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28/06/2017

Le bien commun [2] : ce n'est pas l'identitarisme

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Mon exposé lors d'une session de fraternité monastique :


 

« L'identitaire » n'est pas l'identité. Il se substitue, sous forme de fantasme, aux véritables identités enracinées. Mieux vaut donc dire identitarisme, parce qu'il s'agit d'une idéologie plaquée sur les réalités : l'identitarisme peut être national, régional, ethnique, culturel ou religieux.

Il n'apparaît que là où existe une impression (vraie ou fausse) de perte d'une identité quelle qu'elle soit. En proie à l'émiettement hyper-individualiste sous la pression des forces économiques libérales, la société occidentale génère ce sentiment de disparition des identités enracinées - et efface le souci authentique du bien commun. Cela dans tous les domaines... Comme dit Michéa : « Le primat structurel d'un idéal purement calculateur ou gestionnaire sur toute forme de réflexion morale, philosophique ou religieuse, constitue l'un des traits les plus caractéristiques de la société libérale moderne. »

L'identitarisme se présente alors comme le moyen prétendu de ressusciter les identités, quelles qu'elles soient. C'est son bluff. En réalité l'identitarisme est un ersatz : un substitut, une caricature très déformée, produit d'idéologies sans rapport avec l'identité concernée.

Exemple : les mouvements politiques identitaires se présentant comme super-patriotes français, alors que leur idéologie est ethniciste : ce sont simplement des suprématistes blancs, très inspirés de ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis. Là où des valeurs d'identité enracinées sont toujours vivantes et fortes, l'identitarisme existe peu (p. ex. sur le plan régional : Bretagne, Corse, Pays basque).

Autre exemple : les courants identitaires qui se disent catholiques, mais tournent le dos au Magistère de l'Eglise. La version catholique de l'identitarisme apparaît là où un milieu se croit en charge d'incarner « le vrai catholicisme » - parce que ce milieu a coupé le contact avec l'Eglise réelle.

De quelle façon ce milieu a-t-il « coupé le contact » ? En ne prenant pas au sérieux ce que l'Eglise réelle dit et fait. Voire en accusant l'Eglise réelle de ne pas dire et faire ce qu'elle devrait... (selon eux, elle devrait aller dans le sens de leurs opinions libérales-conservatrices). Le catholique identitaire ne lit pas les documents de l'Eglise réelle : mais il écoute volontiers ceux qui les diffament en les déformant. Il est lui-même victime du dessèchement spirituel de la société occidentale : mais il n'identifie pas les vraies causes de ce dessèchement. Il préfère en accuser l'Eglise.

D'où une surenchère permanente sur les réseaux sociaux : surenchère qui ne cesse d'approfondir cette auto-désinformation. On sait que les algorithmes de Facebook, par exemple, fonctionnent en branchant les uns aux autres des gens censés se ressembler par leurs goûts et leurs centres d'intérêt : d'où une « ghettoïsation numérique » de gens qui surenchérissent en boucle sur les mêmes thèmes.

Ainsi se crée une cathosphère artificielle, qui : 1. fait écran entre l'Eglise réelle et l'opinion publique ; 2. enferme les « cathos » identitaires dans une sorte de palais des miroirs.

Quelle sorte d'imagerie renvoient ces miroirs ? Comme on l'a dit au début, l'identitaire est un substitut à l'identité. Ça introduit une contradiction dans tous les domaines, mais spécialement dans le catholicisme.

En effet l'identitaire fonctionne comme une mythologie passéiste. Raymond Aron disait : « Il existe des mythes de droite : le refus d'un certain nombre de réalités actuelles et l'exaltation d'un passé transfiguré ». A l'inverse, la foi au Christ est l'inverse d'un passéisme : à chaque époque elle apporte des réponses nouvelles aux besoins inédits de l'évangélisation - et, par surcroît, aux problèmes de société eux aussi inédits. Comme dit le cardinal de Lubac dans un livre essentiel (Catholicisme, Cerf) : « Sur ses fondements éternels, l'Eglise esr un perpétuel chantier ». Par exemple, aujourd'hui, l'écologie intégrale de Laudato Si' apporte une réponse actuelle aux problèmes - sans précédent - de la planète et de nos sociétés.

Mais un certain nombre de « cathos » français semblent ne pas en avoir conscience. Qu'est-ce qui brouille leur lucidité ? Une angoisse diffuse devant un monde hostile. Le besoin de se rassurer avec une vision du monde simpliste et autoritaire... Vision pas si différente, finalement, de celle des islamistes qu'ils croient combattre.

Or la peur est mauvaise conseillère : elle est à l'origine de toutes les dérives. La dérive identitaire mène hors du christianisme, vers une religiosité servant de prétexte à autre chose que la foi :

- religiosité d'imagerie historique, donc vidée de l'essentiel,

- religiosité faite pour sacraliser des opinions politiques et économiques (souvent en contradiction avec la DSE)...

- ...alors que ces opinions mènent à pactiser avec d'autres identitaires qui, eux, sont de la variété antichrétienne : celle qui prône un culte de l'obscur du sang et du sol, irrationalisme bourrin revendiqué comme « populisme » et menant à justifier n'importe quoi... (p. ex. : des catholiques idolâtrant Trump). Psychiquement, l'identitarisme mène en effet à « libérer les intincts ». Il s'agit toujours de rejeter un surmoi qui bridait l'instinct : d'où (dans le cas de catholiques pour qui l'Evangile était un surmoi) une rupture inconsciente avec cet Evangile  - qui, lui, appelle à bien autre chose.

Dans les débats de société, quels sont les effets de la dérive identitaire chez les catholiques ?

Le plus évident est le refus de mettre en cause le système économique : d'où rejet de la DSE réelle (et allergie à l'enseignement du pape François). Ce problème  – l'emprise du système économique sur notre existence aujourd'hui – est essentiel pour le bien commun, mais n'a pas d'importance aux yeux des identitaires. Il doit même être gommé puisque sans rapport avec la seule « chose qui compte » à leurs yeux : exalter le passé et les instincts.

Ainsi certains catholiques récusent les directives économiques et sociales de François : pape qui déplaît beaucoup aux identitaires... L'un d'eux, au salon du livre chrétien de Dijon en décembre, me dit : « Cette encyclique Laudato Si' a du mal à passer ». Il ne l'avait pas lue. Ni d'ailleurs Caritas in Veritate ou Centesimus Annus.

Ceux qui sont allergiques au pape vous disent qu'on peut négliger le Magistère économique, écologique et social puisque « ce ne sont pas des dogmes ». Pourtant tout catholique devrait savoir que sa loyauté requise ne se limite pas aux dogmes : et que, oui, le Magistère a divers degrés d'autorité, mais qu'on n'en doit mépriser aucun. La doctrine sociale de l'Eglise doit « inspirer la conduite des fidèles », souligne le Catéchisme (§ 2422), parce qu'elle est un enseignement de l'Eglise relevant de la théologie morale... C'est même « une partie essentielle du message chrétien », écrit Jean-Paul II dans Centesimus Annus. Dans l'exhortation Christifideles laici de 1988, il précise que la doctrine sociale de l'Eglise est là pour « former la conscience sociale » des laïcs à l'aide « de principes de réflexion, de critères de jugement et de directives pour l'action ».

Et les principes de Centesimus Annus, puis de Caritas in Veritate, puis de Laudato Si', sont les mêmes. Ainsi que les constats économiques et scientifiques : car la réalité est la même pour tout le monde (et ça concerne le bien commun) ! Quand Laudato Si'  fulmine contre le saccage de la planète, c'est dans le droit fil du message de saint Jean-Paul II du 1er janvier 1990. Quand François critique le productivisme consumériste et l'ultralibéralisme financier dans Laudato Si' ou Evangelii Gaudium (§ 53 s.), il ne fait qu'actualiser et renforcer la critique constante de l'Eglise envers le libéralisme...

Critique traditionnelle, d'ailleurs, puisqu'elle fut amorcée en 1891 par Léon XIII dans Rerum Novarum, qui renvoie dos à dos le collectivisme et le capitalisme libéral. Et puisqu'elle s'enracine dans la célèbre homélie où saint Augustin prône, au delà du caritatif, le changement des structures socio-économiques : « Nous ne devons point souhaiter qu'il y ait des malheureux pour nous permettre d'accomplir des oeuvres de miséricorde. Tu donnes du pain à qui a faim : mais mieux vaudrait que nul n'ait faim, et que tu ne donnes [de pain] à personne. Tu habilles qui est nu ; si seulement tous étaient vêtus, et qu'il n'y eût point une telle nécessité ! »  [*]

 

Conclusion :

L'identitarisme en milieu catholique est un problème dont on ne doit pas s'exagérer l'importance. Mais c'est un problème qu'on ne peut pas non plus minimiser : il engage, en même temps, la foi des catholiques concernés  - et l'image du catholicisme aux yeux des non-croyants, écrasante majorité de la population.

 

 

__________

[*]  Sur la 1ère épître de saint Jean, traité 8, n. 5.

 

 

 

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Commentaires

INCOHÉRENTS

> "la seule « chose qui compte » [pour les identitaires] : exalter le passé et les instincts." notez-vous.
Cela révèle une étrange incohérence chez eux.
Il y a dans le sentiment d'identité au moins tel que je le ressent moi-même, un attachement à une langue, à une histoire, à un patrimoine architectural et artistique, bref, à une culture. Et aussi à des paysages. Toutes choses mises à mal par le modèle économique et administratif actuel qu'ils ne contestent guère.
Alors en quoi leur "identitarisme" consiste-t-il ?

PH


[ PP à PH - Force est de le constater : ce sont des 'white supremacists' et pas grand-chose d'autre... Leur thématique est polarisée sur l'immigration (ça se déguise en "résistance à l'islam" chez leur variante catho). Le passé qu'ils exaltent n'est pas le vrai passé : c'est une collection de fantasmes, du genre de la pseudo-bataille de Poitiers... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 28/06/2017

SYNDICATS

> Rapport non direct, mais fort intéressant: http://fr.radiovaticana.va/news/2017/06/28/le_pape_exhorte_les_syndicats_%C3%A0_sengager_dans_les_p%C3%A9riph%C3%A9ries/1321853
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Écrit par : ND / | 28/06/2017

ETHNICISME RÉPUBLICAIN

> " pseudo-bataille de Poitiers" : le "pseudo" me surprend. Pouvez-vous nous indiquer un ouvrage sur la question. Ce que je sais c'est qu'il y a eu des raids sarrazins dans la Lotharingie d'alors jusqu'au 11ème s. : couloir rhodanien, Franche Comté...

PH

[ PP à PH - Je ne connais pas de monographies sur cette question, mais on lit depuis plus
de vingt ans des articles de vrais historiens expliquant comment et pourquoi la "bataille de Poitiers" est un mythe. La réalité fut ce que vous dites : de petits rezzous limités dans le temps, sans rien à voir avec une "invasion" à "arrêter". L'imaginaire "grande bataille décisive" (avec croix celtique : cf. le tableau pompier à Versailles) est une légende XIXe, forgée à l'époque de la fabrication de l'idéologie ethniciste républicaine. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 29/06/2017

LES FAITS

> Rapidement et d'après des souvenirs de fac ainsi que le premier tome de l'histoire de France dirigée par Jean Favier (fayard et livre de poche tome 1)
Le duc d'Aquitaine avait résisté victorieusement à une attaque arabe en 721. Mais Autun est pillée par les mêmes Arabes en 725. Bref, la situation n'est pas sûre. En 732, le duché d'Aquitaine est de nouveau menacé et semble au bord de l'effondrement. Le duc Eudes s'allie alors à des chefs arabes qui sont en désaccord avec leur gouvernement central. C'est là que l'émir Abd al Rahman intervient en montant un raid punitif contre Toulouse puis l'Aquitaine. Objectif final: le pillage de Tours, la ville "sainte" des Francs à l'époque. Eudes appelle Charles Martel à l'aide. Ce dernier attend l'émir au sud de Tours et le bat. le chef arabe est tué au combat mais les Francs n'exploitent pas leurs victoire. Charles a certes peur de s'exposer dans une longue poursuite mais il veut surtout en profiter pour s'imposer et régler des problèmes de politique intérieure en éliminant les derniers soutiens à ses opposants: les évêques de Tours, Orléans et Auxerre.
Pendant ce temps, l'armée arabe rentre en Espagne en pillant tranquillement l'Aquitaine pendant des semaines, l'affaiblissant ainsi durablement et permettant sa "conquête" par les Francs un peu plus tard.
Je rappelle que l'Aquitaine se voulait indépendante, comme la Bretagne et était une principauté riche et développée culturellement. Elle le fut longtemps d'ailleurs, il fallut la guerre de Cent Ans pour la mettre définitivement au pas.
Poitiers fut certes vue comme une victoire forte contre les Arabes par les gens de l'époque, mais les Arabes ne voulaient pas conquérir le royaume franc. Ils n'en n'avaient pas les moyens et étaient divisés politiquement. Charles fit méthodiquement la conquête du sud à partir de la mort du duc Eudes en 735. Elle s'acheva en 739 par la conquête de la Provence, dernier territoire à être resté "romain" profondément et que les pillages francs allait mettre à genoux autant que ceux des Arabes.

Voilà pour le petit résumé d'Histoire et pardon pour le ton "pédant" ;-)
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Écrit par : VF / | 29/06/2017

REZZOUS

> "Petite" précision : les conquêtes musulmanes ont TOUJOURS commencé par des séries de rezzous, à la fois rafles, reconnaissances du terrain et tests de résistance.

FN


[ PP à FN - Ce qui n'empêche pas la "bataille de Poitiers" d'être un mythe du XIXe siècle... ]

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Écrit par : Fernand Naudin / | 29/06/2017

à Fernand Naudin :

> Les "conquêtes" musulmanes ont surtout été d'un grand opportunisme. A chaque fois, les conquérants musulmans ont profité de la bienveillance voire de l'appel des futurs conquis: les chrétiens d'Orient les ont aidés à mettre dehors les Byzantins qu'ils ne supportaient plus (Egypte, Syrie), une bonne partie des Wisigoths d'Espagne les a carrément fait venir pour combattre l'autre partie, etc.
Mais ce petit jeu est ancien. C'est en grande partie comme cela que Rome à conquis la Grande Grèce ou le sud de la Gaule.
Cessons de voir les choses avec l'oeil de JMLP et regardons l'histoire réelle.
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Écrit par : VF / | 30/06/2017

LES DEUX ÉTENDARDS

> Deux compréhensions du monde se proposent à nous, mais non pas de manière frontale, puisque si l'une est effectivement appréhension d'autrui qui nous met en garde, l'autre approche est acceptation d'autrui qui nous désarme.
Il y a aussi dissymétrie profonde en faveur, apparemment, (selon les calculs de la raison raisonneuse-raisonnante), de la première.
En quoi consiste celle-ci? En cette idée que le monde est tout entier organisé selon la relation dominant/dominé, les rapports de force s'inversant régulièrement si bien qu'au final un certain équilibre est ainsi maintenu. D'où la crainte permanente, chez celui qui domine, d'être renversé par les actuels dominés. D'où l'obsession de la revanche chez les vaincus, qu'ils soient réels ou imaginaires( d'un certain point de vue nous nous vivons tous en victimes en recherche de justification/vengeance).
Et ce couple à bascules maître/esclave, bourreau/victime, dominant/dominé, est cercle infernal dont nous sommes tous également esclaves, ("la roue tourne" comme on dit: maigre et provisoire consolation! Nul n'en sort jamais), parce que mentalement nous ne nous vivons jamais en liberté réelle, en détachement de ces liens tout autant aliénants pour le maître, le bourreau, le dominant, que son inférieur.
Et comme nous sommes des affamés de joie partagée, nous développons dans ce seul type de relation que nous connaissons une jouissance malsaine, qui nous rend de fait, même depuis la position de victime, complices de la relation, par addiction à ce succédané de joie.
La complicité à ce type de relation, qu'elle soit revendiquée ou provoquée malgré-nous (dépendance subie qui fait le caractère scandaleux de la pédophilie par exemple), génère, que nous l'assumions ou non, une culpabilité mortifère qui a pour conséquence de souder davantage encore ce couple diabolique bourreau/victime.
Or tel n'était pas le projet divin sur le monde, parce que tel n'est pas le mode relationnel au sein de la Trinité.
Et si l'on observe la nature comme le fond du coeur de l'homme, on découvre que ce type de relation est second, même si par sa puissance d'aliénation il semble prévaloir, tandis que le premier ontologiquement, biologiquement parlant, est celui de la complémentarité, de la coopération désintéressée entre êtres souverains d'eux-mêmes.
C'est dans ce fond premier du coeur de la nature comme de l'homme qu'il faut sans cesse aller puiser, ce qu'ont su faire un certain nombre de mystiques, de saints, d'émerveillés de toutes les traditions humaines.
Mais, quand bien-même on s'enracine intérieurement sur cette compréhension profonde du monde, comment réussir à se libérer de toutes nos relations aliénantes? Faut-il se faire ermite? Se faire Bouddha?
Il n'y a qu'un seul Libérateur, c'est le Christ.
Lui seul est la sortie de cette dualité infernale, et entrée dans cet échange libérateur entre personnes souveraines.
Parce qu'il est Dieu qui renonce à être maître pour se faire notre ami. "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis".
Voilà ce que n'ont pas expérimenté les identitaires, ce Dieu mendiant de notre amour.
Tandis que c'est ce que sentent obscurément mais non pas moins fortement de plus en plus de nos contemporains qui oeuvrent à la marge du système, renonçant à tout rapport de force, que se soit par des élections, du lobbying, des discours... pour vivre en cohérence avec leur désir de fraternité universelle. Pour se faire serviteurs de la vie.
Comme ils viennent d'autres traditions, beaucoup de catholiques se refusent à les approcher, les taxant d'adeptes du New Age, de soixante-huitards, d'anarchistes,...bref de gens dangereux parce qu'ils désarmeraient moralement l'Occident face à ses ennemis. Et encore une fois de leur côté ces marginaux ne font aucun effort pour imposer leur vision, puisqu'elle est précisément renoncement à la force, et choix de la confiance.
(Bien sûr tout cela est grandement simplifié pour la clarté du propos, nul n'est parfaitement d'une vision ou d'une autre.)
Quel est le lien avec les identitaires? Ce sont ceux qui se trompent de combat parce qu'ils sont enfermés dans cette vision payenne de rapport de force, et confessent un Christ avec les armes de l'Ennemi. Ils tentent d'enfermer le catholicisme dans le cercle dominant/dominé. Avec comme seul argument: oui mais nous nous avons raison, puisque notre religion est la bonne, donc libère les hommes, même malgré eux.
Les ressemblances psychologiques entre jeunes radicalisés, que ce soit au nom de l'Islam ou du catholicismes, sont ici frappantes. Même culpabilité écrasante, mêmes désirs de revanche, mêmes sentiments d'humiliation et de supériorité, même ambivalence vis-à-vis de la femme, même obsession de la pureté et plus spécifiquement d'une virginité idolâtrée, bref, mêmes blessure caractéristiques de relations masochistes.
Pour résumer, c'est même addiction aux délices tourmentés de la chair en combat pour endormir nos culpabilités plus ou moins secrètes, qui donne libre champ à la triple expansion actuelle:
1-de la dictature libérale
2-de la dictature islamiste
3-de l'identitarisme pseudo-catholique.
Il n''est donc à mon sens de sortie de la crise mondiale actuelle que dans le renoncement librement consenti à toute forme de pouvoir comme d'esclavage, à commencer par les plus intimes, les plus cachés, et non dans l'organisation de forces de résistance, d'opposition, au sens où on nous l'enseigne en histoire. Certes dans un premier temps on laisse champ libre à l'ennemi. On peut même voir ses propres enfants, séduits, partir et devenir nos propres ennemis. O douleur insondable du Père de l'Evangile!. Mais justement, on ne regarde pas l'autre en ennemi, on le voit en frère ignorant de sa dignité. On crée la faille dans le cercle en refusant de nous conformer au rôle préétabli d'opposant, d'adversaire, de dominé cherchant revanche.
Certes ceci ne peut être un programme politique, ce serait une nouvelle hérésie. Mais c'est bien là le combat de la foi: dans ce renoncement au pouvoir comme à la sujétion pour se faire, à la suite du Christ, l'ami de tous.
Il nous faut nous détacher intérieurement du rôle que nous avons à jouer dans la cité politique, montrer le caractère vain de tout rapport dominant/dominé, nous faire témoin-icône de l'Ami qui, tout en s'abaissant demeure souverainement libre, jusque sur le bois de la croix.
______

Écrit par : Anne Josnin / | 01/07/2017

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