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23/01/2018

Davos : l'avertissement du pape aux managers du monde

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François rappelle du même coup les véritables axes de l'engagement du chrétien dans la cité. Marcher dans cette direction (non dans une autre !) est le devoir spirituel de tout catholique :


 

Message de Sa Sainteté le Pape François

au président exécutif du "World Economic Forum"

à l’occasion du rassemblement annuel à Davos-Klosters (23-26 janvier 2018)

 

 

<<   Au professeur Klaus Schwab

Président exécutif du Forum économique mondial

Je vous suis reconnaissant de votre invitation à participer au Forum économique mondial 2018 et de votre désir d’inclure la perspective de l’Eglise catholique et du Saint-Siège à la réunion de Davos. Je vous remercie également de vos efforts pour porter cette perspective à l’attention des personnes rassemblées pour ce Forum annuel, y compris les distinguées autorités politiques et gouvernementales présentes et tous ceux qui sont engagés dans les domaines des affaires, de l’économie, du travail et de la culture, alors qu’ils discutent des défis, des préoccupations, des espoirs et des perspectives du monde d’aujourd’hui et de demain.

Le thème choisi pour le Forum de cette année – Créer un avenir partagé dans un monde fracturé – est très opportun. J’ai confiance que cela vous aidera à orienter vos délibérations alors que vous cherchez de meilleures bases pour édifier des sociétés inclusives, justes et solidaires, capables de redonner de la dignité à ceux qui vivent dans une grande incertitude et qui sont incapables de rêver d’un monde meilleur.

Au niveau de la gouvernance mondiale, nous sommes de plus en plus conscients de la fragmentation croissante entre les États et les institutions. De nouveaux acteurs émergent, ainsi qu’une nouvelle concurrence économique et des accords commerciaux régionaux. Même les technologies les plus récentes transforment des modèles économiques et le monde globalisé lui-même, qui, conditionné par des intérêts privés et une ambition d’un profit à tout prix, semble favoriser davantage la fragmentation et l’individualisme, plutôt que de faciliter des approches plus inclusives.

Les instabilités financières récurrentes ont apporté de nouveaux problèmes et de graves défis auxquels les gouvernements doivent faire face, tels que la croissance du chômage, l’augmentation des diverses formes de pauvreté, l’élargissement du fossé socio-économique et de nouvelles formes d’esclavage, souvent ancrées dans des situations de conflit, de migration et de divers problèmes sociaux.  À cela s’ajoutent des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres.

On constate avec regret une prévalence des questions techniques et économiques au centre du débat politique, au détriment d’une authentique orientation anthropologique. "L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule" (Allocution devant le Parlement européen, Strasbourg, 25 novembre 2014).

Dans ce contexte, il est vital de sauvegarder la dignité de la personne humaine, notamment en offrant à tous des possibilités réelles de développement humain intégral et en mettant en œuvre des politiques économiques favorables à la famille. "La liberté économique ne doit pas prévaloir sur la liberté pratique de l’homme et sur ses droits, et le marché ne doit pas être absolu, mais respecter les exigences de la justice" (Discours à la Confédération générale de l’industrie italienne, 27 février 2016).

Des modèles économiques sont donc également nécessaires pour observer une éthique du développement durable et intégral, fondée sur des valeurs qui placent la personne humaine et ses droits au centre.

"Devant les nombreuses barrières de l’injustice, de la solitude, de la méfiance et de la suspicion qui s’élaborent encore de nos jours, le monde du travail est appelé à prendre des mesures courageuses pour que être et travailler ensemble ne soit pas seulement un slogan mais un programme pour le présent et le futur" (ibid.). Ce n’est que par une résolution ferme partagée par tous les acteurs économiques que nous pouvons espérer donner une nouvelle direction au destin de notre monde. L’intelligence artificielle, la robotique et les autres innovations technologiques doivent donc elles aussi être utilisées de façon à contribuer au service de l’humanité et à la protection de notre maison commune, plutôt que le contraire comme le prévoient malheureusement certaines évaluations.

Nous ne pouvons pas rester silencieux face à la souffrance de millions de personnes dont la dignité est blessée, et nous ne pouvons pas continuer à avancer comme si la propagation de la pauvreté et de l’injustice n’avait pas de cause. C’est un impératif moral, une responsabilité qui implique tout le monde, que de créer les bonnes conditions pour permettre à chaque personne de vivre dignement.

En rejetant une culture du «jetable» et une mentalité de l’indifférence, le monde entrepreneurial dispose d’un énorme potentiel pour effectuer un changement substantiel en augmentant la qualité de la productivité, en créant de nouveaux emplois, en respectant les lois du travail, en luttant contre la corruption publique et privée et en promouvant la justice sociale, en même temps que le partage juste et équitable des profits.

Il y a une responsabilité grave à exercer un sage discernement, car les décisions prises seront décisives pour façonner le monde de demain et celui des générations futures. Ainsi, si nous voulons un avenir plus sûr, qui encourage la prospérité de tous, il est nécessaire de garder la boussole continuellement orientée vers le «vrai Nord», représenté par des valeurs authentiques. Il est maintenant temps de prendre des mesures courageuses et audacieuses pour notre planète bien-aimée. C’est le bon moment pour mettre en œuvre notre responsabilité de contribuer au développement de l’humanité.

J’espère donc que cette rencontre 2018 du Forum économique mondial permettra un échange ouvert, libre et respectueux, et qu’elle sera surtout inspirée par le désir de faire avancer le bien commun.

En renouvelant mes meilleurs voeux pour le succès de la rencontre, j’invoque volontiers sur vous et sur tous ceux qui participent au Forum les bénédictions divines de sagesse et de force.

Du Vatican, le 12 janvier 2018. >>

 

© Traduction Zenit - Anita Bourdin

 

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Commentaires

IDÉES

> Clair et net ! Qui après ça pourra encore dire que l'Eglise "n'affirme pas ses idées" ?
Elle les affirme, mais ce ne sont pas les idées de la classe dominante et de son obscène président américain.
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Écrit par : a. ancelin / | 23/01/2018

"ESCLAVAGE"

> Esclavage, est-ce un mot qui fait vibrer le coeur des Américains ? Ou renvoie-t-il seulement à une partie de l'histoire américaine. Peut-on imaginer des esclaves en Amérique ? Y'a-t-il des esclaves en France? Ou est-ce une expression qui revient chez François justement pour réveiller les consciences, mais expression non politiquement correct?
Il me semble qu'on parle plutôt d'"esclavage des temps modernes", d'"esclave du travail", mais pas d'esclave de telle personne.
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Écrit par : Théophile | 23/01/2018

@ Théophile:

> Le Pape nous parle de "nouvelles formes d'esclavages, souvent ancrées dans des situations de conflit, de migration et de divers problèmes sociaux".
C'est dire que ce ne sont pas des reliquats d'esclavages d'un autre temps, mais bien de formes modernes d'esclavages, générées par notre société libérale, parce que non seulement le système économique actuel le permet, mais qu'il le suscite et le promeut. Que l'on songe aux enfants dans les mines d'Afrique pour nos téléphones portables, dans les usines d'Asie pour nos baskets, aux clandestins dans les serres d'Espagne pour nos tomates ou nos fraises, aux sans-papiers sur nos chantiers ou aux couturières dans les arrières boutiques de la haute couture parisienne. Nous sommes aussi à la fois consommateurs de cet esclavage par nos achats et modes de vie, commanditaires par nos métiers, et comme salariés mis en concurrence sur le marché de l'emploi avec cette main d'oeuvre "hors caste".
Un site très didactique sur ce sujet:https://50forfreedom.org/fr/esclavage-moderne/
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Écrit par : Anne Josnin / | 24/01/2018

@ Théophile,

> comme les Yes Men le rappelèrent en leur temps, dans une de leurs plus brillantes intrusions salutaires, l'esclavage est coûteux et inefficace. Le mondialisme à êtres humains jetables et à mutualisation des pertes et confiscation des profits est mille fois préférable pour la marche optimisée du monde dans la perspective économiquement défendue par ce qui fait fait opinion sur cette planète:
(désolé c'est en anglais, mais ça vaut son pesant de peanuts)
https://www.youtube.com/watch?v=ps9BC7D6jC0
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Écrit par : Aventin / | 24/01/2018

à Anne Josnin

> Dit comme ça c’est plus clair. Merci !
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Écrit par : Theophile / | 24/01/2018

> Ecouteront-ils ?
______

Écrit par : Pierre Huet / | 25/01/2018

FAIRE MONTER LES MARGES

> La vérité sur le monde libéral : Casser ici pour empêcher la reprise et faire monter les marges ailleurs !
https://www.bastamag.net/Pointer-au-chomage-plutot-qu-au-travail-les-combines-des-multinationales-pour
______

Écrit par : franz / | 02/02/2018

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