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17/07/2018

Quand le tricolore redevient un langage de masse

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Quarante-huit heures de transe unanime... On peut critiquer "la prothèse du sport-spectacle dans la société de masse", mais il y a des choses nouvelles à constater :


 

► 2018 n'est pas 1998. Entre temps trop de drames en France ont impliqué les banlieues. Aujourd'hui les slogans ne parlent pas (comme en 1998) de "black-blanc-beur", c'est-à-dire d'un pays réduit à une "société civile" réduite elle-même  à ses composantes ethniques... En 2018 le monde officiel - et d'abord le service de presse des Bleus - veille à ce que le leitmotiv soit "la République" et "la France". On a vu hier soir Pogba micro en main, sur le perron du jardin de l'Elysée, scander et faire scander dix fois de suite le nom de la France. Une inhabituelle marée de drapeaux tricolores submergeait les Champs-Elysées. C'était le signe de quelque chose.

Sans doute, le patriotisme circonscrit au Mondial de foot a-t-il disparu de domaines plus vitaux. Sans doute, le sport-spectacle dans la société de masse est-il un opium du peuple (qui devrait se soucier du sort qu'on lui prépare). Sans doute, M. Macron croit-il faire oublier sa politique antisociale [1] en exaltant "la gagne" de Bleus natifs du 9-3, comme si le néolibéralisme et le talent footballistique étaient une seule chose...

Mais reste le fait brut : à côté du problème des banlieues islamisées, à côté du problème de la déculturation et de l'américanisation des masses de l'Hexagone, cette Coupe du monde a vu les mêmes masses exprimer un enthousiasme dans le langage du bleu-blanc-rouge. Même si le patriotisme version Griezmann manque de poésie, c'est l'intention qui compte ; l'époque où les Bleus regardaient leurs pieds pendant les hymnes nationaux semble dépassée. Le fait est là ; tant pis si cette joie paraît "cocardière" au pion de Radio France.

 

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[1]  Dont un commentaire de ce blog (Lucas) propose un résumé : "Financiariser l'économie en détruisant l'économie réelle, fermer des lits d'hôpitaux et des écoles, réformer l'imposition des riches de telle manière que les dons aux organisations caritatives ont déjà été divisés par deux, faucher les aides des étudiants désargentés, supprimer les protections sociales, limiter les indemnités versées par les dirigeants d'entreprise reconnus coupables d'avoir violé la loi, achever la mue du rail pour tous en réseau ferroviaire ultramoderne pour nantis mais financés par les contribuables qui n'y auront plus droit, parachever l'enclavement des petites villes et des campagnes, vendre au plus offrant l'énergie hydroélectrique, privatiser le nucléaire (les pauvres seront libérés mais irradiés), nous voler l'assurance chômage pour laquelle nous cotisons depuis 20 ans, défiscaliser les grandes fortunes, laisser courir le mensonge de l'auto-entreprenariat chez les précaires des services de livraison ou de voiturage, tout en traitant les Français qui n'appartiennent pas à votre caste sociale d'illettrés, d'alcooliques, de bons à rien et de flemmards..."

 

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11:08 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : bleus

Commentaires

CE QUI NOUS RASSEMBLE

> Allez les Bleus !… Il me semble que ce qui nous rassemble et nous réjouit le plus, dans ce résultat, c’est la solidarité et surtout la résilience dont il est le signe, de la part du peuple français, après trois années notamment marquées par les attentats islamistes.
Quand je vois tous ces jeunes sauter comme des cabris sans cervelle devant les caméras des chaînes d’info, je pense à la source d’une telle exubérance, et je ne vois que leur sentiment d’avoir joyeusement surmonté, en s’identifiant au « Vingt-Trois tricolore » (on ne dit plus « Onze »), les différences, les rivalités, les germes de dissolution et de désunion, l’opposition vigoureuse de l’adversaire… Lequel adversaire est souvent en nous-même, il faut bien le reconnaître, et par exemple lorsque nous sommes tentés de baisser les bras devant la politique économique et sociale de M. Macron !
Espérons donc que tous ces jeunes sauront aussi se mobiliser pour réclamer de ces grands ordonnateurs de « jeux » qui nous gouvernent, le « pain » qui demeure, pour les hommes et les peuples, le premier et le plus fécond signe de partage et d’unité.
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Écrit par : Denis / | 17/07/2018

PINCÉS

> Il parait que les festivaliers branchés et libérés du festival d'Avignon regardaient cette fête populaire avec des airs pincés dignes des précieuses ridicules de Molière.

BH


[ PP à BH - Il faut dire que les festivaliers 2018 étaient absorbés (si j'en crois 'Le masque et la plume') dans la seule problématique désormais digne de ce nom : "le dépassement des genres". Le seul épisode du match qui les ait excités fut donc l'intervention des Pussy Riots. ]

réponse au commentaire

Écrit par : B.H. / | 17/07/2018

ANTICULTUREL

> Pour Macron il y a un foot français mais pas de culture française. Pendant que les joueurs de foot sont traités comme des dieux de la patrie, ceux qui essaient de faire vivre la culture française sont traités en ennemis du progrès. Imaginerait-on à l'Élysée un compositeur ou un peintre français fêté comme un D.J. électro ou un joueur de foot ?
Le but n'est pas seulement de séduire les banlieues mais surtout de détruire la culture et l'esprit critique qu'elle pourrait faire naître (cf. Michéa). Pompidou est bien loin et Sarkozy est largement dépassé.
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Écrit par : Guadet / | 17/07/2018

PAIX OU GUERRE

> Un patriotisme sans culture est un nationalisme dans son sens le plus négatif. Un nationalisme défendant une différence culturelle va dans le sens de la paix dans l'acceptation de l'altérité. Un nationalisme sans culture va dans le sens de la guerre à toute culture.
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Écrit par : Guadet / | 17/07/2018

NANTIS

> Dans la ligne de ce qu'écrit (fort justement) Lucas, on peut ajouter que nos Bleus adulés font de très loin partie des "nantis" : M. Mbappé et ses 18 millions d'euros annuels verra sans doute ses revenus en forte hausse après ses exploits moscovites. Devant cette orgie de l'argent-roi à laquelle nos dieux du stade sont déjà habitués, comment ne pas s'émouvoir de la combattivité de leurs adversaires d'un soir ? L'équipe croate, plus modeste, a forcé l'admiration de beaucoup.
Quant à M. Macron, extatique à Moscou, qui peut croire un instant qu'il ne songe en rien à une récupération politique de cette victoire inespérée ? Il nous a servi hier du Chirac 98, avec Gloria Gaynor au programme, la chanteuse US étant pour le coup devenue la Rouget de Lisle des joies républicaines. L'américanisation des masses ne date hélas pas d'hier !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 17/07/2018

RÉCUP

> Il m'avait semblé que Macron ayant promis d'aller voir le match si les Bleus étaient en 1/2 finale, les France Inter, France Info et consorts juraient promis craché que ce n'était pas une récupération coup de com' et blabla. Il y était.
Puis après, je sais plus. Il était à la finale, il était sur la photo vue de derrière, il était sur la pelouse, il était dans les vestiaires, il était à l'Elysée, entouré des pauvres petits n'enfants du 9-3, où ceux qui ont manqué d'être acclamés par les supporters l'ont rejoint à toute vitesse.
Si ce n'est pas une récupération coup de com' et blabla, c'est seulement de l'exhibitionnisme.
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Écrit par : Yvan / | 17/07/2018

THURAM

> Lilian Thuram hier soir à la télévision : "Porter le maillot de l'équipe de France c'est ne plus s'appartenir, c'est la responsabilité d'amener la société dans la direction la plus intelligente".
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Écrit par : PP / | 17/07/2018

à Philippe de Visieux

> Mbappé fait don de ses gains de Russie à une association d'aide aux handicapés.
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Écrit par : Lisa Choukri / | 17/07/2018

EN CHOEUR

> Comme cette séquence où l'on voit tous les occupants d'une rame de métro à Paris chanter en choeur la Marseillaise le soir de la qualification en finale. J'ai 52 ans et je n'avais jamais vu ça. Une digue à sauté. Après...
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Écrit par : VF / | 17/07/2018

MACRON

> Je n'ai pas regardé la finale du Mondial de foute balle, ni aucun autre match. Je n'ai pas la télévision, du reste, et en plus je devais arroser mes hortensias.
En revanche, sur une vidéo, j'ai vu E. Macron s'esbaudir comme un adolescent en délire à chaque but marqué par l'équipe de France, au bord de la transe, gesticulant debout sur une table (?!). Vues également les embrassades et papouilles sans retenue avec la présidente croate Grabar-Kitarović (une blonde de 50 ans, c'est son style visiblement). Un président de la République qui ne se maîtrise pas, qui ne fait preuve d'aucune retenue, impudent : voilà aussi quelque chose à constater. Et dire que cet homme prétendait "restaurer la solennité du pouvoir présidentiel"...
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Écrit par : Thomas Mousset / | 18/07/2018

À Lisa :

> C'est en effet généreux de sa part. J'évoquais à travers lui le milieu footballistique en général, dominé par l'esprit de lucre. M. Zidane, par exemple, vingt ans après 1998, émarge à 8 millions d'euros par saison (en tant qu'entraineur du Real Madrid).
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 18/07/2018

L'ECONOMIE

> Les monstrueux salaires du foot, comme ceux des PDG du CAC ou les démentiels prix spéculatifs de l'art contemporain, sont le résultat de la financiarisation de l'économie : stade suprême de la "révolution libérale" déclenchée à la fin du XXe siècle.
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Écrit par : PP / | 18/07/2018

à VF

> le vrai seuil historique, la disruption radicale, l'innovation neuve du nouveau qui implémente le changement, ce sera quand les foules françaises chanteront juste !
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Écrit par : Malocchio / | 18/07/2018

MÉLENCHON

> Je rapproche ce phénomène à celui non négligeable du drapeau tricolore dans les rassemblements durant la campagne présidentielle de JLM. Tout autre drapeau était banni et la Marseillaise était chantée à chaque fin de discours !
Phénomène de masse ?
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Écrit par : TonyZ / | 18/07/2018

THURAM

> « Amener la société dans la direction la plus intelligente », selon L. Thuram. Comme, par exemple, en parrainant les « Gay Games » de Paris, du 04/08 au 12/08, sous le « haut patronage » d’Emmanuel Macron ? L’ancien footballeur, dès 2012, s’était demandé « si ceux qui refusent le mariage pour tous se rendent compte qu'ils sont dans la même démarche que ceux qui refusaient l'égalité à des hommes et des femmes parce qu'ils étaient noirs".
C’est aussi ce personnage, ami du très communautariste Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), qui, voici quelques années, exigeait de la Région Alsace la modique somme de 20.000 € pour donner l’une de ses précieuses leçons d’antiracisme à des lycéens. Soit 13.000 € de l’heure environ.

TM


[ PP à TM - Sachant le nombre de 'fakes' qui circulent en ce domaine (surtout de la part de sites spécialisés dans la haine épidermique), il serait bon de vérifier les sources de telles informations. Et devrait-on réduire Thuram à cela ? Beaucoup d'autres personnages bien parisiens ont soutenu les Gay Games parce que c'était la posture "correcte". Quant aux gains éventuels de LT (si l'info était avérée), souvenons-nous que les footballeurs ont été habitués à ce train de vie par notre propre système "sportif" occidental. Ils ne sont pas nés comme ça. ]

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Écrit par : Thomas Mousset / | 19/07/2018

À Patrice :

> À propos d'art contemporain, Jeff Koons aurait été fort mécontent d'apprendre que Mme Hidalgo lui a refusé le Palais de Tokyo. Koons ne semble pas disposé à accepter un autre emplacement : il veut un endroit bien visible des touristes, comme le Trocadéro. Art... ou business ?
http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/paris-mais-ou-iront-les-tulipes-de-jeff-koons-28-05-2018-7740606.php
PV


[ PP à PV - Que Mme Hidalgo puisse dire "non" à ce terrible commerçant relève du miracle. ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 19/07/2018

KLAXONS

> A propos du bémol de la Transe bleue (et de la jubilation y afférente de "Total") : je n'ai pas compté le nombre de tours de ma ville effectués par nos tonitruants et joyeux drilles, mais ça a duré, duré, duré ! et avec force klaxons et vociférations. Peut-être pour intimider les bourgeois ("encerclés", à l'instar des chariots des pionniers du Far-West aux prises avec les Indiens) ?
Même si le bonheur des supporteurs était réel, ce rodéo n'était-il pas - aussi - une manière de s'approprier un territoire (un peu un anti-"on-est-chez-nous") et un régime (la République, où tout est permis les jours de fête).
F.


[ PP à F. - Le "tout est permis", sans aucun doute. C'est d'ailleurs l'ambiance actuelle en tous domaines, l'individualisme de masse faisant loi.
Mais je n'ai (quant à moi) pas remarqué dans ces manifestations s'exprimer un anti-"on-est-chez-nous" : les véhicules hurlants que j'ai vus étaient remplis de Gaulois pur jus. ]

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Écrit par : Fondudaviation / | 19/07/2018

POUR RIEN

> Finalement, Napoléon le Petit se sera ridiculisé pour rien.
https://www.letelegramme.fr/france/macron-sa-popularite-au-plus-bas-20-07-2018-12032362.php
"75 % des Français souhaitent « une inflexion de la politique gouvernementale dans un sens plus social »." 75% !
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Écrit par : Lucas / | 20/07/2018

Lucas,

> 75 % : y'a des moments, faut arrêter d'être c... ! Les 66% des Français qui ont voté Macron savaient bien ce qui se passerait mais il espérait tous passer au travers des purges libérales. Comme mes collègues qui me disent tous : "Meuh nooooon, l'Education nationale privatisée ? Tu n'y pense pas !"
On en reparle dans quelques années ?
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Écrit par : VF / | 20/07/2018

@ Lucas

> Même le Medef souhaite « une inflexion de la politique gouvernementale dans un sens plus social », pour mieux faire passer la pilule. Ça ne veut rien dire.
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Écrit par : Guadet / | 21/07/2018

Cher VF,

> 66% des Français n'ont pas voté pour Macron (et ne parlons même pas du premier tour, où il a à peine fait mieux que Mélenchon, ni des législatives) : tout au plus 66% des inscrits non-abstentionnistes. Moi, par exemple, je ne suis pas inscrit sur les listes électorales : c'est ma manière d'être civique. Ça finit par faire du monde qu'on ne prend pas en compte.
Non, Macron était seulement le pis-aller contre le candidat du FN, et dans ces circonstances, n'avoir même pas égalé le score de Chirac contre Le Pen père alors qu'il était politiquement presque vierge et qu'il avait le soutien massif des media est un sérieux échec. Macron et son assemblée ont été, dès le départ, fort mal et fort peu élus.
Mais je suis surpris : voulez-vous nous dire que vos collègues de l’Éducation nationale ont voté pour Macron ? Curieux, je travaille dans une entreprise privée et, chez nous, outre les abstentionnistes, tout le monde a voté blanc ou Mélenchon.
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Écrit par : Lucas / | 21/07/2018

Cher Lucas,

> je suis d'accord qu'il s'agit des suffrages exprimés et malheureusement, mon vote blanc n'est pas compté. Mais je voulais simplement souligner cette tendance massive actuellement qu'est la râlerie lâche. Une majorité de nos concitoyen râle, pleure, critique mais jamais, oh grand jamais, ne s'engage de quelques façon, agit, bouge, lutte, (et je ne dis pas qu'il n'y en pas, je dis que le plus grand nombre s'écrase dans un lâche soulagement).
Quant aux profs, je ne sais pas de façon certaine les chiffres mais une majorité a voté Macron pour barrer la route à la "bête immonde"... Il y a eu des mélenchonnistes au premier tour de façon significative mais pas majoritaire. La démographie et le recrutement fait que nombre de prof sont plus proche des bobos PS que des cocos bien calés en marxisme de ma jeunesse. Ils détestaient Fillon mais ont rallié Macron. Et Hamon leur a fait très souvent peur car jugé trop "irréaliste".
En ce qui me concerne, la grande majorité de mes collègues me considèrent comme membre, ou au moins très proche, de la France insoumise (ce qui n'est pas le cas), et on m'a dit il n'y a pas longtemps que c'était "excessif"... alors quand je leur parle de SeaSheperd et que j'essaie de leur expliquer pourquoi il y a un chapelet au rétroviseur de mon Land Rover...(et que non, ce n'est pas une atteinte à la laïcité!), alors là, en général, je les ai perdus en route...
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Écrit par : VF / | 22/07/2018

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