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12/12/2017

Cadeau politique pour les fêtes : 'L'Ami américain' (3/3)

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Notre troisième coup de sonde dans le livre essentiel d'Eric Branca : l'emprise washingtonienne sur l'Elysée, de Giscard à Hollande...


 

 

L'enquête d'Eric Branca est si riche en informations que les coups de sonde ne la déflorent pas, mais tenons-nous en à un dernier angle :  le ré-enlisement progressif de Paris dans l'atlantisme à partir du septennat Giscard. Double symptomatologie : du côté de la classe politique française, un désir d'allégeance ; du côté américain, un mépris à peine dissimulé. Il n'y avait eu d'embellie que sous de Gaulle (paradoxalement) et à deux reprises : un début d'estime mutuelle sous Kennedy, puis l'étonnant enthousiasme de Nixon envers la personnalité et la géopolitique du Général. Celui-ci ayant quitté le pouvoir, Washington mise un instant sur Georges Pompidou (cru d'abord atlantiste parce qu'il vient de la banque) - puis s'aperçoit que ce dernier partage la vision de son prédécesseur ; l'effort gaullien continue sur son élan mais pour un temps seulement. Il s'arrête à la mort de Pompidou.

Tout change avec l'arrivée de Foutriquet, comme l'appelle Pierre Boutang, ou Valy comme disent les salons... Washington peut renouer avec sa politique constante qui vise à phagocyter la France, seul Etat "politique" en Europe. On entre ainsi dans l'ère actuelle qui forme l'épilogue du livre d'Eric Branca.

D'abord Giscard, qui inaugure la  non-politique (ou sortie de l'histoire) : pour lui la France n'a plus d'autre rôle que de mettre de l'huile dans l'engrenage de la mondialisation, en courtisant les géants.

Puis Mitterrand, qui aggrave la soumission :  fournissant lui-même des renseignements à la CIA sur des opérations françaises ; engageant la France dans la première guerre bushienne de déstabilisation du Moyen-Orient ;  capitulant sur l'économie... Le tout avec une lucidité infernale puisqu'il sait (et dira, cf. ici notre note du 7/12) que Washington est au fond l'ennemi de Paris.

Puis Chirac, qui sauvera brièvement l'honneur en s'opposant à la seconde guerre bushienne mais après avoir aidé à deux catastrophes : 1. en laissant Berlin pousser à la dislocation de la Yougoslavie, remettant ainsi en cause des frontières de 1945 devenues garant de la paix ; 2. en appelant Washington à intervenir militairement en ex-Yougoslavie, ce qui transforme l'Otan en engin américain post-guerre froide que l'on va braquer sur la Russie ! Inquiétant avenir pour le continent... (Chirac allait ensuite s'en inquiéter : un peu tard pour la prudence).

Puis Sarkozy, le gaullophobe [*], américanolâtre  proche du State Department, et qui avait annoncé dès 2005 sa candidature de 2007 à l'ambassadeur des Etats-Unis... en lui certifiant qu'il condamnait Chirac sur l'Irak et la Russie ! Ce fut le quinquennat de la vassalité : retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan, ubuesque guerre de Libye, etc.

Puis Hollande et ses girouettes. Sous Sarkozy ils jouaient (Fabius en tête !) aux défenseurs de l'indépendance française contre l'alignement atlantiste ; sitôt parvenus au pouvoir, ils iront encore plus loin que Sarkozy en réactivant un protocole de 1952, devenu caduc en 1967, qui permet la ré-installation de bases américaines en France. Avec l'assentiment de tous les députés de droite sauf Bernard Debré...

L'enquête d'Eric Branca ne s'étend évidemment pas au quinquennat d'Emmanuel Macron, épreuve en cours. Le nouveau président français est aux prises avec M. Trump, face inhabituellement hagarde de la réalité américaine (et soutenu en France par ce qu'il y a de plus bête à droite). Derrière M. Trump il n'y a rien d'autre que le deep State du complexe militaro-industriel : l'adversaire de toujours, mais que l'on n'a pas le droit de regarder comme tel puisqu'il est notre allié - ou plus exactement notre suzerain ; un suzerain hostile  et désormais libéré de toutes les formes : ce qui présente l'inconvénient d'être plus périlleux, mais l'avantage de mettre en lumière ce que l'Amérique est réellement.

D'où l'urgence pour tous de lire L'Ami américain : "C'est l'histoire de cette hostilité multiforme aux registres parfois inattendus, que nous nous proposons de raconter ici pour la première fois", indique Eric Branca dans son prologue. Le livre tient cette promesse. C'est plus qu'une leçon de géopolitique : c'est l'histoire d'une énergie trahie, mais dont l'image persiste à barrer symboliquement la voie des abandons.

En cette fin d'année je fais le voeu que tous les cadres - et futurs cadres - de l'armée française lisent ce livre.  S'il connaît un élève-officier, chacun de nos lecteurs devrait le lui offrir à Noël !

Les élèves de l'ENA le liront quand il sera traduit en anglais.

 

__________

[*]  Phobie confiée par Sarkozy au journaliste E. Brunet, que cite Eric Branca page 331. Il cite aussi le jugement de l'ambassadeur US sur Sarkozy (page 326), et révèle l'incroyable comportement d'Hervé de Charette - quoique ministre des Affaires étrangères de Chirac à cette époque. 

 

 

états-unis

 

 

12:01 Publié dans Europe, Politique, USA | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : états-unis

Commentaires

RÉPONSES

> Question (que je pose en toute objectivité, même si l'ampleur de ces révélations me surprend et m'effraie): les propos de M Branca sont-ils suffisamment étayés pour être tenus pour véridiques?
Y a-t-il des "preuves"? Cet auteur est-il "sérieux"?

bob


[ PP à Bob - Je m'étonne que vous ne le connaissiez pas, ce qui vous épargnerait de poser la question ! Quant à la véracité des faits, je ne peux que vous suggérer de lire le livre : cela, aussi, répondrait à votre question. ]

réponse au commentaire

Écrit par : bob / | 12/12/2017

FORMATION

> A rappeler qu'une grande partie de nos "élites" est formée par la French American Foundation (Pecresse, Hollande, Fillon, Najat Vallaud Belkacem, Moscovici, Strauss-Kahn, Attali, etc etc...)
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Écrit par : zitoun / | 12/12/2017

RɐGRESSION

> J'ai lu le livre d'Eric Branca et j'y ai noté entre autres ce que vous signalez dans votre propre lecture. C'est un livre impressionnant totalement factuel, d'autant plus impressionnant que factuel. On comprend à le lire que ce qui se passe depuis Sarkozy est une régression déguisée en "grand pas en avant".
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Écrit par : churubusco / | 12/12/2017

à zitoun :

> ... Et à rappeler : ladite French-American Foundation fut "officiellement" lancée par les présidents Gerald Ford et Valéry Giscard d'Estaing...
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Écrit par : Sven Laval / | 12/12/2017

à zitoun :

> Le fait d'avoir fait une partie de ses études supérieures outre-Atlantique n'implique pas nécessairement d'en être revenu américanolâtre. Parfois, comme c'est mon cas, c'est exactement l'inverse : cette démarche me permit en effet de mesurer la réalité du système américain pour, le cas échéant, le rejeter. Juriste de formation, j'ai été - comme beaucoup - encouragé à partir à l'étranger "parachever" ma formation ; beaucoup d'enseignants considéraient il y a quinze ou vingt ans l'Amérique comme la voie royale, synonyme de succès.
Parti moi aussi pour y suivre un master, j'y ai découvert une jeunesse européenne totalement calibrée au modèle de vie américain, n'ayant pour seul objectif que d'y obtenir une carte verte de résident permanent. La réalité de ce formatage se fit de plus en plus évidente dans mon esprit : jamais je ne pris autant conscience de mon européanité qu'au cours de ces trois années.
Je suis revenu de cette expérience sans aucune illusion sur le gouffre culturel qui sépare Américains et Européens ; jamais je n'oublierai la discussion que j'eus un soir avec plusieurs étudiants texans m'expliquant que l'Europe étant inféodée aux États-Unis depuis que ceux-ci l'ont libérée du joug nazi, elle en serait réduite au statut de semi-colonie pour le reste de son histoire.
Même le catholicisme américain se montre volontiers condescendant à l'égard de la vieille Europe : il suffit d'écouter (ou de lire) George Weigel pour s'en rendre compte.
Au fond, je me demande si ce mépris américain ne trouve pas ses racines dans la démarche d'émigration des pères fondateurs qui, en quittant définitivement l'Europe, l'ont également rejetée. Pour certains Américains (surtout ceux du "midwest"), il y a sans doute aussi un complexe d'infériorité culturelle, accentuée pour les catholiques par le fait que le Siège de Pierre est lui-même en Europe.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 13/12/2017

EUROPE

> Eric Branca considère-t-il que notre vassalisation à Washington se fait par la machinerie de l'Union Européenne? Cela n'apparaît pas dans vos coups de projecteur.

PH

[ PP à PH - Il retrace la genèse de la "construction européenne" chez Jean Monnet à Washington. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 13/12/2017

@ Philippe de Visieux

> Pour autant que je sache, la French-American Foundation n'est pas un cursus d'étude ordinaire, mais plutôt un outil d'influence, du fait de la sélection et du type de lien entre les membres américains et français.
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Écrit par : Pierre Huet / | 14/12/2017

à Pierre Huet :

> En effet, ce n'est pas une institution éducative. Ses liens avec les diplômés d'universités américaines sont toutefois avérés. Ne pas oublier le rôle joué par les anciens Fulbright, dont l'immense majorité n'est pas comme moi si circonspecte à l'égard du modèle américain. Des gens comme Pierre Lellouche s'y retrouvent : l'atlantisme y est de bon ton.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 14/12/2017

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