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23/06/2018

L'heure vient de mettre en cause la "propriété" libérale

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...et de faire naître la culture qui  permettra ce changement :


 

Entretenue rhétoriquement depuis six ans, la soi-disant contre-culture "libérale-conservatrice" va maintenant se dégonfler en imposture du fait même de ses mises en oeuvre sur la scène publique - dont un exemple vient d'être donné par l'inauguration hyper-médiatique de l'institut maréchalien de Lyon.  On ne peut pas jouer les rebelles en roulant pour le Medef, jouer les patriotes en encensant M.Trump, et jouer les catholiques en conspuant le pape... Le public s'en rendra compte, sauf les psychorigides.

L'imposture de cette "contre-culture" se dégonfle surtout par comparaison avec la véritable contre-culture : celle qui naît vraiment, ailleurs et sous nos yeux. Ainsi l'enquête de Catherine Vincent (Le Monde Idées 23/06) sur "l'autre approche économique et politique" :  repenser la propriété des biens universels pour explorer la question des "communs" ; débat que l'on ne trouvera pas chez les fées marraines du marionno-maréchalisme : Le Figaro, Les Echos, L'Opinion ou Valeurs actuelles.

Extraits de l'article :

 

<<  "Un bien commun, c'est un bien universel auquel tout le monde a droit, mais qui peut disparaître si l'on s'en sert mal", éclaire Gaël Giraud, chef économiste de l'Agence française de développement (AFD). [...]  Un commun est une ressource partagée, gérée et maintenue collectivement par une communauté, dans le but de pérenniser cette ressource tout en permettant à tous de l'utiliser.  [...]  Sur le plan économique, privilégier la valeur d'usage plutôt que la valeur d'échange ; sur le plan politique, dépasser la dichotomie entre l'Etat et le marché. Une voie désormais explorée par un nombre croissant de villes et de régions dans le monde... >>

Ainsi en Allemagne les coopératives citoyennes d'énergies renouvelables. À Bruxelles, les potagers collectifs... À Bologne, les communs font l'objet d'un règlement depuis 2014 : en matière "de ressources naturelles, de zones naturelles protégées et de biens culturels", souligne la juriste Daniela Festa,"la question des communs a explosé en Italie" après le référendum de 2011 contre la privatisation de l'eau. Catherine Vincent le constate :

<< En Europe comme ailleurs dans le monde, on pourrait à foison multiplier les exemples d'expériences qui témoignent de la renaissance de ce concept, inventé en un temps très ancien où la notion de propriété était bien différente d'aujourd'hui. >>

D'où l'enquête majeure d'Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie en 2009, sur La gouvernance des biens communs (éd. de Boeck). Et l'analyse de Benoît Borrits (Pour une économie des communs, La Découverte), qui rompt avec la notion libérale de propriété issue du droit romain. Pour la juriste de l'environnement Sarah Vanuxem (La propriété de la terre, éd. Wildproject), accorder des "droits" à certains lieux d'accueil  - forêts, lacs, pâturages -  "permettrait de sortir, à l'intérieur même de notre droit, de la conception occidentale moderne de la propriété (pouvoir souverain d'un individu sur les choses) et de faire émerger la notion de 'propriété-habitation'. Il s'agit de regarder les choses comme des demeures, des milieux, plutôt que des objets..." 

Catherine Vincent :

<< Pour Gaël Giraud, de l'AFD [*], l'une des priorités doit aller à l'eau et aux services qui lui sont associés, tant cette ressource, vitale et rare, est susceptible de faire l'objet d'une surexploitation. [...]  Il rappelait en mars, à l'occasion du Forum mondial de l'eau qui se tenait au Brésil, que des communautés d'usagers se sont structurées en de multiples lieux pour mettre en place des règles communes de gestion et de partage de l'eau...  >>  

Les communs, conclut l'article,

<< ...ne sont pas la solution miracle à la gestion des ressources et des services : ils supposent une gouvernance complexe, un collectif identifié autour d'une ressource, un ensemble de droits et d'obligations, une articulation avec l'Etat et les acteurs du marché. Mais ces laboratoires de démocratie locale, fortement teintée d'écologie politique, ouvrent une perspective politique. Leur culture reste à bâtir. >>

 

Bâtir cette culture authentiquement neuve aux côtés de tous, Laudato Si' y invite avec force les catholiques.

On voit déjà en France ceux qui s'y refuseront parce qu'ils ont "mieux à faire" : préparer les futures arnaques électorales...

 

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[*]  et de la Compagnie de Jésus.

 

 

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Commentaires

NOUVELLE-ZÉLANDE

> http://www.liberation.fr/debats/2017/03/28/nouvelle-zelande-les-droits-et-devoirs-du-fleuve-whanganui_1558950
C'est déjà le cas en Nouvelle-Zélande. L'approche est prometteuse.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 24/06/2018

" faire (RE)naître la culture qui permettra ce changement "

> ... ce qui ne ferait que renouer avec une économie plus traditionnelle, qui , en fait, subsiste dans certaines provinces.
En Franche-Comté, par exemple, de vastes partie du territoire sont communales: bois, pâturages, les communes actuelles étant héritières des communautés antérieures qui n'ont pas attendu 1789 pour exister. Et si le bétail est propriété personnelle, la production fromagère est coopérative dans le système des Fruitières, attesté depuis le XIIIème s.
Dans l'industrie, le cadre légal des SCOP Société Coopératives Ouvrière de Production existe encore.
______

Écrit par : Pierre Huet / | 24/06/2018

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