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28/03/2018

Après l'hommage national au colonel Beltrame

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Réflexions sur le discours d'Emmanuel Macron :


 

Macron est multiple. Ses actes peuvent démentir ses paroles. Ses paroles varient selon les circonstances. Ce matin, sous la pluie des Invalides, les formes revêtaient l'apparat des heures graves. Les paroles étaient au diapason, comme lors de l'inauguration du monument au père Hamel : elles avaient sans doute le même rédacteur, Sylvain Fort, plume des discours présidentiels depuis 2017. Mais l'hommage au colonel Beltrame était un exercice plus complexe que l'hommage au père Hamel.

À Saint-Etienne-du-Rouvray, le président voulait simplement recentrer la laïcité républicaine sur son véritable rôle, issu de 1905 mais défiguré sous Hollande. [*]

Aux Invalides ce matin, Macron visait cinq objectifs à la fois : 1. respecter la douleur des familles ;  2. rendre hommage à  l'acte et à l'âme du colonel mais sans prononcer le mot "chrétien" ni le mot "foi" ; 3. parler durement de l'islamisme, pour désarmer l'opposition de droite  ; 4. mais ne pas surinterpréter l'émotion nationale, dont l'esprit semble plus proche d'une marche blanche que d'autre chose ; 5.  néanmoins, tirer de ce drame une pédagogie de l'abnégation et de l'union nationale....

Ces "pré-requis" étaient divergents, mais le discours a tenté de les concilier. Il y est parvenu dans la forme. C'est moins évident dans le fond, en ce qui concerne le point 2 et le point 5.

L'acte et l'âme du colonel Beltrame sont indissociables, avait souligné sa veuve. Emmanuel Macron ne peut pas ne pas le savoir, et cela s'est entendu quand il a dit :

« ...Je sais ce que peuvent ressentir ceux qui étaient à ses côtés ce jour là. Ils revoient s’écouler lentement les minutes qui ont conduit à cette décision, ils revoient le lieutenant-colonel Beltrame déposer son arme, lever les bras et s’avancer, seul, vers le terroriste. Ils savent désormais que tout s’est joué là. Ils savent aussi qu’il n’aurait laissé sa place à personne car l’exemple vient du chef, et l’exemplarité était pour lui comme pour chacun d’entre vous une vertu cardinale...»

Poser son arme et s'avancer seul, les bras presque en croix,  pour prendre la place d'un otage en sachant que le terroriste veut “tuer de l'uniforme” : ce n'est pas dans les manuels militaires. Ce n'est pas tomber au combat. C'est autre chose. Un sacrifice pareil est rarissime ; il n'est pas donné à tous de devenir "un héros de la condition humaine", comme l'a dit Mélenchon (applaudi par tous les députés sauf Mme Le Pen) : c'est contraire à la dissociété libérale qui enferme l'individu dans ses pulsions égotistes. Force est donc de recevoir - et avec respect - le témoignage de celle qu'Arnaud Beltram allait épouser devant le Christ dans deux mois, lorsqu'elle nous dit que l'offrande de soi désarmé est un acte jailli des profondeurs de l'âme.

 On peut donc estimer qu'Emmanuel Macron a trop déplacé l'éclairage en disant ce matin : 

« ...Dès que nous eûmes appris son geste, à l’issue incertaine, nous tous, Français, avons tremblé d’un frisson singulier. L’un d’entre nous venait de se dresser. Droit, lucide, et brave, il faisait face à l’agression islamiste, face à la haine, face à la folie meurtrière, et avec lui surgissait du cœur du pays l’esprit français de résistance... »

Le président sait très bien qu'avant l'héroïsme du colonel Beltrame beaucoup de combattants français se sont “dressés” contre le terrorisme, dans l'Hexagone ou hors de ses frontières ; on comprend donc que le discours veut ériger l'acte de Trèbes en modèle, transposable dans le quotidien de la population civile, en appelant les Français à...  Mais oui, précisément : à quoi ?  Arnaud Beltrame a agi comme un saint, autant (voire plus) que comme un militaire en opérations. En théologie tous les croyants sont appelés à être des saints. Mais pas les incroyants... Et l'on retrouve ce problème dans un troisième passage du discours :

« ...En sauvant cette jeune femme, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a conjuré l’esprit de renoncement et d’indifférence qui parfois menace. Il a montré que le socle vivant de la République, c’est la force d’âme. Je le dis à son épouse, à sa mère, à ses frères, la leçon qu’il nous a offerte est, je le sais, d’un prix inacceptable, même si c’est le prix que chaque soldat est prêt à payer. »

Il est beau de dire que la force d'âme est "le socle vivant de la République" : mais on ne voit pas sur quoi se fonde cette proclamation. Qu'est-ce que "l'âme" de l'individu dans l'idéologie officielle en 2018, qui n'est qu'une annexe du consumérisme ambiant ? Et d'où l'individu tirerait-il la "force" de se sacrifier à "un idéal plus grand et plus haut", une transcendance, alors que le piston gigantesque de la société expulse de notre espace tout ce qui n'est pas marchandise ? "La leçon qui nous est offerte" par Arnaud Beltrame répond à cette question. "Soyez toujours prêts à donner à qui vous les demande les raisons de votre espérance", dit la lettre de saint Pierre ; le colonel Beltrame était discret sur sa vie intérieure, mais c'est en offrant sa vie physique pour la vie d'autrui et hors de toute action de combat, comme Maximilien Kolbe, qu'il révèle - dans l'action - la présence en lui d'une espérance hors normes. La mort d'Arnaud Beltrame parle haut et clair.

Emmanuel Macron sait tout cela et ne pouvait en parler ce matin. Mais son discours ouvre un abîme de réflexions pour les catholiques français ; ceux du moins qui ne se seront pas contentés d'applaudir sa déclaration sur l'islamisme, et qui se soucient d'aider leur prochain à connaître le Christ.

___________

[*]  Il en reste des séquelles. Sur des plateaux de télévision, aux commentaires sur la cérémonie, certains se sont crispés contre les mentions du christianisme d'Arnaud Beltrame. Une gendarme gradée (en uniforme) a même qualifié de "partiale" l'idée selon laquelle le devoir militaire et la foi chrétienne étaient indissociables dans l'acte du colonel... Or cette idée avait été exprimée par la veuve de celui-ci. Beaucoup de téléspectateurs estiment que la gendarme doit maintenant des excuses à Mme Beltrame.

 

 

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18:49 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

PRIÈRES

> A noter, un mot rendant compte de la foi du couple Beltrame, et devant lequel Emmanuel Macron n’a pas reculé : celui de « prières » - « Il vivra en vous, par vous, dans votre souvenir, dans vos prières », en fin de discours.
Tant qu’il y a de la prière, il y a de l’espérance !
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Écrit par : Denis / | 28/03/2018

SUR LE SABLE

> En refusant de reconnaître le socle du témoignage du colonel Beltrame, en voulant le réduire à l'habituel radotage sur "les valeurs de la République" le discours de Macron manque l'essentiel et construit sa maison sur le sable. Et nous savons le sort des maisons bâties sur le sable quand vient le vent, les orages et la tempête.
Au fait pourquoi le ministre de l'Education nationale a-t-il laissé aux chefs d'établissement la décision concernant l'hommage à rendre dans les établissements scolaires ? Que craignait-il ce ministre ?
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Écrit par : B.H. / | 28/03/2018

CHAÎNE DE PRIÈRE

> attentat de Trèbes
LANCEMENT D'UNE CHAINE DE PRIERE pour Renato Silva, le conducteur de la voiture blessé à la tête, toujours dans le coma :
Semaine Sainte #pour_Renato
merci de relayer

http://www.lejdd.fr/societe/attentats-de-carcassonne-et-trebes-le-conducteur-atteint-dune-balle-a-la-tete-toujours-dans-le-coma-3610787
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Écrit par : e levavasseur / | 29/03/2018

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