes dispersées parvenaient à s’organiser pour déclencher des émeutes dans les grandes banlieues. Hors de France, toutes les « nouvelles guérillas » ont été et sont toujours dopée par le Logrus ainsi que les foules du « printemps arabe ».
Dans le monde occidental, la classe dirigeante est prise, d’une part, entre la rapacité des Princes qui, en captant les revenus de la mondialisation et en cachant une grande partie, ont réduit les entrées fiscales, et, d’autre part, la contestation par le bas de leur monopole de réflexion.
Les moyens d’action des Etats se réduisent. En France, on consacre moins de 3 % de la richesse aux ministères régaliens contre 4,5 % en 1990 et 6,5% en 1960. Cette réduction s’accompagne aussi de centralisation et de bureaucratisation, sous prétexte de rationalisation, et donc aussi d’une rigidité accrue. Leurs organes de réflexion sont de plus en plus réduits et contrôlés, alors que le Logrus offre de plus en plus de souplesse et de capacités aux membres des Cours du chaos. Les Etats occidentaux sont de plus en plus condamnés à être obligé de réagir à des événements surprenants, chez eux ou ailleurs, avec des moyens de plus en plus réduits et rigides, jusqu’à un horizon inconnu."
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Écrit par : Daniel Azan / | 21/11/2018

DE 1 À 500

> J’entendais sur une radio ce matin le général Pierre de Villiers dire que dans l’armée les écarts de salaire allaient de 1 à 8, ce qui est raisonnable et juste.
Dans le privé, c’était davantage, de 1 à 40, ce qui est déjà beaucoup.
Mais maintenant on arrive à des écarts astronomiques de 1 à 130, voire pour certains comme Carlos Ghosn de 1 à 500, c’est indécent en effet et cela n’a même aucun sens tellement c’est disproportionné…

MG


[ PP à MG - C'est le résultat de la financiarisation de l'entreprise. Le PDG n'est plus rémunéré au pro rata des résultats concrets de l'activté (production-commercialisation), mais en fonction des "succès" de l'image de marque dans le casino spéculatif mondial. Là était le véritable objectif de la "révolution néolibérale" des années 1990. On retrouve ça dans les mesures de Macron dès son accession au pouvoir : défiscaliser les revenus spéculatifs... Cette classe sociale est vis-à-vis de la Bourse comme un cheval dans sa musette de son. L'économie réelle en pâtit. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Michel de Guibert / | 21/11/2018

Votre commentaire est en ligne depuis le 21/11.
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Écrit par : à Argos / | 22/11/2018

GLOUTONS

> Est-il besoin de rappeler que l'actuel président de la République fut l'un de ces gloutons ? En 2012, alors "Mozart de la finance" chez Rothschild, E. Macron gère le rachat des laits infantiles de Pfizer ; il tire de cette opération à 9 milliards d'euros une manne telle qu'elle le met à l'abri du besoin pour le restant de ses jours. Immoral ?...
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/11/2018

PAS LE TEMPS

> Comme le faisait remarquer J. Thouvenel, M. Ghosn, qui coiffait Renault, Nissan, Mitsubishi, Samsung automobile (Corée), Dacia (Roumanie, dont un modèle est la voiture la plus vendue en Europe) et Lada-AvtoVAZ (1er sur le marché russe) n'avait pas le temps de dépenser son argent, alors oui, cupidité!
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Écrit par : Pierre Huet / | 22/11/2018

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