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11/05/2018

Oui, c'est la minute de vérité

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Si M. Macron et Mme Merkel essayaient de concrétiser ce qu'ils ont dit à Aix-la-Chapelle, ce serait une révolution européenne. Est-elle concevable ? C'est toute la question :


 

Le discours d'Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle contient plusieurs passages singuliers, dont celui-ci :

"Si nous acceptons que d'autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains."

Aucun chef d'Etat français depuis de Gaulle n'avait tenu un tel langage au sujet des Etats-Unis.

Mais le politique est le domaine des actes, non celui des mots.

De Gaulle avait fait sortir la France de l'OTAN et engagé le pays dans une géopolitique indépendante, qui allait lui donner une aura internationale dont la résonance n'a pas encore tout à fait disparu (quoi qu'aient fait MM. Sarkozy et Hollande pour la briser).

Ces deux derniers "présidents" nous ont ramené sous le joug. M. Macron aurait-il l'idée de nous en libérer à nouveau ?

C'est très improbable pour diverses raisons, dont la situation contradictoire d'une UE dont M. Macron se voudrait le réformateur. Pour réformer il faut entraîner, et pour entraîner il faut unir ; or certains Etats de l'UE (Pologne, pays baltes, Roumanie...) sont des annexes intégrales de Washington, et plusieurs autres étaient résolus - jusqu'à l'ère Trump - à n'avoir aucune politique étrangère ni aucune défense, le "parapluie américain" étant censé suffire à tout. Si M. Macron voulait concrétiser ce qu'il a dit à Aix-la-Chapelle, la moitié de l'Europe refuserait de le suivre.

Mais l'Allemagne ?  Mme Merkel a dit elle aussi, à Aix-la-Chapelle, une chose étrange :

"La politique étrangère européenne n'en est encore qu'à ses débuts, car des conflits qui se jouent à nos portes et les Etats-Unis ne vont pas nous protéger. L'UE doit prendre son destin en main. Il s'agit d'une question de guerre ou de paix..."

Prise au pied de la lettre, cette déclaration ressemble à un constat de décès de l'OTAN : d'où l'énervement hier de nos débatteurs-en-continu, qui ont surenchéri de commentaires sur le "pessimisme" de la chancelière.

Mais pour que l'UE "prenne son destin en main", il faudrait : 1. que les Allemands et les Français renoncent réellement (concrètement) à leur allégeance américaine ; 2. qu'ils entraînent sur ce chemin les autres Européens, peu enclins à briser leur collier ; 3. que l'exécutif européen soit démantelé et remplacé par un autre organe répondant à deux conditions révolutionnaires : ne pas être sous la coupe du lobby US de Bruxelles et servir d'outil à une "grande politique" européenne, capable d'autre chose que d'ânonner des slogans transatlantiques.

Cette révolution est-elle à la portée des dirigeants de Berlin et de Paris ? Peuvent-ils même la concevoir ?

Cela voudrait dire : passer à la broyeuse soixante années d'une "construction européenne" engrenée selon le plan de Jean Monnet, qui voyait l'Europe comme un rouage de la sphère financière atlantique. Et tenter de refonder la communauté des Etats européens autour d'un bien commun politique - donc géopolitique - propre au Vieux Continent ; quitte à inventer de nouvelles alliances.

Encore faudrait-il avoir une idée de ce bien commun, et le courage de mettre l'idée en oeuvre. On en mesure l'improbabilité dans des sociétés civiles européennes dont les "décideurs" ont l'Amérique comme horizon indépassable : il suffit de voir la désapprobation des beaux quartiers (qui avaient voté Macron) devant les apparences anti-américaines du discours d'Aix-la-Chapelle.

 

 

europe

 

 

 

11:55 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : europe

Commentaires

Jean Money...

> Il s'agit sans doute de simples déclaration destinée à donner à Trump l'impression d'un éloignement français (comme l'a été l'invitation de Poutine à Paris) pour l'amener à reculer sur le dossier iranien.
Mais bon...
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Écrit par : eric levavasseur / | 11/05/2018

QU'IL AGISSE

> De manière inattendue nous sommes à un tournant. Et si Macron prenait acte de cet instant pour rentrer dans un nouveau moment de l'histoire, qui donnerait une nouvelle dynamique à l'UE ?
S'il en parle c'est qu'il veut peut être profiter de l'occasion pour rentrer dans l'Histoire... Qu'il agisse ! Perso, je suis pressé de voir si ce n'est que de la parlotte...
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Écrit par : TZ / | 11/05/2018

LA BOURSE

> Ce qui pousse Macron à agir ainsi c'est que ce que fait Trump est mauvais pour la bourse
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Écrit par : E levavasseur / | 11/05/2018

LE DOLLAR

> Je ne suis pas économiste, et je m’interroge. Comment se libérer des diktats américains sans commencer par dénoncer le (pétro)dollar comme monnaie de référence des transactions économiques et financières ? et cela est-il envisageable ?
L’Europe pourrait-elle décider d’imposer l’euro, voire d’opter pour le franc suisse – à quasi parité de cours avec le dollar ?
Ne serions-nous pas (un peu…) plus libre (… mais faut pas rêver) si le dollar rejoignait les poubelles de l’Histoire ?
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Écrit par : Denis / | 11/05/2018

RÊVE

> Si les finances et les grandes entreprises européennes réalisent qu'elles se porteraient mieux en gardant le marché iranien, et en se tournant vers l'Est ...
Si le retour de la Chine et de la Russie aux transactions payées en or prend de l'ampleur ...
Il ne restera plus aux politiciens qu'a retourner leur veste (une habitude) en faisant "Oups" et à rêver d'une Europe qui irait de Brest à Vladivostok (comme le Général, y'a 60 ans).
Le problème français c'est que Sarkozy nous a un peu plombé :
http://www.midilibre.fr/2012/02/08/quand-nicolas-sarkozy-vendait-l-or-francais-pour-une-poignee-de-cacahuetes,455169.php
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Écrit par : Yvan / | 11/05/2018

AMÉRICANISATION

> Au cours de mes études aux États-Unis il y a dix ans, en master de droit - études qui m'ont fait ouvrir les yeux sur beaucoup de choses ! -, une large proportion des étudiants européens étaient peu ou prou liés aux institutions communautaires. Ces gens formés à l'américaine rejoignaient ensuite le Collège d'Europe à Bruges, puis la Commission. J'ai toujours éprouvé un grand regret à devoir discuter avec Grecs, Allemands ou Italiens en anglais américain. Même les Flamands refusaient d'user du français. Seuls les Autrichiens avaient plaisir à parler notre langue, qu'ils maîtrisaient d'ailleurs remarquablement.
Or, comme l'on sait, toute langue véhicule un certain mode de pensée... L'Union européenne, même post-Brexit, est hélas anglophone jusqu'à la lie ; de ce point de vue, elle est déjà américanisée. Revenir à une Commission exclusivement francophone ou germanophone, comme du temps de De Gaulle, serait un premier pas à accomplir... mais il relève aujourd'hui du vœu pieux.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/05/2018

"MERCI À TRUMP"

> Il faut sincèrement remercier Donald Trump de clarifier les choses. Il propose clairement aux Européens et aux Français en particulier une relation qui n'est même plus de suzerain à vassal (où les obligations sont réciproques) mais de maître à esclave : les Européens donnent tout et ne reçoivent rien en échange.
Il n'y a donc aucune justification à ce que les Européens, et les Français en particulier, acceptent de rester dans cette relation.
Je pense que Macron et Merkel sont peut-être vaguement conscients de ça.
Pourtant, je suis certain que Macron et Merkel n'en tireront pas les conséquences, et resteront dans la soumission la plus totale aux Etats-Unis. Non parce qu'ils considèrent que c'est le bon choix mais parce qu'ils considèrent qu'ils n'ont pas le choix.
C'est d'ailleurs le secret de toute la politique de Macron : il ne considère pas que ce qu'il fait est bon pour la France, il est juste persuadé que ce qu'il fait est inévitable.
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Écrit par : Thibaud / | 13/05/2018

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