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21/03/2018

Sous le “conservatisme transatlantique”, le scandale

https://www.theguardian.com/technology/2017/may/07/the-gr...

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Affolement dans le "conservatisme transatlantique" cher à Mmes Le Pen (tante & nièce)... Et parmi les têtes qui tombent chez Facebook : celle d’Alex Stamos, dont je cite une confidence révélatrice au chapitre 2 de Cathos, ne devenons pas une secte !  Tout ça en dit long sur la droite américano-française. Coulisses du scandale :


 

 

Nouvelles révélations du Guardian et du New York Times sur la campagne Trump 2016 et le détournement des données Facebook de 50 millions d’utilisateurs... Facebook, qui a cédé 7% lundi à Wall Street et 2,58 % hier, n’a pas directement participé au détournement : celui-ci était actionné par Cambridge Analytica (CA), filiale US du groupe britannique Strategic Communication Laboratories : mais l'absence de protection des utilisateurs vaut à Mark Zuckerberg d’être convoqué à Londres par une commission parlementaire. Le régulateur britannique de la protection des données privées "demande un mandat pour fouiller les serveurs de CA." Les autorités homologues de l’Union européenne se saisissent elles aussi de l'affaire. Aux USA, Zuckerberg sera sans doute convoqué devant la commission judiciaire du Sénat.

 

Ce qu’est en faitCambridge Analytica’ 

Cambridge Analytica (CA) est une société de profilage comportemental créée en 2014 par le hedge fund du milliardaire US Robert Mercer, qui voulait peser sur les élections de mi-mandat. Selon la presse internationale, Mercer a monté CA avec un spécialiste marketing, Alexander Nix, et le bourrin d’ultradroite Steve Bannon (alors directeur du site Breitbart News) qui sera membre du comité de direction de CA jusqu’en août 2016, où il deviendra patron de la campagne Trump.

Dès 2014, Cambridge Analytica entreprend de profiler les électeurs US à partir de données privées circulant sur les réseaux sociaux. L’expert canadien Christopher Wylie recrute pour CA un chercheur en 'psychologie des réseaux sociaux', Aleksander Kogan. Celui-ci crée une société (Global Science Research) pour approcher Facebook sous couleur de mener une recherche universitaire. Kogan obtient les données de 270 000 utilisateurs FB, puis de leurs amis, puis de 50 millions de personnes qui serviront à construire un logiciel d’influence électorale – selon les récentes révélations de Wylie. Ce dernier déclare aujourd’hui : “Ainsi je suis le Canadien gay et vegan qui a fini par créer l’outil de guerre psychologique de Steve Bannon...

 

Tempête pour Facebook

Fin 2015, le Guardian révèle l’usage de données Facebook par Cambridge Analytica dans la campagne d’un rival de Trump : l’ultra Ted Cruz. Facebook réagit en demandant à Cambridge Analytica d’effacer ces données... mais ne prendra pas la peine de vérifier.

En juin 2016, Cambridge Analytica est engagée par la campagne Trump (dont le directeur est Bannon).

En mars 2018, la presse anglaise sort toute l’affaire et le scandale éclate des deux côtés de l’Atlantique. Facebook est dans la tempête : la presse américaine va jusqu’à l’accuser d’avoir violé un accord de 2011 avec la Federal Trade Commission sur les données personnelles ; pour Zuckerberg, le spectre de procédures sans fin se lève à l’horizon.

 

Deux points à souligner

La semaine dernière, les dirigeants de Facebook – constatant soudain la tempête – rompent avec Cambridge Analytica et commencent une purge dans leur propre organisation. Première victime : le chef de la sécurité des systèmes d’information de Facebook, Alex Stamos. Il va quitter (à l’amiable) son poste cet été. Au chapitre 2 de Cathos, ne devenons pas une secte, je cite Alex Stamos expliquant comment et pourquoi Facebook fabrique des bulles de surenchère extrémiste : les publicités et les comptes, dit-il, se concentrent sur l’amplification des messages sociaux et politiques clivants, de tous bords idéologiques, touchant des thèmes aussi divers que les questions LGBT ou raciales, l’immigration, etc.” C’est notamment ainsi que s’est formée, en France, une cathosphère de contrebande opposée au pape et aux évêques et qui fait écran entre l’opinion publique et l’Église réelle. D'où l’aspect commercial – mis en oeuvre de façon cynique – des prétendus “combats culturels” invoqués par les imposteurs de la droite transatlantique.

 

Au sujet des Mercer père et fille [*] et de Bannon, le défecteur Wylie déclare qu’ils voulaient "mener une guerre culturelle" aux Etats-Unis et que Cambridge Analytica était leur "arsenal : ce sont les Mercer (constate Le Temps de Lausanne), qui “tirent les ficelles de cette société”. Selon le quotidien suisse, “la famille s’est donné un but, radicaliser la droite américaine, et Cambridge Analytica est devenue une pièce de son puzzle”. Ils ont ainsi financé le site Breitbart News, plateforme de la droite bourrin US (AltRight) alors pilotée par Bannon. Ralliés au bourrin Trump auquel ils allaient donner 11 millions de dollars (après l’échec du bourrin Cruz), les Mercer ont fini en 2018 par lâcher Bannon, lui-même lâché par Trump… Marine Le Pen a invité Bannon en star du “conservatisme transatlantique” au congrès de l’ex-FN, espérant ainsi concurrencer sa nièce qui venait de se produire (alliée empressée) à un meeting ultralibéral-ultraconservateur près de Washington. Tout ça prête à rire tellement c’est idiot.

 

__________

[*] Rebekah Mercer siège à Washington au conseil d’administration de la Heritage Foundation : lobby libéral-conservateur qui inspira notamment, dans les années 1980, une campagne de désinformation de plusieurs hebdomadaires parisiens contre le CCFD. Entre autres la fameuse photo truquée du prétendu massacre des Miskitos par les sandinistesqui allait valoir au service politique du Figaro Magazine de sérieux déboires… Je n’en fus que le témoin, ne m’occupant à l’époque que du service culture.

 

Commentaires

CHAOS

> Intéressant, cet extrait du portrait du milliardaire Robert Mercer, dressé par le journaliste américain Michael Wolff dans « Le feu et la fureur », « chronique stupéfiante et pourtant vraie d’une année de chaos au sommet du monde » (la 1re année de Trump président), qui vient de sortir chez Robert Laffont. Ou l’on voit la détermination du milliardaire en question – et aussi le regard quelque peu naïf que Wolff porte sur lui…
« La mission des Mercer est totalement chimérique. Ils ont dépensé des fortunes – même s’il ne s’agit que d’une petite portion des nombreux milliards de Bob Mercer – pour tenter de former, aux Etats-Unis, un mouvement politique radical anti-libéral, anti-musulman et anti-droits civiques, prônant le libre-échange, un Etat faible, l’enseignement à la maison, l’étalon-or, la peine de mort, la chrétienté et le monétarisme.
« Bob Mercer, c’est le matheux absolu, un ingénieur spécialiste des algorithmes et patron de Renaissance Technologies, l’un des hedge funds les plus rentables du monde. Avec sa fille, Rebekah, et en suivant leur seule fantaisie, Mercer a fondé leur Tea Party privé, et un club alt-right. Bob Mercer s’exprime très peu, il vous regarde d’un œil morne sans ouvrir la bouche ou vous offre une réponse minimaliste. Il a fait installer sur son yacht un piano Steinway demi-queue et lorsqu’il convie des amis ou ses collègues sur le bateau, il en joue sans s’arrêter ni prêter la moindre attention à ses invités. Ses opinions politiques, pour autant qu’elles puissent être décelées, le portent plutôt vers Bush, et ses discussions politiques, pour autant qu’il veuille bien y participer, tournent autour du ‘ground game’ et de la collecte des données. C’est Rebekah Mercer, impressionnée par Bannon, qui définit les vues politiques de la famille. Lesquelles sont sombres, inflexibles et doctrinaires. (…) » (p.76).

Denis


[ PP à Denis - Peut-être ne sont-ils pas des humains ? Ça rappelle 'L'invasion des profanateurs de sépultures' (Don Siegel, 1956). ]

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Écrit par : Denis / | 21/03/2018

> Un exemple de la "cathosphère de contrebande" dans un commentaire d'internaute à un article de J.-M. Guénois sur le "ministre de la Communication du pape écarté", dans le Figaro d'hier :
"Peter Hünermann est en conflit violent avec Ratzinger/Benoît 16 : il a des mots très violents contre lui, il parle de sa "stupidité". Et le pape François aurait voulu que le pape émérite préface un bouquin dont l'un des auteurs l'a traité de "stupide" ? Incroyable, non ? Ce conflit me semble opposer les conservateurs (Benoît) aux progressistes (François), les progressistes reprochant aux conservateurs de ne pas suivre les enseignements du concile Vatican II. Rétrospectivement, je me demande si Benoît a démissionné volontairement ou s'il a été viré par les progressistes."
On nage en plein délire !
PV


[ PP à PV - Pour affirmer que la lettre de Benoît XVI était un acte de désaveu envers François (alors qu'elle dit explicitement le contraire), ils en sont réduits à transformer le personnage de Hünermann en épouvantail. En réalité, Ratzinger et lui se connaissent depuis toujours ; ils étaient déjà en controverses quand le futur Benoît XVI était professeur... Ces querelles d'universitaires sont un monde à part - auquel nos intégristes à gros mollets restent très étrangers. ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/03/2018

TARDIF

> Concernant Facebook, j'attendais personnellement depuis quelques temps (tout comme d'autres) de voir combien de temps ils allaient pouvoir se laver les mains de leurs responsabilités sur de nombreux points qui coincent légalement (partage de données, protection du droit à l'image, droit d'auteur absolument pas protégé, etc).
Leur mode d'opération semblait dire : le contenu de Facebook devrait lui-même s'auto-modérer en empêchant ainsi les abus. En fait, une belle démonstration de "On s'en fiche tant qu'on gagne des milliards !". Je me demandais quand une remise en question sérieuse arriverait...Elle en aura mis du temps.
______

Écrit par : A-L P / | 22/03/2018

à PP et PV

> qu'ils retournent coller les affiches de Marion Maréchal et qu'ils nous fichent la paix !
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Écrit par : JL Mitault / | 22/03/2018

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