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27/01/2018

Marc 1, 21-28 : la fidélité au Christ abolit le juridisme

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L'autorité du Christ "n'est pas celle des scribes" (souligne Hans Urs von Balthasar) :  elle indique "la radicalité de l'obéissance à Dieu". Radicalité qui est "d'une tout autre nature que la rigueur de la Loi exigée par les scribes", et c'est une leçon pour nous aujourd'hui :


 

Dans les évangiles, le Christ reproche à la caste du Temple et à la ligue pharisienne d'avoir transformé la religion en juridisme. Cette dérive caractérisait l'une des formes du judaïsme. Elle existe dans le christianisme, notamment au sein du catholicisme. Ce qui est là en cause n'est pas l'existence du droit canon et de la théologie morale (nécessaires à la vie chrétienne), mais l'esprit dans lequel ils sont appliqués. La vie du chrétien est en principe un témoignage évangélique  ;  elle n'atteindra pas son but missionnaire si elle exprime une rigidité fermée, au lieu d'une espérance eschatologique vécue ici et maintenant [*]. C'est pour se réajuster toujours à cette mission que la vie chrétienne est toujours à réformer : semper reformanda.

Et c'est l'esprit dans lequel le pape François appelle à aborder les réalités d'une société en voie de mutation accélérée :  on ne découvre pas le Christ aujourd'hui dans les mots et les attitudes d'avant-hier...  Nous crisper n'aiderait pas nos contemporains à chercher le Christ : recherche qui chemine sous des formes inattendues et déconcertantes, un après-midi d'évangélisation de rue dans un quartier populaire permet de le constater. La "radicalité" évangélique dont parle Balthasar est, dit-il, une radicalité de "l'obéissance à Dieu" : il s'agit d'obéir à la mission explicitement donnée par le Christ ("De tous les peuples faites des disciples", et non : "Inscrivez-vous dans le bon parti politique" ) !  Cette radicalité, ajoute Balthasar, "n'entraîne nullement une fuite hors du monde" mais au contraire "une vie pour Dieu au milieu du monde, de son travail et de ses peines" : une vie solidaire, aux côtés de tous, sans nous isoler dans un halo d'a-priori.

Il est temps de cesser d'interposer des préalables et des faux-fuyants ; de cesser de dire : "évangéliser c'est sûrement très beau mais on s'en occupera plus tard, pour le moment on a des choses sérieuses à faire dans un parti politique"...  Contorsion qui déjà ne mène à rien  sur le plan politique, mais qui étouffe surtout le témoignage de foi.

Ce début d'année voit en librairie un feu d'artifice de livres sur le catholicisme. Ce qui est très positif, c'est qu'il s'agit de livres sur le catholicisme en soi et donc sur la foi chrétienne : autrement dit sur l'essentiel. On tourne ainsi la page des stériles dernières années où l'on ne parlait pas de la foi mais des compromissions politiques que l'on prêtait aux catholiques : "pour quels partis votaient-ils, est-ce qu'ils votaient comme la moyenne du reste des Français ou différemment", etc...  (on ne parlerait pas autrement d'une secte).

Ces livres tournent la page parce qu'ils sont des témoignages de foi ! Deux d'entre eux (dont le mien, excusez-moi) sont des témoignages de conversion.  Tous ces livres en reviennent à l'essentiel et à l'unique nécessaire : le coeur incandescent de la foi. Le catholicisme n'existe que s'il est rencontre avec le Christ. Les catholiques peuvent et doivent apporter quelque chose à la société actuelle, mais ce ne sont pas leurs "valeurs" (dont tout le monde se fiche) : c'est le témoignage de disciples du Christ, capables de changer de vie et d'opinions pour Lui être fidèles.

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[*]  "Soyez prêts à donner les raisons de votre espérance à qui vous les demande", dit la première lettre de Pierre... Encore faut-il montrer une espérance et non des préjugés.

 

 

jésus christ,christianisme

 

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Commentaires

POSITIONS

> Si votre livre n'est toujours pas en rayon de ma librairie préférée, je commande lundi ou mardi.
Encore merci pour vos interventions sur Radio Notre Dame le vendredi à 7h30. Même si vos positions me heurtent parfois (peu souvent il est vrai).
De Marseille

Michel Santini


[ PP à MS - Il arrive que des libraires mettent du temps à ouvrir leurs cartons ! Et merci. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Michel Santini / | 28/01/2018

LE JURIDISME

> Je vais, moi aussi, commander votre ouvrage cette semaine en me réjouissant de vous lire.

Une note concernant l'approche juridique de la religion chrétienne, dénoncée pourtant par le Christ Lui-même au travers des pharisiens. Beaucoup de ces scribes des temps modernes, pétris de certitudes, se noient dans l'hypocrisie d'une vie bien souvent fort éloignée des principes évangéliques : ainsi, tel bourgeois bien installé, avec femme et enfants, entretenant une ou plusieurs demi-mondaines, ou encore tel chef d'entreprise assis au premier rang à la messe, licenciant sans états d'âme son personnel le lendemain sans s'interroger sur les conséquences humaines de ses actes. François Fillon en fut un exemple qui affligea la droite dite catholique : père la rigueur en apparence, flirtant avec l'escroquerie dans la réalité.
Comme vous Patrice, j'ai été profondément marqué il y a quelques années par la Vérité du message évangélique, que j'ai relu en le comprenant. Cette conversion du cœur me procure aujourd'hui une grande joie intérieure, qui m'accompagne même dans les périodes difficiles. Le Christ nous accepte tels que nous sommes, quels qu'aient été nos errements passés, d'où l'importance de la miséricorde, indissociable à mes yeux de l'idée de conversion.
Il y a dix ans, une fillette brésilienne de neuf ans, violée par son beau-père, avortait. Sa mère et ses médecins furent excommuniés par l'évêque local, l'avortement étant selon lui un mal plus grave encore que le viol. Sur ce dernier fondement, le beau-père ne fut pas, lui, excommunié ; le cardinal Re, au Vatican, confirmait la sentence quelque temps plus tard. Le visage pharisien de l'Église m'avait bouleversé à l'époque : face à ce drame, nul doute que le Christ pleurait avec cette petite fille, injustement broyée par la concupiscence de son beau-père. Mais de cela, l'Église n'en a dit mot, se retranchant derrière un juridisme "à la Burke". Merci au pape François pour nous rappeler que vivre en chrétien, c'est se plonger dans l'amour : "aime et fais ce que tu veux !".
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 29/01/2018

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